UN CAFÉ AVEC JEAN-LUC JEENER – DIRECTEUR DU THÉÂTRE DU NORD-OUEST (PARIS 9eme), AUTEUR, METTEUR EN SCÈNE, COMÉDIEN, CRITIQUE DRAMATIQUE

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Crédit : Patrick Lafrate

« Le théâtre montre l’homme dans tous ses possibles »

Est-ce besoin de présenter Jean-Luc Jeener à nos lecteurs ? Grande figure du théâtre contemporain, à la fois directeur du théâtre du Nord-Ouest, metteur en scène, comédien, écrivain et critique dramatique, l’homme est également un catholique fervent, défenseur d’un théâtre de l’incarnation avec un grand I. Hors du système, loin du vedettariat et des réseaux de communication virtuels, sans argent ou presque, Jean-Luc Jeener défend sa conception du théâtre au Nord-Ouest, un lieu unique, reflet de ses réflexions et aspirations. Érudit, déterminé, inflexible, il m’accorde le 1er juillet dernier un entretien passionnant, transparent et sans concession aux confins du théâtre et de la religion. Lire la suite

UN CAFÉ AVEC ÉLISABETH BOUCHAUD – PHYSICIENNE, COMÉDIENNE, AUTEURE, DIRECTRICE DU THÉÂTRE DE LA REINE BLANCHE (PARIS 18eme)

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Crédit photo : William Parra

« J’ai envie de défendre un théâtre exigeant mais ouvert au plus grand nombre. »

Ce 28 mai 2018, je rencontre Elisabeth Bouchaud, une «physicienne sur les planches» comme la surnomment souvent les médias. Physicienne française de premier plan, directrice de l’enseignement à l’École supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris (ESPCI), membre du Commissariat à l’énergie atomique, honorée par plusieurs prix internationaux pour ses travaux sur « la mécanique de la rupture », Elisabeth Bouchaud cultive également la passion du théâtre depuis toujours. Cet après-midi-là, elle m’ouvre chaleureusement les portes de sa « maison », le théâtre de La Reine Blanche, situé dans une petite ruelle pavée du 18ème arrondissement, dont elle a repris la responsabilité en 2015. Un lieu unique à Paris, dédié aux arts et aux sciences. Rencontre. Lire la suite

UN CAFÉ AVEC Sonia Leplat, directrice de la Maison des Pratiques Artistiques Amateurs (MPAA)

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Crédit photo : Guillaume Borgnet

 

« La MPAA est un outil passionnant qui sert autant au développement artistique qu’au développement citoyen. »

Accompagner, encourager et promouvoir les pratiques artistiques amateurs, telles sont les missions de la MPAA (prononcez MP2A !) depuis 10 ans. Une vraie «Maison» « où l’on se sent bien et l’on aime s’y retrouver » comme me l’expliquera sa pétillante et dynamique directrice Sonia Leplat, à sa tête depuis septembre 2017. Une entrevue énergisante en plein cœur de Saint-Germain des Prés avec une amoureuse des mots, de théâtre et du spectacle vivant, les pieds bien sur terre et des projets plein la tête. Rencontre. Lire la suite

UN (DEUXIÈME) CAFÉ AVEC DAVID BARROUK, COACH D’ACTEURS, AUTEUR DE « STAN OU LE SOLFÈGE DE L’ACTING »

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«J’ai voulu écrire un livre très interactif qui tende la main aux acteurs et à tous ceux qui sont acteurs de leur(s) vie(s)» David Barrouk 

J’ai rencontré David Barrouk la première fois en 2014 à l’occasion d’un stage de théâtre, fondé sur la Méthode de l’Actor’s Studio, qui a formé tous les plus grands acteurs américains. Le stage avait donné lieu à un premier « Café avec » passionnant dans lequel David, coach d’acteurs et fondateur de l’école Method Acting Center, m’avait exposé son approche et sa passion pour son métier. Il en a tiré un ouvrage « Stan ou le solfège de l’Acting » publié ce printemps. Nos chemins se recroisent donc un dimanche d’été aux Batignolles pour un deuxième café avec! Le personnage n’a pas changé : toujours aussi chaleureux, érudit… et communicatif .  Lire la suite

UN CAFÉ AVEC MARION EVEN, PLASTICIENNE ET SCULPTEUR DE MASQUES

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« J’aime quand mes créations m’échappent »

Un joli hasard m’a fait croiser le chemin de Marion Even, plasticienne et sculpteur de masques, lors d’une soirée entre amis. Le projet d’un « café avec » est né aussitôt et j’ai eu le plaisir d’interviewer Marion quelques semaines plus tard dans son « appartement-atelier » foisonnant et ultra chaleureux du 18e arrondissement. Bien installées entre les stocks de moules, les étagères remplies de pots de poudres, colles à tissu, peintures, pigments, boîtes à poils, à plumes ou à bijoux, dentelles, boutons.., et d’une belle bibliothèque dédiée aux masques, nous avons entamé une conversation chaleureuse à la découverte d’une profession originale et peu connue. Coup de projecteur sur une artiste humble, généreuse et passionnée par son métier, nommée aux Molières 2016 dans la catégorie « Meilleure création visuelle ». 

Coup de théâtre : Bonjour Marion, pourriez-vous nous présenter votre métier ?

Marion Even: Mon métier consiste à réaliser des masques pour des projets variés : des pièces de théâtre bien sûr mais également des opérations événementielles, des scénographies de boutiques de luxe, des vitrines de grands magasins, des films, des shooting photo,…. Le champ des réalisations est assez vaste. Lire la suite

UN CAFÉ AVEC ISABELLE BERTOLA, DIRECTRICE DU MOUFFETARD, THÉÂTRE DES ARTS DE LA MARIONNETTE

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Crédit : Alain Dalouche

« Avoir un lieu identifié est essentiel. »

Le rendez-vous est pris par une belle soirée d’avril. J’ai le plaisir de rencontrer ce soir-là Isabelle Bertola qui dirige le Mouffetard, le théâtre des arts de la Marionnette, au coeur du 5e arrondissement parisien. Avec beaucoup de gentillesse et générosité, Isabelle Bertola m’a relaté l’histoire de ce théâtre pas comme les autres et a partagé avec moi les valeurs et les projets du lieux. Dans le chaleureux décor du Mouffetard, une très belle rencontre placée sous le signe des artistes, de la création et du partage avec le public.  

Coup de théâtre : Bonjour Isabelle, quelle place occupe le théâtre Mouffetard dans le paysage culturel parisien ? Et plus largement français ?

Isabelle Bertola : Le Mouffetard – Théâtre des arts de la Marionnette joue un rôle important car il est le seul théâtre dédié à la marionnette contemporaine et à ce titre il fait figure de référence à Paris, en France et même à l’étranger, notamment grâce à la Biennale internationale des Arts de la Marionnette. Il faut d’ailleurs souligner la richesse de la création française dans le secteur ! Lire la suite

UN CAFÉ AVEC JENNIFER LESAGE-DAVID, CODIRECTRICE DE L’INTERNATIONAL VISUAL THEATRE (IVT)

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« L’International Visual Theatre, un carrefour culturel pour les sourds et les entendants »

L’International Visual Theatre (IVT) est un lieu culturel unique en France qui s’adresse aux sourds et aux entendants. Du théâtre pour tous oui mais bien plus encore ! Le lieu, niché au fond d’une charmante impasse pavée du 9e arrondissement de Paris, pourrait sembler vouloir cultiver la tranquillité mais les apparences sont trompeuses. L’IVT est une véritable « ruche » qui regorge d’activités et de projets autour de la langue des signes. J’ai eu le plaisir de partager un café avec Jennifer Lesage-David, sa codirectrice qui m’a fait découvrir son histoire et son identité. Une rencontre éminemment chaleureuse au cœur de l’hiver.

Coup de théâtre : Bonjour Jennifer, en quoi l’International Visual Theatre (IVT) est-il un lieu unique en France ?

Jennifer Lesage-David : Il est unique parce que nous sommes le seul lieu culturel en France dont le cœur de l’action est la promotion et la diffusion de la langue des signes sur une dimension culturelle très large. Quand nous sommes nés il y a quarante ans, nous étions à l’origine une compagnie de comédiens sourds qui faisaient des propositions de spectacles en langue des signes puis bilingues, puis on a fait naître un centre de formation sur la langue des signes, le premier en France, et la première maison d’éditions à éditer des ouvrages sur la langue des signes. Depuis des compagnies ont émergé sur ce thème, des centres de formation ont été créés également, mais nous sommes le seul lieu à regrouper toutes ces entités avec une volonté d’échanges et de partage.

Quelle est la vocation de l’IVT ?

J.L-D. : Notre vocation, c’est l’ouverture, la rencontre entre la culture de la langue des signes, la culture du visuel et la culture française au sens large. Avec l’objectif, après 40 ans d’activité, de s’inscrire dans la transmission auprès des jeunes générations et de partager ce très bel outil avec tous les acteurs culturels, et notamment les compagnies émergentes, qui travaillent à la promotion de la langue des signes.

Le lieu regroupe donc de nombreuses activités. Pourriez-vous nous les présenter ?

J.L-D. : Sur le plan artistique, nous disposons d’une salle de spectacles pouvant accueillir jusqu’à 185 personnes, nous diffusons et produisons des spectacles et des performances artistiques ; nous accueillons en résidence des compagnies qui travaillent sur le bilinguisme. Nous sommes également force de conseil et d’accompagnement auprès de structures comme le cinéma ou le théâtre qui veulent travailler avec des artistes sourds. Sur le plan de la formation, nous proposons des cours de langue des signes à tous les publics, sourds ou entendants, d’un niveau débutant à un niveau acquis, ainsi que des stages EN langue des signes (histoire de la langue des signes, identité sourde, et des stages artistiques  de théâtre, photo, hip hop, clown, danse,…). Et enfin nous éditons et diffusons des dictionnaires, des livres, des lexiques, des DVD,… Au total, nous sommes une équipe mixte de 23 salariés mais face au nombre d’activités, nous pourrions être beaucoup plus !

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Comment élaborez-vous votre programmation ? Sur quels critères ?

J.L-D. : Nous la construisons à quatre mains avec Emmanuelle (ndlr : Emmanuelle Laborit, codirectrice de l’IVT) en veillant à un équilibre entre spectacles bilingues mêlant langue des signes et français et des spectacles purement visuels sans paroles (danse, mime, clown, marionnettes…). Nos critères de sélection ? Nous cherchons des spectacles qui nous interpellent par leur esthétisme, leur créativité ou les messages qu’ils portent pour avoir envie de les partager avec le public et répondre à notre mission de programmation en ouvrant les esprits. Ensuite, un critère technique car notre plateau n’est pas très profond et ne permet pas d’accueillir tous les spectacles. Enfin, on n’y échappe pas hélas, un critère financier. Nous n’avons pas toujours les moyens de programmer ce que nous souhaitons. Aujourd’hui, nous proposons 10 spectacles et 10 événements par saison, soit 65 représentations par an.

Concrètement, voir un spectacle bilingue pour un entendant, c’est s’appuyer sur un surtitrage ou un interprète sur scène ?

J.L-D. : Justement pas ! L’idée c’est de ne pas faire appel à du surtitrage ou des interprètes qui sont des moyens d’accessibilité. Ce que nous souhaitons, c’est que le regard de chaque spectateur soit posé sur une proposition artistique unique; que chacun, sourd ou entendant, puisse recevoir le spectacle dans la même temporalité avec une richesse de contenu équivalent. Le défi, c’est de penser la mise en scène en bilinguisme dès le départ, de mélanger langue des signes et français. Il y a plusieurs partis-pris de mise en scène possibles, l’idée étant de trouver celle qui mettra le public à égalité et dans le même confort.

Quel est votre public justement ?

J.L-D. : Un public large et intergénérationnel : des enfants, des familles, des personnes âgées. On accueille également un public du monde entier, c’est notre caractère unique qui attire ! 

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Credit : IVT – S. Badie-Levet

Quelques mots sur l’histoire de l’IVT. Comment est né le lieu ? A l’initiative de qui ?

J.L-D. : Le projet est né il y a 40 ans par la rencontre de deux hommes de théâtre : Alfredo Corrado, un artiste sourd américain et le metteur en scène français Jean Grémion. Ils ont eu ce pari fou et magnifique de créer une compagnie de théâtre autour de la langue des signes. C’était l’époque du « Réveil Sourd », qui correspondait à la volonté des sourds de faire reconnaître leur langue, interdite pendant 100 ans (ndlr : la langue des signes a été reconnue officiellement en France en 2005). Puis la compagnie a grandi, s’est développée jusqu’à devenir un lieu, d’abord implanté au château de Vincennes puis ici à Paris.  

L’IVT fête ses 40 ans cette année !

 J.L-D. : Oui absolument ! Nous prévoyons cinq jours de festivités du 9 au 13 mai 2017 durant lesquels nous fêterons le passé et …l’avenir ! Les jeunes générations pourront rencontrer « les anciens » qui raconteront l’histoire de l’IVT et nous en profiterons pour présenter nos projets : la présentation de la master class artistique, une pédagogie plus moderne pour notre centre de formation et la saison 2017/2018…Nous avons du pain sur la planche!

Que peut-on vous souhaiter pour les 40 prochaines années ?

J.L-D. : Garder cette énergie et cette richesse de propositions, consolider nos ressources car la culture est fragile, et continuer à être soutenus pour porter nos projets. Et pourquoi pas s’agrandir car on commence à être à l’étroit ! (rire)

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Crédit : Maurice Melliet

Quelle est votre plus grande fierté ?

J.L-D. : Après la reconnaissance du public, c’est la reconnaissance politique. Les partenaires publics nous sont aujourd’hui d’un grand soutien même si le chemin a été long avant d’être reconnu comme un lieu culturel à part entière. Au départ, nous étions étiquetés « handicap » alors que ce n’est absolument pas notre créneau ! Notre créneau, c’est la culture pour tous.

Avez-vous un rêve ?

J.L-D. : Oui ! Renforcer la visibilité et la reconnaissance de la langue des signes. Elle n’a pas la place qu’elle devrait occuper, particulièrement dans l’éducation où l’enseignement en langue des signes leur est peu proposé. Les parents d’enfants sourds devraient avoir le choix entre une éducation bilingue ou une éducation oraliste. Or ce choix n’est pas possible aujourd’hui car les structures offrant une éducation bilingue sont infimes. Beaucoup pensent que l’intégration des personnes sourdes passe par l’oralisation, ce qui est à mon sens une erreur, car cela les place dans une position de rééducation et d’efforts constants. Alors que la langue des signes est une langue naturelle d’une richesse insoupçonnable qui leur permettrait d’avoir accès aux savoirs, aux connaissances, au français et représenterait un meilleur vecteur d’intégration. De plus, c’est un enrichissement pour tous !

Merci ! Et pour conclure, quel a été votre parcours ?

J.L-D. : J’ai toujours cherché à me nourrir et à explorer de nombreuses disciplines artistiques – Conservatoire d’Art Dramatique, brevet d’état en théâtre et cirque, Master 1 en études théâtrales, Master 2 en management du spectacle vivant – avec le projet de devenir administratrice de projet culturel. Parallèlement à mes études, j’ai commencé à apprendre la langue des signes à 18 ans, je me suis beaucoup investie dans les associations sourdes de Bretagne et j’ai eu plusieurs expériences d’administratrice de compagnies, de lieux culturels. Assez logiquement, j’ai intégré l’IVT en 2010 d’abord comme administratrice pendant quatre ans puis aujourd’hui comme codirectrice.

Propos recueillis par Elisabeth Donetti, avec l’aide de Pascaline Siméon/bureau de presse Sabine Arman

INTERNATIONAL VISUAL THEATRE

7 Cité Chaptal, 75009 Paris 

www.ivt.com

 

 

UN CAFÉ AVEC LAURENT CODAIR -DIRECTEUR COMMUNICATION DU THÉÂTRE DE POCHE-MONTPARNASSE

 

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Catherine Salviat, sociétaire honoraire de La Comédie-Française et Laurent Codair

« Le théâtre de Poche-Montparnasse est d’abord un théâtre de création. »

En cette fin d’été, comme bon nombre de théâtres parisiens, le théâtre de Poche-Montparnasse n’a pas encore rouvert ses portes. C’est donc, au café « La Ruche » sur le boulevard du Montparnasse, au nom joliment prédestiné pour l’entretien, que je rencontre Laurent Codair, le directeur de la communication du « Poche ». Amoureux du lieu, passionné par son métier, des projets plein la tête, Laurent m’a fait découvrir ce joli lieu qui occupe une place particulière dans le paysage théâtral parisien et  connaît un très beau succès public et critique depuis sa réouverture en 2013. Une rencontre ultra chaleureuse à quelques jours de la rentrée.

 

Coup de théâtre : Bonjour Laurent, racontez-nous l’histoire du « Poche ».

Laurent Codair: Le Poche a été créé en 1942, par Marcel Oger qui a ouvert cette petite salle avec quelques amis au cœur de ce quartier Montparnasse, si foisonnant artistiquement. Le lieu s’est, dès l’origine, défini comme un espace de création qui accueillait de jeunes auteurs, de jeunes comédiens ou metteurs en scène peu connus à l’époque. Dès l’année suivante, le Poche a commencé à bénéficier d’une certaine notoriété avec l’arrivée de Jean Vilar qui a mis en scène et joué Orage d’August Strindberg. Et puis, les années ont passé, l’aventure a continué. Des artistes renommés ont rejoint le Poche comme le mime Marceau, Roland Dubillard, Marguerite Duras, Claude Regy, Sylvia Monfort… Beaucoup de créations, dont certaines sont devenues des « classiques », comme Le Mal court de Jacques Audiberti avec notamment la jeune Suzanne Flon que le public découvrait, ou La Leçon de Eugène Ionesco, ont égrené ensuite son histoire. Fidèle à cet héritage, le Poche reste aujourd’hui un théâtre de création qui programme aussi bien des pièces du répertoire que des créations contemporaines.      

photo 80Le théâtre est dirigé par Philippe Tesson depuis 2011.

L.C.: Oui, Philippe Tesson a repris la direction avec Stéphanie Tesson et Charlotte Rondelez en novembre 2011. Il a fait réaliser des travaux qui ont permis de mettre aux normes la salle principale et de créer une deuxième salle entièrement modulable au sous-sol dédiée aux spectacles d’expérimentation et de compagnie (ndlr: le théâtre de Poche-Montparnasse dispose aujourd’hui de 128 places dans la salle principale et 95 dans la salle en sous-sol). Le Poche a rouvert ses portes en janvier 2013. Dès l’origine, Philippe Tesson a eu le projet de faire de ce théâtre une « ruche », un véritable lieu de création avec l’envie de susciter la curiosité et l’interactivité avec le public, en collaboration avec sa fille Stéphanie Tesson et Charlotte Rondelez.

Comment décrire l’esprit des lieux en trois mots ?

L.C. : J’en donnerais plutôt quatre : création, « ruche », auteur et texte, une sorte d’équation « sacrée » qui forge l’identité des lieux. Avec des objectifs forts : allier le divertissement et la réflexion, ouvrir le débat, les échanges entre les spectateurs et les artistes.

Comment s’élabore la programmation ? Sur quels critères?

L.C. : La programmation se base sur des textes du répertoire et des textes contemporains. Nous tenons vraiment à inscrire le TEXTE comme critère de programmation, quelle que soit sa forme (comédie ou tragédie, textes écrits pour la scène ou adaptations théâtrales d’œuvres littéraires, ..). Le choix des textes est impulsé par Philippe Tesson qui a plus de cinquante ans de critiques dramatiques à son actif. Il part de ses souvenirs d’œuvres représentées, de textes et parallèlement, le trio de direction a une vraie curiosité pour la scène actuelle, les jeunes compagnies, ce qui nous amène à créer des projets de A à Z, comme Madame Bovary, qui a obtenu un joli succès la saison passée avec une nomination aux Molières.

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LA VERSION BROWNING de Terence Rattigan. Adaptation et mise en scène de Patrice Kerbrat. Au théâtre de Poche-Montparnasse à partir du 1er septembre © Pascal Gely

Comment expliquez-vous le succès ou l’échec d’une pièce ?

L.C. : C’est très difficile de savoir si une pièce va marcher ou non. D’abord si on la monte, c’est qu’on pense qu’elle suscitera l’intérêt du public. Et effectivement, on a vécu de très belles aventures, avec par exemple The Servant (ndlr : Molière du meilleur comédien au théâtre privé en 2015 pour Maxime d’Aboville) ou Chère Elena avec le travail formidable de mise en scène de Didier Long, saluée par quatre nominations aux Molières dont celui de la révélation masculine attribué à François Deblock. Le succès repose je crois sur une trinité quasi « sacrée » : un texte, un metteur en scène et des acteurs et bien sûr sur le rendez-vous avec le public. Il faut être fidèle à notre mission de programmation, tenir la promesse artistique qu’on a fait auprès du public et toujours garder le même niveau d’exigence.

Theatre_de_poche_023Quels sont les atouts du lieu par rapport aux autres théâtres du quartier Montparnasse ?

L.C. : Je dirais la convivialité ! On propose au public un accueil et un accompagnement particulier: des rencontres, des échanges avec les comédiens après le spectacle… Si cela peut surprendre le public au départ, il y prend goût très vite. Même chose du côté des comédiens qui se sentent bien chez nous : on échange avant les représentations, on les retrouve après la représentation au bar, on les accompagne dans l’aventure au quotidien. On est presque comme dans une « maison » et c’est indispensable d’entretenir cette convivialité à la fois avec les artistes qu’avec le public, surtout à l’heure du « tout » numérique. L’un ne va pas sans l’autre !

Quelles sont vos ambitions aujourd’hui ?

L.C. : Notre défi est de continuer à surprendre, à susciter l’intérêt, l’appétence, la curiosité, et bien sûr de continuer à être à la hauteur des attentes. Depuis trois ans, nous avons accueilli plus de 220 000 spectateurs. Un spectateur sur deux revient au Poche après être venu découvrir un de nos spectacles. Il faut poursuivre cette dynamique !

Selon vous, quels sont les défis du théâtre privé aujourd’hui ?

L.C. : Le défi c’est de trouver sa place au milieu d’une offre de plus en plus large. Et venant du théâtre public, je me suis toujours demandé pourquoi le théâtre privé ne se donnait pas les moyens d’avoir une vraie réflexion sur son image, sur son projet artistique comme le fait constamment le théâtre public. Pourquoi les directeurs de salles de théâtres privés n’utilisent pas leur patrimoine, leur programmation pour établir un positionnement clair, définir une identité ? A quoi, on m’a toujours répondu que le théâtre privé ne dispose pas des moyens financiers sur lesquels s’appuie le théâtre public. Aujourd’hui, je prouve le contraire, en ayant la chance c’est vrai de travailler avec des directeurs qui me font confiance. Le théâtre privé trouvera son salut en se spécialisant, comme le secteur de la presse, en définissant une vraie identité, un positionnement dirait-on en marketing. Si on veut capter l’attention du public aujourd’hui, il faut être ambitieux et fort de propositions de qualité bien sûr.

Saison 1617Diriger la communication d’un théâtre,  qu’est que cela recouvre au quotidien ?

L.C. : Ma mission est double : rendre la programmation visible au plus large public possible et développer la notoriété de ce petit théâtre. Je travaille au quotidien sur tous les outils de communication : édition – nous éditons une brochure avec les spectacles de la saison, des tracts, des dossiers de presse les plus complets possible -, supports numériques (site web, réseaux sociaux, newsletter,..), gestion des achats d’espaces publicitaires, des relations presse, développement des partenariats. J’essaye d’ailleurs de nous associer chaque année à un nouveau grand media pour permettre à l’ensemble de nos productions de bénéficier d’une large visibilité. Cette année, nous reconduisons un partenariat avec France Télévisions et c’est une vraie fierté car leur intérêt pour notre programmation est sincère. Il y a eu un gros travail fait également sur la charte graphique du Poche réalisée en collaboration avec Pierre Barrière, notre graphiste-concepteur, visant à refléter l’identité et les valeurs du Poche. Et puis nous continuons à explorer de nouvelles formes de communication avec le numérique. Une vraie dynamique au cœur de la « machine Poche » !

Quel a été votre parcours ?

L.C. : Mon parcours est atypique. Après des études de lettres, j’ai été danseur professionnel pendant 15 ans. J’ai terminé ma carrière à Londres et je me suis formé en communication à mon retour à Paris. J’ai travaillé dans un bureau de presse indépendant puis j’ai intégré La Comédie-Française comme responsable des relations presse et partenariats media de sa deuxième salle, le Théâtre du Vieux Colombier en même temps que des missions annexes comme celle du Festival d’Avignon au service de presse. Des années formidables pendant lesquelles j’ai retrouvé cette forme d’exigence, de rigueur que j’ai connue en tant que danseur classique et j’ai rencontré évidemment des comédiens d’exception avec qui je suis toujours en contact. Je suis très heureux à ce propos d’accueillir Catherine Sauval, sociétaire au Français qu’elle vient de quitter, pour Jules Renard, l’homme qui voulait être un arbre, un spectacle formidable qu’elle a créée sous la forme d’une carte blanche au Théâtre du Vieux-Colombier et qu’elle présente à partir du 26 septembre et Léonie Simaga qui signe la mise en scène de Pour un oui pour un non de Nathalie Sarraute en novembre prochain. Il y a beaucoup de plaisir à développer une mission d’éducation au près du jeune public d’aujourd’hui qui sera celui de demain.

Merci Laurent. Et pour conclure, votre mot « théâtre » préféré ?

L.C. : J’en ai deux ! (rire) : TOÏ TOÏ un mot joyeux, universel, qu’on se dit partout dans le monde pour se souhaiter bonne chance avant d’entrer sur scène. Et puis un mot que j’aime beaucoup, rond et généreux : BRAVO.

Propos recueillis par Elisabeth Donetti

THÉÂTRE DE POCHE-MONTPARNASSE

75 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris

 

 

 

 

 

 

UN CAFÉ AVEC Arnaud Dupont, comédien

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« Ce qui me passionne, c’est la création »  

C’est dans le très chaleureux cadre de La Recyclerie, porte de Clignancourt, que j’ai le plaisir de rencontrer le comédien Arnaud Dupont. Homme de théâtre et de cinéma aux multiples casquettes (écriture, mise en scène,…), Arnaud a déjà à son actif un très joli parcours sur les planches, égrené de beaux succès du Cas de la Famille Coleman (prix du Théâtre 13) au désormais « classique » Cercle des Illusionnistes. Il s’apprête aujourd’hui à défendre une nouvelle pièce « La Reine de Beauté de Leenane » programmée au 16 au 21 février au petit théâtre Odyssée à Levallois-Perret. Vocation, parcours, projets, amour du métier, un très bel échange avec un passionné de création. Rencontre.   

Coup de théâtre : Bonjour Arnaud, où peut-on vous applaudir en ce moment ?

Arnaud Dupont : Actuellement dans « Le Cercle des Illusionnistes » qui part en tournée après 450 représentations parisiennes. Et bientôt dans la pièce « La Reine de Beauté de Leenane » qu’on présente pour la première fois au public du 16 au 21 février à Levallois-Perret et qui partira à Avignon cet été. Je partage le plateau avec Catherine Salviat, Grégori Baquet, Molière de la révélation masculine 2014 et Sophie Parel qui est également la metteur en scène. C’est une pièce que j’aime beaucoup, très bien écrite, une comédie noire irlandaise qui plonge le spectateur au cœur d’une misère sociale, affective si sombre qu’elle peut, au-delà de l’émotion, faire sourire. On est impatient de voir comment le public va l’accueillir. Dans tous les cas, à titre personnel, travailler avec une telle distribution est une expérience en soi formidable. Je pense notamment à la « grande » Catherine Salviat, sociétaire honoraire de la Comédie Française. Voir avec quelle fraîcheur et quelle humilité, une comédienne « de ce calibre », après 30 ans au Français, s’investit dans ce projet est une vraie leçon. C’est tellement agréable de voir comment on peut mûrir avec simplicité dans ce métier. En marge de mes actualités théâtre, je suis également un grand fan de cinéma. Je joue notamment dans un court-métrage « Si la photo est bonne » du réalisateur Luc Battiston (avec qui j’ai coécrit le scénario) auquel je tiens énormément et qui bénéficie actuellement d’une belle diffusion à la Cinémathèque Française.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir comédien ?

A.D. : En réalité, c’est une deuxième carrière ! J’ai commencé par être professeur des écoles pendant une dizaine d’années dans le 18ème. A l’époque, le théâtre, que je pratiquais en amateur, était déjà une passion mais cela me paraissait illusoire et presque un peu inaccessible. Et puis, je me suis professionnalisé peu à peu par des stages, des rencontres. Ma première « vraie » expérience a été un monologue de Blaise Cendrars « La Prose du Transsibérien » que j’ai joué lors d’une petite tournée dans de véritables ateliers d’artistes parisiens. Les jauges étaient petites, 15-20 personnes, mais l’expérience m’a plu et m’a surtout donné envie de me former de façon plus académique pour gagner en légitimité. J’ai intégré l’école de Raymond Acquaviva –  Les Ateliers du Sudden – que j’ai suivi pendant trois ans. Et puis peu à peu, le théâtre a pris le part sur l’enseignement. Je suis complètement professionnel depuis cinq ans. 

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Le Cercle des Illusionnistes (Mise en scène Alexis Michalik)

Quelles ont été les grandes étapes de votre parcours ?

A.D. : Le vrai déclencheur a été cette pièce de Blaise Cendrars. Ensuite, j’ai intégré des collectifs avec des élèves rencontrés aux Ateliers du Sudden, on a monté pas mal de spectacles avec très peu de moyens. C’est ma période saltimbanque je dirais ! (rire). Mais une période importante pendant laquelle j’ai cherché à me faire remarquer notamment dans la « jungle » d’Avignon où l’on présentait nos spectacles. C’est à cette époque également que j’ai commencé la mise en scène avec des spectacles jeune public. Et puis j’ai poursuivi avec la très belle aventure « Le Cas de la Famille Coleman » dont la mise en scène était signée par Johanna Boyé et qui a remporté le prix du théâtre 13. Je jouais ce personnage incroyable, Marito, ce type un peu fêlé, déroutant, qui fait rire autant qu’il interpelle. Et puis j’ai rejoint la distribution de la pièce d’Alexis Michalik « Le Cercle des Illusionnistes ».

Un mot justement sur le « Cercle des Illusionnistes ». Comment êtes-vous arrivé sur ce projet ?

A.D. : Par mon réseau ! Alexis Michalik m’avait vu plusieurs fois sur scène et m’avait sollicité pour rejoindre la distribution du « Porteur d’Histoire ». Je n’étais pas disponible à l’époque mais Alexis est quelqu’un de fidèle et il a pensé à moi pour sa pièce suivante « Le Cercle des Illusionnistes », qui, pour le coup, était vraiment attendue au tournant ! Une expérience bien sûr incroyable avec ce succès énorme, et chose rare, unanime: la presse, la profession, le public. Quand les trois sont réunis, c’est magique. Je soir de la Première reste un souvenir très fort pour toute la troupe. On a tous senti sur le plateau que « la sauce prenait » au fur et à mesure de la représentation et on vraiment vibré à la fin du spectacle, après le noir, quand on a entendu le crépitement des applaudissements ! Quelle émotion ! Et puis c’est un gros plaisir de partager une aventure collégiale, pendant laquelle on oublie son ego pour se mettre au service d’un collectif. On a l’impression de ne faire qu’un. C’est quelque chose de précieux et c’est d’ailleurs le plus beau compliment qu’on nous ait fait : l’homogénéité de l’interprétation. Et il faut rendre hommage à Alexis qui n’a pas volé son succès, c’est un très gros bosseur qui n’arrête pas de travailler, de jouer, d’écrire. Il est impressionnant.

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Le Cercle des Illusionnistes

 

Qu’est ce qui vous passionne dans ce métier ? Vous déplaît ?

A.D. : Ce qui me passionne, c’est la création d’un personnage, c’est-à-dire réussir à comprendre le sens d’un projet, à en décrypter les codes et à le servir tout en restant soi-même. Il y a plusieurs approches d’ailleurs dans ce process de création qui tient généralement à la personnalité du metteur en scène. Certains partent de la nature du comédien et s’inspirent de ce qu’ils voient au plateau pour composer le personnage. D’autres, comme Alexis Michalik par exemple, vont choisir quelqu’un qui colle à ce qu’ils ont en tête pour le rôle. Ensuite, charge au comédien de voir quelle est sa marge de manœuvre pour glisser à l’intérieur de ce costume déjà « taillé ». Dans tous les cas, j’écoute, je cherche à comprendre ce que veut l’autre et je m’adapte. Une fois en plateau devant un public, l’objectif est plutôt d’oublier l’aspect purement technique des choses pour gagner en disponibilité et incarner des vrais moments de vérité. Ce qui me passionne également, c’est passer d’un univers à un autre, d’une aventure artistique à une autre sans savoir de quoi demain sera fait. C’est excitant mais ça peut être anxiogène également. Personnellement, je contrebalance cette angoisse en créant en permanence à la fois dans l’écriture, la mise en scène même si, depuis trois ans, mon activité de comédien a pris un peu le pas sur tout ça. 

Allez-vous souvent au théâtre ? Quel spectateur êtes-vous ?

A.D. : Oui, j’y vais souvent et je vois beaucoup de choses différentes car  je suis curieux. Je ne suis pas forcément bon public (rire) mais quand un univers me « parle », mon sens critique s’estompe très vite, je me laisse porter. J’aime beaucoup les spectacles de Romeo Castellucci par exemple. C’est un plasticien qui met l’esthétique au service de l’histoire. Dernièrement j’ai beaucoup aimé Andorra au Théâtre 13, mis en scène par Fabian Chappuis, avec une jeune comédienne très talentueuse Elisabeth Ventura, qui parle du rejet de la différence religieuse, un thème qui résonne aujourd’hui de manière très forte.

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Le Cas de la Famille Coleman (Mise en scène Johanna Boyé)

Avez-vous un rêve de théâtre ?

A.D. : Oui, j’ai même l’impression d’en avoir plusieurs ! A titre individuel, j’ai des rêves de collaboration avec des metteurs en scène, comme Guillaume Vincent qui a mis en scène un très beau spectacle qui s’appelle « Rendez-vous gare de l’Est », ou avec des comédiens que j’admire. Et puis des rêves plus collectifs, l’envie de contribuer à l’accomplissement de projets ou des personnes avec qui j’ai collaboré, l’envie de les accompagner là où ils/elles ont envie d’aller. En marge du théâtre, j’ai des rêves de cinéma, de mise en scène, même si les portes hélas sont beaucoup cloisonnées entre théâtre et cinéma, entre théâtre privé et théâtre public, avec parfois, et c’est regrettable, un certain mépris des uns envers les autres. C’est aussi le bémol de ce métier.

Merci Arnaud. Et si vous aviez un conseil à donner à quelqu’un qui a envie de devenir comédien ?

A.D. : Un conseil ? Difficile à dire…Je conseillerais simplement de ne pas céder trop vite à la facilité, par besoin de travail. Réussir à rester fidèle à la raison fondamentale pour laquelle on veut faire ce métier et ne pas l’oublier trop tôt.

Propos recueillis par Elisabeth Donetti 

Pour aller plus loin : http://www.arnaud-dupont.fr/

 

LE CERCLE DES ILLUSIONNISTES EN TOURNÉE

Février: le 27 à Vernon

Mars: Du 2 au 5 à Amiens, le 9 à Joué les Tours, le 12 à Herblay, le 15 à Sion.

Avril: Le 7 à Cahors, le 19 à Ajaccio, le 21 à Bastia, le 29 à Cholet

Mai: Le 13 à Thuir

LA REINE DE BEAUTÉ DE LEENANE

Du 16 au 21 février à 20h30 (16h le dimanche) au petit Théâtre Odyssée (Levallois-Perret)

UN CAFÉ AVEC Flavie Fontaine, fondatrice et directrice de la Compagnie Guild

V60A0244C’est le premier « Café avec » de l’année 2016 ! Et j’ai le plaisir de le partager avec Flavie Fontaine, la dynamique directrice de la Compagnie Guild, qui propose entre autres activités des cours de théâtre pour adultes. Tout juste rentrée d’un voyage au Vietnam et les valises à peine posées, Flavie s’est prêtée au jeu des questions-réponses sur la vocation, la pédagogie et les valeurs de l’école avec beaucoup de disponibilité et d’enthousiasme. Une très belle rencontre au cœur de l’est parisien pour débuter l’an neuf! 

Coup de théâtre : Bonjour Flavie, vous avez fondé et vous dirigez la Compagnie Guild. Pourriez-vous nous la présenter ?

Flavie Fontaine : Nous proposons au sein de la Compagnie Guild quatre activités : des cours hebdomadaires de théâtre pour amateurs, des stages de théâtre à Paris et à Nantes, des formations en entreprise et du coaching individuel. Concernant les cours de théâtre, nous avons sept classes avec plusieurs « niveaux », même si je n’aime pas ce terme, d’élèves totalement débutants à des personnes qui ont déjà une bonne expérience de théâtre. Du côté de l’équipe pédagogique, on est quatre en tout. J’anime trois classes tout en dirigeant l’école. Les quatre autres classes sont animées par trois enseignants-comédiens à qui j’ai fait appel : Alexis Bloch qui vient de nous rejoindre et qui est spécialisé en improvisation, Caroline Marchetti et Sébastien Libessart.

11224527_948332765258173_8936524513037390116_nUn cours à la Compagnie Guild, ça se passe comment ?

F.F. : Au cours du premier trimestre, de septembre à décembre, on organise un cours d’essai et pendant une heure, on se retrouve tous ensemble sur le plateau pour des exercices dynamiques, ludiques qui permettent de travailler tous les outils dont un comédien a besoin : exercice sur le corps, la respiration, le regard, les intentions, les ressentis, l’écoute. Il faut rendre les personnes disponibles à jouer après une journée de travail ! L’objectif est de faire primer une réactivité instinctive et de sortir de la rationalité, de la réflexion. L’idée également, c’est que tout le monde apprenne à se connaître, à se découvrir autrement que par des questions sur son métier, le milieu social d’où l’on vient, son salaire… Après cette heure en commun, on passe progressivement à des groupes plus petits : moitié de classe, puis groupes de 2-3 en pratiquant des exercices d’improvisation qui ont d’ailleurs beaucoup de contraintes. Les contraintes, c’est positif au théâtre. Plus il y en a, plus le comédien va savoir dans quelle direction aller. À la fin du cours, on termine par un debriefing. Sur les deux trimestres suivants, de janvier à juin, on travaille le spectacle de fin d’année. On commence toujours par des échauffements, et puis on répète des scènes, on fait des improvisations, des lectures. Personnellement, je ne prépare jamais la répétition d’une scène. Les choses me viennent spontanément en voyant les élèves évoluer sur le plateau. Lorsqu’il ne s’agit pas d’une pièce d’un auteur mais d’une création, généralement, je choisis le thème à travailler et j’invite les élèves à sélectionner des textes s’y rapportant, même s’ils ne sont pas corrélés au sujet, charge à moi de faire le lien, de trouver le fil rouge.

Quel est le profil des élèves ?

F.F. : Des profils extrêmement diversifiés, de 18 à 78 ans ! Il y a des chefs d’entreprise, des DRH, des demandeurs d’emploi, des libraires, des informaticiens, des mathématiciens, et cette variété, c’est formidable. On compte 80 élèves aujourd’hui au sein de l’école. Et je les connais tous un par un ! (rire)

EtSi (11)Que viennent-ils chercher ?

F.F. : Ça dépend ! Dans la plupart des cas, ils cherchent une activité pour sortir du quotidien, s’exprimer, se faire plaisir, se mettre en avant, faire des rencontres aussi, travailler sur l’estime et la confiance en soi, notamment dans le milieu professionnel, développer des aptitudes à communiquer, lutter contre la timidité, l’introversion. Ils cherchent aussi à s’amuser, à se détendre même s’ils ont des objectifs précis ou des défis à relever. Ce que j’aime c’est observer, entre le début et la fin de l’année, des changements significatifs : des personnes qui étaient au chômage et qui ont réussi à retrouver un travail, d’autres qui réussissent à lever un certain nombre de blocages lors de prises de parole en public. Dans l’ensemble, ils parviennent tous, à mieux se connaître, à s’accepter davantage, à être plus libres. Je parle d’ailleurs plus de liberté que de « lâcher-prise » qui est une expression que je n’aime pas car il faut toujours avoir un minimum de contrôle de soi au théâtre. On ne peut pas entièrement être dans le lâcher prise : on est tributaire d’un partenaire qui peut renverser un objet, oublier son texte. Il faut savoir gérer ce genre de situation sur scène, anticiper, rattraper.

2014-06-28_Theatre_Alexandre_6Sur quoi repose votre enseignement ? Qu’avez-vous envie de transmettre aux élèves ?

F.F. : Je n’arrive jamais dans un cours en me disant « je vais transmettre telle ou telle chose », même si naturellement on enseigne des techniques, on fait découvrir des auteurs, des répertoires. La première valeur, c’est d’être à l’écoute des élèves, de leurs besoins, de leurs objectifs. Je m’interroge toujours en me disant : « pourquoi il ou elle est là ? », « qu’est-ce qu’il a envie de faire, d’expérimenter ?», « où il a envie d’aller ?», « qu’est ce qu’il a envie de jouer ? ». En fonction du groupe, je me décide à aller sur tel ou tel projet. Chaque cours doit être un espace d’expression et de plaisir, mais jamais il ne doit devenir un lieu d’enjeu. En retour, je leur demande d’apporter de la matière, leur créativité. Je leur dis toujours : « Vous êtes acteur de votre cours, optimisez, travaillez. » La deuxième valeur, c’est la bienveillance. On est là pour faire les choses, les réussir, les louper, peu importe, on n’est jamais là pour juger, pour comparer et surtout, on n’est pas là pour bien faire. Au travail, on vous demande d’être performant. Ici, ce n’est pas le sujet, on ne veut pas du résultat, on veut juste raconter une histoire et se faire plaisir. Il y a une phrase de Samuel Beckett qui est le slogan de l’école : « Essayez, ratez, essayez encore, ratez encore, ratez mieux ».

Vous avez un partenariat avec des comédiens de la Comédie-Française. Comment est née cette collaboration ?

F.F. : Le point de départ a été la création l’an dernier d’une classe workshop proposant un enseignement pluridisciplinaire avec un maximum d’intervenants extérieurs qui viendraient partager leur savoir-faire, leur expertise… Les élèves ont pu bénéficier d’un cours d’expression corporelle avec Elliot Jenicot de la Comedie-Française, des cours de diction avec Véronique Vella également du Français, un mois et demi de cours sur le travail devant une caméra avec un réalisateur, des cours de chant avec une coach vocale. Une expérience riche, dense, variée, avec des professionnels qui sont des vrais passionnés de leur métier et qui aiment partager et transmettre leur savoir-faire. Cette année encore, j’organise des master class ou des stages hors des cours « classiques », ouverts aux élèves de l’école comme aux personnes extérieures, comme un stage de diction le 5 mars prochain avec Véronique Vella.

Theatre_Alexandre_53En tant qu’enseignante, quelles sont vos principales satisfactions ? Et/ou frustrations ?

F.F. : Ma principale satisfaction, c’est le partage, et voir les élèves se sublimer et être fiers d’eux : les voir progresser, « se planter », se relancer et surtout évoluer sur un plateau devant 100 personnes à la fin de l’année. Ça m’émeut. Je n’ai pas de croyances spécifiques dans la vie mise à part une : l’humain. Je crois en l’humanité et je travaille avec des humains. On est dans l’instant présent, on se raconte de belles histoires et on se fait confiance. Mine de rien, j’ai leur corps et leurs ressentis entre les mains et c’est précieux. Je leur dis souvent : « Moi je ne suis pas votre prof, je suis votre provocateur. » Je suis juste là pour appuyer à des endroits où vous n’allez pas. Mais jamais dans la violence et toujours dans une extrême bienveillance. Si j’appuie là où ça fait mal, c’est que je sais que derrière ce sera bénéfique pour la personne. Et sinon, des frustrations, aucune ! Ah si, je paye trop de taxes ! (rire)

N’est-ce pas risqué, financièrement parlant, de créer un cours de théâtre à Paris, au regard du marché déjà « encombré » ?

F.F. : C’est un risque en effet mais le risque c’est mon principe de vie ! Paradoxalement, mon épanouissement, je le trouve dans l’insécurité. La sécurité m’ennuie. Les risques me challengent, me poussent à aller plus loin. Mon moteur en créant l’école, c’est l’envie de transmettre. Les problématiques financières et administratives, bien sûr j’y suis confrontée mais je les gère tout simplement.

Vos ambitions et vos projets pour l’école ?

F.F. : Aujourd’hui, j’ai envie de la laisser à taille humaine. Je ne veux pas aller au-delà de 10 cours parce que je ne veux pas que l’école devienne une usine. Cette année, j’ai surtout envie de développer la formation d’entreprise pour que l’école se stabilise davantage financièrement et me permettre ainsi de ne pas augmenter les tarifs des cours. C’est important que l’école reste accessible au plus grand nombre, du demandeur d’emploi au cadre supérieur. Et puis en rêvant encore un peu plus loin, j’aimerais acheter des locaux en plein cœur de Paris avec deux salles de répétition, un petit théâtre au sous-sol et les bureaux au premier étage. Une vraie maison !

LaDisparue2015_071Sinon, quel a été votre parcours avant la Compagnie Guild ?

F.F. : Je fais partie de ces familles qui disent « Passe ton bac d’abord » ! Donc j’ai passé un bac ES, j’ai fait une année de fac à Nantes « Langues et Littératures des Civilisations Étrangères ». Mais je désirais faire du théâtre et j’ai suivi les cours Florent à Paris pendant quatre ans. J’ai voyagé en Afrique du Sud, en Serbie et je suis rentrée en France avec la volonté de gagner ma vie. J’ai travaillé pendant deux ans et demi dans la vente aux enchères d’affiches anciennes. Mais jouer était plus fort : j’ai démissionné et je me suis lancée dans le projet « Se mordre » de Pierre Notte que j’ai joué aux Déchargeurs. Et j’ai enchaîné, toujours avec Pierre Notte, avec « Les Couteaux dans le dos » qu’on a joué pendant deux ans en France et à l’étranger. Mais au bout de quelques années, j’ai compris que je ne m’épanouissais pas complètement en tant que comédienne. J’aimais bien travailler mais une fois en plateau, j’étais une éternelle insatisfaite même si les critiques étaient bonnes et me faisaient plaisir. J’ai compris que je préférais mettre en scène, diriger et enseigner et j’ai créé l’école après « Les Couteaux dans le dos ».

Merci Flavie ! Et pour conclure, votre mot « théâtre » préféré ?

F.F. : Je dirais « Projeter » : projeter la voix, projeter le regard, se projeter dans la vie… !

Propos recueillis par Elisabeth Donetti 

Pour aller plus loin : www.compagnieguild.com