LE CID – THÉÂTRE DU RANELAGH

le-cid♥♥♥♥ Une pluie de louanges pour un magnifique moment de théâtre ! Fidèle à la qualité de ses précédents spectacles, la compagnie Le Grenier de Babouchka, sous la houlette du metteur en scène Jean-Philippe Daguerre, offre une superbe adaptation du Cid, actuellement à l’affiche du théâtre du Ranelagh.

Faisant fi du mythe littéraire, le metteur en scène parvient, grâce à un mise en scène rigoureuse (non sans s’interdire quelques impertinences !) et à une très bonne direction d’acteurs, à nous faire ré-entendre les vers célébrissimes de Corneille et nous rendre ce chef d’œuvre du répertoire proche, accessible, presque intime. Sur le plateau, rien que du très bon, à commencer par les comédiens, tous unanimement excellents, complètement engagés, généreux, ardents, maniant l’alexandrin avec une parfaite aisance (mention spéciale à Stéphane Dauch/Don Gomès, Yves Roux/Don Diègue et Charlotte Matzneff très convaincante dans le rôle de l’Infante). Toute la troupe, également bien mise en valeur par un élégant jeu de lumières et de beaux costumes sang et or signés Virginie Houdinière, s’exprime pleinement dans une mise en scène pure, virevoltante, énergique, mêlant combats de capes et d’épée et intermèdes musicaux « hispanisants » interprétés sur scène par Petr Ruzicka (violon, alto, cajon) et Antonio Matias (guitare, accordéon, cajon).

C’est dense, fougueux, esthétique, en un mot, du bel ouvrage ! Même si vous n’êtes pas « versé » pièce du répertoire, vous succomberez au charme et à l’élégance de cette mise en scène. Du théâtre avec un grand T à applaudir…doublement d’ailleurs, car  la troupe reprend  son superbe Cyrano de Bergerac  à partir du 20 octobre au même théâtre du Ranelagh. Faites le plein de classiques en ce début d’automne !

Signé Elisabeth 

LE CID

Théâtre du Ranelagh, 5 rue des Vignes, 75016 Paris (Métro La Muette, Passy)

Du mercredi au samedi à 20h45, les dimanches à 17h

Les samedis 17, 24 septembre et 1er octobre à 16h30 puis les samedis à 15h à partir du 8 octobre

Relâches les 7 octobre, 2, 24 et 25 décembre, 1er janvier 2017

Durée : 1h40

Crédit photos : Jérémy Circus

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Carte postale d’Avignon – 13 juillet 2016

Cachet_de_la_poste_-_1907_-_Palais_des_PapesChers amis lecteurs,

Nous avons pris nos quartiers d’été au Festival d’Avignon ! Une première qui sera, je l’espère, le début d’une longue série. A peine installées – notre « home sweet home » est un bel appartement situé dans un ancien pensionnat 1820, situé à quelques encablures du palais des Papes -nous plongeons au cœur de l’effervescence avignonnaise. A peine franchie la porte de l’immeuble, bercées par le léger mistral, nous sommes cernées par les centaines, milliers, millions d’affiches qui tapissent absolument tous les murs de la ville.  Nous nous amusons à sélectionner les spectacles que l’on a déjà vus, qui nous inspirent…(1416 pièces sont programmées cette année dans le festival OFF). En chemin pour aller récupérer le précieux sésame (carte d’abonnement) au village OFF , nous croisons des dizaines et des dizaines de compagnies qui « tractent » dans le jargon festivalier et, quand l’occasion se présente, nous arrêtent pour nous présenter leur pièce en moins de 12 secondes chrono. Le discours est ultra rodé et le sourire toujours chaleureux, c’est ça l’esprit d’Avignon !

AdieuMHaffmann-Avignon-affsite_1La carte d’abonnement en poche, place au théâtre ! En longeant la rue Guillaume Puy, nous entrons presque par hasard au Théâtre Actuel qui ressemble davantage à un cinéma avec ses 10 pièces programmées par jour de 10h à 22h ! Il reste des places pour la pièces « Adieu Monsieur Haffmann ».  On entre ! Et Premier coup de cœur ! La pièce, écrite et mise en scène par J. Ph Daguerre, nous plonge dans le Paris occupé des années 1940 et raconte l’histoire d’un bijoutier juif  Joseph Haffmann qui propose de confier sa boutique à son employé Pierre Vigneau et d’être caché dans sa cave pendant ces sombres heures. En échange, Pierre Vigneau accepte à la condition que M Haffmann …aient des relations sexuelles avec sa femme pour avoir un enfant qu’il ne peut concevoir biologiquement. Mais, peu à peu, Pierre Vigneau au départ bienveillant, va se laisser envahir par les doutes, l’ambition, la lâcheté jusqu’à recevoir l’ambassadeur de l’Allemagne nazie à sa table. Quel jeu jouera-t-il ? Une superbe pièce qui interroge la difficile et ambiguë position des comportements pendant la guerre. Un texte ciselé, un scenario très cinématographique, une mise en scène soignée -même si un peu trop ronronnante en 1ere partie- et une interprétation au sommet avec la partition toujours parfaite de Grégori Baquet, Molière de la révélation masculine 2014 et, soulignons le, de sa partenaire Julie Cavanna. Un très élégant moment de théâtre.

ADIEU MONSIEUR HAFFMANN | Tous les jours 17h20 au Théâtre ACTUEL,  80 rue Guillaume Puy, Avignon

FullSizeRenderEn sortant de la salle, j’échange quelques mots chaleureux avec le comédien Arnaud Dupont que j’avais interviewé cet hiver. Arnaud est à Avignon pour défendre La Reine de Beauté de Leenane au théâtre des Corps Saints. Je lui souhaite un bon festival !

Et hier soir notre grand saut dans le IN avec KARAMAZOV, mis en scène par Jean Bellorini aux carrières de Boulbon à une quinzaine de kilomètres d’Avignon, l’un des lieux mythiques du Festival.  Le grand saut car la pièce dure 5 heures 30  et qu’on rentre forcément dans une expérience théâtrale …unique. Les spectateurs sont venus en nombre soit en voiture ou par les navettes mises en place par le Festival pour se rendre dans ce site majestueux – un vaste arène surplombée par une falaise de calcaire- qui offre une vue panoramique sur toute la région. Nous nous installons en haut des gradins et nous nous enveloppons dans les couvertures gracieusement proposées aux spectateurs avertis. Et nous plongeons….

KARAMAZOV -

Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

 

KARAMAZOV est tiré du chef d’œuvre « Les Frères Karamazov » de F. Dostoïevski. La pièce interroge, fidèlement au roman, les grandes questions de la religion, de la croyance en Dieu, de la moralité et du libre arbitre à travers le parricide de Fiodor Pavlovitch Karamazov, un homme impudique, vulgaire et sans principes, commis par l’un de ses trois fils : Alexeï, le benjamin, est un homme de foi ; Ivan, le deuxième fils, est un intellectuel matérialiste qui cherche à savoir si tout est permis, dans la mesure où Dieu n’existe pas ; Dimitri, leur très exalté demi-frère aîné, est un homme impétueux  divisé entre le vice et la vertu. Très conquise par la mise en scène inspirée, tantôt grandiose, tantôt intimiste de J. Bellorini  qui offre une lecture explicite de l’œuvre de Dostoïevski. Mais la vraie valeur ajoutée de la pièce : une interprétation magistrale ! La pièce est portée par des comédiens de très haut vol (mention spéciale à Jacques Hadaje dans le rôle du patriarche qui offre une composition exceptionnelle ainsi que Karyll Elgrichi dans le rôle de Katerina Ivanovna). Malheureusement la deuxième partie est moins convaincante. On perd le souffle, la dramaturgie et l’intensité dramatique installées en 1ere partie et les longs tunnels de monologue, même si parfaitement interprétés, plombent quelque peu l’ensemble. Le ciel étoilé n’empêche pas la magie de s’émousser donc. 3h10 du matin, dernière réplique, applaudissements chaleureux pour un public resté en nombre malgré le froid, la nuit, la fatigue. A demain pour la suite de nos traversées avignonnaises.

KARAMAZOV -

Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

KARAMAZOV, les 15, 16, 17, 18, 19 21, 22 juillet à 21h30 aux Carrières du Boulbon (Navettes disponibles gare routière d’Avignon)

Signé Elisabeth

 

 

LE BOURGEOIS GENTILHOMME -THÉÂTRE MICHEL

bourgeois-affiche2-theatremichel-197x300Quand Jean-Philippe Daguerre rencontre Le Grenier de Babouchka que se racontent-ils ? Des comédies de Molière pour notre plus grand plaisir.  Après Le Malade imaginaire, L’Avare, Les Fourberies de Scapin, le Théâtre Michel accueille, du 24 janvier au 1er mai 2016, la joyeuse troupe avec Le Bourgeois Gentilhomme.

Monsieur Jourdain a entrepris de devenir Gentilhomme : toute une « comédie » !

Une adaptation très artistique et libre de Jean-Philippe Daguerre qui sait concomitamment nous rappeler l’univers de Molière et celui du XVIIe siècle : des costumes somptueux, des comédiens qui s’emparent du texte et répondent en prose et sur le bon ton à Monsieur Jourdain, une scénographie en musique et orchestrée au rythme des vers, des scènes d’épée, des danses, et des turqueries. De l’exotisme, du classicisme, mais aussi des clins d’œil à la modernité : le tailleur ressemble à s’y méprendre à Karl Lagerfeld…  Des effets originaux qui viennent renforcer le jeu des comédiens qui servent –des premiers aux seconds rôles –, avec un grand professionnalisme, le répertoire de Molière. Encore ! D’autres spectacles sont en préparation. On se tient au courant.

Signé Carole !

LE BOURGEOIS GENTILHOMME

Théâtre Michel, 38 rue des Mathurin, 75008 Paris

Jusqu’au 1er mai 2016

LES FOURBERIES DE SCAPIN – THÉÂTRE MICHEL

affiche-scapin-theatre-michelJ’avais découvert la compagnie Le Grenier de Babouchka cet automne lors d’une excellente adaptation de Cyrano au théâtre Le Ranelagh  (la pièce joue d’ailleurs les prolongations jusqu’au 30 avril 2016, succès amplement mérité !). Née en 2003, la compagnie est spécialisée dans l’adaptation des « grands classiques » et fête cette année sa cinquième saison de résidence au Théâtre Michel. Sa signature ? Revisiter les grands textes du répertoire à travers des mises en scène -de Jean-Philippe Daguerre -pleines de fougue, de tonicité, et de créativité, mêlant tous les arts (combats, chants, danse et musique !) et faisant la part belle aux comédiens. Ici, ni modernisme gratuit, ni démagogie, ni décor sophistiqué, juste l’envie de proposer un bon et beau théâtre, populaire, solide et accessible aux enfants dès 7/8 ans. 

J’ai passé de nouveau un excellent moment devant les facéties du jeune et rusé Scapin, en proie à régler les intrigues amoureuses de ses maîtres ! Une mise en scène vive, éclairante et je dois dire, formidablement « portée » par l’interprétation d’un comédien étonnant et d’une grande aisance : Kamel Isker, qui offre, d’un bout à l’autre de la pièce, une prestation magistrale dans le rôle titre: une vraie présence scénique, un engagement physique total, un texte parfaitement approprié et retranscrit, aussi à l’aise dans les scènes de bastonnade que dans les moments d’intimité et d’émotions. Bravo à lui ainsi qu’à l’ensemble des comédiens.

Bref, du bel ouvrage ! Et en cette période de vacances de Noël, un spectacle à conseiller chaudement à celles et ceux qui veulent faire découvrir le théâtre classique aux plus jeunes. 

Le point de vue d’Elisabeth 

LES FOURBERIES DE SCAPIN

Théâtre Michel, 38 rue des Mathurins, 75008 Paris

Selon les jours 10h00, 10h15, 14h15, 16h00

Jusqu’au 7 mai 2016

Site web Le grenier de Babouchka : http://www.legrenier.asso.fr/

CYRANO DE BERGERAC – THÉÂTRE LE RANELAGH

cyrano_web_avec_presseFinalement, cette chronique pourrait tenir en une phrase : « Ne manquez cette pièce sous aucun prétexte, allez l’applaudir » tant les beaux spectacles n’ont pas besoin de longs discours ! J’ai été éblouie par le Cyrano de Bergerac, actuellement à l’affiche du théâtre Le Ranelagh. Le risque était grand de se « frotter » à ce monument du répertoire mais ce Cyrano est une réussite indéniable, servi par une mise en scène diablement séduisante signée Jean-Philippe Daguerre et l’immense talent des comédiens de la compagnie Le grenier de Babouchka.

France, 1640. Cyrano de Bergerac est un mousquetaire intrépide, appartenant aux cadets de Gascogne. Secrètement amoureux de sa belle cousine Roxane, il n’ose lui déclarer sa flamme, lui si laid avec son grand nez. Par amour, il protégera son rival, le jeune et beau Christian, et l’aidera même à la séduire.

Pendant deux heures, le plaisir est total grâce à une mise en scène, ultra réjouissante et énergique, alternant chants, musiques, combats de cape et d’épée. Et jolie trouvaille de Jean-Philippe Daguerre : le violoniste virtuose Petr Ruzicka, ponctue la pièce de magnifiques intermèdes musicaux (partitions écrites par Edmond Rostand lui-même) nous replongeant à chaque note dans un XVIIème siècle nostalgique et rocailleux. Sur un plateau quasiment dépouillé, les dix comédiens, engagés à 100%, généreux et parfaitement « synchro » offrent une prestation de haut vol. Et que dire de l’interprétation magistrale de Stéphane Dauch dans le rôle titre de Cyrano, apportant tout ce qu’il faut de panache, de truculence, de fougue, de sensibilité et de tendresse au personnage mythique d’Edmond Rostand, sans l’ombre d’une hésitation sur aucun de ses 1 600 vers. Indéniablement du grand art et un moment de théâtre épatant ! Le coup de cœur de l’automne, allez-y les yeux fermés.  

Le point de vue d’Elisabeth 

CYRANO DE BERGERAC

Théâtre le Ranelagh, 5 rue des Vignes, 75016 Paris

Du mercredi au samedi à 20h45, samedi à 16h30, dimanche à 17h

Relâches les 1er octobre, 1er novembre et 11 novembre à 20h45

Supplémentaires à 16h30 les 5, 12, 19, 21, 22, 23, 26, 28, 29, 30 décembre et 2 janvier