ADOLF COHEN – COMÉDIE BASTILLE

vz-50f20dec-deac-42f9-8480-8ee1aea180a2Adolf Cohen (Jean-Loup Horwitz) est l’histoire tendre et émouvante d’un enfant qui traverse les tempêtes du siècle dernier avec sa naïveté et son humour, né dans un petit village d’Europe centrale et mort dans un attentat à Tel-Aviv. C’est aussi le parcours d’un homme dans son rapport avec les trois femmes de sa vie (toutes interprétées par Isabelle de Botton) : sa mère biologique, juive ; sa mère d’adoption, catholique et celle qu’il aime en Israël, musulmane Palestinienne…

Le texte puissant et jubilatoire de Jean-Loup Horwitz plonge les spectateurs au cœur de l’histoire douloureuse du XXe siècle. Entre les rires et les larmes, ce spectacle plein de rebondissements, d’humour, de tendresse et d’émotions est un véritable hymne à la paix. Quant à l’interprétation remarquable des comédiens, c’est du talent à l’état pur. Le tout est une magnifique et bouleversante leçon de tolérance merveilleusement orchestrée par Nicole et Jacques Rosner.

Cette excellente pièce de théâtre qui colle si bien à notre triste actualité est à découvrir sans délai. Courez-y ! Vous ne le regretterez pas. C’est un de mes coups de cœur de l’année 2015.

Le regard d’Isabelle

 

ADOLF COHEN

Comédie Bastille, 5 rue Nicolas Appert, 75011 Paris 

Du jeudi au samedi 19h – Dimanche 15h jusqu’au 2 janvier 2016

 

ENFABLÉES ! – COMÉDIE BASTILLE (SPECTACLE JEUNE PUBLIC)

Affiche EnFablées 2014Les spectacles jeune public font l’actualité théâtrale en cette période de vacances scolaires ! Mes petits reporters d’un jour, Mathilde 8 ans et Pierre 7 ans, ont eu le plaisir d’assister à « Enfablées », la dernière création de Carabistouilles et Cie, actuellement à la Comédie Bastille. Les lumières s’éteignent, chutttt…ça commence ! Sur le plateau, un beau livre d’histoires trône sur un lutrin. Alors qu’une drôle de visiteuse cherche à tourner les pages, elle se retrouve nez à nez avec un corbeau puis un renard et se retrouve finalement projetée dans un monde merveilleux… des fables de la Fontaine ! Un spectacle plein de fantaisie, d’espièglerie et de tendresse, mené tambour battant par deux comédiennes épatantes : Pauline Klein et Héloïse Martin qui a d’ailleurs signé la mise en scène (ou en alternance Violette Mauffet et Solen Le marec). Une heure durant, toutes de noir vêtues, elles usent de tous les artifices (marionnettes, masques, théâtre d’ombres,..) pour se glisser, tels des caméléons, dans les personnages fameux du grand fabuliste. Une mise en scène moderne, très rythmée, parfois déjantée, pour découvrir ou redécouvrir « dans le texte » La Cigale et la Fourmi, le Chat et le Rat, le Chêne et le Roseau, le Corbeau et le Renard ou le Lièvre et la Tortue. Même si la compréhension du texte peut être difficile pour les tous petits, un chouette spectacle pour les 8 – 10 ans ! Courez l’applaudir jusqu’au 2 janvier 2016.

Le point de vue d’Elisabeth 

 

ENFABLÉES !

Comédie Bastille, 5 rue Nicolas Appert, 75011 Paris

Du lundi au samedi 14h30 pendant les vacances scolaires

Jusqu’au 2 janvier 2016

Crédit photos : Carabistouilles & Cie 

 

 

 

 

 

CONSEIL DE FAMILLE – THÉÂTRE DE LA RENAISSANCE

thumbnail_CONSEILDEFAMILLE40x60version3jpegCe soir, Flo (Guillaume Bouchède) a réuni son frère Ben (Erwan Creignou) et sa sœur Fanny (Maud Le Guénédal) un peu avant l’heure du dîner prévu avec leur mère (Eva Darlan). Fanny, mère de famille au bout du rouleau et vaguement employée dans la société que dirige Flo est tendue, leur mère n’étant pas des plus délicates. Ben, lui, est en retard comme d’habitude. Dessinateur de bandes-dessinées érotiques, il a très peu de succès, et sans son frère, il aurait du mal à payer son loyer. Mais c’est la crise aussi pour Flo, et ce chef d’entreprise pourrait bientôt mettre la clef sous la porte. Pourtant en arrivant à ce dîner familial, personne ne s’attendait à ce qu’il allait leur proposer…

Le texte d’Amanda Sthers et Morgan Spillemaecker est impertinent, féroce, percutant, irrévérencieux… mais surtout très drôle ! Les répliques souvent caustiques font mouche à chaque décoché. Les scènes s’enchaînent à un rythme effréné, les rebondissements sont étonnants. C’est un véritable régal, le public en est accroc de la première scène jusqu’au baisser de rideau. Quant au quatuor de comédiens – Eva Darlan, Guillaume Bouchède, Maud Le Guenedal et Erwan Creignou – il est absolument excellent tout comme la mise en scène d’Eric Civanyan.

Si vous désirez rire à gorge déployée, si vous voulez plus encore entendre des phrases que vous vous êtes souvent retenu de prononcer pour ne pas vous mettre à dos toute votre famille, assistez sans tarder à ce « Conseil de famille ». C’est un véritable exutoire… et vos proches vous paraîtront bien plus aimables à son issue.

Le regard d’Isabelle 

CONSEIL DE FAMILLE 

Théâtre de la Renaissance – 20 Boulevard Saint-Martin – 75010 Paris 

60 représentations à partir du 20 mai 2017 : du mardi au samedi à 20h30 et à 17h les samedis 

 

LA MAISON DE BERNARDA ALBA – LA COMÉDIE-FRANÇAISE

bernardaAndalousie. Les années 30. Bernarda Alba (Cécile Brune) revient avec ses cinq filles de la messe : elle vient d’enterrer son second mari. Appuyée sur sa canne, elle apostrophe ses quatre plus jeunes filles – Magdalena (Coraly Zahonero/Anna Cervinka en alternance), 30 ans, Amelia (Claire de La Rüe du Can), 27 ans, Martirio (Jennifer Decker), 24 ans et la cadette Adela (Adeline d’Hermy), 20 ans – et les avertit qu’elles observeront un deuil de huit longues années comme l’exige la tradition. Elles devront aussi se plier aux diktats et aux conventions sociales du milieu auquel elles appartiennent.
Sous le prétexte de les rendre irréprochables – loin du regard masculin –, elle les maintiendra sous son joug, dès lors cloîtrées dans la maison familiale, volets fermés et jeunesse envolée. Un avenir aussi noir que celui des robes qu’elles portent. Seule l’aînée, Angustias (Anne Kessler), la quarantaine, laide, mais fortunée pour avoir hérité de son père, est destinée à Pepe le Romano (Sébastien Pouderoux/Elliot Jenicot en alternance), un jeune homme du village, et est autorisée à le voir dans l’enceinte du domaine. Tel un loup, il entre dans la bergerie.

Privée de liberté, de frustration en frustration, d’oppression en oppression, chaque sœur réagit selon son tempérament. Magdalena, passive, devient fataliste ; Amelia, empathique et révérencieuse, se soumet au nom des principes ; Martirio, aigrie, retourne son agressivité envers ses sœurs, et particulièrement à l’encontre d’Adela, la cadette, dotée d’un tempérament rebelle et qui entretient secrètement une relation avec Pepe le Romano. Mais les murs ont des oreilles : désirs, convoitises, intrigues, jalousies, rancœurs, colères… la situation dégénérera jusqu’au drame.

Bernarda, trop orgueilleuse, rigoriste, sûre de son bon droit, n’ « entendra » rien venir, trop insensible à un entourage sur lequel elle ne cherche qu’à étendre son emprise : la servante (Claude Mathieu), Poncia (Elsa Lepoivre) la gouvernante, Prudencia (Sylvia Bergé) ou Maria Josefa (Florence Viala), sa vieille mère.

La Maison de Bernarda brosse un tableau noir de la condition féminine et des mœurs, dans l’Espagne rurale du début du XXe siècle. La pièce est alors censurée sous Franco. Un texte que Lilo Baur, la metteure en scène, a choisi de porter sur les planches de la Comédie-Française qui lui ouvre ses portes pour la troisième fois (en 2010, Le Mariage de Gogol, en 2012, La Tête des autres de Marcel Aimé).

Une scénographie remarquable d’Andrew D. Edwards qui éveille le désir du spectateur d’en savoir plus par les parois des hautes cloisons de la maison, installées pour la circonstance. Le désespoir fait rage et créée l’enchantement dans la salle quand un orage semble éclater sur scène. Jolie chorégraphie de l’amour, conçue par Claudia de Serpa Soares, sur une musique de Mich Ochowiak. Seul bémol, l’acoustique de la salle : beaucoup de difficultés à entendre certaines répliques.

 Signé Carole !

LA MAISON DE BERNADA ALBA

La Comédie-Française, place Colette, 75001 Paris

Jusqu’au 6 janvier 2016

© Brigitte Enguerand

© Brigitte Enguerand

© Brigitte Enguerand

© Brigitte Enguerand

© Brigitte Enguerand

© Brigitte Enguerand

© Brigitte Enguerand

© Brigitte Enguerand

L’AUTRE GALILÉE – LE LUCERNAIRE

AFFICHE LAUTRE GALILÉEL’autre Galilée est le portrait inattendu et surprenant du mathématicien, physicien et astronome de génie Galileo Galilei du XVIe siècle connu de tous pour sa célèbre phrase « Et pourtant elle tourne ! ». Mais peu d’entre nous savent que cet homme était aussi drôle que passionnant, philosophe, précurseur et défenseur obstiné de la liberté de pensée. Pendant toute son existence, il s’est battu pour la séparation de la science et de la religion : « La Bible doit nous apprendre comment on va au ciel et non comment va le ciel. » Jamais il ne cessera de se battre pour lutter contre les dogmes de l’Eglise catholique et les préjugés de certains scientifiques. Pour éviter le bûcher de l’Inquisition, il abjura en juin 1632. Cela ne le détournera pas pour autant de sa quête de vérité de la science, quitte à contredire les Saintes Ecritures même s’il se déclare un bon croyant. Il faudra patienter jusqu’en 1992 pour que le Saint-Siège reconnaisse que Galilée avait raison : la Terre tourne bien autour du soleil et non le contraire.

A partir des lettres rédigées par Galilée, Cesare Capitani (auteur et comédien) nous dresse son portrait, étonnant de vitalité et de modernité contre toute forme d’obscurantisme et d’intégrisme. Un témoignage puissant et troublant au vu de notre triste actualité géopolitique. Seul en scène, Cesare Capitani campe avec magnificence ce génie au-delà de ces défauts du genre humain et nous convie à un merveilleux moment de théâtre : mise en scène sobre (Thierry Surace), décor et accessoires succincts (Ségolène Denis), jeux de lumière efficaces (Dorothée Lebrun).

Mieux encore que du théâtre, une leçon de vie. Rester soi-même et parler vrai en toutes circonstances même si notre vérité et notre manière d’être dérangent, là sont les clefs du bonheur de l’humanité. Dépêchez-vous d’aller à la rencontre de cet autre Galilée, c’est peut être un peu de vous que vous allez y retrouver.

 Le regard d’Isabelle 

 

L’AUTRE GALILÉE

Le Lucernaire, 53 rue notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris 

Du mardi au samedi à 19h

Jusqu’au 28 novembre 2015

Crédit : Jessica Astier

Crédit : Jessica Astier

LE BIZARRE INCIDENT DU CHIEN PENDANT LA NUIT – THÉÂTRE LA TEMPÊTE

vz-455cd921-5364-412b-ad09-d94c47ebae8fNe vous laissez pas rebuter par le titre … Très beau et singulier spectacle que ce « Bizarre incident du chien pendant la nuit », tiré du best-seller anglais de Mark Haddon et mis en scène par Philippe Adrien. Le récit est celui de Christopher Boone, « 15 ans, 3 mois et 2 jours », orphelin de mère, atteint du syndrome d’Asperger, un autisme de haut niveau. Doué d’un mémoire phénoménale et d’un sens de logique implacable, Christopher aime résoudre des équations mathématiques compliquées mais est en proie à des accès de peur incontrôlables, gère difficilement les relations sociales, n’aime pas qu’on le touche et ne supporte que la présence de son petit rat apprivoisé. Lorsqu’il découvre Wellington, le chien de sa voisine Mrs Shears, une fourche plantée dans le ventre, il se lance le défi de retrouver le meurtrier et décide de mener sa propre enquête…Le départ d’un long et insolite parcours initiatique, semé de rencontres insolites et d’aventures rocambolesques, qui le mènera bien au-delà de ce qu’il aurait pu imaginer…

Une pièce extrêmement réussie, servie par une mise en scène brillante, soignée et ultra créative ! Entre actions et émotions, les tableaux (dont certains chorégraphiés) s’enchaînent avec fluidité et on se régale à suivre les aventures insolites du jeune Christopher comme on tournerait les chapitres du roman (qui est d’ailleurs lu sur scène). La belle idée de Philippe Adrien est de montrer le spectacle, traité comme un « théâtre-récit », non pas de manière linéaire et purement descriptive, mais à travers les yeux, les sensations et les émotions du jeune Christopher. Une façon habile de nous faire ressentir, voir, entendre, découvrir l’autisme. Et un joli message délivré sur le handicap et la différence, sans pathos, ni complaisance. Coup de chapeau à l’ensemble des comédiens, à commencer par le jeune Pierre Lelièvre (de surcroît excellent danseur ! ) qui campe un Christopher extrêmement convaincant.  

Même si le spectacle s’essouffle un peu dans la deuxième partie (la pièce dure 2 heures 10), un excellent moment de théâtre qui bénéficie d’un beau succès critique et public. Quatre représentations supplémentaires sont prévues le mardi 20, le mercredi 21, le jeudi 22 et le vendredi 23 octobre à 20h.

Le point de vue d’Elisabeth 

LE BIZARRE INCIDENT DU CHIEN PENDANT LA NUIT

Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes

Jusqu’au 23 octobre 2015

Représentation le 25 avril 2017 à 20H30 au Carré Belle-Feuille, 60 rue de la Belle Feuille, 92100 Boulogne-Billancourt.  

⇒Venir à la Cartoucherie de Vincennes

Station Château-de-Vincennes. Sortir en tête de ligne puis prendre :
• la navette Cartoucherie garée près de la station de taxis (départ toutes les quinze minutes environ, premier voyage 1 h avant le début du spectacle)
• ou le bus 112, arrêt Cartoucherie

Crédit photos : Antonia Bozzi 

UN CAFÉ AVEC Marion Moinet, costumière de théâtre

Marion_BW__7_1000Coupes à plat, essayage toile, technique moulage n’ont plus de secrets pour moi (enfin presque !) depuis que j’ai eu le plaisir de rencontrer la jeune et talentueuse costumière de théâtre Marion Moinet. En partageant un café à la Rotonde, Marion m’a décrit avec beaucoup d’enthousiasme et de fraîcheur son métier au quotidien, la relation privilégiée qu’elle entretient avec les comédiens, ses séances d’essayage et ses virées friperies ! Les pieds bien sur terre et des rêves américains plein la tête, rencontre avec une jeune professionnelle amoureuse de son métier.

 

Coup de théâtre : Bonjour Marion, vous êtes costumière de théâtre. Quel a été votre parcours ?  

Marion Moinet : Après mon bac arts appliqués à Toulouse, j’ai intégré l’école de mode et du costume Paul Poiret à Paris, d’où je suis sortie avec un diplôme DMA (ndlr : Diplômé Métiers d’Arts). Pendant deux ans, j’y ai appris toutes les techniques de couture, de la crinoline au corps à baleine en passant par la technique moulage, qui consiste à sculpter n’importe quel type de costume sur un mannequin à partir d’une toile à patron. A ma sortie de l’école, j’ai commencé à travailler sur de toutes petites productions, souvent gratuitement, avec surtout l’envie de cumuler des expériences, rencontrer des gens du métier et me faire connaître. Progressivement, j’ai réussi à développer mon réseau, à travailler sur des projets de plus en plus importants. A vingt ans, j’ai été embauchée comme assistante chef costumière aux côtés de Carine Sarfati sur la pièce Quadrille au théâtre Edouard VII. Un vrai baptême du feu professionnel car c’était une « grosse » production dans l’un des plus beaux théâtres parisiens avec une belle distribution de comédiens reconnus comme François Berléand et Pascale Arbillot. Nous avions conçu une quinzaine de costumes car les quatre comédiens avaient deux à trois changements de costume chacun ! Après cette expérience sur Quadrille, j’ai rencontré le metteur en scène Benjamin Porée avec qui je continue de collaborer d’ailleurs. J’ai travaillé avec lui sur Andromaque au théâtre de Vanves et l’année suivante sur Platonov toujours à Vanves, présenté également en 2014 aux Ateliers Berthier. C’était là aussi une très grosse production avec dix-sept comédiens qui avaient trois à quatre changements de costumes chacun! J’avais réalisé une cinquantaine de costumes années vingt sans compter la trentaine de figurants, un travail phénoménal et passionnant avec un budget vraiment serré ! J’ai eu des expériences également au cinéma, quelques courts métrages et un long métrage qui malheureusement n’est pas sorti en salles, faute de financement. J’essaye aussi de travailler dans le domaine de la danse mais je reste spécialisée dans les productions théâtrales.

QUADRILLE - 2012 Mise en scène : Bernard Murat Costumes : Carine Sarfati assistée de Marion Moinet

QUADRILLE – 2012
Mise en scène : Bernard Murat
Costumes : Carine Sarfati assistée de Marion Moinet

Au quotidien, quelles sont les grandes étapes de votre travail ?

M.M. : Au tout départ quand j’arrive sur un projet théâtral, je lis et je décortique la pièce, en notant tous les personnages et leurs psychologies. Je fais ensuite un tableau purement « technique » acte par acte, scène par scène, lieu par lieu, situation par situation pour calculer le nombre de costumes à réaliser par comédien et prévoir le timing des changements. Ensuite, je rencontre le metteur en scène pour connaître ses intentions de mise en scène, l’univers et l’époque bien sûr dans lequel il souhaite travailler. Et seulement après, je rencontre les comédiens un par un et j’échange avec eux sur leur manière d’appréhender leur personnage car naturellement les lectures peuvent être très différentes d’une personne à l’autre. L’objectif est de s’accorder sur la psychologie des personnages. C’est un moment d’ailleurs très sympa, où l’on se prend à imaginer la vie de tel ou tel personnage en dehors de la pièce ! (rire). Dans cette phase, qui est l’une des plus intéressantes dans mon travail, je discute souvent avec eux pour savoir ce qu’ils acceptent ou refusent de porter, s’il y a des exigences ou des refus particuliers. Enfin, je passe à la recherche iconographique à partir de supports variés (tableaux, livres historiques, recherches iconographiques de style,..) et je me lance ! Soit je fais les dessins, je vais acheter les tissus et ensuite je pars à l’atelier pour réaliser les costumes, Soit je fais du shopping ! Dans ce cas, je travaille souvent en friperie comme Mamie Blue vers Barbès, spécialisée dans les vêtements années cinquante, soixante et Falbala, une grande friperie aux puces de Saint-Ouen, animé par des personnes passionnées et ultra compétentes, qui est devenue une véritable institution ! 

A partir de quels outils ou supports travaillez-vous ?

M.M. : Je m’appuie beaucoup sur mes cours d’histoire du costume et d’histoire du théâtre, que j’ai suivis pendant mon DMA. Je travaille également à partir d’ouvrages spécialisés dans les métiers d’art, la mode, le costume que je possède ou que je déniche à la bibliothèque Forney à Saint-Paul. Et puis, je surfe bien sûr sur internet où je puise énormément d’informations. A mes débuts, je travaillais chez moi mais c’est vite devenu épuisant et inconfortable. Aujourd’hui, je travaille dans un grand atelier participatif, l’Atelier 360 à Villejuif, qui met à disposition tout le matériel dont chaque costumier a besoin : ciseaux, règles, machine à coudre, table de coupe…On adhère à l’association et on paye à la journée. C’est assez pratique et beaucoup plus efficace et agréable de travailler dans ces conditions que chez soi.

PLATONOV - 2014 Mise en scène : Benjamin Porée Costumes : Marion Moinet

PLATONOV – 2014
Mise en scène : Benjamin Porée
Costumes : Marion Moinet

Racontez-nous une séance d’essayage 

M.M. : Au départ, je montre des maquettes pour montrer mes axes de travail et puis je passe à l’ essayage toile, c’est-à-dire l’ébauche du vêtement avec une toile couleur beige mi-rigide mi souple qui n’est pas le tissu définitif. C’est une étape très utile pour moi car je peux faire, défaire, couper, refaire, ça ne coûte rien. Et ca me permet de m’imaginer si cela va aller ou pas. Mais pour les comédiens en revanche, ce n’est pas très agréable car c’est un tissu qui ne met pas en valeur. J’essaye de les rassurer ! (rire). Au deuxième essayage, on ajuste, on change quelques lignes. On n’est jamais à l’abri de négociations, d’arbitrages avec le metteur en scène. Mais Je fais partie des costumières qui préfèrent que le comédien se sente bien dans son costume, à l’aise sur scène, plutôt que de lui imposer quelque chose qui ne lui plairait pas.

Et  justement quand vos propositions de costume ne plaisent pas ? 

M.M. : C’est déjà arrivé même si je mets tout en œuvre pour que cela n’arrive pas ! (rire). Il peut y avoir des moments de frustration intenses où je vis des décalages entre mes propres goûts et les attentes d’un metteur en scène. Mais au fil des années, j’ai appris à faire la part des choses entre un caprice de comédien et un réel besoin artistique. Il m’est arrivé de proposer des costumes que je trouvais superbes et qui n’étaient pas au goût des metteurs en scène. Il faut composer, négocier, être à l’écoute, dialoguer aussi beaucoup dans ce métier. Et travailler vite et bien car les délais de réalisations des costumes sont souvent très serrés. Je vis souvent des journées à 100% parfois épuisantes mais au bout du compte, je suis toujours satisfaite d’aller au bout.

Quelle est la principale satisfaction de votre métier ?

M.M. : C’est de sentir que je fais partie d’une aventure collective même si je travaille seule une grande partie du temps. Dans la production d’un spectacle, on se retrouve tous, les comédiens et l’équipe backstage pour le montage, les répétitions générales, ce sont des moments forts que j’aime beaucoup. Toutes les premières avec les costumes sur scène me procurent beaucoup d’émotions (rires) ! Et puis j’aime mon rapport aux comédiens. 

TRILOGIE DU REVOIR - 2015 Mise en scène : Benjamin Porée Costumes : Marion Moinet

TRILOGIE DU REVOIR – 2015
Mise en scène : Benjamin Porée
Costumes : Marion Moinet

A propos, quelles relations entretenez-vous avec eux ?

M.M. : Je dirais que j’entretiens une relation assez intime avec eux, car je travaille sur leurs corps et je les vois souvent en sous-vêtements. Habiller quelqu’un c’est forcément rentrer dans une grande proximité ! Et puis, j’entretiens une relation de complicité, de partage car le costume est une étape charnière pour un comédien dans la construction d’un personnage au-delà du texte et des intentions de mise en scène. J’ai en face de moi une personne en construction, assez fragile. Charge à moi de réussir à le mettre à l’aise, en confiance, à essayer de co-construire le personnage ensemble via le costume. C’est pour cela que la phase essayage est un moment formidable ! Ca leur permet vraiment de rentrer dans la peau de leur personnage, d’accentuer ou de diminuer tel ou tel trait de personnalité par exemple. C’est magique d’autant que j’ai toujours été fascinée par le travail des comédiens, cette capacité à s’oublier complètement pour être un autre…

Quels sont les derniers projets sur lesquels vous avez collaboré ?

M.M. : La dernière pièce, c’était Trilogie du revoir à Avignon mis en scène par Benjamin Porée et un spectacle de danse contemporaine de Jeff Mills, un DJ américain, consacré à une rétrospective sur Stanley Kubrick à la Philharmonie de Paris. Il s’agissait de créer des costumes inspirés d’un univers 2001 l’Odyssée de l’espace. Quand je travaille pour des spectacles de danse, j’ai une liberté beaucoup plus grande que pour le théâtre car la dramaturgie est moins stricte à respecter. C’est l’esthétisme et le confort pour les danseurs qui prime avant tout. J’ai travaillé également en 2014 sur Platonov aux ateliers Berthier, après deux saisons au théâtre de Vanves dont je parlais tout à l’heure. Une très belle aventure car on se connaissait bien avec  toute l’équipe de la pièce, on s’est beaucoup serré les coudes pour ce spectacle ambitieux ! 

PLATONOV - 2014 Mise en scène : Benjamin Porée Costumes : Marion Moinet

PLATONOV – 2014
Mise en scène : Benjamin Porée
Costumes : Marion Moinet

Merci Marion. Quelle est votre actualité ? Vos projets ?

M.M. : Actuellement, je poursuis ma collaboration avec Jeff Mills mais je ne peux pas en dire vraiment plus car c’est en cours. Je travaille toujours avec ma compagnie sur la reprise et la tournée de Trilogie du revoir qui débutera en février prochain. Et puis j’ai le projet de partir travailler aux Etats-Unis et de rejoindre un atelier new-yorkais qui fabrique des costumes non stop pour des spectacles très cabaret, très Broadway, très show ! Les costumes sont souvent excentriques, parfois délirants et ne servent que pour quelques représentations. On est loin des méthodes de travail telles que je les connais en France, où l’on accorde beaucoup de temps et de réflexion à la recherche dramaturgique. Là-bas, on crée, on jette, on récupère, on recycle…on travaille nuit et jour ! C’est totalement différent de ce que j’ai connu jusqu’alors mais cela pourrait être très complémentaire !

Propos recueillis par Elisabeth Donetti 

www.marionmoinet.com

OSCAR ET LA DAME ROSE – THÉÂTRE RIVE GAUCHE

vz-78d4b3f6-1667-4d6b-9539-fb4113ca4c15Arc-en-ciel d’émotions où Judith Magre en gris et orange apparaît sur scène aux reflets des spots qui l’éclairent, dans la chambre d’hôpital d’Oscar, un petit garçon atteint d’une leucémie. Entouré de ses amis, Bacon un enfant brûlé, Popcorn qui pèse 98 kg pour 1,10 m, et Einstein doté d’une grosse tête – pour la circonstance tous incarnés en ours en peluche –, Oscar déprime dans ce lieu où ses parents et le docteur Düsseldorf sont trop lâches pour lui annoncer qu’il ne lui reste que quelques jours à vivre. Il les déteste. Mais c’est sans compter Mamie-Rose (Judith Magre), une bénévole qui visite les enfants, anciennement catcheuse qui a croisé Dieu sur son chemin et lui fera rencontrer ; mais aussi Peggy bleue, à l’âme sensible, au cœur fragile et qui deviendra sa bouffée d’oxygène et sa femme. À dix ans ? Oui car à l’aube du Grand Passage, chaque jour écoulé vaut dix ans. Mamie-Rose lui a expliqué. Pour cela, il doit accomplir le rituel d’écrire à Dieu, lui verser ses larmes et lui adresser ses vœux. Et cela se produit ? Oui ! si on ouvre la porte de son esprit et de son cœur.

De la poésie comme s’il en pleuvait… Au-delà de la maladie, c’est un conte philosophique sur la vie que Judith Magre incarne toute seule sur scène à travers le point de vue et la sensibilité d’un enfant. Difficile de rester à distance (quoi que beaucoup aient pu en penser sur le livre écrit par Éric-Emmanuel Schmitt !) et de ne pas être submergée par l’émotion quand le conte prend racine dans une réalité si douloureuse et que Judith Magre rend la pièce si vérace et émouvante : le théâtre, c’est comme la littérature, c’est comme la vie, c’est pleurer aussi.

Signé Carole !

OSCAR ET LA DAME ROSE 

Théâtre Rive Gauche, 6 rue de la Gaîté 75014 Paris

Du 23 septembre au 1er décembre 2015

Du mardi au samedi à 19h

Le dimanche à 15h

JACKPOT – THÉÂTRE LA BOUSSOLE

vz-4333495a-8f18-48f8-b1e7-6122eecad294Humour, suspens et rebondissements inattendus… combinaison gagnante pour Jackpot. À bâtons rompus et à qui mieux-mieux, Laetitia Bisch, Victor Le Lorier et Rémi Viallet, nous entraînent dans cette comédie déjantée pendant 1h20. Une pièce très rythmée où les situations rocambolesques s’enchaînent du début jusqu’à la fin sans laisser deviner l’intrigue. Entouré de ses deux acolytes, Rémi Viallet manie le second degré avec beaucoup d’aisance – qu’on se demande s’il n’est pas ainsi dans la vraie vie – et n’hésite pas à se plier en quatre par terre, les mains enfoncées dans des gants de boxe, tentant comme un fou de répondre à son portable… pour vous faire rire – là on l’imagine bien autrement chez lui.

Pas de millions d’euros à gagner pour les spectateurs mais le public est ravi. Une surprise néanmoins à la fin de chaque représentation pour un spectateur tiré au hasard ! Tentez votre chance…

Détente assurée pour les amateurs de bons vaudevilles : on se délasse. Côté décors : simples, ils sont cependant bien adaptés au jeu des comédiens. Côté costume : de l’excentricité qui habille à ravir Laetitia et campe bien son personnage sur scène. 

À noter que Rémi Viallet est également metteur en scène et coauteur de la pièce avec Clément Naslin.

Signé Carole !

JACKPOT

Théâtre La Boussole, 29 rue de Dunkerque, 75010 Paris

Du 16 septembre 2015 au 17 janvier 2016 – Relâches les 16 octobre, 29 novembre, 11 et 12 décembre.

Du mercredi au samedi à 21h

Dimanche à 18h

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DANSER À LA LUGHNASA – THÉÂTRE de L’ATELIER

v_14406099497804Danser à la Lughnasa, le chef-d’œuvre de Brian Friel, nous plonge dans l’Irlande rurale des années 30. Comté de Donegal, dans un grand cottage en dehors de la ville vivent les cinq sœurs Mundy. Aucune n’est mariée. Kate, la plus âgée, est institutrice et la seule à être bien payée. Agnès et Rose tricotent des gants en laine qui sont vendus en ville. Maggie la fantasque et Christina, mère d’un petit Mickael de sept ans, n’ont aucun revenu. Au coeur de ce bel été 1936, dans la grande cuisine, au son du poste TSF, les rires fusent, les chamailleries vont bon train et l’excitation est à son comble car la fin des moissons annonce le bal de la Lughnasa, la promesse de chaudes étreintes et le départ peut-être d’une nouvelle vie… Pour l’heure, les hommes qui les entourent sont inaccessibles : l’oncle Jack, revenu partiellement amnésique d’une mission en Ouganda et le jeune Gerry, l’amant de Christina et le père du jeune Michael, prêt à s’engager dans les brigades internationales dans la guerre civile qui fait rage en Espagne…

Danser à la Lughnasa questionne la condition sociale féminine de l’entre-deux-guerres à travers cette belle histoire de femmes tantôt douce, tantôt amère, teintée de nostalgie. Le texte est ciselé, la psychologie des personnages fine, le casting solide, animé par une « brochette » de comédiennes talentueuses, quoiqu’inégalement expérimentées. Mes deux coups de cœur personnels iront à Lou de Laâge qui campe une très convaincante Christina écorchée vive en proie au dépit amoureux et Florence Thomassin (trop rare sur scène) qui apporte un joli grain de folie à la fantasque Maggie. Seul regret général, la pièce est longue et la mise en scène manque parfois de fougue. Il m’a manqué ce petit supplément d’âme pour plonger complètement dans cette Irlande rurale et me laisser emporter dans la danse. ..

Carole, pour sa part, a passé un moment de théâtre formidable et serait bien restée une heure de plus à écouter les conversations des sœurs Mundy dans la cuisine familiale, tant cette histoire de femmes l’a emballé et la mise en scène séduite… Débat passionné à la sortie de l’Atelier!

Une dernière ligne dédiée à Brian Friel, l’auteur de la pièce, décédé le 2 octobre dernier. Il avait adressé un petit mot à toute la troupe la veille de la première. Hommage.  

Le point de vue d’Elisabeth 

DANSER À LA LUGHNASA

Théâtre de l’Atelier, 1 place Charles Dullin, 75018 Paris 

Crédit photos : Christophe Vootz

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DANSERA LA LUGHNASA Photo Gerry et Chris (Libre de droits (c)Christophe Vootz) DANSERA LA LUGHNASA Photo Kate et Maggie (Libre de droits (c)Christophe Vootz) DANSERA LA LUGHNASA Photo Rose Agnes et Jack (Libre de droits (c)Christophe Vootz) DANSERA LA LUGHNASA Photo Soeurs et Jack (Libre de droits (c)Christophe Vootz) DANSERA LA LUGHNASA Photo Soeurs Horizontale(Libre de droits (c)Christophe Vootz) DANSERA LA LUGHNASA Photo tous (Libre de droits (c)Christophe Vootz)