LETTRE D’UNE INCONNUE – FESTIVAL SenS -THEATRE DES GEMEAUX PARISIENS

♥♥♥♥ De ses treize ans jusqu’à son dernier souffle, dans l’indifférence absolue, elle s’est abîmée, perdue et niée. Par amour pour lui, croit-elle. Mais qu’est-ce qu’un amour qui n’a pour écho que le silence ? « Je n’ai rien de toi. Plus d’enfant, pas un mot, pas une ligne, pas de place dans ta mémoire. Pourquoi ne mourrais-je pas volontiers, puisque pour toi, je n’existe ? » Et pourtant l’histoire qu’elle confie à cet homme aujourd’hui est la sienne, celle de son amour absolu gardé secret, lui « qui jamais ne l’aura connue. ». De son obsession aussi. L’obsession de lui. L’histoire de celle qu’elle est devenue : une femme qui s’est volontairement effacée aux yeux du monde au fil des années qui se sont écoulées. Ne pas exister dans son regard à lui, c’était pour elle n’exister dans celui de personne.

Lettre d’une inconnue de l’écrivain autrichien Stefan Zweig, adaptée par Betty Pelissou, retrace la plongée dans l’intimité de l’amour d’une femme pour un homme volage qui jamais ne lui portera d’attention particulière. Entre passion et folie, drame et poésie, espoir et désespoir, sa folle et intense passion pour son élu indifférent va jusqu’à l’obsession. Celle-ci la consume toute entière, fige son existence personnelle, lui refuse toutes les opportunités (déménagement, emploi, mariage…) possibles pour sortir du marasme solitaire dans lequel elle s’enfonce. Elle semble tant se complaire de son amour absolu sans issu que jamais elle n’en confie l’existence à sa mère ou à une amie. D’ailleurs, en a-t-elle des amies ? Elle n’en dit mot. Elle vit coupée de toute relation. Quant au destinataire de cette lettre renfermant son cri d’amour, il la recevra seulement après sa mort. Preuve que rien ne semble la décider à prendre le risque de déclarer ses sentiments à l’élu de son cœur pour se donner la moindre chance, même infime, de vivre son amour pleinement. À la décharge de son amoureux secret, jamais elle ne lui a ouvert son cœur ni lorsqu’elle le croisait dans l’escalier de leur immeuble ni dans les rues ni lors des dîners ni lors de leurs trois nuits. Par contre, fait surprenant, elle n’a pas hésité à lui offrir sa virginité. De leur rencontre naîtra un enfant, jamais elle ne lui dévoilera sa naissance. Difficile de nourrir à l’encontre de ce monsieur de malveillants sentiments puisqu’il n’a jamais eu connaissance des sentiments que cette jeune femme lui portait.  

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LE ROI LION – THÉÂTRE MOGADOR

♥♥♥Il y a des spectacles que l’on admire depuis son fauteuil… et puis il y a ceux que l’on découvre de l’intérieur, là où la magie prend véritablement vie. La semaine dernière, j’ai eu la chance rare de pénétrer dans les coulisses du mythique Roi Lion au Théâtre Mogador. Une visite privilégiée, quelques heures avant l’arrivée du public, qui m’a permis de mesurer l’ampleur du travail titanesque caché derrière l’un des spectacles les plus grandioses de la scène parisienne et internationale qui a captivé plus de 110 millions de spectateurs depuis sa création en 1997.

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R.ONDE.S – THÉÂTRE SILVIA MONFORT

♥♥♥Entrer dans la ronde avec Pierre Rigal, c’est découvrir la force d’entraînement du collectif, cette énergie qui naît de l’écoute et de la confiance entre les corps. Le chorégraphe, qui aime décloisonner les pratiques scéniques pour abolir la limite entre le public et le spectacle, s’intéresse ici aux liens entre danse et flux collectif. Il réunit huit interprètes comme « aspirés, entraînés dans un flux de déplacement, de rythmique et d’endurance ». Ce qui frappe d’emblée, c’est la connexion permanente entre les membres de la ronde : ils sont souvent reliés par leurs mains, mais aussi par leurs regards et leurs sourires, dans une sorte de communion joyeuse. La ronde, Pierre Rigal l’a bien compris, est une figure populaire, une force de fraternité et de vie – le plaisir retrouvé d’être ensemble.

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22 MINUTES – FESTIVAL SENS ET FESTIVAL OFF AVIGNON 2026

♥♥♥(♥) Le 13 mai 1981, un jeune homme turc, Ali Ağca, tire sur le pape Jean-Paul II, place Saint-Pierre, à Rome. Deux ans plus tard, celui-ci vient lui rendre visite en prison. Que s’est-il dit pendant les 22 minutes qui ont réuni Jean-Paul II et Ali Ağca, qui a tenté de l’assassiner ? Que peuvent changer 22 minutes dans le cours d’une vie cabossée ?

Benoit Solès (La Machine de Turing, La Maison du loup) raconte l’enfance humiliée d’Ali Ağca, sa radicalisation et ses méfaits, jusqu’à ses trente années de détention. Il nous entraîne au cœur d’un destin qui bascule suite à une mise à l’épreuve (une barrière infranchissable), une parole sévère (celle d’un père autoritaire), une mauvaise rencontre (le chef d’un groupe terroriste) qui le mèneront jusqu’à la tentative d’assassinat du pape Jean-Paul II. Deux ans après, sa victime lui rendra visite dans sa cellule. Benoit Solès a imaginé le contenu de cette incroyable rencontre, un temps suspendu où se confronteront violence et pardon, foi et doute, endoctrinement et rédemption.

Ce seul en scène composé par Benoit Solès est une prodigieuse réussite par la qualité de son monologue comme par la performance impressionnante de son interprétation de toutes les personnes que le jeune Ali croise sur son chemin. Le texte est dense et captivant, les faits sont exposés sans jugement, le style est singulier alternant des temps de vie, d’humour et de grande émotion.

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LES GARÇONS ET GUILLAUME, À TABLE ! – FESTIVAL SENS – THÉÂTRE DES GÉMEAUX PARISIENS 

♥♥♥♥(♥) Encore jeune garçon, Guillaume pense qu’il est une fille. Du moins se comporte-t-il comme tel, ce qui n’est pas pour déplaire à sa mère qui ne manque pas une occasion d’entretenir la confusion. « Le premier souvenir que j’ai de ma mère, c’est quand j’avais quatre ou cinq ans. Elle nous appelle, mes frères et moi, en disant ‘‘Les garçons et Guillaume, à table !’’ et la dernière fois que je lui ai parlé au téléphone, elle raccroche en me disant : ‘‘Je t’embrasse ma chérie’’ ; eh bien disons qu’entre ces deux phrases, il y a quelques malentendus. »

Au fil d’un texte touchant et drôle, Guillaume Gallienne (sociétaire de la Comédie-Française) dresse l’autoportrait d’un jeune garçon perdu, sujet d’une confusion sexuelle troublante. Confronté à un entourage peu compréhensif, il en vient à s’interroger sur sa propre identité. Sans en avoir l’air et avec beaucoup de dérision, Guillaume brouille les pistes, entretient le trouble, s’amuse de cette fragilité, rend hommage à la féminité. Surtout, il donne un bon coup de pied dans la fourmilière familiale parce qu’il ne revendique rien d’autre que sa propre différence et son propre droit au bonheur.

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LE POIDS DE L’EAU – GUICHET MONTPARNASSE ET FESTIVAL AVIGNON OFF 2026

♥♥ Dès les premières minutes, une odeur de chlore forte, presque écœurante, nous accueille. En fond sonore, le brouhaha d’une piscine. Le décor est planté – pas seulement sur scène, mais dans le corps même des spectateurs. C’est là, dans un vestiaire, entre deux séances d’entraînement, que Franck et Julien vont se rencontrer : deux hommes, deux âges, deux façons opposées d’habiter la vie, réunis par la seule passion de l’eau.

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MAÎTRE MÔ – LE FUNAMBULE MONTMARTRE

♥♥♥ Le Livre de Maître Mô du célèbre avocat pénaliste Jean-Yves Moyart (éd. Les Arènes), alias Maître Mô, qui plaidait le jour et rédigeait ses chroniques judiciaires la nuit a inspiré ce seul-en-scène. Ses récits de la justice ordinaire, parfois drôles, souvent déchirants, toujours étonnants, publiés sur son blog puis sur Twitter, ont été lus plus d’un million de fois. Ronan Heuzel a choisi d’adapter trois d’entre elles pour la scène. Au programme : suspens, rebondissements et émotions.

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JE N’AI PAS LU FOUCAULT. CHEFS-D’ŒUVRE EN PRISON — THÉÂTRE ESSAÏON

♥♥♥ Tout est parti d’une visite au Louvre avec des jeunes « éloignés de la culture » – expression convenue qui dit bien ce qu’elle veut dire. Ce jour-là, Céline Caussimon a découvert que ces adolescents avaient en réalité beaucoup de choses à dire sur les œuvres exposées, que l’art possédait cette capacité de lever les barrières sociales pour permettre à chacun d’exposer son point de vue. De cette intuition est né un projet singulier : demander à des personnes détenues de s’exprimer par écrit sur des chefs-d’œuvre de Basquiat, Cézanne, La Tour, Picasso ou Van Gogh. C’est cette expérience que la comédienne restitue aujourd’hui dans un seule en scène où se mêlent témoignage personnel et parole confisquée – celle de femmes et d’hommes que la société a placés hors de son champ.

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À LA FOLIE – BIEN PUBLIC (BORDEAUX) ET FESTIVAL OFF AVIGNON 2026

♥♥♥ Dans un service d’un hôpital psychiatrique. Une table, des chaises, un banc… et la solitude. Celle des malades, celle des soignants, celle du personnel hospitalier. Frank, Maria, Youcef, Nadia, Bilal, Robert, Valentin, Adrienne, Miguel et bien d’autres. Quatre comédiens interprètent une vingtaine de personnages. Pour chacun, un signe distinctif, une démarche, une voix, une façon d’habiter le corps. Ils passent de l’un à l’autre avec fluidité, cassant les assignations de genre, d’âge ou d’apparence. Il ne s’agit pas d’illustrer mais de faire ressentir la souffrance mentale. Les malades, ralentis, hébétés parfois par les traitements, avancent dans une temporalité floue. Les soignants courent, toujours pressés, toujours en tension, dépassés mais présents et empathiques. Les récits de vies à vif, au bord du gouffre, se croisent, se répondent, se percutent. On entend la souffrance, la violence, l’immobilisme mais aussi la lucidité dérangeante des patients. On sent l’usure des équipes, les effets dévastateurs des restrictions budgétaires, des injonctions administratives absurdes qui grignotent au fil des années la dignité dans les soins.

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UN CAFÉ AVEC OLIVIER LETELLIER, DIRECTEUR DES TRÉTEAUX DE FRANCE

« Ce qui m’intéresse, c’est d’inviter un public
à devenir spectateur »

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