1914-1918 – LES TROIS DERNIERS JOURS D’UN FACTEUR POILU – THÉÂTRE du GYMNASE

min.spectacle-988Samedi 9 novembre 1918. Deux soldats sont enterrés vivants au fond d’une tranchée. Roger, facteur de son métier, est blessé à la jambe; Théodore, agriculteur illettré, est aveugle depuis qu’il s’est fait gazer. Ensemble, ils vont tenter de survivre. Ils se racontent leur existence simple mais heureuse : l’un avec Célestine et leurs trois enfants, l’autre avec Clothilde sa fiancée et les siens. Surtout, ils se confient leurs souffrances d’être éloignés d’eux depuis tant d’années comme les réalités absurdes et abjectes de la guerre : les idéologies meurtries, l’exécution des déserteurs, la censure du courrier, la mort de leurs compagnons d’armes, la faim et la misère… Quatre ans d’une vie sans humanité, est-ce vraiment vivre ?

Un huis-clos étouffant et cruel né sous la plume sobre, émouvante et d’un rare talent de Gérard Pirodeau. Il parle avec sensibilité aussi bien du cœur et des corps des hommes blessés par les guerres. Qui mieux que lui-même pouvait en faire la mise en scène ? Là encore, il fait preuve d’un savoir-faire certain, quasi parfait. Quant à l’interprétation d’Alexis Smolen et de Kevyn Diana, elle est excellente. Le public est pris aux tripes comme à la gorge pendant toute la représentation, il est avec eux dans la boue et le froid de la tranchée. Un moment de théâtre d’une qualité trop rare pour le manquer. Il ne faut pas aller, IL FAUT COURIR au Théâtre du Gymnase voir 1914-1918 – Les trois derniers jours d’un facteur poilu.

Le regard d’Isabelle

LES TROIS DERNIERS JOURS D’UN FACTEUR POILU

Théâtre du Gymnase – Marie Bell, 38 boulevard Bonne Nouvelle, 75010 Paris

Le dimanche à 18h30 et le lundi à 20h.

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CYRANO DE BERGERAC – THÉÂTRE LE RANELAGH

cyrano_web_avec_presseFinalement, cette chronique pourrait tenir en une phrase : « Ne manquez cette pièce sous aucun prétexte, allez l’applaudir » tant les beaux spectacles n’ont pas besoin de longs discours ! J’ai été éblouie par le Cyrano de Bergerac, actuellement à l’affiche du théâtre Le Ranelagh. Le risque était grand de se « frotter » à ce monument du répertoire mais ce Cyrano est une réussite indéniable, servi par une mise en scène diablement séduisante signée Jean-Philippe Daguerre et l’immense talent des comédiens de la compagnie Le grenier de Babouchka.

France, 1640. Cyrano de Bergerac est un mousquetaire intrépide, appartenant aux cadets de Gascogne. Secrètement amoureux de sa belle cousine Roxane, il n’ose lui déclarer sa flamme, lui si laid avec son grand nez. Par amour, il protégera son rival, le jeune et beau Christian, et l’aidera même à la séduire.

Pendant deux heures, le plaisir est total grâce à une mise en scène, ultra réjouissante et énergique, alternant chants, musiques, combats de cape et d’épée. Et jolie trouvaille de Jean-Philippe Daguerre : le violoniste virtuose Petr Ruzicka, ponctue la pièce de magnifiques intermèdes musicaux (partitions écrites par Edmond Rostand lui-même) nous replongeant à chaque note dans un XVIIème siècle nostalgique et rocailleux. Sur un plateau quasiment dépouillé, les dix comédiens, engagés à 100%, généreux et parfaitement « synchro » offrent une prestation de haut vol. Et que dire de l’interprétation magistrale de Stéphane Dauch dans le rôle titre de Cyrano, apportant tout ce qu’il faut de panache, de truculence, de fougue, de sensibilité et de tendresse au personnage mythique d’Edmond Rostand, sans l’ombre d’une hésitation sur aucun de ses 1 600 vers. Indéniablement du grand art et un moment de théâtre épatant ! Le coup de cœur de l’automne, allez-y les yeux fermés.  

Le point de vue d’Elisabeth 

CYRANO DE BERGERAC

Théâtre le Ranelagh, 5 rue des Vignes, 75016 Paris

Du mercredi au samedi à 20h45, samedi à 16h30, dimanche à 17h

Relâches les 1er octobre, 1er novembre et 11 novembre à 20h45

Supplémentaires à 16h30 les 5, 12, 19, 21, 22, 23, 26, 28, 29, 30 décembre et 2 janvier

 

LES VŒUX DU CŒUR – THÉÂTRE LA BRUYÈRE

vz-3bd0561f-16b8-486d-878f-486919b498dbBrian et Tom s’aiment. Très croyants, ils désirent que le Père Raymond les unissent par les liens sacrés du mariage pour vivre pleinement leur amour au sein de l’église dans laquelle ils se reconnaissent et s’épanouissent depuis de longues années. Mais ils se heurtent à son refus : comment pourrait-il les unir alors que l’Eglise catholique dénie l’homosexualité ? Lorsqu’Irène, la sœur de Brian, cherche à le convaincre, le prêtre se trouve à son tour confronté à un choix qui bouleversera ses propres convictions. Quatre vies, quatre dilemmes : amour, conscience, sexualité, foi. En sortiront-ils tous indemnes ?

Bill C. Davis, l’auteur de la célèbre pièce L’Affrontement, revient sur son thème de prédilection : l’adaptation de l’Église catholique à la vie moderne. Au-delà des questions récurrentes – le mariage et de la parentalité des homosexuels, l’enfantement hors mariage, le célibat des prêtres – une question sous-jacente porte l’argument du spectacle : peut-on revenir sur nos engagements au fil des circonstances de la vie et de l’inconstance de nos sentiments sans pour autant renier notre foi religieuse ?

Le texte de Bill C. Davis est riche en points de réflexion comme en pointes d’humour sans doute pour mieux présenter quelques thèses théologiques parfois difficiles à saisir. La traduction des dialogues par Dominique Hollier permet des réparties aussi incisives que légères. La mise en scène d’Anne Bourgeois est vive, assistée en cela par une scénographie tonique et astucieuse de Sophie Jacob (décors) et de Jean-Luc Chanonat (lumières). Quant aux comédiens – Julie Debazac, Julien Alluguette, Bruno Madinier, Davy Sardou – ils sont tous excellents, leur jeu subtil et convaincant, même si on regrette la pudeur dans l’expression des sentiments et dans les élans des corps de Julie Debazac et Bruno Madinier même s’ils sont écartelés entre les contradictions de leurs sentiments et de leurs engagements.

Même si la trame de la pièce est un peu cousue de fil blanc et le texte piqué de quelques longueurs, c’est un excellent moment de théâtre à ne pas manquer.

Le regard d’Isabelle

LES VŒUX DU CŒUR

Théâtre La Bruyère, 5, rue La Bruyère, 75009 Paris

Du mardi au samedi à 21h

Matinée le samedi à 15h30 

Crédit photos Lot 

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UN TANGO EN BORD DE MER – THÉÂTRE du PETIT MONTPARNASSE

radiotrenet20x30La houle ralentit, les vagues déferlent sur le rivage et semblent terminer leur course, quand au bar d’un hôtel, Stéphane (Jean-Pierre Bouvier) et Vincent (Frédéric Nyssen), anciens amants, se retrouvent après des années de séparation. Le personnel de l’hôtel a deserté, il est très tard. L’eau à la bouche… Vincent, jeune, beau, le corps ondulant, insolent, se glisse derrière le comptoir et n’hésite pas à les servir :

-Un Martini blanc ?

Silence. Vincent, un écrivain à la quarantaine bien passée, élégant dans son costume qui cache un corps un peu bedonnant, le scrute.

Tu te rappelles de cela ?

Oui, et de deux ou trois autres trucs.

Premiers regards croisés… déjà ivres d’exaltation. Subtilité des corps et des âmes qui se tiennent à distance par pudeur, par peur, par orgueil.

À quoi buvons-nous ?

Stéphane, enfoncé dans un fauteuil de cuir, à l’autre bout de la pièce, prend la mesure et tente de se rassurer sur l’effet qu’il produit sur Vincent.

Caché derrière le bar qu’il ne décide pas à quitter, Vincent ouvre la danse 

À nos amours, pourquoi pas ? 

Le tempo est donné. À la mesure de la passion, ils examineront leur passé, reviendront sur leur rupture, s’essouffleront dans leurs mensonges, balanceront entre provocations, révélations et aveux pour, dans un mouvement, tanguer vers l’amour. Un pas en avant, deux pas en arrière… y parviendront-ils ?

Solidement interprétés par deux comédiens très « justes », ce texte intense et sensible sur la passion, de Philippe Besson, résonne plus vrai que nature. Côté scénographie, de jolies trouvailles avec notamment un astucieux jeu de lumières mettant en relief les monologues intérieurs et donnant une belle intensité à la pièce. 

Signé Carole !

 

UN TANGO EN BORD DE MER

31 rue de la Gaîté, 75014 Paris

Du mardi au samedi à 19h

Dimanche à 15h30

Crédit photos : Véronique Vercheval 

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MOINS 2 – THÉÂTRE HÉBERTOT

40x60-MOINS2_2Bercés par Les Nocturnes de Chopin, deux hommes, alités, le bras perfusé, l’esprit embrumé, se réveillent en salle de réanimation et peinent à échanger. Un médecin ne tarde pas à arriver. Il annonce à chacun que ses jours sont comptés par un cancer des poumons pour l’un, des reins pour l’autre. Après une très courte présentation protocolaire entre eux, Paul Blanchot (Guy Bedos) et Jules Tourtin (Philippe Magnan) décident, dans un même élan instinctif, de s’évader de cette anti-chambre de la mort, ensemble, « n’importe où mais loin ».
Les voitures roulent à grande allure sur la nationale sans s’arrêter au pouce tendu de Blanchot qui – toujours en pyjama et chaussons comme Tourtin – tente de faire du stop. Survient une jeune femme sur le point d’accoucher qui se risque à l’imiter dans l’espoir de se rendre à l’hôpital au plus vite. Se risquer… oui ! car c’est sans compter sur le tempérament râleur et l’humour noir de Blanchot qui n’entend pas se faire doubler. Le bras encore tenu à la perfusion, Tourtin, par nature toujours empreint d’humanité, le reprend et lui réplique sur un ton décalé de tout.

Ce n’est que le début du périple et des péripéties qui les attendent… le hasard les conduira loin sur le chemin de la vie, même s’ils resteront finalement qu’à quelques mètres de l’hôpital.

Une histoire insolite au carrefour de la tendresse et de l’humour, signée Samuel Benchetrit. Guy Bedos occupe la scène par sa prestance, surprend par ses répliques plus touchantes que caustiques quand Philippe Magnan brille par son talent. Audrey Looten, accompagnée sur les planches par Manuel Durand, se distingue également dans les trois rôles qu’elle incarne. À souligner, sur fond de décor minimaliste, l’orchestration de jeux de lumières est particulièrement réussie (scène de l’autoroute…).

Signé Carole !

MOINS 2

Théâtre Hébertot, 78 bis boulevard des Batignolles, 75017 Paris 

Du mardi au samedi à 19h
Matinée le dimanche à 15h

Crédit photos : Laurencine Lot

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THÉÂTRE RIVE GAUCHE – SAISON 2015/2016

JSZaWdzfLe Théâtre Rive Gauche, un théâtre de création où il fait bon travailler : Francis Huster, Clémentine Célarié, Judith Magre, Loris Freeman et Samuel Nibaudeau, Olivier Barrot étaient réunis pour nous le dire, le lundi 29 juin dernier. Pas de texte appris pour cette fois, chacun s’est exprimé dans sa spontanéité avec ses mots.

Bruno Metzer, directeur associé du Théâtre Rive Gauche, ouvre la soirée en maître de cérémonie. À ses côtés, Éric-Emmanuel Schmitt (écrivain et dramaturge) avec lequel il partage la direction du théâtre et Steve Suissa (le metteur en scène). Tour à tour, ils témoigneront leur passion pour le théâtre d’auteurs et présenteront la rentrée théâtrale 2015-2016. Une programmation variée.

Francis Huster, assis au premier rang, se lève de son fauteuil où joyeusement il échangeait avec « ses camarades de classe » et monte sur scène. Il rappelle son attachement à la grande famille du Théâtre Rive Gauche et aux valeurs qu’il incarne. Il est heureux, paraît même épanoui, d’avoir pu faire vivre durant un an le texte fort de Stefan Zweig dans Le Joueur d’échecs : la dernière représentation a eu lieu ce 29 août  2015. (voir notre chronique du 21 mai)

Perchée sur ses talons et en jean, Clémentine, avec son éternel entrain, monte sur la scène entourée de Loris Freeman et Samuel Nibaudeau pour 24 Heures dans la vie d’une femme, un texte également de Stefan Zweig – un cycle lui est consacré. Prolongation pour Clémentine qui sera à l’affiche jusqu’au 29 novembre inclus pour incarner cette jolie veuve aristocrate à l’aube d’une passion impétueuse. (voir notre chronique du 21 avril)

C’est sans surprise qu’Éric-Emmanuel Schmitt présente lui-même Oscar et la Dame Rose qu’il avait déjà porté sur le grand écran avec Michèle Laroque et Amira Casar en 2009. Un rôle qu’il a choisi de confier aujourd’hui sur les planches à Judith Magre (à partir du 23 septembre 2015). (chronique à venir)

Sont annoncées aussi par Éric-Emmanuel Schmitt les matinées scolaires avec Monsieur Ibrahim et Les Fleurs du Coran, mis en scène par Pascal Faber.

Place à Olivier Barrot, qui avec un talent d’orateur, captive déjà la salle et expose ses neuf conférences-spectacles mensuelles autour de La Grande Histoire du music-hall français, qui débuteront le 18 octobre 2015, les dimanches à 17 h. Pour ne citer que deux thèmes : les duos comiques, les années folles. Le blog Coup de Théâtre s’y rendra.

Trois concerts exceptionnels de l’atelier lyrique Opera Fueco sont également prévus, les lundis 19 octobre, 23 novembre et 1er février. Il s’agit de trois soirées thématiques dirigées et animées par les analyses de David Stern.

De quoi se réjouir tout au long de l’année !

Signé Carole !

THÉÂTRE RIVE GAUCHE

6 rue de la Gaîté, 75014 Paris

Crédit photos : ONIRIK

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UNE LABORIEUSE ENTREPRISE – THÉÂTRE de POCHE-MONTPARNASSE

AFF-LABORIEUSE-ENTREPRISE1C’est l’histoire d’un couple, Yona et Leviva, usé par trente ans de vie commune, trente années tricotées d’habitudes et de vexations mais aussi de petits bonheurs et d’espoir de pouvoir vivre une vie haute en couleurs et en sentiments. Mais les années sont passées, leurs vies ont été banales. Leurs rêves se sont effacés, ils ont laissé place aux rancœurs amères.

Cette nuit, ils vont s’insulter, se déchirer, se renvoyer tout à la tête : les manies du quotidien mais aussi les meubles, les oranges et les yaourts. Yona veut la quitter, Leviva ne veut pas se retrouver seule après lui avoir sacrifiée sa jeunesse. Mais a-t-il vraiment le courage de partir pour concrétiser sa vie rêvée ?

Yona (Yann Denécé) et Leviva (Luciana Velocci Silva) s’affrontent dans cette guerre domestique avec une lucidité diabolique. Ils s’aiment autant qu’ils se détestent : ils s’opposent quand ils sont seuls ; ils s’allient lorsque leur voisin Gounkel (Cédric Revollon) vient les importuner en pleine nuit ; ils s’empoignent comme des chiffonniers ; ils dansent le tango avec une sensualité à fleur de peau. Ils sont unis pour le meilleur et pour le pire jusqu’à ce que la mort les sépare.

Une comédie acide, féroce et pathétique à ne pas manquer au théâtre de Poche Montparnasse. Pour le texte du célèbre Hanokh Levin mais plus encore pour l’excellente interprétation des comédiens.

Le regard d’Isabelle

UNE LABORIEUSE ENTREPRISE

Théâtre de Poche Montparnasse, 75 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris

Du 22 septembre au 29 novembre 2015

Du mardi au samedi à 21h, dimanche à 15h.

Opération -35% de réductions aux premières DU 22 SEPTEMBRE AU 4 OCTOBRE

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AVANTI ! – THÉÂTRE des BOUFFES PARISIENS

40x60_avanti_v9_siteÀ Rome, Georges, un businessman américain puritain, et Alison, une jolie comédienne anglaise, se lancent sur les traces de leurs parents décédés dans un accident de voiture. De réseaux internet bloqués en bureaux aux horaires décalés, de cercueils volés en chapelles napolitaines, les héros auront bien du mal à retrouver leurs chers disparus…

On ne peut que souligner la performance de Thierry Lopez, absolument excellent dans son rôle de Ludion Italien, pétillant de malice et de charisme au point de porter ombrage au couple Francis Huster / Ingrid Chauvin, excellents acteurs au demeurant. Erreur de casting ou mise en scène de Steve Suissa trop élégante dans un décor somptueux au risque pour le couple de se sentir quelque peu étriqué ?

A cette comédie romantique sans surprise (dommage !), le public vibre avec les vicissitudes des personnages, apprécie le moindre quiproquo et savoure les rebondissements.

« Avanti ! » pourrait être comparé à un bon tiramisu dégusté avec gourmandise mais auquel il  manquerait un peu de saveur.

Le regard d’Isabelle 

AVANTI !

Théâtre des Bouffes Parisiens, 4 rue Monsigny, 75002 Paris 

Du 17 septembre 2015 au 03 janvier 2016. 

Du mercredi au samedi à 21h, matinées le samedi à 16h et dimanche à 15h.

Représentations supplémentaires certains mardis à partir du 10 novembre 2015.

Relâches exceptionnelles : le mercredi 4/11, le 25 décembre et le 1er janvier 2016. Attention : le mercredi 11 novembre uniquement à 17h !

LYSISTRATA LA GRÈVE DU SEXE – À LA FOLIE THÉÂTRE

198Et si pour que cesse à jamais la guerre entre Athènes et Sparte, il suffisait de faire la grève du sexe ?

Sur le ton du conte musical, la Compagnie Poupées Russes donne un grand coup de jeune à un texte écrit en 411 avant J.-C par Aristophane, l’illustre poète comique grec. Toujours avec humour, vitalité et plaisir, les comédiens nous entraînent dans cette quête folle de la paix par des femmes prêtes à tout pour garder leur mari et leurs enfants mâles près d’elles et surtout que plus jamais ils ne meurent au combat. Jeux d’acteurs et jeux de mots – parfois osés, jamais vulgaires – se bousculent pour le plus grand bonheur des spectateurs. Si on se réjouit devant le désespoir des époux, on s’étonne de l’ingéniosité des femmes pour résister aux tentatives de séduction des hommes à leur corps défendant. Surtout elles résistent, elles font bloc et elles obtiendront que les hommes fassent enfin la paix… et tant pis pour les anachronismes.

Aristophane flirte sans complexe avec notre actualité contemporaine. Et on se surprend à espérer qu’un jour prochain, toutes les femmes des pays où leurs droits sont bafoués ou empêtrés dans des conflits guerriers sans fin fassent la grève du sexe avec autant d’humour et de maestria dans le jeu et la voix.

Le regard d’Isabelle 

LYSISTRATA – LA GRÈVE DU SEXE

A la Folie théâtre, 6 rue de la Folie Méricourt, 75011 Paris 

Jusqu’au 8 novembre 2015

Les jeudis à 19h30, les samedis à 18h et les dimanches à 16h30

Crédit photos : Harold Passini 

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UN CAFÉ AVEC David Roux – directeur publication et responsable communication des Théâtres Parisiens Associés

1506581_970566599640087_7093342689131215636_nFlash back au coeur de l’été. 24 juillet dernier, pas de café en terrasse exceptionnellement mais un rendez-vous téléphonique avec David ROUX, directeur de la publication et responsable communication des Théâtres Parisiens Associés. Trois mots qui cachent une belle aventure au service du théâtre privé. Vocation, mission et enjeux des Théâtres Parisiens Associés, David Roux nous dit tout !

Bonjour David, pourriez-vous nous présenter le réseau des Théâtres Parisiens Associés (TPA) ?

David Roux : Théâtres Parisiens Associés est une enseigne commerciale grand public, créée en 2010, qui regroupe à ce jour 55 théâtres privés parisiens, tous adhérents de l’Association pour le Soutien du Théâtre Privé (ASTP), qui existe depuis 1964. Un mot sur cette association qui a pour rôle principal de soutenir la création de spectacles, les emplois artistiques ou techniques et ainsi de permettre aux théâtres de produire leurs spectacles et de continuer à être indépendants. L’association perçoit une taxe fiscale et organise ensuite un système de redistribution solidaire entre les différents théâtres privés du réseau, via la gestion d’un fonds de soutien. Schématiquement, c’est un système de mutualisation des risques qui permet aux succès des uns de financer, sinon d’amortir, les échecs des autres.

Quelle est la vocation du réseau TPA ? Et ses objectifs ?

D.R : La vocation de notre réseau, c’est d’apporter une réponse collective aux enjeux des théâtres privés aujourd’hui et notamment de lutter contre la montée en puissance d’un certain nombre d’opérateurs de billetterie. Depuis le début des années 2000, c’est vrai qu’un certain nombre d’acteurs dans ce domaine ont commencé à prendre énormément de poids, parfois trop et parfois au détriment des théâtres eux-mêmes. Il y a donc eu cette volonté commune d’essayer de sortir de la dépendance de ces billetteries en ligne et de communiquer davantage et collectivement sur Internet, en partant de l’idée qu’on est plus fort à 55 que chacun dans son coin. Cela nous a amenés à créer ce portail commun, qui est tout simplement une vitrine de la programmation des 55 théâtres du réseau. Notre rôle : offrir un maximum de visibilité à nos théâtres via notre site web et donner envie aux internautes de réserver. Il faut bien préciser que chaque théâtre reste maître de sa programmation, de ses choix artistiques, de sa politique tarifaire et que TPA n’est pas une entité qui émet de la billetterie… Concrètement, lorsqu’on clique sur le bouton « RÉSERVER », l’internaute est redirigé vers la billetterie du théâtre concerné. Dans tous les cas, on est à un moment où, les directeurs de nos théâtres ont bien compris que le théâtre et le numérique ne sont pas des forces contradictoires mais bien au contraire des forces complémentaires. Beaucoup sont désormais persuadés qu’Internet est un formidable outil à leur disposition pour mettre en avant leur spectacle et attirer du monde.

Pourquoi avoir baptisé le réseau « Théâtres Parisiens Associés » ?

D.R : D’une part, pour s’affranchir de la sémantique « théâtre privé » qui fait référence à un système économique mais dont le public n’a pas forcément conscience ou connaissance et d’autre part pour éviter d’utiliser le mot « privé » pour parler de lieux dont la vocation est d’accueillir du public !

741ae6045d1ad5d5004049725a5dc8b6Quelles valeurs théâtrales défendez-vous aujourd’hui ?  

D.R. : A travers notre réseau, nous défendons bien sûr des valeurs de qualité mais avant tout des valeurs d’éclectisme et de diversité. Tous nos théâtres possèdent leur propre ligne éditoriale ce qui rend l’offre très variée : certains sont spécialisés dans la comédie ou le one man show, d’autres proposent un théâtre plus exigeant, moins purement divertissant, comme le théâtre de l’Œuvre ou le théâtre de l’Atelier. Dans tous les cas, notre position n’est pas d’influer sur la programmation des théâtres car nous défendons leur indépendance.

Le réseau dispose de 55 théâtres à ce jour. Quelles sont les conditions d’adhésion pour un théâtre ? Y a-t-il  des contraintes (taille, répertoire, capacité…) ?

D.R : D’abord, le théâtre doit en faire la demande auprès de l’ASTP. Puis, lorsqu’on est adhérent à l’ASTP et qu’on est une salle parisienne, on intègre automatiquement le réseau TPA. Parmi les critères d’adhésion principaux, il y a le fait que nos théâtres doivent produire plus des trois quarts des représentations données chaque année. Nos théâtres ont donc tous en commun d’être des théâtres producteurs, contrairement à d’autres théâtres d’économie privée, qui, eux, se contentent de louer leur espace. Ensuite, le théâtre ne doit toucher aucune subvention publique et, bien sûr il doit aussi impérativement respecter toutes les normes de sécurité, d’accueil du public ainsi que les conventions collectives, qu’il s’agisse des statuts et droits des techniciens, des salariés administratifs ou des artistes. Quand des comédiens se produisent sur scène, ils doivent tout à fait normalement toucher un salaire. Ils ne doivent pas payer pour jouer comme cela arrive parfois dans certains petits « théâtres ». Par ailleurs, il y a des obligations d’emploi permanent de personnel administratif et de personnel technique liées à la jauge du théâtre, c’est-à-dire à la capacité d’accueil du public. Par exemple, une salle avec une jauge de 800 places va devoir compter dans ses effectifs deux techniciens permanents et deux administratifs. Evidemment, selon les besoins de chaque spectacle, il peut y avoir plusieurs techniciens supplémentaires employés par le théâtre comme intermittents. Ces exigences d’emploi permanent varient selon la jauge des théâtres. 

Campagne d'affichage septembre 2014

Campagne d’affichage septembre 2014

De quels outils de communication disposez-vous pour offrir de la visibilité au réseau ?

D.R : Il faut préciser avant tout que nous avons des moyens limités et qu’il faut faire nécessairement des choix. Pour faire simple, tout est exclusivement concentré sur notre site web et nos réseaux sociaux. On tente de trouver des alternatives qui ne sont pas trop « gourmandes » financièrement parlant. On a développé par exemple un partenariat avec le journal Le Parisien et son club d’abonnés. On essaye de développer des partenariats avec des blogs théâtre et/ou des blogs culturels. En revanche, pour certains évènements importants, comme le lancement de notre nouveau site web en mai 2014, nous avions diffusé une grande campagne d’affichage dans le métro, noué des partenariats médias avec des supports comme Les Echos, Télérama, Le Parisien. On s’est donné des moyens exceptionnels qu’il est malheureusement impossible, du moins difficile, de mobiliser chaque année.

Parlez-nous justement de cette refonte complète du site web en mai 2014. Quels ont été les changements majeurs ?

D.R : Quand nous avons décidé de refondre notre site web, il avait déjà quatre ans et commençait à être obsolète. Il n’était pas en vérité conçu et tendu vers un but commercial. L’objectif de cette refonte a donc été, sans se départir de l’aspect qualitatif du site, de flécher davantage vers une efficacité commerciale tout en maintenant l’attractivité et la richesse de notre offre (100 à 150 spectacles sont proposés en permanence dans le réseau). Concrètement, on a privilégié l’affichage de grands visuels, cherché à développer une navigation spontanée, intuitive et bien sûr valoriser les offres promotionnelles. Il a fallu d’ailleurs être didactique, pédagogique auprès des directeurs de théâtre et leur démontrer que la vocation commerciale d’un site web n’était pas une maladie honteuse ! Dans tous les cas, ce qui est très encourageant, c’est que cela s’est traduit par des chiffres en constante augmentation. On naviguait autour de 850 000 visiteurs uniques en 2014. A partir de février 2015, on a enregistré une progression située entre + 25% et + 60% par rapport à l’année précédente à la même époque ! Aujourd’hui, on comptabilise 80 000 à 100 000 visiteurs uniques par mois et on vise le million de visiteurs uniques pour l’année 2015 ! Globalement, les courbes de fréquentations de notre site suivent exactement la courbe de fréquentation des salles, c’est-à-dire des pics sur la période septembre-décembre, une grosse baisse en janvier, un regain entre février et avril puis un reflux à partir de mai et sur la période estivale. Mais notre travail est de continuer au jour le jour à enrichir le contenu du site et améliorer son efficacité commerciale.  

Et connaissez-vous le taux de réservation ?

D.R : Malheureusement non ! C’est une donnée très importante que l’on cherche à obtenir mais on ne dispose pas encore des chiffres, pour la bonne et simple raison que lorsque l’internaute clique sur le bouton « RÉSERVER », il est redirigé vers la billetterie du théâtre et que, à ce jour, aucun des trois gros logiciels de billetterie utilisés par nos théâtres n’est en mesure de fournir ce type de statistiques. C’est très frustrant de ne pas pouvoir tracer ces statistiques même si on a bon espoir de les récupérer un jour ! Je peux vous confirmer en revanche que le trafic généré par le site est très qualifié car le taux de clics sur le bouton « RÉSERVER » est de l’ordre de 34% – 37% en moyenne, ce qui est très satisfaisant !

Au quotidien, comment fonctionnez-vous ? Quels sont les domaines d’action ? Y a-t-il une équipe dédiée ?

D.R : Nous sommes une équipe réduite et très souple. Au quotidien, nous travaillons avec une agence web qui met à disposition un web manager chargé du référencement, des développeurs et des community managers en charge d’animer nos réseaux sociaux. Dans ce domaine, le travail effectué commence à porter ses fruits par exemple avec plus de  24 500 personnes qui nous suivent sur Facebook et près de 3 500 followers sur twitter.

Comédie des Champs-Elysées - membre du réseau TPA

Comédie des Champs-Elysées – membre du réseau TPA

Plus globalement, quels sont, selon vous, les enjeux du théâtre privé aujourd’hui ?

D.R : Les défis sont nombreux et existent, en réalité, depuis toujours : faire des succès, faire émerger des auteurs qui rencontreront un écho, qui trouveront leur public. Je reste persuadé que, quel que le soit le théâtre, quelle que soit l’économie du théâtre, un auteur saura rencontrer son public si la qualité, la créativité, et l’inattendu sont au rendez-vous. Les succès de Sébastien Thiery ou d’Alexis Michalik tendent à le prouver. Tout cela me donne confiance dans le public des théâtres privés qui ne réservera pas uniquement un billet pour une tête d’affiche ou une star de télé, mais saura se laisser séduire, surprendre par de nouvelles signatures ou de nouveaux univers théâtraux. Quand on va voir un Shakespeare à la Porte Saint-Martin avec Lorant Deutsch, je suis persuadé que beaucoup de personnes vont voir un Shakespeare pour la première fois et y découvrent une modernité. L’enjeu principal, c’est de faire savoir que ces pièces-là existent dans un contexte où l’offre culturelle est de plus en plus riche, de plus en plus accessible depuis son canapé sans bouger et parfois même sans payer.

Merci David. Et pour conclure, quelle est l’actualité et les projets de TPA ?

D.R : Tout simplement de continuer à communiquer le plus efficacement possible pour que nos théâtres en recueillent les fruits. Cela signifie concrètement continuer à doper la fréquentation de notre site. On réfléchit aussi à mettre en place des contenus vidéo, développer de nouveaux partenariats avec d’autres enseignes que Le Parisien … Les idées ne manquent pas, on y travaille !

Propos recueillis par Elisabeth Donetti 

Pour aller plus loin :

http://www.theatresparisiensassocies.com/

http://www.astp.asso.fr