UNE SOIRÉE AU THÉÂTRE DE LA CITÉ INTERNATIONALE…

IMG_0097Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas la Cité internationale universitaire de Paris – ce vaste campus situé dans le 14arrondissement qui accueille 12 000 étudiants et chercheurs du monde entier – sachez qu’outre ses 40 maisons (Argentine, Italie, Japon, Inde…) ses équipements sportifs, sa bibliothèque, ses restaurants, elle abrite également un grand  théâtre ! J’ai eu le plaisir d’être conviée mercredi 20 mai à la présentation de la saison automne-hiver 2015/2016. Ici, pas de grande messe avec présentation au micro et écran géant, l’équipe du théâtre privilégie des rencontres conviviales en petit comité favorisant le dialogue et les échanges entre les participants. Nous étions une petite vingtaine mercredi dernier (enseignants, directeurs d’institutions culturelles…), confortablement installés dans le bar chaleureux et coloré du théâtre !

Quelques lignes en préambule pour évoquer le lieu si singulier et encore largement méconnu à mon sens ! Le Théâtre de la Cité a été construit en 1936 en même temps que la Cité internationale universitaire. Il a connu, sous l’égide d’André Malraux, une première période d’activité dans les années 60/70. Mais c’est surtout à partir de 1991 que le Théâtre de la Cité prend son envol grâce à l’attribution d’un budget et d’une mission par le Ministère de la Culture : offrir un espace et une vitrine à la jeune création contemporaine et accueillir les nouvelles formes du spectacle vivant. La programmation devient alors plus variée, plus exigeante et croise les disciplines.

« Aujourd’hui, l’esprit du lieu reste fidèle aux valeurs de la Cité, me confie Héloïse Lecomte, chargée de communication web du Théâtre de la Cité: prôner la mixité, le brassage des cultures, l’ouverture à tous les publics et à toutes les disciplines artistiques. In fine, nous cherchons à questionner le monde, la société  à travers des spectacles variés, audacieux, éclectiques. Surprendre notre public encore et toujours ! ». Ainsi, spectacles de chant, danse, théâtre, marionnettes, cirque, performances scéniques…sont programmés toute l’année et le public (majoritairement extérieur à la CIUP) répond présent : près de 80% de taux de remplissage en 2014. A noter, une belle initiative mise en place par le théâtre : les spectateurs sont invités à la fin des spectacles à partager leurs impressions (bonnes ou mauvaises !) dans un livre d’or sonore : à découvrir ici ! En 2014, le Théâtre de la Cité internationale a proposé 20 spectacles et quatre festivals, totalisant ainsi 196 représentations et délivré plus de 32 700 billets. Au fil des décennies, telle une pépinière, le Théâtre de la Cité a fait découvrir de nombreux collectifs et/ou compagnies qui ont pu connaître par la suite de jolis succès dans les plus belles salles parisiennes (Théâtre de la Ville, La Colline, …).

Au-delà des représentations, le Théâtre de la Cité est un lieu de vie, de partage et d’échange qui accueille également des artistes en résidence, propose des ateliers/rencontres avec les artistes, des stages de théâtre pendant les week-ends,…Le lieu dispose, il est vrai, de beaux espaces : trois salles de spectacles, rassemblées dans une même aile de la Maison Internationale : la Coupole (418 places), qui a bénéficié de travaux de rénovation en 2004, la Galerie (230 places) et la Resserre (144 places).

Le décor planté, place à la programmation théâtrale, très riche cette saison ! Trois pièces ont retenu mon attention :

Du 12 au 25 octobre 2015 / Quoi par Marc Vittecoq / compagnie « La vie brève ». Un spectacle très interactif qui interroge des thématiques sociétales (politique, travail, argent, nation, famille…) à travers différentes « variations » scéniques (théâtre documentaire / forum / pédagogique, performance, film, photo,..) et cherche à montrer au plus près la société actuelle.  

Du 7 au 15 décembre 2015 / La petite communiste qui ne souriait jamais. Lecture musicale extraite du roman éponyme de Lola Lafon qui connut un beau succès critique et public en 2014. Entre lectures et chansons, Lola Lafon relate le destin miraculeux de la jeune Nadia Comaneci, icône de l’ancienne Europe communiste.

Du 7 au 22 décembre 2015 / En attendant Godot par Yann-Joël Collin  par Yann-Joël Collin / compagnie « La nuit surprise par le jour ». Une nouvelle version de la pièce cultissime de Beckett qui inclut les spectateurs au cœur du dispositif scénique: le public est invité à attendre Godot comme les comédiens… !

Les rendez-vous sont pris ! A bientôt au Théâtre de la Cité …

THÉÂTRE DE LA CITÉ INTERNATIONALE

17 boulevard Jourdan, 75014 Paris                                                                                                                                                                                                                

Merci à Héloïse Lecomte, chargée de communication web du Théâtre de la Cité Internationale, pour l’organisation de cette rencontre. 

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Accueil du théâtre

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La Coupole – Crédit Mario Pignata Monti

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La Resserre – Crédit Mario Pignata Monti

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Le bar du théâtre

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La Coupole – Crédit Laure Vasconi

Galerie

La Galerie – DR

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Rencontre avec l’équipe du théâtre le 20 mai

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LE JOUEUR D’ÉCHECS – THÉÂTRE RIVE GAUCHE

vz-bf92a559-25c2-4e20-8602-48dbd37a56acSalle comble comme à chaque représentation. Buenos Aires, Buenos Aires… embarquement immédiat. La sirène du paquebot retentit et sonne le départ  de la représentation du Joueur d’échecs, de Stefan Zweig, et mis en scène par Steve Suissa.Très vite, sur le pont, Francis Huster habillé d’une gabardine beige apparaît, et sans plus attendre, va nous livrer avec son talent si singulier le récit d’une partie d’échecs aux allures particulières et pour laquelle il incarnera tous les personnages.

Mirko Czentovicn, champion du monde des échecs, est monté à bord. Les photographes mitraillent. Informés de sa présence, les passagers se bousculent. Certains rêvent de disputer une partie avec lui et iront jusqu’à l’amadouer en le rétribuant financièrement. Mirko Czentovicn accepte et joue et rejoue à l’ennui quand « M. B. » intervient, volant au secours du « narrateur » et d’un bourgeois fortuné, perdus tous deux dans le déplacement de leurs pions. Ouverture : 1. e4 c6 ; 2. c4 d5 … une partie finira par s’engager entre l’arrogant Czentovicn et ce mystérieux passager autrichien qui s’affronteront devant une assemblée médusée et contre toute attente. Au-delà du langage des échecs, c’est celui de la psychologie humaine dans une Europe livrée aux nazis qui est étudiée, analysée sur le jeu de l’échiquier de la vie. Au fil de la partie, le « narrateur » décrypte pourquoi tel un cavalier cloué sur sa case par un fou, « M. B. » se sent attaqué, capturé jusqu’à ne pouvoir se déloger d’un passé. Échec à la vie… 

Pour que ce texte ne soit pas perdu dans les flots de l’Histoire, Francis Huster se donne et nous souffle avec subtilité et finesse ce merveilleux texte de Stefan Zweig, alors que détruit psychologiquement par la guerre – il se suicidera –, il livrait combat pour une conception européenne de la civilisation et contre la barbarie.  

Troisième vague d’applaudissements… Francis Huster ressurgit des coulisses, se pose dans un silence de deux secondes, frotte son front de son index et là, un tantinet incommodé par une émotion qu’il masque mal derrière des mots qu’il maîtrise habituellement si parfaitement, indique s’adresser aux jeunes. Concentré sur sa pensée, son émotion en reste néanmoins palpable… en direction de toute la salle, il invite à relire ou découvrir les textes de Stefan Zweig mais aussi d’autres relatifs à la Seconde Guerre mondiale. Enfin, il se lâche et exprime avec indignation la raison pour laquelle il se tient encore devant nous. Non Staline n’est pas un grand homme comme l’aurait déclaré, ces derniers jours, lors d’une visite officielle, le président russe Poutine à la chancelière allemande Angela Merkel. 

Pour que la barbarie puisse être échec et mat…

 LE JOUEUR D’ÉCHECS 

Théâtre Rive Gauche, 6 rue de la Gaîté, 75014 Paris 

Jusqu’au 29 août 2015

Crédit photos : Fabienne Rappeneau

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OPEN SPACE – THÉÂTRE de PARIS

40x60_OS_0Est-ce parce que je n’ai jamais travaillé en open space que je me suis tant ennuyée au spectacle de Mathilda May jeudi dernier ? La pièce rencontre un très gros succès public et critique depuis un an mais grosse déception me concernant ! Plantons le décor : la pièce raconte la journée de travail de 6 employés de bureau, 3 hommes et 3 femmes, qui évoluent dans un open space. On y retrouve l’employé ambitieux beau gosse qui en fait des tonnes, la secrétaire effacée et complexée qui en pince pour le premier, la workaddict alcoolique, le réservé qui a été mis au placard, le patron dictatorial qui fantasme sur la secrétaire mais se fait tyranniser par sa femme… Pendant 1 heure trente, s’enchaînent les mini évènements qui font le quotidien d’une journée de travail avec les contraintes connues d’un open space : bruit, promiscuité, manque d’intimité, épiement, …Tout cela aurait pu donner un très bon spectacle sauf que le parti-pris artistique réside dans le fait que les comédiens (tous excellents par ailleurs) ne s’expriment que par borborygmes, onomatopées, bruitages. Du coup, là où on aurait pu s’attendre à une lecture fine et assez subtile de la thématique « relations au travail », on assiste, faute de dialogue, à un enchaînement de tableaux – interprétés, chantés ou dansés – tous plus caricaturaux les uns que les autres, à la limite du grotesque : celui qui sautille tel un cabri pour aller la photocopieuse et se trémousse façon gogo-dancer, la machine à café en panne qui fait le bruit d’un moteur à réaction, le réparateur qui répare ladite machine tel un torero plantant ses dernières banderilles, la tentative de suicide d’un des salariés dans l’anonymat général, la workaddict qui sort au vu de tous sa bouteille de whisky, etc., etc… Que c’est lourd ! A se demander si on est dans un  bureau ou un music-hall. A moins que ce soit l’objectif de grossir le trait. Peut-être, dans tous les cas, je suis passée à côté, même si le spectacle ne manque pas d’atouts : un très bon casting de comédiens, quelques scènes très bien chorégraphiées, une jolie bande son et un décor ultra soigné. Bref, si vous aimez l’humour burlesque à la Monty Python, allez-y. Sinon….

Le point de vue d’Elisabeth 

OPEN SPACE

Théâtre de Paris • 15 rue Blanche, 75009 Paris

Du mardi au samedi à 21h & dimanche à 15h30

Jusqu’au 12 juillet 2015

Crédit photos : Giovanni Cittadini Cesi 

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DES FLEURS POUR ALGERNON – THÉÂTRE du PETIT SAINT-MARTIN

algernon-5Dès la première réplique, j’ai compris. J’ai compris que j’allais vivre un moment de théâtre unique qui resterait longtemps gravé dans ma mémoire. Et pas seulement dans la mienne, j’en suis certaine, mais dans celle des 150 spectateurs venus découvrir « Des fleurs pour Algernon » mercredi dernier au théâtre du Petit Saint-Martin. Nous avons, je crois, tous été suspendus aux paroles d’un comédien exceptionnel qui n’a pourtant pas bougé de sa chaise pendant 1 heure et 20 minutes.

Ce comédien, c’est Grégory Gadebois, ancien pensionnaire de la Comédie-Française, césar du meilleur espoir masculin en 2012 (voir le joli portrait que Libération lui a consacré en janvier 2013) qui offre une prestation époustouflante de la première à la dernière seconde ! Dans « Des fleurs pour Algernon » (qui fut d’abord un livre, puis un film), il campe le personnage de Charlie, un jeune ouvrier simple d’esprit qui est approché par deux professeurs de médecine pour subir une opération du cerveau, susceptible de démultiplier ses facultés mentales. L’expérience a réussi sur une souris nommée Algernon, alors pourquoi ne pas la tenter sur un homme ? Charlie, secrètement amoureux de l’un des professeurs Miss Kinian, accepte de devenir cobaye et l’expérience fonctionne. Progressivement, il se métamorphose en un être aux compétences intellectuelles exceptionnelles brillant analyste, doué d’une mémoire phénoménale, d’une pétillance et d’une subtilité  incomparable. En sera-t-il plus heureux pour autant ? Mais l’expérience sera de courte durée. Tandis que la souris Algernon meurt, Charlie connaît un déclin aussi vertigineux que son ascension.  

Au-delà du beau questionnement de la pièce (qu’est-ce que l’intelligence ? Celle du cœur n’est-elle pas aussi ou plus importante que celle des connaissances ?), j’ai été subjuguée par la performance de Grégory Gadebois et sa capacité à interpréter successivement cet homme au QI limité, puis supérieurement intelligent puis redevant l’homme simple qu’il était, et profondément conscient de la perte de ses capacités. L’exercice aurait pu s’avérer caricatural, il est d’une justesse, d’une subtilité et d’une finesse formidables. Grégory Gadebois incarne Charlie avec une infinie douceur et une profonde humanité, dans les mots, les gestes, le regard, la posture. C’est terriblement émouvant, on en ressort touché. Courez applaudir ce spectacle qui est un triomphe depuis sa création en 2012. Logique et tellement mérité, c’est une leçon de théâtre !

Le point de vue d’Elisabeth 

DES FLEURS POUR ALGERNON

Théâtre du Petit Saint-Martin, 17 rue René Boulanger, 75010 Paris

Du mardi au vendredi à 20h30

Le samedi à 16h et 20h30

Photo Pascal Victor. Artcomart

Photo Pascal Victor. Artcomart

24 HEURES DE LA VIE D’UNE FEMME -THÉÂTRE RIVE GAUCHE

24H DE LA VIE D'UNE FEMME avec Cl+®mentine CELARIE (Th+®+ótre Rive-Gauche - Paris 14+¿me) - Visuel HD d+®finitifAprès Le Joueur d’échecs, Éric-Emmanuel Schmitt a choisi pour ce printemps d’adapter un nouveau texte de Stefan Zweig avec la pièce 24 heures de la vie d’une femme. Une deuxième mise en scène signée également Steve Suissa. 24 heures inoubliables, où le brasier de la passion s’enflamme faisant fi de la raison, des conventions et de la morale sociale. Passion du jeu mais aussi de l’amour.

Sous le ton de la confidence, Clémentine Célarié nous livre les écueils et les sentiments d’une aristocrate anglaise, veuve, égarée dans l’univers surfait des casinos à Monaco, et qui se lancera à corps perdu pour sauver du suicide un jeune homme polonais de 24 ans, anéanti pour avoir tout perdu dans les jeux de hasard.

Empathie, compassion ?… amour ?…  ou rencontre de deux êtres éperdus de sens, magnétisés par l’énergie l’un de l’autre ? Que ressortir d’une telle aventure ? Comme une pelote de laine où le fil à tirer s’entremêle dans des nœuds qu’on a peine à tirer, les sentiments et l’histoire se dénouent doucement. Chacun, tapi dans son fauteuil, est renvoyé à lui-même dans des arcanes de sa vie qu’il n’oserait peut-être pas révéler. 

Sous le feu des projecteurs qui reflètent les couleurs de la vie, de la mort et de l’absolue… Clémentine Célarié sort d’un fauteuil dans lequel elle s’était installée et s’avance tantôt vêtue de blanc, tantôt de noir, parfois gantée en rouge, sous un plafond de voiles blancs. Elle rejoint le joueur (Loris Freeman), terré dans un mustisme et trouvera les mots pour lui. Côté mise en scène, des techniques audiovisuelles nous  transportent sous la pluie, dans le vent, dans les gares, sur la route, dans une église… 

Tout au long de la pièce, Clémentine Célarié s’engouffre dans les failles de la passion et nous raconte avec émotion parfois jusqu’aux larmes les dédales de cette aventure passée qui l’a définitivement transformée et ne l’a plus quittée.

« Ne plus avoir peur de soi, c’est enfin vivre ! », conclura la pièce. Une pièce à dévorer, au Théâtre Rive Gauche, pour les passionnés du jeu, de l’amour, de la vie ou du théâtre.

24 HEURES DE LA VIE D’UNE FEMME 

Théâtre Rive Gauche, 6 rue de la Gaîté, 75014 Paris

Du mardi au vendredi à 21h
Le samedi à 19h ou 21h
Matinée le samedi à 17h

Jusqu’au 29 août 2015

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ALBERTINE SARRAZIN – THÉÂTRE de POCHE-MONTPARNASSE

AFF-ALBERTINEAlbertine Sarrazin. Ce nom ne vous dit peut-être rien. Moi non plus. Jusqu’à la semaine dernière où je suis allée découvrir une pièce qui lui est dédiée. Parce qu’Albertine Sarrazin a existé et sa destinée aussi furtive que lumineuse, tragique qu’incandescente a marqué la France des années 50.

Elle est née en 1937 à Alger de parents inconnus et a été adoptée à l’âge de deux ans. Adolescente brillante mais indisciplinée, elle est placée en maison de correction à Marseille par ses parents adoptifs. Le jour de son bac, elle s’enfuit par les cuisines du lycée et rejoint Paris en stop. Elle connaît alors la misère, la délinquance, la prostitution. A 17 ans, avec sa bonne amie Emilienne, elle tente un holdup dans un magasin de confection. Une vendeuse est blessée, elle est arrêtée et condamnée à 7 ans de prison. Après cinq années d’incarcération, en 1957, elle s’évade de la prison en sautant d’un mur de dix mètres et se brise l’astragale, un petit os du talon. Alors qu’elle  rampe sur la route nationale pour trouver de l’aide, une voiture s’arrête, un homme lui porte secours, la cache chez sa mère, la soigne, tombe amoureux d’elle. Cet homme, c’est Julien Sarrazin, un petit malfrat en cavale, qui deviendra le grand amour de sa vie. Après quelques mois de planque, tous les deux sont repris et se marient en prison le 7 février 1959. Albertine connaît alors le désespoir de l’incarcération. En prison, elle écrit deux livres, L’Astragale, « un petit livre d’amour pour Julien » et La Cavale. Les deux livres, publiés en 1964, connaitront un grand succès public et critique. A sa sortie en 1967, Albertine et Julien s’installeront dans un vieux mas près de Montpellier. Albertine, fragilisée par l’alcool, le tabac et sa vie chaotique, entrera en clinique pour subir l’ablation d’un rein. Mais victime d’une trop forte dose d’anesthésique, elle ne se réveillera jamais. Elle avait 29 ans.

C’est la trajectoire de cette jeune femme éprise d’absolu, d’amour et de liberté que la comédienne Mona Heftre a choisi de raconter dans son spectacle sobrement intitulé Albertine Sarrazin. J’ai beaucoup (beaucoup !) aimé ce spectacle, empreint tout à la fois de la plus grande simplicité et d’une énergie incroyable. A la manœuvre, une comédienne épatante ! Pendant 1 heure 15, Mona Heftre, chevelure argent, tout de noir vêtue, avec pour seuls accessoires une paire de talons blancs et une couverture, se glisse dans la peau d’Albertine et raconte à la première personne les grandes étapes de sa vie à travers des récits autobiographiques, des images d’archives et des chansons. Pour construire ce spectacle, elle s’est plongée dans les archives d’Albertine (carnets intimes, journal, poésies, correspondances,..) pour aller au plus près du personnage qu’elle campe avec une générosité formidable. Aussi à l’aise dans l’interprétation de la petite fille en quête d’identité, de l’adolescente frondeuse, de la jeune femme rayonnante à l’apogée de sa gloire littéraire, de la femme amoureuse et mariée, de la prisonnière en proie au désespoir et à la solitude : tout est parfaitement délivré, ressenti, transmis. Un superbe moment de théâtre !

Soirée foot PSG-Barcelone, nous étions un public de femmes ce soir-là. Après le salut et les applaudissements, Mona Heftre a eu la gentillesse de nouer le dialogue très spontanément en répondant à quelques questions sur la vie d’Albertine. Ma voisine a pu lui glisser : « Quels jolis textes et vous les dites tellement bien ! » Un joli moment qu’on aurait aimé prolonger.

 Le point de vue d’Elisabeth 

ALBERTINE SARRAZIN

Théâtre de Poche-Montparnasse, 75 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris

Du mardi au samedi à 21h – Dimanche 15h

Jusqu’au 3 mai 2015

Albertine Sarrazin

Albertine Sarrazin

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ANCIEN MALADE DES HÔPITAUX DE PARIS – THÉÂTRE de L’ATELIER

zoom_affiche20150309182026C’est à un rythme effréné que le public va suivre Gérard Galvan (Olivier Saladin), futur grand professeur, mais pour l’heure encore interne, aux urgences du CHU Postel-Couperin.

Une nuit de pleine lune où infections éruptives, cuites comateuses, infarctus, épilepsies, embolies pulmonaires, coliques néphrétiques… se côtoient quand soudain, dans la salle d’attente, un patient que Galvan ne quittera plus « tombe sans défense, la tête la première. Une gifle sur le carrelage… gisant dans sa flaque, crispé autour de son abdomen, comme une araignée de maison secondaire ». C’en est fini de la carrière de ce FFI (Faisant Fonction d’Interne) et de son ambition transmise comme une maladie de père en fils depuis plusieurs générations s’il ne parvient pas à sauver ce malade qui n’a qu’une seule chose à dire et qu’il répète en boucle, « je ne me sens pas bien ».

Le ton est donné, les premiers fous rires laisseront place aux deuxièmes puis aux troisièmes… sans une minute de répit.

Olivier Saladin, haut en couleur sous ses cheveux blancs qui lui confèrent un air de sommité pour la circonstance, occupe la scène avec brio dans un monologue gesticulatoire où on reprend son souffle pour lui tant il ne s’arrête jamais. Pendant une heure et quart, la salle court avec lui derrière une table à roulettes – qui se veut être un brancard aux roues bien graissées. On va croiser dans les couloirs de l’hôpital, et toujours sous les traits du comédien, un cardiologue, un chirurgien, un anesthésiste, un urologue, un pneumologue… mais aussi Françoise – sa femme –, une infirmière, une ravissante cardiologue, une vieille dame – une patiente qui attend son tour et dont la voix perchée est si bien imitée qu’on a peine à y croire pendant quelques secondes.

Sans s’économiser, Saladin n’hésite pas à être agenouillé, plié, assis, débout, couché… pour nous faire vivre l’univers angoissant du service des urgences mais toujours avec un humour à réveiller un mort. À travers le jeu d’acteur, on retrouve la verve et le persiflage de Daniel Pennac à qui il emprunte le texte de son livre cocasse « Ancien malade des hôpitaux de Paris ».

Belle performance d’acteur ! Les applaudissements pleuvront à la fin du spectacle. Une véritable ovation. À découvrir au Théâtre de l’Atelier jusqu’au 6 juin 2015. Vous ne verrez plus jamais le service des urgences avec le même œil !

ANCIEN MALADE DES HÔPITAUX DE PARIS 

Théâtre de l’Atelier, 1, place Charles Dullin, 75018 Paris

Du mardi au samedi, à 21h. Dimanche, à 15h.

Jusqu’au 6 juin 2015 – Relâche les 12 et 13 mai.

 

LE MALADE IMAGINAIRE – THÉÂTRE FONTAINE

71PDUYZTTJL._SL1412_Courte chronique destinée à toutes celles et ceux qui auraient envie de faire découvrir les grands classiques à un jeune public ! Si tel est votre projet, je vous conseille d’aller applaudir les spectacles de la compagnie Colette Roumanoff, qui a élu résidence au théâtre Fontaine dans le 9ème. Née au début des années 1990, la compagnie poursuit sans relâche un seul objectif : être au service des plus beaux textes du répertoire classique (Molière, Corneille, Racine,..) à travers une mise en scène pédagogique, accessible, ludique à destination du plus grand nombre, grands et petits. J’avais eu le plaisir de rencontrer cet hiver Valérie Roumanoff, comédienne et membre de la troupe, qui avait partagé avec moi toute l’aventure de la compagnie.

Après l’interview, le spectacle ! Je suis allée voir Le Malade Imaginaire au programme de cette saison 2014/2015. Dans la belle salle du théâtre Fontaine, au milieu d’un public familial en ce dimanche après-midi, j’ai passé un moment franchement réjouissant ! Au-delà du texte respecté à la virgule près, une mise en scène pleine de générosité, de fraîcheur et de poésie, mêlant ballets orientaux, scènes chorégraphiées ou séquences chantées. Un grand chapeau à la troupe de comédiens (qui donne plus l’impression d’une famille d’ailleurs) engagés à 100%, ultra-professionnels et qui s’en donnent à cœur joie deux heures durant. Mention spéciale personnelle à Isabelle Laffitte dans le rôle de la sémillante Toinette ! Bref, un mélange de simplicité (pas d’ego de metteur ici), de générosité qui fait honneur à cette compagnie attachante qui produit des spectacles de grande qualité. Attention, difficile à suivre pour des enfants de moins de 10 ans néanmoins.

Le point de vue d’Elisabeth 

LE MALADE IMAGINAIRE

Théâtre Fontaine, 10 rue Pierre Fontaine, 75009 Paris

Prochaines représentations : 21 mai à 14h15 et jeudi 28 mai à 14h15

Tous les spectacles de la saison 2014/2015

EN ATTENDANT GODOT – THÉÂTRE de L’AQUARIUM

arton473-a437dParis, 1927. En sortant de la Closerie des Lilas, Samuel Beckett, 21 ans, croise le chemin d’un clochard qui, sans raison, le poignarde. Beckett est transporté à l’hôpital Tenon, il a la plèvre transpercée. Guéri, il tient à revoir son agresseur qui a été arrêté. Il lui demande « Pourquoi m’avez-vous poignardé ? » Le clochard cherche une réponse puis finit par dire : « Je ne sais pas, monsieur ». Ce fait divers, qui marqua profondément le jeune Beckett, a peut-être été à l’origine d’En attendant Godot.

La pièce, écrite en français, considérée comme l’une des œuvres les plus importantes du XXe siècle, questionne la souffrance et la vacuité de la condition humaine. L’histoire est celle de deux vagabonds, Vladimir et Estragon, qui, perdus sur un chemin de poussière au milieu d’un no man’s land, attendent un certain Godot qui leur a donné rendez-vous. Mais Godot se fait attendre. Alors pour tromper l’ennui, les deux compagnons se parlent, s’écoutent, se chamaillent, se réconcilient…Leur attente est soudain interrompue par l’arrivée de deux personnages : Pozzo, propriétaire terrien, sorte d’esclavagiste moderne, tenant en laisse un pauvre hère, Lucky, réduit à l’état d’animal servile. Une fois cette parenthèse « d’humanité » fermée où seule la domination et l’asservissement semblent prendre le dessus, les jours et les nuits se succèdent aux autres, toujours aussi vains et inutiles pour Vladimir et Estragon dans l’attente de Godot qui ne viendra jamais.

Depuis sa création en 1952, En attendant Godot est l’une des pièces les plus jouées au monde, adulée par des générations de metteurs en scène et de comédiens. Et cela s’explique ô combien : l’œuvre résonne formidablement par le caractère intemporel, universel et profondément visionnaire des thèmes fondamentaux qu’elle explore: l’identité, le courage, l’espoir, l’impuissance, la force et la fragilité de l’être humain, le sens de l’existence (« Que faisons-nous ici ? » questionne un instant Vladimir face public). Longtemps considéré comme le chef d’oeuvre du théâtre de l’absurde, « En attendant Godot n’a rien d’absurde, si ce n’est l’absurde du monde à l’intérieur on cherche à créer du sens » comment le rappellent collectivement Jean Lambert-wild, Marcel Bozonnet et Lorenzo Malaguerra qui ont signé une nouvelle adaptation théâtrale à la Comédie de Caen – Centre Dramatique National de Normandie en 2014. Après avoir été présenté sur de nombreuses scènes françaises, le spectacle est à l’affiche du théâtre de l’Aquarium ce mois-ci. Les trois metteurs en scène ont souhaité revisiter le « mythe Godot » en faisant entendre le texte de Beckett sous un jour nouveau, à la lumière de la réalité politique et sociale de notre époque. Ainsi, les rôles de Vladimir et d’Estragon ont été confiés à deux comédiens africains, symbolisant par-là même les dizaines de miliers d’apatrides, de migrants fuyant les famines, les guerres, les souffrances, sur la voie de l’exil, en quête d’une nouvelle vie ou d’un nouvel espoir. Très belle idée d’autant que face à eux, le duo Pozzo/Lucky résonne comme le symbole de la vacuité et de l’inutilité de nos sociétés occidentales, incapables de donner une réponse ou une solution aux souffrances de notre monde actuel.

Au-delà de ce parti-pris fort et intéressant, le spectacle est d’une grande beauté et d’une grande singularité. Avant même « d’entrer » dans la pièce, on est d’emblée séduit par le charme aride du décor – horizon nu gris-bleuté, chemin de gravier, petit arbre sec – qui illustre bien l’écriture dépouillée de Beckett et sera tout au long du spectacle fort bien mis en lumière (les éclairages nocturnes projetant les reflets des  personnages sur le sol sont à ce titre particulièrement réussis). Le texte est porté par un casting de haut vol, à commencer par le duo Michel Bohiri (Vladimir) et Fargass Assandé (Estragon) deux acteurs ivoiriens qui incarnent avec une justesse, une humanité et une générosité formidables, les deux compagnons d’infortune de Beckett entre tendresse et gaucherie, profondeur et drôlerie. Leur complicité, réelle à la ville comme à la scène, « transpire » et apporte un vrai supplément d’âme au spectacle. Notons également la prestation magistrale de Marcel Bozonnet (ancien sociétaire et administrateur de la Comédie Française) qui, tel un bateleur de foire, empruntant à l’univers du cirque et du music-hall, incarne un Pozzo inquiétant et pathétique. Enfin, sans oublier Lyn Thibault très juste également dans le rôle du garçon, Jean Lambert-wild, pyjama rayé, grimé de blanc, nez rouge, chevelure blonde hirsute, délivre le monologue réputé injouable de Lucky (texte de deux pages sans ponctuation) avec un engagement total. Au final, malgré un spectacle un peu long (2h05), du grand et beau théâtre qui marque les esprits et laisse des images en mémoire ! Une adaptation qui fera date. Longue vie au spectacle qui poursuit sa route à Neufchâtel après Paris.   

Le point de vue d’Elisabeth

EN ATTENDANT GODOT

Théâtre de l’Aquarium – La Cartoucherie 94100 Vincennes

Jusqu’au 29 mars 2015

Du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h 

Navette gratuite aller-retour au départ du métro Château de Vincennes à partir de 19h30

Crédit photos : Tristan Jeanne-Valès

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DIALOGUE À FABLES – LA COMÉDIE SAINT-MICHEL

Affiche_St_MichelCinq jours après être allée voir Dialogues à Fables au Théâtre de La Comédie Saint-Michel, j’ai rencontré Valentin Martinie, son metteur en scène. L’occasion d’un bel échange autour de sa passion du théâtre et de la vocation de son spectacle que je voulais partager avec vous.

Coup de Théâtre : Bonjour Valentin, d’où vous vient la passion pour le théâtre ?

Valentin Martinie : Depuis tout petit, j’éprouve du plaisir à amuser la galerie. « Il faut que tu fasses du théâtre », me disait-on. Mais ce n’est que très tard, en dernière année d’école de commerce, à 24 ans, que j’ai eu le courage de m’inscrire à un cours du soir (cours amateur) chez Jean-Laurent Cochet. Alors que je venais de commencer mon premier CDI, Fabrice Luchini est venu un matin faire une master class devant les élèves du cours du matin (cours pro) à La Pépinière – je m’en souviens très bien, c’était le jour de la Saint-Valentin ! – et c’est ce jour-là que ma vocation est née. J’ai démissionné et je suis passé au cours pro le matin, avec l’envie de me consacrer au théâtre et à la littérature pendant un petit bout de temps. 

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Valentin Martinie (à gauche) et Florian Spitzer (à droite)

Dialogues à Fables est votre premier spectacle. Pourquoi ce choix de porter à la scène des fables de La Fontaine, d’Anouilh d’ailleurs moins connu sur ce registre, Queneau, Ionesco… ?

V. M. : Lors de mes trois années au cours Cochet, l’exercice de la fable était la base même de l’apprentissage du métier de comédien : l’articulation, la respiration, etc., étaient étudiés mais pas seulement. Il fallait trouver la nécessité de dire la fable : quel est le sujet traité ? Est-ce qu’il m’anime ? Qui je veux convaincre ? Il fallait s’imaginer en train de remonter les bretelles d’un copain à la terrasse d’un café, par exemple. C’est comme ça que j’ai appris à penser vraiment, « charnellement », ce que je disais, au lieu de me contenter d’une simple récitation. Dans le spectacle, j’ai voulu varier les plaisirs et montrer que ce genre qu’on peut supposer désuet a encore de beaux jours devant lui. Je pense à cette phrase du rappeur Booba qui n’hésite pas à utiliser des images frappantes utilisant des animaux dans ses punchlines : « Ce n’est pas que je n’aime pas me mélanger, mais disons que les aigles ne volent pas avec les pigeons »

Quels souvenirs gardez-vous de votre formation ?

V.M. : J’y ai beaucoup appris, notamment, une exigence salutaire. La vision résolument moderne du théâtre classique – quoi qu’on en dise, seules les modes se démodent – m’inspirera toujours. Je dois néanmoins prévenir les jeunes gens qu’il faut être bien armé psychologiquement car Jean-Laurent Cochet n’est pas un consensuel.

Vous êtes comédien mais vous écrivez également les dialogues. Comment naît le processus de création chez vous ?

V.M. : Les idées arrivent quand je ne m’y attends pas, quand mon esprit vagabonde dans le train, dans le métro, en courant… J’essaie de retarder au maximum le moment de l’écriture parce qu’elle « éteint » cette création spontanée, ce saute-mouton de l’esprit. Mais il faut bien noter les idées à un moment ou un autre, sinon on les oublie. Pour Dialogue à Fables, je me permets beaucoup de liberté avec le texte. Il y a des morceaux d’impro que j’intègre au fur et à mesure, des passages que je supprime. Si vous revenez voir le spectacle la semaine prochaine, vous verrez des changements.

dialogueafables_olivierschmitt_09Quels sont vos auteurs ou livres préférés ?

V.M. : Dans le théâtre, j’aime beaucoup l’esprit français qu’on peut retrouver dans les pièces de Sacha Guitry ou de Jules Renard. Mais j’ai encore plus d’affinités avec les auteurs qui emploient une prose simple pour camper des personnages hauts en couleur. Anouilh fait ça très bien. Et Audiard, dans le cinéma, me régale avec ses dialogues. De manière générale, j’apprécie la vitalité et les auteurs qui dénoncent des travers universels, ou ceux de l’époque, comme Philippe Muray. Je vous conseille d’ailleurs de lire Le Sourire de Ségolène Royal !

Comment avez-vous sélectionné les fables pour votre spectacle ? 

V.M. : Dans Le Loup attendri, Anouilh dénonce avec ironie la bêtise des progressistes, comme le fait justement Muray. Dans La Fille et le Loup, c’est encore plus misanthrope. Il trouve plus d’humanité dans un loup que dans un « curé bedonnant » ou dans les « paysans niais et communs »… Et le rythme mélancolique du poème devient une respiration naturelle. J’aime aussi la cadence de La Dispute, avec les deux avocats qui jouent le rôle du mari et de la femme. J’aime aussi le dialogue entre Le Chêne et le Roseau d’Anouilh et la version originale de La Fontaine, ça permet de reconsidérer une moralité qu’on prend pour argent comptant, alors que les fables sont bourrées d’ambiguïté.  

dialogueafables_olivierschmitt_03Vous jouez avec Florian Spitzer…

V.M. : Oui, on s’est connus avec Florian au cours Cochet, en travaillant une scène de Becket ou l’honneur de Dieu d’Anouilh. On s’est très bien entendus, c’est agréable de travailler avec Florian. On a à peu près le même parcours de jeunes actifs déçus par les promesses du marketing. Je lui ai proposé l’aventure parce qu’il disait les fables avec un naturel déconcertant.

Donneriez-vous place à une écriture collective ? 

V.M. : Pour stimuler la création, les idées des autres sont indispensables, qu’il s’agisse de discussions ou de lectures, c’est comme ça qu’on avance. D’ailleurs, Florian, au fil des répétitions et des représentations a ajouté plein de choses que je n’ai pas listées au générique de fin par simple souci pratique. Mais je dois rendre hommage à tous ceux qui m’ont inspiré, vivants et morts, consciemment ou inconsciemment. En ce qui concerne la forme, il faut faire des choix esthétiques et je trouve que cela a plus de sens de le faire tout seul.

Vous auriez pu vous contenter de monter sur les planches, voire d’écrire, mais vous avez décidé de créer votre compagnie…

V.M. : Oui, monter ses propres projets permet d’avancer plus vite. Écrire des rôles sur mesure pour des comédiens qu’on connaît et pour soi-même permet d’éviter de « se battre » pour enchaîner les figurations en attendant un « miracle ». C’est aussi une manière d’apprendre sur le tas, comme dans tous les métiers.

dialogueafables_olivierschmitt_081Vous avez fait le choix d’une mise en scène minimaliste. Pourquoi ? 

V.M. : Tout à fait, cela va dans le sens de ma conception du théâtre. Le théâtre doit susciter des images et non les imposer. Le texte incarné par le comédien doit offrir au spectateur un tremplin à son imagination, comme un livre, et non lui imposer une vision, comme au cinéma. Plus le décor est simple, plus il y a de place pour le texte, et donc pour le rêve autonome du spectateur. De toute façon, le théâtre ne peut pas concurrencer le cinéma 3D, autant qu’il redevienne le temple de la parole vivante !

Quel bilan tirez-vous de cette expérience ? 

V.M. : Bien sûr il s’agit d’un coup d’essai, largement perfectible, et le choix de conserver les textes entiers des fables est un parti pris qui ne rend pas nécessairement le spectacle attractif pour tout le monde. Mais les spectateurs passent généralement un bon moment, voire un très bon moment pour certains, ce qui est une belle surprise pour une pièce composée majoritairement de textes poétiques. Avec Florian, nous avons appris également, la relation avec le public, le côté unique de chaque représentation et aussi la gestion budgétaire d’un tel spectacle…

Vous êtes à la Comédie Saint-Michel jusqu’en avril 2015, à la Royale Factory à Versailles du 6 mai au 5 juin 2015, vous serez au Pittchoun Théâtre au Festival OFF d’Avignon. Des projets de mise en scène, d’écriture pour la suite ? 

V.M. : Oui deux pièces et deux solos.

dialogueafables_olivierschmitt_06Merci Valentin. Une dernière question : avez-vous un rêve autour du théâtre ?

V.M. : Oui, plus tard, j’aimerais diriger un théâtre où je pourrais programmer les pièces qui m’intéressent (et en avoir les moyens financiers). Je voudrais laisser place à de vrais comédiens non des « starlettes » du moment et revenir à un théâtre qui explore ce que nous sommes, avec simplicité. Je dis ça parce que le théâtre m’a sauvé et que je suis certain qu’il peut aider un grand nombre de personnes. Il m’a obligé à arrêter de jouer la comédie et à me poser systématiquement la question : « qu’est-ce que tu penses ? ». Merci de m’avoir écouté pendant ces deux heures !

DIALOGUE À FABLES 

La Comédie Saint-Michel, 95 boulevard Saint-Michel, 75005 Paris                           

Les mercredis et les samedis à 20h jusqu’au 4 avril 2015

Pour gagner des places pour le spectacle, suivez ce lien : http://bit.ly/1zJGVQW

Crédit photos : Olivier Schmitt