LES VŒUX DU CŒUR – THÉÂTRE LA BRUYÈRE

vz-3bd0561f-16b8-486d-878f-486919b498dbBrian et Tom s’aiment. Très croyants, ils désirent que le Père Raymond les unissent par les liens sacrés du mariage pour vivre pleinement leur amour au sein de l’église dans laquelle ils se reconnaissent et s’épanouissent depuis de longues années. Mais ils se heurtent à son refus : comment pourrait-il les unir alors que l’Eglise catholique dénie l’homosexualité ? Lorsqu’Irène, la sœur de Brian, cherche à le convaincre, le prêtre se trouve à son tour confronté à un choix qui bouleversera ses propres convictions. Quatre vies, quatre dilemmes : amour, conscience, sexualité, foi. En sortiront-ils tous indemnes ?

Bill C. Davis, l’auteur de la célèbre pièce L’Affrontement, revient sur son thème de prédilection : l’adaptation de l’Église catholique à la vie moderne. Au-delà des questions récurrentes – le mariage et de la parentalité des homosexuels, l’enfantement hors mariage, le célibat des prêtres – une question sous-jacente porte l’argument du spectacle : peut-on revenir sur nos engagements au fil des circonstances de la vie et de l’inconstance de nos sentiments sans pour autant renier notre foi religieuse ?

Le texte de Bill C. Davis est riche en points de réflexion comme en pointes d’humour sans doute pour mieux présenter quelques thèses théologiques parfois difficiles à saisir. La traduction des dialogues par Dominique Hollier permet des réparties aussi incisives que légères. La mise en scène d’Anne Bourgeois est vive, assistée en cela par une scénographie tonique et astucieuse de Sophie Jacob (décors) et de Jean-Luc Chanonat (lumières). Quant aux comédiens – Julie Debazac, Julien Alluguette, Bruno Madinier, Davy Sardou – ils sont tous excellents, leur jeu subtil et convaincant, même si on regrette la pudeur dans l’expression des sentiments et dans les élans des corps de Julie Debazac et Bruno Madinier même s’ils sont écartelés entre les contradictions de leurs sentiments et de leurs engagements.

Même si la trame de la pièce est un peu cousue de fil blanc et le texte piqué de quelques longueurs, c’est un excellent moment de théâtre à ne pas manquer.

Le regard d’Isabelle

LES VŒUX DU CŒUR

Théâtre La Bruyère, 5, rue La Bruyère, 75009 Paris

Du mardi au samedi à 21h

Matinée le samedi à 15h30 

Crédit photos Lot 

 LES VOEUX DE COEUR Photo Raymond Irene (Libre de droits (c)Photo Lot)LES VOEUX DE COEUR Photo Brian (Libre de droits (c)Photo Lot) LES VOEUX DE COEUR Photo Tom Brian (Libre de droits (c)Photo Lot) LES VOEUX DE COEUR Photo Raymond Brian Tom (Libre de droits (c)Photo Lot)LES VOEUX DE COEUR Photo Tom Irene (Libre de droits (c)Photo Lot)

QUATRE MINUTES – THÉÂTRE LA BRUYERE

afficheC’est l’histoire d’une rencontre entre deux femmes. Que rien ne devait réunir. Et que la musique sauvera. Allemagne, dans les années 80. Traude Krüger est une professeure de piano d’un certain âge, aux allures de vieille fille psychorigide et autoritaire, secrètement blessée par un passé qu’on devine douloureux. Elle dispense des cours de piano en prison, où elle rencontre Jenny Von Loeben, jeune taularde néo-punk de 20 ans écorchée vive, incontrôlable et accusée à tort du meurtre de son père qu’elle n’a pas commis. La professeure, d’abord réfractaire à éduquer musicalement la jeune femme, se prendra progressivement d’amitié pour cette rebelle, qui se révélera une musicienne surdouée. Elle donnera toute sa force et sa détermination à la préparer au concours des jeunes pianistes du Conservatoire. Une audition de quatre minutes qui pourra changer le cours de leurs vies. L’opportunité inespérée d’un nouveau départ ?

Deux femmes que tout oppose, deux parcours douloureux, deux résonnances à un passé inavouable. Mais une passion commune pour la musique qui leur permettra de s’affranchir du poids des secrets et de retrouver l’énergie de s’exprimer et la rage de vivre. Voilà en substance le sujet de la pièce Quatre Minutes, tirée du film allemand éponyme de Chris Kraus sorti sur les écrans français en 2008. 

Au-delà de la confrontation des deux femmes et du salut par la musique, et sans dévoiler plus avant l’intrigue, la pièce plonge également le spectateur au cœur de sujets plus lourds : régime nazi, homosexualité féminine, résistance face à la mort, au silence, à l’oubli… Comment surmonter le deuil ? Comment s’affranchir d’un passé encombrant ? Comment reconstruire sa vie ? La pièce y répond par un très beau message d’espoir. La mise en scène, signée Jean-Luc Revol, permet au spectateur de suivre la pièce comme un film, par le découpage très cinématographique des scènes et la variété des décors (coulissants… astucieux !), qui font «voyager» de l’établissement carcéral froid et austère, vers l’intérieur douillet de Madame Krüger en passant par les coulisses d’une grande salle de concert. Sur le plateau, aux côtés de comédiens expérimentés (Andréa Ferréol dans le rôle de Traude Krüger, Erick Deshors et Laurent Spielvogel incarnant respectivement un gardien de prison et le père adoptif de Jenny), la jeune comédienne Pauline Leprince dans le rôle de Jenny brûle littéralement les planches : assurément la révélation de la pièce ! Parfaitement juste dans la composition de son personnage, engagée physiquement à 100%, elle offre de belles prestations dans ses confrontations avec Andréa Ferréol – même si j’ai regretté son débit parfois un peu rapide -, aussi à l’aise dans les intentions de colère, de désespoir, d’espoir naissant ou de nostalgie. Assurément, du talent et de la générosité à revendre. Une comédienne à suivre. Au final, du bel ouvrage ! Dommage seulement que le titre de la pièce (et l’affiche) ne soit pas plus évocateur du thème central et des sujets pourtant nombreux de la pièce. A l’affiche jusqu’au 20 décembre.

Le point de vue d’Elisabeth

QUATRE MINUTES

Théâtre La Bruyère • 5 rue La Bruyère, 75009 Paris

Du mardi au samedi à 21h

Matinée samedi à 15h

Jusqu’au 20 décembre 2014