DANSER À LA LUGHNASA – THÉÂTRE de L’ATELIER

v_14406099497804Danser à la Lughnasa, le chef-d’œuvre de Brian Friel, nous plonge dans l’Irlande rurale des années 30. Comté de Donegal, dans un grand cottage en dehors de la ville vivent les cinq sœurs Mundy. Aucune n’est mariée. Kate, la plus âgée, est institutrice et la seule à être bien payée. Agnès et Rose tricotent des gants en laine qui sont vendus en ville. Maggie la fantasque et Christina, mère d’un petit Mickael de sept ans, n’ont aucun revenu. Au coeur de ce bel été 1936, dans la grande cuisine, au son du poste TSF, les rires fusent, les chamailleries vont bon train et l’excitation est à son comble car la fin des moissons annonce le bal de la Lughnasa, la promesse de chaudes étreintes et le départ peut-être d’une nouvelle vie… Pour l’heure, les hommes qui les entourent sont inaccessibles : l’oncle Jack, revenu partiellement amnésique d’une mission en Ouganda et le jeune Gerry, l’amant de Christina et le père du jeune Michael, prêt à s’engager dans les brigades internationales dans la guerre civile qui fait rage en Espagne…

Danser à la Lughnasa questionne la condition sociale féminine de l’entre-deux-guerres à travers cette belle histoire de femmes tantôt douce, tantôt amère, teintée de nostalgie. Le texte est ciselé, la psychologie des personnages fine, le casting solide, animé par une « brochette » de comédiennes talentueuses, quoiqu’inégalement expérimentées. Mes deux coups de cœur personnels iront à Lou de Laâge qui campe une très convaincante Christina écorchée vive en proie au dépit amoureux et Florence Thomassin (trop rare sur scène) qui apporte un joli grain de folie à la fantasque Maggie. Seul regret général, la pièce est longue et la mise en scène manque parfois de fougue. Il m’a manqué ce petit supplément d’âme pour plonger complètement dans cette Irlande rurale et me laisser emporter dans la danse. ..

Carole, pour sa part, a passé un moment de théâtre formidable et serait bien restée une heure de plus à écouter les conversations des sœurs Mundy dans la cuisine familiale, tant cette histoire de femmes l’a emballé et la mise en scène séduite… Débat passionné à la sortie de l’Atelier!

Une dernière ligne dédiée à Brian Friel, l’auteur de la pièce, décédé le 2 octobre dernier. Il avait adressé un petit mot à toute la troupe la veille de la première. Hommage.  

Le point de vue d’Elisabeth 

DANSER À LA LUGHNASA

Théâtre de l’Atelier, 1 place Charles Dullin, 75018 Paris 

Crédit photos : Christophe Vootz

12132489_912721578781835_6445986789528945646_o

DANSERA LA LUGHNASA Photo Gerry et Chris (Libre de droits (c)Christophe Vootz) DANSERA LA LUGHNASA Photo Kate et Maggie (Libre de droits (c)Christophe Vootz) DANSERA LA LUGHNASA Photo Rose Agnes et Jack (Libre de droits (c)Christophe Vootz) DANSERA LA LUGHNASA Photo Soeurs et Jack (Libre de droits (c)Christophe Vootz) DANSERA LA LUGHNASA Photo Soeurs Horizontale(Libre de droits (c)Christophe Vootz) DANSERA LA LUGHNASA Photo tous (Libre de droits (c)Christophe Vootz)

UN CAFÉ AVEC David Roux – directeur publication et responsable communication des Théâtres Parisiens Associés

1506581_970566599640087_7093342689131215636_nFlash back au coeur de l’été. 24 juillet dernier, pas de café en terrasse exceptionnellement mais un rendez-vous téléphonique avec David ROUX, directeur de la publication et responsable communication des Théâtres Parisiens Associés. Trois mots qui cachent une belle aventure au service du théâtre privé. Vocation, mission et enjeux des Théâtres Parisiens Associés, David Roux nous dit tout !

Bonjour David, pourriez-vous nous présenter le réseau des Théâtres Parisiens Associés (TPA) ?

David Roux : Théâtres Parisiens Associés est une enseigne commerciale grand public, créée en 2010, qui regroupe à ce jour 55 théâtres privés parisiens, tous adhérents de l’Association pour le Soutien du Théâtre Privé (ASTP), qui existe depuis 1964. Un mot sur cette association qui a pour rôle principal de soutenir la création de spectacles, les emplois artistiques ou techniques et ainsi de permettre aux théâtres de produire leurs spectacles et de continuer à être indépendants. L’association perçoit une taxe fiscale et organise ensuite un système de redistribution solidaire entre les différents théâtres privés du réseau, via la gestion d’un fonds de soutien. Schématiquement, c’est un système de mutualisation des risques qui permet aux succès des uns de financer, sinon d’amortir, les échecs des autres.

Quelle est la vocation du réseau TPA ? Et ses objectifs ?

D.R : La vocation de notre réseau, c’est d’apporter une réponse collective aux enjeux des théâtres privés aujourd’hui et notamment de lutter contre la montée en puissance d’un certain nombre d’opérateurs de billetterie. Depuis le début des années 2000, c’est vrai qu’un certain nombre d’acteurs dans ce domaine ont commencé à prendre énormément de poids, parfois trop et parfois au détriment des théâtres eux-mêmes. Il y a donc eu cette volonté commune d’essayer de sortir de la dépendance de ces billetteries en ligne et de communiquer davantage et collectivement sur Internet, en partant de l’idée qu’on est plus fort à 55 que chacun dans son coin. Cela nous a amenés à créer ce portail commun, qui est tout simplement une vitrine de la programmation des 55 théâtres du réseau. Notre rôle : offrir un maximum de visibilité à nos théâtres via notre site web et donner envie aux internautes de réserver. Il faut bien préciser que chaque théâtre reste maître de sa programmation, de ses choix artistiques, de sa politique tarifaire et que TPA n’est pas une entité qui émet de la billetterie… Concrètement, lorsqu’on clique sur le bouton « RÉSERVER », l’internaute est redirigé vers la billetterie du théâtre concerné. Dans tous les cas, on est à un moment où, les directeurs de nos théâtres ont bien compris que le théâtre et le numérique ne sont pas des forces contradictoires mais bien au contraire des forces complémentaires. Beaucoup sont désormais persuadés qu’Internet est un formidable outil à leur disposition pour mettre en avant leur spectacle et attirer du monde.

Pourquoi avoir baptisé le réseau « Théâtres Parisiens Associés » ?

D.R : D’une part, pour s’affranchir de la sémantique « théâtre privé » qui fait référence à un système économique mais dont le public n’a pas forcément conscience ou connaissance et d’autre part pour éviter d’utiliser le mot « privé » pour parler de lieux dont la vocation est d’accueillir du public !

741ae6045d1ad5d5004049725a5dc8b6Quelles valeurs théâtrales défendez-vous aujourd’hui ?  

D.R. : A travers notre réseau, nous défendons bien sûr des valeurs de qualité mais avant tout des valeurs d’éclectisme et de diversité. Tous nos théâtres possèdent leur propre ligne éditoriale ce qui rend l’offre très variée : certains sont spécialisés dans la comédie ou le one man show, d’autres proposent un théâtre plus exigeant, moins purement divertissant, comme le théâtre de l’Œuvre ou le théâtre de l’Atelier. Dans tous les cas, notre position n’est pas d’influer sur la programmation des théâtres car nous défendons leur indépendance.

Le réseau dispose de 55 théâtres à ce jour. Quelles sont les conditions d’adhésion pour un théâtre ? Y a-t-il  des contraintes (taille, répertoire, capacité…) ?

D.R : D’abord, le théâtre doit en faire la demande auprès de l’ASTP. Puis, lorsqu’on est adhérent à l’ASTP et qu’on est une salle parisienne, on intègre automatiquement le réseau TPA. Parmi les critères d’adhésion principaux, il y a le fait que nos théâtres doivent produire plus des trois quarts des représentations données chaque année. Nos théâtres ont donc tous en commun d’être des théâtres producteurs, contrairement à d’autres théâtres d’économie privée, qui, eux, se contentent de louer leur espace. Ensuite, le théâtre ne doit toucher aucune subvention publique et, bien sûr il doit aussi impérativement respecter toutes les normes de sécurité, d’accueil du public ainsi que les conventions collectives, qu’il s’agisse des statuts et droits des techniciens, des salariés administratifs ou des artistes. Quand des comédiens se produisent sur scène, ils doivent tout à fait normalement toucher un salaire. Ils ne doivent pas payer pour jouer comme cela arrive parfois dans certains petits « théâtres ». Par ailleurs, il y a des obligations d’emploi permanent de personnel administratif et de personnel technique liées à la jauge du théâtre, c’est-à-dire à la capacité d’accueil du public. Par exemple, une salle avec une jauge de 800 places va devoir compter dans ses effectifs deux techniciens permanents et deux administratifs. Evidemment, selon les besoins de chaque spectacle, il peut y avoir plusieurs techniciens supplémentaires employés par le théâtre comme intermittents. Ces exigences d’emploi permanent varient selon la jauge des théâtres. 

Campagne d'affichage septembre 2014

Campagne d’affichage septembre 2014

De quels outils de communication disposez-vous pour offrir de la visibilité au réseau ?

D.R : Il faut préciser avant tout que nous avons des moyens limités et qu’il faut faire nécessairement des choix. Pour faire simple, tout est exclusivement concentré sur notre site web et nos réseaux sociaux. On tente de trouver des alternatives qui ne sont pas trop « gourmandes » financièrement parlant. On a développé par exemple un partenariat avec le journal Le Parisien et son club d’abonnés. On essaye de développer des partenariats avec des blogs théâtre et/ou des blogs culturels. En revanche, pour certains évènements importants, comme le lancement de notre nouveau site web en mai 2014, nous avions diffusé une grande campagne d’affichage dans le métro, noué des partenariats médias avec des supports comme Les Echos, Télérama, Le Parisien. On s’est donné des moyens exceptionnels qu’il est malheureusement impossible, du moins difficile, de mobiliser chaque année.

Parlez-nous justement de cette refonte complète du site web en mai 2014. Quels ont été les changements majeurs ?

D.R : Quand nous avons décidé de refondre notre site web, il avait déjà quatre ans et commençait à être obsolète. Il n’était pas en vérité conçu et tendu vers un but commercial. L’objectif de cette refonte a donc été, sans se départir de l’aspect qualitatif du site, de flécher davantage vers une efficacité commerciale tout en maintenant l’attractivité et la richesse de notre offre (100 à 150 spectacles sont proposés en permanence dans le réseau). Concrètement, on a privilégié l’affichage de grands visuels, cherché à développer une navigation spontanée, intuitive et bien sûr valoriser les offres promotionnelles. Il a fallu d’ailleurs être didactique, pédagogique auprès des directeurs de théâtre et leur démontrer que la vocation commerciale d’un site web n’était pas une maladie honteuse ! Dans tous les cas, ce qui est très encourageant, c’est que cela s’est traduit par des chiffres en constante augmentation. On naviguait autour de 850 000 visiteurs uniques en 2014. A partir de février 2015, on a enregistré une progression située entre + 25% et + 60% par rapport à l’année précédente à la même époque ! Aujourd’hui, on comptabilise 80 000 à 100 000 visiteurs uniques par mois et on vise le million de visiteurs uniques pour l’année 2015 ! Globalement, les courbes de fréquentations de notre site suivent exactement la courbe de fréquentation des salles, c’est-à-dire des pics sur la période septembre-décembre, une grosse baisse en janvier, un regain entre février et avril puis un reflux à partir de mai et sur la période estivale. Mais notre travail est de continuer au jour le jour à enrichir le contenu du site et améliorer son efficacité commerciale.  

Et connaissez-vous le taux de réservation ?

D.R : Malheureusement non ! C’est une donnée très importante que l’on cherche à obtenir mais on ne dispose pas encore des chiffres, pour la bonne et simple raison que lorsque l’internaute clique sur le bouton « RÉSERVER », il est redirigé vers la billetterie du théâtre et que, à ce jour, aucun des trois gros logiciels de billetterie utilisés par nos théâtres n’est en mesure de fournir ce type de statistiques. C’est très frustrant de ne pas pouvoir tracer ces statistiques même si on a bon espoir de les récupérer un jour ! Je peux vous confirmer en revanche que le trafic généré par le site est très qualifié car le taux de clics sur le bouton « RÉSERVER » est de l’ordre de 34% – 37% en moyenne, ce qui est très satisfaisant !

Au quotidien, comment fonctionnez-vous ? Quels sont les domaines d’action ? Y a-t-il une équipe dédiée ?

D.R : Nous sommes une équipe réduite et très souple. Au quotidien, nous travaillons avec une agence web qui met à disposition un web manager chargé du référencement, des développeurs et des community managers en charge d’animer nos réseaux sociaux. Dans ce domaine, le travail effectué commence à porter ses fruits par exemple avec plus de  24 500 personnes qui nous suivent sur Facebook et près de 3 500 followers sur twitter.

Comédie des Champs-Elysées - membre du réseau TPA

Comédie des Champs-Elysées – membre du réseau TPA

Plus globalement, quels sont, selon vous, les enjeux du théâtre privé aujourd’hui ?

D.R : Les défis sont nombreux et existent, en réalité, depuis toujours : faire des succès, faire émerger des auteurs qui rencontreront un écho, qui trouveront leur public. Je reste persuadé que, quel que le soit le théâtre, quelle que soit l’économie du théâtre, un auteur saura rencontrer son public si la qualité, la créativité, et l’inattendu sont au rendez-vous. Les succès de Sébastien Thiery ou d’Alexis Michalik tendent à le prouver. Tout cela me donne confiance dans le public des théâtres privés qui ne réservera pas uniquement un billet pour une tête d’affiche ou une star de télé, mais saura se laisser séduire, surprendre par de nouvelles signatures ou de nouveaux univers théâtraux. Quand on va voir un Shakespeare à la Porte Saint-Martin avec Lorant Deutsch, je suis persuadé que beaucoup de personnes vont voir un Shakespeare pour la première fois et y découvrent une modernité. L’enjeu principal, c’est de faire savoir que ces pièces-là existent dans un contexte où l’offre culturelle est de plus en plus riche, de plus en plus accessible depuis son canapé sans bouger et parfois même sans payer.

Merci David. Et pour conclure, quelle est l’actualité et les projets de TPA ?

D.R : Tout simplement de continuer à communiquer le plus efficacement possible pour que nos théâtres en recueillent les fruits. Cela signifie concrètement continuer à doper la fréquentation de notre site. On réfléchit aussi à mettre en place des contenus vidéo, développer de nouveaux partenariats avec d’autres enseignes que Le Parisien … Les idées ne manquent pas, on y travaille !

Propos recueillis par Elisabeth Donetti 

Pour aller plus loin :

http://www.theatresparisiensassocies.com/

http://www.astp.asso.fr

RENCONTRE AVEC L’ÉQUIPE ARTISTIQUE D’ANNA CHRISTIE -THÉATRE de L’ATELIER

Visuel affiche webMercredi 15 janvier, fin d’après-midi, nous sommes une petite dizaine de blogueurs à avoir le plaisir de rencontrer l’équipe artistique de la pièce Anna Christie, qui est à l’affiche du théâtre de l’Atelier depuis le 20 janvier. Après avoir fait rapidement connaissance (quel plaisir au passage de mettre des visages sur des adresses web et autres comptes twitter !), nous nous dirigeons vers la salle et nous nous installons aux premiers rangs, impatients que la conférence commence. Pour l’heure, le grand rideau de fer est baissé, impossible de jeter un œil indiscret aux décors de la pièce. Work in progress… Entrent alors sur le plateau le metteur en scène Jean-Louis Martinelli et les comédiens Mélanie Thierry, Féodor Atkine et Stanley Weber. Ils sortent de répétition et l’ambiance est pour le moins décontractée : Mélanie, un mug à la main, Stanley en chaussettes et Féodor encore en costume de scène (pull marin et bottes caoutchouc). Ils viennent tranquillement s’asseoir au bord de la scène.

Les carnets sont sortis et les stylos dégainés… Nous sommes fin prêts.

Jean-Louis Martinelli introduit la rencontre en nous présentant l’auteur de la pièce, Eugène O’Neill, dramaturge américain du début du XXe siècle, qui nous révèle avoir puisé son inspiration à la fois dans sa vie personnelle, douloureuse et tourmentée (alcoolisme, relations familiales violentes…) et dans le théâtre de Shakespeare et des tragiques grecs. Son théâtre, réaliste, questionne la quête du sens de l’existence et met généralement en scène des personnages en marge de la société qui luttent pour maintenir leurs espoirs et leurs aspirations. Jean-Louis Martinelli poursuit en résumant Anna Christie, l’une des premières pièces d’O’Neill. Années 20, dans un bar crasseux du port de New-York, un marin, Chris Christopherson (interprété par Féodor Atkine), émigré suédois aux États-Unis, retrouve sa fille Anna (Mélanie Thierry), qu’il a abandonnée quinze ans plus tôt, à la mort de sa femme. Il l’emmène en mer pour « qu’elle se repose ». Au cours de leur traversée, ils repêcheront en mer un jeune marin, Burke (Stanley Weber) qui, dès le premier regard, sera fasciné par Anna et désirera l’épouser : un coup de foudre ! Mais Anna, troublée par son passé de prostituée et en butte au refus de son père qu’elle épouse Burke, cherchera à gagner sa liberté et son indépendance. Au fond, résume J.-L. Martinelli, la pièce raconte « la recherche d’autonomie de cette femme, sa volonté d’exister en tant qu’individu » et rend hommage aux « femmes qui se battent pour gagner leur place ». Il nous rappelle que la pièce a été écrite dans les années 1920 à l’époque des grands mouvements féministes américains. Martinelli parle de la pièce comme d’un théâtre « âpre », rugueux, d’un « théâtre d’acteurs », sans « sous-texte » d’une grande simplicité narrative mais qui glisse progressivement vers une dimension onirique.

À la question de la naissance du projet, c’est au tour de Mélanie Thierry de prendre la parole car c’est bien elle qui en est à l’origine. Après avoir connu le succès et la reconnaissance de la profession avec Le Vieux Juif blonde en 2006 et Baby Doll en 2009, elle s’est lancée dans Anna Christie qu’elle a lue et aimée, une « belle pièce d’atmosphère » comme elle nous l’explique. Elle évoque Anna, son personnage, comme une femme qui méprise les hommes, au regard de son abandon et de son passé de prostituée, et qui a envie de garder la tête haute et de gagner sa place. Elle a été également touchée par le thème des retrouvailles père / fille et nous glisse au passage qu’il faut « accepter et aimer ses parents tels qu’ils sont ». Elle connaissait le travail de Jean-Louis Martinelli et avait envie de collaborer avec lui. « Il était obligé de me prendre », dit-elle en riant, à la question du choix des comédiens. Martinelli y répond en nous confiant qu’il s’est laissé guider par deux critères : le talent et la volonté de créer « une famille qui va bien vivre ensemble ».

Puis, c’est à Féodor Atkine de nous parler de son personnage Chris, le père d’Anna, un personnage complexe, ambigu, englué dans un sentiment de culpabilité, contraint de revenir vers ce qu’il a abandonné et qui biaise en permanence « en racontant ses propres vérités ». J’imagine parfaitement Féodor Atkine dans ce rôle de marin bourru et solitaire, avec sa belle voix de basse. Stanley Weber poursuit en nous décrivant également son personnage, Burke, qui lui offre l’opportunité d’interpréter un rôle fort et tranché : un homme qui sort d’un naufrage et qui rencontre le jour même l’amour de sa vie ! Un personnage plein de candeur, de naïveté et emporté par l’arrogance de sa jeunesse. Stanley Weber salue au passage le très beau travail de Jean-Louis Carrière qui a su traduire, selon lui, le texte avec beaucoup de finesse et de subtilité et a adapté la pièce en faisant des choix assez tranchés (suppression pure et simple de certains passages religieux dans l’acte 4 par exemple et de certains personnages).

Un mot des décors ? Nous apprendrons seulement qu’ils « baigneront » dans cet univers maritime, de ports, de toiles de bateaux, de phares, de brouillards. Nous sommes curieux également d’en savoir plus sur les costumes qui sont signés Camille Janbon. Mélanie, toujours très impliquée sur le choix de ses tenues, nous glisse que la costumière est venue assister quotidiennement aux quinze premiers jours de répétition. Elle pensait la voir arriver avec trois valises pour l’essayage. Mais non, au final, elle est venue avec trois tenues… et c’était parfait ! Travail remarquable auquel elle rend également hommage.

Et quid de l’état d’esprit de l’équipe à quelques jours de la première ? Rationnel et serein. « Si le travail a été bien fait, ça doit tenir debout », nous indique J.-L. Martinelli dans un sourire. Lui se dessaisit de son travail et laisse le plateau aux comédiens. Comme Stanley Weber le rappelle en conclusion : « Jean-Louis nous donne des rails, au sein desquels on peut s’amuser et rebondir. »

La rencontre touche à sa fin. Sentiment unanime : la pièce donne envie, très envie ! Rendez-vous le 30 janvier pour aller l’applaudir. On se quitte, le sourire aux lèvres, heureux d’avoir partagé ce moment convivial entre amoureux du théâtre.

Les billets des autres blogueurs présents ce soir-là :

http://www.legenoudeclaire.com/2015/01/16/rencontre-autour-de-la-piece-anna-christie-deugene-oneill-avec-melanie-thierry-feodor-atkine-stanley-weber/

http://www.esprit-paillettes.com/theatre-anna-christiea-quelques-jours-de-la-premiere/

http://isabelle.kevorkian.over-blog.com/2015/01/theatre-anna-christie-d-eugene-o-neill-au-theatre-de-l-atelier.html

http://www.onirik.net/Rencontre-avec-le-metteur-en-scene

ANNA CHRISTIE

Théâtre de l’Atelier, 1 place Charles Dullin • 75018 Paris

Jusqu’au 26 avril 2015

Du mardi au samedi 21h, matinées samedi 16h30 et dimanche 15h30

Crédit photos : Théâtre de l’Atelier

C├┤t├® cour large2C├┤t├® cour zoom 6Plan d'ensemble serr├®Plan large 2