CAMILLE CLAUDEL – À LA FOLIE THÉÂTRE

168Dans son atelier qu’on a l’impression de partager, tant la proximité entre la scène et le public est étroite, Camille, assise sur un banc, dans une tenue de coton blanc, chante à tue-tête et bavarde à en perdre haleine tandis qu’elle lace ses bottes et continue de s’apprêter. Debout, ses mains cherchent éperdument le sculpteur Rodin, son amant (imaginé alors sur scène). Elle l’invite à lui prendre sa main.

En costume d’époque, Octave Mirbeau, Henri Asselin, critiques d’art et journalistes et le peintre Eugène Blot (trois rôles interprétés par Frédéric Goetz et Nicolas Pignon) occupent le fond de la scène, attablés et affairés à lire leurs correspondances. Ils n’ont de cesse de porter, à la lumière d’une bougie, Camille et son œuvre pour que l’éternité ne les oublie pas. Qu’ils se rassurent, Christine Farré (Camille et metteur en scène de la pièce) l’incarne avec une telle vitalité qu’elle semble être là, devant nous. Agenouillée sur le sol, habitée par une force impérieuse et impénétrable, elle creuse, triture, étire, modèle la terre sous ses mains passionnées qui donnent forme à la vie, aux Causeuses… Un talent qui rencontrera bien des déboires à s’exprimer longtemps dans l’ombre de Rodin, prisonnière d’un siècle machiste qui ne l’attendait pas : l’État français ne lui passera aucune commande, elle s’empêtrera dans des difficultés financières. Christine Farré prête sa sensibilité mais aussi son corps à Camille et n’hésite pas à se frotter le visage, son torse, ses bras d’argile pour mieux s’imprégner de l’artiste… D’une voie tourmentée, agitée, emballée, aux confins de l’exaltation de la passion, elle hurle sa souffrance, ses blessures face à ce monde plus enclin aux honneurs et à l’argent qu’à la quête d’un absolu.

Dans une fureur dévastatrice, elle détruira ses statues sous la stupéfaction de Mirbeau et Blot, impuissants à la consoler, et se clôturera dans son atelier avec ses chats. Une lente descente dans la dépression et la paranoïa la conduira à être internée dans un asile psychiatrique pendant trente ans. Délaissée des siens, elle attendra les lettres de son frère Paul et en vain de pouvoir sortir.

Un hommage appuyé à Camille Claudel que Christine Farré sculpte en chair et en os avec une profondeur de sentiment et cisèle avec une vigueur d’expression. Comme le prédisait Eugène Blot, « Le temps a remis tout en place ». En témoigne ce spectacle. 

Signé Carole !

 

CAMILLE CLAUDEL

À LA FOLIE THÉÂTRE, 6 rue de la Folie-Méricourt, 75011 Paris 

Jusqu’au 28 novembre 2015

les vendredis et samedis à 19h30

VICTOR – THÉÂTRE HÉBERTOT

40x60-VICTORnewOKUne affiche de gala, signée par le célèbre studio Harcourt, pour le duo star de cette rentrée théâtrale. Grégory Gadebois et Éric Cantona sont les protagonistes de Victor une pièce d’Henri Berstein au théâtre Hébertot depuis le 2 septembre. J’ai eu l’opportunité et le  plaisir d’assister à la couturière, confortablement installée au milieu d’une audience attentive et curieuse de découvrir ce duo inattendu sur scène ! La metteur en scène, Rachida Brakni, nous prévient, dans son speech introductif qu’elle s’accordera à tout moment le droit d’interrompre la représentation, si d’aventure la mise en scène lui déplaît. À bon entendeur… Extinction des lumières, lever de rideau. Sur scène, un homme est assis sur un banc public. Nous sommes en 1950. Victor (Grégory Gadebois) sort de prison, après une longue peine purgée à la place de Marc (Éric Cantona), héros de guerre et homme d’affaires peu fréquentable. Une décision qu’il avait alors prise par amour pour une femme, Françoise (Caroline Silhol), la femme de Marc. Françoise n’a rien oublié de cet amour pour Victor et souhaite le reconquérir. Entre amours contrariées, quête de richesse, amitié virile et désillusions, la pièce nous raconte la trajectoire de ce triangle amoureux. Cette belle trame narrative (la pièce se suit comme un film) est assurément une réussite d’autant que le casting fonctionne à 100%, à commencer bien sûr par Grégory Gadebois, l’inoubliable interprète de Charlie, dans le succès phénomène Des Fleurs pour Algernon. Il offre une nouvelle fois une prestation de haute volée de bout en bout, maniant toute la palette des émotions avec une simplicité et une profondeur formidables. J’ai été également très séduite par les seconds rôles, et notamment par la jeune comédienne Marion Malenfant, ex-pensionnaire de la Comédie Française, qui illumine le plateau par sa fraîcheur et la justesse de son interprétation. Ses scènes avec Grégory Gadebois sont à mon avis les plus convaincantes. Et « Canto » dans tout ça ? À demi-caché dans la pénombre d’un couloir, costume trois-pièces et borsalino vissé sur la tête, la metteur en scène, son épouse à la ville, n’a pas manqué de soigner son entrée en scène. Éric Cantona n’est certes pas un acteur professionnel mais force est de lui reconnaître une présence, une voix, une stature. Même si le débit est parfois rapide et la gestuelle un peu mécanique, il délivre une prestation très honorable avec quelques moments franchement réjouissants, notamment dans les duos avec Grégory Gadebois. Quelques regrets cependant : une mise en scène sans fausse note mais qui reste un peu linéaire et statique ; l’absence d’un « je-ne-sais-quoi » qui ne m’a pas permis de plonger dans les années 50, et de savourer la belle pièce d’atmosphère à laquelle je m’attendais. Peut-être est-ce dû aux décors un peu froids et à la signature musicale trop discrète. Ces bémols exceptés, un très joli moment de théâtre à vous conseiller en cette rentrée !

Le point de vue d’Elisabeth 

VICTOR

Théâtre Hébertot, 78 bis boulevard des Batignolles, 75017 Paris

Du mardi au samedi à 21h

Dimanche 17h

Crédit photos : L. LOT 

PhotoLot_Victor_equipePhotoLot_Victor41PhotoLot_Victor10PhotoLot_Victor26

HUIS CLOS – À LA FOLIE THÉÂTRE

164Un divan rouge tel celui d’un psychanalyste, un guéridon sans bras sur lequel on s’assoit, des musiciens concentrés qui attendent de jouer, un garçon d’étage coiffé d’un haut-de-forme (Mike Desa) qui déploie un rideau blanc, un bronze de Barbedienne posé sur un meuble, un bocal à poisson rouge dont l’eau recouvre un coupe-papier, une porte de réfrigérateur par laquelle Garcin, Inès et Estelle entrent chacun leur tour… dans ce salon pas comme les autres ! Où sont-ils ? Voudraient-ils ressortir, que trop tard… Les portes de l’enfer se referment sur eux. Dans une chaleur lourde et humide, un brûlant mystère pèse : pourquoi sont-ils là réunis tous les trois ? Aucun remords n’habite ces trois « morts » à l’existence soi-disant vertueuse. Et pourtant… C’en est trop pour Inès (Anne-Lore Leguicheux), une vraie méchante qui « a besoin de la souffrance des autres pour exister » et dont le franc-parler s’essouffle de s’embarrasser de tant de politesse. Avec convoitise, elle couvre des yeux la belle Estelle (Hélène Bondaz), une riche mondaine. La déception la gagne vite quand Estelle, langoureuse, tente de se faufiler entre les bras virils de Garcin (Ronan Cavenne), journaliste au temps de son séjour sur terre, qui n’a de cesse pour l’heure de se réassurer auprès d’Inès qu’il n’est pas un lâche. Une partie mal engagée dont l’éternité de la peine rend l’épreuve épouvantable : les masques tombent, les personnalités se révèlent, le ton monte, les conversations s’enflamment sans fin sous le regard de l’autre, miroir de sa propre réalité, car « l’enfer, c’est les autres », aurait dit Sartre.

Une adaptation originale de « Huis Clos », signée Anne-Lore Leguicheux, qui sous le signe des arts, mêle la danse, la musique et le théâtre des mots à l’esprit de Sartre.

À chacun son danseur : Mélodie Decultieux, Juliette Brulin, Maxim Campistron épousent respectivement le corps « astral » d’Inès, Estelle et Garcin et dansent leurs maux sous les accords d’une musique créée dans le cadre de cet événément et écrite par les musiciens eux-mêmes (Clément Caritg, Ludovic Cayrel, Agnès Le Batteux, Caroline Trouillet). L’inconscient en mouvement et en musique aux portes de l’enfer… Réaliste ? Absurde ? Sartre aurait-il sauté de son fauteuil ? Moi, je m’y suis enfoncée avec plaisir. Une version contemporaine très artistique.

Signé Carole !

HUIS CLOS  

À La Folie Théâtre, 6, rue de la Folie Méricourt, 75011 Paris

Du jeudi au samedi à 21h30 – Jusqu’au 7 novembre 2015

Crédit photos : Denis Pascal 

vz-9e87ad87-7ab8-42e1-9c60-be1e44699e4c vz-bc5bf66c-720f-4e6d-b5bd-4180dc14ba78 vz-cf72e3b7-f3ce-4e9f-afcb-8f97537d534b vz-e0d7caa4-a9dd-402f-afea-57235d611473

 

 

 

ISABELLE LÉVY REJOINT LE BLOG « COUP DE THÉÂTRE » !

Crédit : Photographies de ©The Tordjmaniac.

Crédit photo : The Tordjmaniac.

Chers amis,

L’aventure du blog « Coup de théâtre » se poursuit ! Nous sommes heureuses d’accueillir en cette rentrée 2015 une troisième chroniqueuse en la personne d’Isabelle Lévy.

Isabelle Lévy est écrivain, formatrice, conférencière, spécialiste des questions des pratiques religieuses en hôpital. Elle a signé ainsi plusieurs ouvrages sur la prise en compte des rites, cultures et religions dans les établissements de santé. Elle s’est intéressée par ailleurs à l’histoire anecdotique des grandes découvertes médicales (physiologie et instruments) et au Prix Nobel (biographie d’Alfred Nobel, histoire du prix et de ses lauréats).

Mais vous l’aurez compris, Isabelle Lévy est également une grande passionnée de théâtre ! Sociétaire de la Société des Gens de Lettres, auteure de spectacles de théâtre pour enfants et spectatrice avertie, Isabelle signera désormais des chroniques dans une nouvelle rubrique qui lui est dédiée « Le regard d’Isabelle » ainsi que des interviews.

Bienvenue Isabelle !

http://www.levyisabelle.net

UN MONDE ÉPATANT – BOUFFON THÉÂTRE

Affiche Un Monde EpatantChers lecteurs et amis blogueurs,

Nous voici de retour de vacances ! Avant de vous annoncer quelques jolies surprises pour le blog, nous sommes ravies de vous retrouver avec la première chronique de la rentrée. À la semaine prochaine…

Pinot, Pineau ou Pinaud (Thierry Nenez), il incarne son nom, accroché à sa bouteille, confortablement assis dans son fauteuil qu’il a investi dans un quartier pas tout à fait tranquille où « des racailles » viennent le déranger assez souvent. Oui, lui… il est pour le nouveau président qui le débarrasserait de tout ça : enfin un homme dans lequel il peut placer sa confiance. En attendant, il s’en fumerait bien une petite.

Costume trois-pièces, grand, bel homme, absorbé dans ses pensées, il (Philippe Saïd) profite de quelques minutes pour se reposer sur un banc quand Pinot l’y soustrait : « Eh vous n’avez pas une cigarette ? ». Une conversation d’une heure et vingt minutes va s’engager. Deux hommes que tout semble séparer si l’aventure de la vie ne les avait pas conduits dans les mêmes dédales. Enfin, presque, car le plus normatif n’est pas celui qu’on croit. D’ailleurs qui est cet homme sous son apparence « cadre bien sous tout rapport »  qui refuse de décliner son nom ?

Progressivement, Pinot et le « cadre bien sous tout rapport » vont confronter leur vision de la société, du monde, s’interrogeront sur eux-mêmes – leurs faiblesses, leur désespoir – mais aussi sur l’autre, l’étranger. Entre pulsions de vie et de mort, leurs destins se croiseront… jusqu’à la folie.

Sous la lumière tamisée d’un lampadaire, Thierry Nenez et Philippe Saïd dévoilent une maturité d’acteurs évidente et interprétent avec beaucoup de sensibilité le texte riche et grave de Jean-Louis Bourdon. Certains monologues sont cependant parfois trop longs, semblent se répéter et cassent un peu le rythme. Un duo « épatant » qui sait déclencher le rire, créer le suspense et susciter chez ceux qui les regardent interrogation face au monde.

À découvrir : le Bouffon Théâtre. À vocation interculturelle, il accueille des spectacles dans une ambiance chaleureuse et un cadre original – de grandes marches qui servent de gradins surplombent un plateau en vieux bois patiné qui fait office de scène.

Signé Carole !

UN MONDE ÉPATANT

Du 1 au 6 septembre 2015 : Théâtre Espace44, 44 rue Burdeau, 69001 LYON 

Du 24 au 27 septembre 2015 : Carré Rondelet Théâtre Montpellier, 14 rue de Belfort, 34000 MONTPELLIER 

Les 16, 17, 18 octobre 2015 et les 6, 7, 8, 20, 21, 22 novembre 2015 : Théâtre Bouffon, 26-28 rue de Meaux, 75019 PARIS 

SUMMER BREAK

1bb10fd5bc9ac8cece48b54f1b8458c1Chers lecteurs et amis blogueurs,

Après un premier semestre bien rempli, nous mettons entre parenthèses nos aventures théâtrales pour profiter du break estival. Nous vous donnons rendez-vous à la rentrée pour de nouvelles chroniques, de belles rencontres et …quelques surprises. 

D’ici là, nous vous souhaitons un très bel été, plein de soleil et d’évasion. 

Elisabeth & Carole

 

 

CELUI QUI TOMBE & LEAVING ROOM – COMPAGNIE YOANN BOURGEOIS

050Il est des spectacles qu’on n’oublie pas. C’est la dernière chronique de la saison avant le break estival et, tradition du blog oblige, je conclus par LE spectacle qui m’a littéralement conquise au cours des six mois écoulés. Petite entorse à notre terrain de jeu habituel, il ne s’agit pas de théâtre stricto sensu mais de deux spectacles inclassables relevant davantage des arts du cirque et signés par une compagnie grenobloise qui fait beaucoup parler d’elle depuis quelques années: la compagnie Yoann Bourgeois, du nom de son jeune fondateur. Acrobate, jongleur, danseur, trampoliniste et metteur en scène, Yoann Bourgeois se définit comme « un artiste de cirque mais joueur d’abord et sans spécialité ». Passé entre autres par l’École du cirque Plume, le Centre national des Arts de Chalons en Champagne et le Centre national de danse contemporaine d’Angers, il décide de créer sa propre compagnie en 2010, composée aujourd’hui d’une vingtaine de personnes. Son univers ? Des spectacles à la fois techniques et très visuels conçus à partir d’une réflexion sur les notions d’équilibre, d’apesanteur, de gravité et du refus de la chute. Avec en fil rouge une quête personnelle et perpétuelle du « point de suspension », ce point bien connu des artistes de cirque qui correspond à l’instant où les corps sont au plus haut de l’envol avant la chute. Comme une seconde d’éternité où le temps n’a plus de prise. Dans l’univers de Yoann Bourgeois, rien ne tient vraiment debout, on perd l’équilibre, on se suspend, on dégringole, on se rattrape au vol, on s’accroche aux branches et on se laisse aussi tomber parfois. Pour illustrer les rapports de force entre les corps et les éléments, le metteur en scène signe chacune de ses créations par l’utilisation d’objets ou de dispositifs variés, inattendus, éminemment graphiques, comme des cubes, balanciers, escaliers, trampolines invisibles,… Le comédien/acrobate n’est pas au centre de la scène (au propre comme au figuré) mais représente un élément en interaction permanente avec les objets qui l’entourent, avec les forces qui le guident. 

En juin dernier, j’ai pu découvrir « Celui qui tombe » au Théâtre de la Ville, l’une des créations les plus récentes de la Compagnie créée à l’occasion de la 16e Biennale de la Danse de Lyon en septembre 2014. Un spectacle véritablement saisissant! Dès les trente premières secondes, on est scotché. La scène est plongée dans l’obscurité totale quand soudain une grande plateforme en bois de six mètres carré suspendue par quatre filins descend des cintres. Elle oscille, s’incline, se penche dangereusement dans le vide : la descente, rythmée par le grincement du bois qui « travaille » semble mal engagée, laborieuse, périlleuse. Juchés sur cette plateforme, six personnages, trois hommes et trois femmes – une « petite humanité » comme le décrit Y. Bourgeois – sont soumis aux oscillations incertaines de ce balancier géant. Ils s’agrippent, s’accrochent, pour garder leur équilibre, ne pas glisser, ne pas tomber dans le vide. Individuellement ou ensemble, ils résisteront. Après, ce seront d’autres aventures qui les attendront dont celle, une fois la plateforme fixée au sol et mise en mouvement par un pivot, qui les emportera avec elle de plus en plus vite au son de « My way » les contraignant d’abord à marcher, puis courir, sauter, trébucher, s’unir pour certains, se séparer parfois, tomber.  Chercher à tenir debout quand les forces nous en empêchent, malgré les contraintes qui pèsent et s’exercent. Une métaphore de la condition humaine magnifiquement illustrée par les différents tableaux de ce spectacle inclassable, captivant, magnétique, à la chorégraphie millimétrée et désarmant de grâce et de poésie. On se surprend à sourire, rire, s’effrayer, s’émouvoir aux aventures de ces drôles de pantins soumis aux lois de l’équilibre et de la gravité.

Le spectacle « Leaving room » présenté au Carreau du Temple dans le cadre du festival Paris Quartier d’été est plus intimiste mais garde la signature « Bourgeois ». Il est 22h, il fait presque nuit dehors quand nous venons nous installer dans l’immense salle du Carreau. Question siège, c’est l’embarras du choix : chaises longues pour les plus chanceux, gradins ou tapis jonchés élégamment sur le sol pour les derniers retardataires. Les protagonistes du soir (Yoann Bourgeois, Marie Fonte et la harpiste Laure Brisa), installés au fond de la scène, nous attendent déjà en échangeant discrètement quelques mots avant de s’offrir aux regards, quand soudain un projecteur s’écrase au sol. Silence glacial dans les rangs du public. Et c’est parti pour 50 minutes de spectacle, composé de courtes pièces dans lesquelles Yoann Bourgeois fait ses gammes et explore les thèmes qu’il affectionne : chute, équilibre, pesanteur. En substance, la relation d’un homme et d’une femme, des conflits, des discussions, des séparations, des retrouvailles magnifiées par un dispositif « bourgeoisien » : une balance de Lévité, une table et deux chaises, un métronome et un trampoline invisible au pied d’un escalier, comme autant d’éléments susceptibles d’illustrer toutes les forces qui régissent les sentiments et les unions humaines. Un moment d’exception : les chutes et rebonds infiniment poétiques de Yoann Bourgeois de l’escalier au trampoline. La scène finale où les deux protagonistes tentent de trouver leur équilibre à quatre mains sur une planche surplombant un globe est d’une grâce infinie. La musicienne (la harpiste Laure Brisa) accompagne le duo par une bande son empruntant tout à la fois à Schubert, Philippe Grass, Bach. Singulier mais envoûtant. Encore une occasion de se régaler avant la dernière ligne droite des vacances: le spectacle « Cavale » est proposé demain gratuitement sur le parvis du Sacré Cœur. J’y serai pour clore ce mois de juillet en beauté …et en apesanteur.

Le point de vue d’Elisabeth 

CAVALE  – Compagnie Yoann Bourgeois 

Dimanche 26 et lundi 27 juillet à 21h (spectacle gratuit)

Parvis du Sacré Coeur

Pour en savoir plus sur la compagnie : http://cieyoannbourgeois.fr/

Crédits photo : Géraldine Aresteanu 

© Geraldine Aresteanu © Geraldine Aresteanu © Geraldine Aresteanu © Geraldine Aresteanu © Geraldine Aresteanu

  Chute-1-detail

TESTER L’ACTORS STUDIO CET ÉTÉ !

Si vous prenez des cours de théâtre et que vous vous intéressez à la célèbre méthode de l’Actors Studio, ce post est pour vous !

Méthode d’enseignement d’art dramatique de référence aux États-Unis, la méthode de l’Actors Studio a été créée par Constantin Stanislavski, un comédien, metteur en scène et professeur d’art dramatique russe (1863 – 1938) pour qui le jouer vrai, le jouer juste était une obsession. Le comédien, selon Stanislavski, doit savoir plonger dans sa propre mémoire sensorielle, affective et son vécu propre pour être le personnage et non pas faire semblant d’être le personnage.  La méthode consiste donc  à apprendre aux acteurs à ne pas être dans un art de représentation mais dans un art d’expériences véritables, qu’elles soient physiques, psychologiques ou émotionnelles.  Le texte n’est, en quelque sorte, qu’un produit dérivé de la situation. L’enseignement de Stanislavski a influencé le célèbre cours de théâtre new-yorkais Actors Studio.

J’avais eu l’occasion de me « frotter » à l’enseignement de la Méthode à l’occasion d’un stage de deux jours chez Method Acting Center, un cours de théâtre parisien qui fonde son enseignement sur la Méthode Stanislavski. Passionnant et très complémentaire des cours de théâtre « traditionnels » qui partent en priorité de la compréhension et de l’analyse des textes.

De juillet à septembre, Method Acting Center propose de faire découvrir cette méthode de jeu au cours de classes gratuites. Aucune inquiétude pour les débutants, pas besoin d’être acteur pour y participer ! Les exercices proposés sont simples et concrets et donnent un aperçu des premières bases de l’acting.

Les prochaines sessions gratuites sont programmées les samedis 8, 22 et 29 août et les samedis 5 et 19 septembre. 

Pour s’inscrire, c’est ici !

Bel été à toutes et tous !

10921649_926829780690746_1722828234454880022_o1_Stage3_methodactingScènes_1_2_David_008

 10933951_926829944024063_1865046110221534685_n

LES AMOUREUX DE MARIVAUX – THÉÂTRE LE RANELAGH

vz-b9a837a5-f702-4ae6-bac7-22ab1b36b018Si l’heure des grandes vacances n’a pas encore sonné pour vous, il est encore temps d’aller découvrir un joli spectacle musical créé par la compagnie « Les Mauvais Élèves » actuellement à l’affiche du théâtre du Ranelagh. A l’origine du projet, deux jeunes comédiennes, Elisa Benizio et Bérénice Coudy – auxquels se sont joints Guillaume Loublier et Valérian Béhar-Bonnet, tous issus du cours de Jean-Laurent Cochet – qui ont eu envie de rendre hommage à leur auteur classique préféré : Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux. Ainsi est né ce spectacle musical « Les amoureux de Marivaux », alternant les plus belles scènes d’amour du théâtre (parfois méconnu) du célèbre auteur du « Jeu de l’Amour et du Hasard » (La Méprise, L’heureux Stratagème, La Commère, …), et ponctué d’une dizaine de chansons du répertoire français du XXe siècle, de Serge Gainsbourg à Jane Birkin, de Sylvie Vartan à Michel Polnareff. Comme une jolie passerelle entre les siècles où les situations amoureuses se font écho. Sur le plateau, rien ou presque (2 chaises !), le spectacle ne repose uniquement que sur l’énergie et l’implication des quatre comédiens qui s’en donnent à cœur joie pendant une heure trente, aussi à l’aise dans l’art dramatique (ils se partagent une quinzaine de personnages), le chant a cappella, la danse que le …beat box, ravis de leur partition, complices avec le public. Bravo à eux de nous donner l’occasion de redécouvrir de belles scènes méconnues du répertoire classique et de faire sonner la langue et le théâtre de Marivaux – fin observateur des états d’âme amoureux – de manière si moderne ! La mise en scène est signée par le célèbre duo Shirley et Dino, qui a su insuffler malice, poésie et impertinence. A noter également le joli soin apporté aux costumes. Dommage peut-être de ne pas avoir accompagné le spectacle d’une bande son afin de donner encore plus de pétillance à l’ensemble.

Au final, un spectacle tout public, plein de générosité et déjà bien rodé (Comédie Nation, Théâtre du Poche Montparnasse, Festival d’Avignon 2014), à consommer bien frais dans le magnifique théâtre du Ranelagh jusqu’au 31 juillet ! Et petit clin d’œil, en fin de représentation, la compagnie « Les Mauvais Élèves » vous offre la possibilité d’envoyer une carte postale à la personne de votre choix en guise d’invitation au spectacle ! Faites tourner ….

Le point de vue d’Elisabeth 

LES AMOUREUX DE MARIVAUX

Théâtre Le Ranelagh, 5 rue des Vignes, 75016 Paris

Du mercredi au samedi à 21h

Le dimanche à 17h

Jusqu’au 31 juillet 2015

http://www.achilletonic.com/

TAILLEUR POUR DAMES – THÉÂTRE MONTPARNASSE

affiche_tailleur_pour_dames1886, l’actuelle salle du Théâtre Montparnasse est « bâtie ». 1886, Feydeau « se taille » un franc succès avec Tailleur pour Dames. Symbolisme des chiffres ?
C’est dans le droit fil de l’esprit de Feydeau qu’Agnès Boury a choisi de mettre en scène cette comédie dans ce théâtre. Tout est impeccablement assemblé. Du cousu main. Pas de mauvais plis… De fil en aiguille, la trame se tisse sous les éclats de rire incessants du public. Des comédiens sur mesure, haut en couleurs, à la hauteur de la pièce. Un coup de cœur particulier pour Guihem Pellegrin (le domestique). De la fraîcheur par cet été caniculaire.

Un peu d’eau à la bouche…

Le Docteur Moulineaux, loin de son confort coutumier, n’a pas passé la nuit chez lui. Épuisé, il rentre à l’aube et subit les reproches improbables de son domestique qui s’est rendu compte de son absence. Yvonne, sa jeune et jolie femme et plutôt naïve, qui avait surgi de sa propre chambre, lui demande de se justifier. Il s’embourbe alors dans une cascade de mensonges… ce n’est que le début !

Signé Carole !

TAILLEUR POUR DAMES 

Théâtre Montparnasse, 31 rue de la Gaîté, 75014 Paris 

Du mardi au samedi 20h30, matinée le samedi à 17h30.

Jusqu’au 29 août.

scene02scene03scene07scene01

 

scene04