♥♥Dès les premières minutes, une odeur de chlore forte, presque écœurante, nous accueille. En fond sonore, le brouhaha d’une piscine. Le décor est planté – pas seulement sur scène, mais dans le corps même des spectateurs. C’est là, dans un vestiaire, entre deux séances d’entraînement, que Franck et Julien vont se rencontrer : deux hommes, deux âges, deux façons opposées d’habiter la vie, réunis par la seule passion de l’eau.
♥♥♥ Le Livre de Maître Mô du célèbre avocat pénaliste Jean-Yves Moyart (éd. Les Arènes), alias Maître Mô, qui plaidait le jour et rédigeait ses chroniques judiciaires la nuit a inspiré ce seul-en-scène. Ses récits de la justice ordinaire, parfois drôles, souvent déchirants, toujours étonnants, publiés sur son blog puis sur Twitter, ont été lus plus d’un million de fois.Ronan Heuzel a choisi d’adapter trois d’entre elles pour la scène. Au programme : suspens, rebondissements et émotions.
♥♥♥ Tout est parti d’une visite au Louvre avec des jeunes « éloignés de la culture » – expression convenue qui dit bien ce qu’elle veut dire. Ce jour-là, Céline Caussimon a découvert que ces adolescents avaient en réalité beaucoup de choses à dire sur les œuvres exposées, que l’art possédait cette capacité de lever les barrières sociales pour permettre à chacun d’exposer son point de vue. De cette intuition est né un projet singulier : demander à des personnes détenues de s’exprimer par écrit sur des chefs-d’œuvre de Basquiat, Cézanne, La Tour, Picassoou Van Gogh. C’est cette expérience que la comédienne restitue aujourd’hui dans un seule en scène où se mêlent témoignage personnel et parole confisquée – celle de femmes et d’hommes que la société a placés hors de son champ.
♥♥♥Dans un service d’un hôpital psychiatrique. Une table, des chaises, un banc… et la solitude. Celle des malades, celle des soignants, celle du personnel hospitalier. Frank, Maria, Youcef, Nadia, Bilal, Robert, Valentin, Adrienne, Miguel et bien d’autres. Quatre comédiens interprètent une vingtaine de personnages. Pour chacun, un signe distinctif, une démarche, une voix, une façon d’habiter le corps. Ils passent de l’un à l’autre avec fluidité, cassant les assignations de genre, d’âge ou d’apparence. Il ne s’agit pas d’illustrer mais de faire ressentir la souffrance mentale. Les malades, ralentis, hébétés parfois par les traitements, avancent dans une temporalité floue. Les soignants courent, toujours pressés, toujours en tension, dépassés mais présents et empathiques. Les récits de vies à vif, au bord du gouffre, se croisent, se répondent, se percutent. On entend la souffrance, la violence, l’immobilisme mais aussi la lucidité dérangeante des patients. On sent l’usure des équipes, les effets dévastateurs des restrictions budgétaires, des injonctions administratives absurdes qui grignotent au fil des années la dignité dans les soins.
Loin des clichés, À la folie (adapté du livre de Joy Sorman – Éditions Flammarion) porte un regard à la fois cru et tendre sur une humanité écorchée et interroge sur la prise en charge de la maladie mentale de nos jours. Adapté et mis en scène par Caroline Loëb, « Ce théâtre-là ne juge pas. Il tend le miroir et nous rappelle que ce que nous appelons ‘‘folie’’ est souvent une forme extrême de douleur. Et qu’elle nous concerne tous, de près ou de loin. […] J’ai relu À la folie après un épisode personnel douloureux qui m’a conduite à faire hospitaliser un proche (NDR : un frère schizophrène, un ami bipolaire). Deux voies s’ouvraient alors à moi : sombrer ou créer. Le théâtre s’est imposé comme refuge et nécessité. […] Autour des soliloques des malades, j’ai construit des dialogues et des scènes chorales sur l’état de la psychiatrie. »
« Ce qui m’intéresse, c’est d’inviter un public à devenir spectateur »
C’est par une belle après-midi printanière, au cœur du 11e arrondissement parisien, que je rencontre Olivier Letellier, le directeur des Tréteaux de France, nommé à leur tête en juillet 2022. Comédien de formation et metteur en scène, Olivier Letellier envisage cette institution culturelle, non pas seulement comme un lieu de diffusion mais comme un lieu de fabrique. Soixante-sept ans après leur création, il y développe un travail exigeant, centré autour des écritures contemporaines à l’adresse de l’enfance et de la jeunesse, pour aider à construire les « publics d’aujourd’hui et les citoyens de demain ». Une rencontre inspirante et passionnante qui met à nu ses engagements d’homme de théâtre.
♥♥♥♥(♥) Être ou ne pas être footballeur ? Comédien ? Telle était la question pour le jeune William Mesguich. Fils de l’acteur et metteur en scène Daniel Mesguich, il remonte le fil de sa propre histoire entre terrain de foot et scène de théâtre, hésitation et engagement, passion et vertige. Ce n’est pas parce qu’il est le fils d’une célébrité que le chemin à parcourir ne sera pas parsemé de doutes et de renoncements, d’élans puissants et de belles rencontres comme celle d’un autre William, William le grand, William Shakespeare.
Être ou ne pas être, écrit et mis en scène par William Mesguich et Rebecca Stella, est un spectacle extrêmement intime qui plonge dans l’immensité des vies et des aventures d’un petit garçon, puis d’un adolescent fou de football qui, suite à une grave fracture survenue lors d’un match, avouera à ses parents sa passion pour les textes classiques et son désir d’être comédien.
♥♥♥♥ Après l’immense succès de leur premier spectacle, les frères Mathias et Julien Cadez, alias Les Virtuoses, reviennent avec une nouvelle création, En pleine tempête. Dans cette aventure inédite, ils ouvrent leur univers absolument déjanté à un troisième personnage : Anna Gagneur, une violoniste aussi redoutable que fascinante.
Les Virtuoses sont de retour ! Déjà 300 000 spectateurs conquis… dont Coup de théâtre. Qui sont-ils ? « La musique au bout des doigts, la magie dans les veines, et le clown pour leur donner vie. » Avec humour, panache et poésie, ils emportent les spectateurs aux frontières du réel… et de leur imaginaire. « La tempête que nous mettons en scène est à la fois intérieure et extérieure. Elle représente ce bouleversement qui pousse à sortir de sa zone de confort, à affronter l’inconnu. L’arrivée de la mystérieuse violoniste […] symbolise l’altérité : elle perturbe, questionne, mais surtout, enrichit. […] Comment trouver un terrain d’entente, une nouvelle harmonie, lorsque tout semble nous opposer au premier abord ? »
Ce matin, présentation officielle de la programmation de La Scala Provence au Festival d’Avignon 2026 qui se tiendra du 4 au 25 juillet 2026. Frédéric Biessy, directeur des lieux, était entouré par plusieurs artistes de cette édition, notamment Delphine de Vigan, Thomas Fersen, Justine Heynemann, Rachel Arditi, Mehdi Djaadi, Robin Ormond, etc.
Ouverte à toutes les disciplines artistiques, la programmation de La Scala Paris et de La Scala Provence réunit jeunes artistes et stars des scènes pour rapprocher le meilleur de la création de tous les publics dans leurs quatre salles de spectacle et de concert. Sa programmation fait le pari de l’éclectisme. Un programme pluridisciplinaire qui s’adresse à toutes et tous. « Nous défendons le théâtre de l’éclectisme, de l’excellence et de l’émergence. »
Coup de théâtre a chroniqué une dizaine de spectacles sur les 44 programmés cet été à La Scala Provence (par ordre alphabétique). Parmi eux, plusieurs de nos coups de cœur.
♥♥♥ Dans Parce que c’est toi (mots les plus célèbres de Montaigne qui résument la fulgurante amitié qui le lia à La Boétie), s’enchaînent le coup de cœur amical de Maude et Alex, le coup de foudre entre Maude et Simon et la naissance d’une grande amitié entre Simon et Alex. Une amitié qui va longtemps être un refuge jusqu’à ce que la vie leur réserve un drame. Simon et Alex se retrouvent alors dans un tête-à-tête intime et pudique où se devine la profondeur que réserve parfois l’amitié masculine. Mais face à Jo, la sœur d’Alex, qui ne fait pas de cadeaux, et Fred qui fait des gâteaux, les deux amis vont se révéler. Pour quelle issue ? Quelle douleur ? Quels secrets ? Dire la vérité par amitié ou se taire par amour ? Dans une explosion de sentiments croisés et d’humour, les questions se superposent…
♥♥♥♥ Paris. XIXe siècle. Embauchée au Bonheur des dames, grand magasin de prêt-à-porter féminin à la pointe de la mode, dont le développement spectaculaire entraîne la mort du petit commerce de quartier, la jeune provinciale Denise Baudu découvre le monde cruel des vendeuses, la précarité de l’emploi… Par son intelligence et sa dignité, elle suscite l’intérêt de son directeur, Octave Mouret. Visionnaire sur les nouveaux modes de distribution, il lui permet de gravir tous les échelons alors que l’évolution de la place de la femme dans un milieu professionnel est loin d’être acquise. Parallèlement, il nourrit secrètement des sentiments envers la jeune fille.
Au Bonheur des Dames (1883), l’un des romans les plus célèbres d’Émile Zola, appartenant à la saga des Rougon-Macquart, s’inspire de la fondation du premier grand magasin français Le Bon Marché (1852), par Aristide Boucicaut. Son écriture naturaliste, avec la précision d’un horloger, s’attache à la description des faits sociaux et des caractères humains.
Pascale Bouillon relève, avec une maestria sans faille, deux défis et non des moindres : adaptation à la scène de l’un des plus longs romans d’Émile Zola et interprétation de 21 personnages (directeur, banquier, comptable, clientes, employé.e.s…) à elle seule. Elle évolue au milieu d’éléments de décor (portants, table, bancs…) et accessoires, évoquant tantôt le grand magasin ou le bureau d’Octave Mouret, tantôt l’intérieur d’un appartement d’une bourgeoise ou de l’oncle Baudu. Chaque personnage se caractérise par une tonalité de voix, une attitude corporelle, un signe particulier et un chapeau. Un modèle différent pour chaque personnage ! Dans le fil du périple de l’incroyable ascension de la jeune provinciale prête à tout pour subvenir aux besoins de ses jeunes frères, Pascale Bouillon ne perd l’attention d’aucun spectateur.