DIALOGUE À FABLES – LA COMÉDIE SAINT-MICHEL

Affiche_St_MichelCinq jours après être allée voir Dialogues à Fables au Théâtre de La Comédie Saint-Michel, j’ai rencontré Valentin Martinie, son metteur en scène. L’occasion d’un bel échange autour de sa passion du théâtre et de la vocation de son spectacle que je voulais partager avec vous.

Coup de Théâtre : Bonjour Valentin, d’où vous vient la passion pour le théâtre ?

Valentin Martinie : Depuis tout petit, j’éprouve du plaisir à amuser la galerie. « Il faut que tu fasses du théâtre », me disait-on. Mais ce n’est que très tard, en dernière année d’école de commerce, à 24 ans, que j’ai eu le courage de m’inscrire à un cours du soir (cours amateur) chez Jean-Laurent Cochet. Alors que je venais de commencer mon premier CDI, Fabrice Luchini est venu un matin faire une master class devant les élèves du cours du matin (cours pro) à La Pépinière – je m’en souviens très bien, c’était le jour de la Saint-Valentin ! – et c’est ce jour-là que ma vocation est née. J’ai démissionné et je suis passé au cours pro le matin, avec l’envie de me consacrer au théâtre et à la littérature pendant un petit bout de temps. 

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Valentin Martinie (à gauche) et Florian Spitzer (à droite)

Dialogues à Fables est votre premier spectacle. Pourquoi ce choix de porter à la scène des fables de La Fontaine, d’Anouilh d’ailleurs moins connu sur ce registre, Queneau, Ionesco… ?

V. M. : Lors de mes trois années au cours Cochet, l’exercice de la fable était la base même de l’apprentissage du métier de comédien : l’articulation, la respiration, etc., étaient étudiés mais pas seulement. Il fallait trouver la nécessité de dire la fable : quel est le sujet traité ? Est-ce qu’il m’anime ? Qui je veux convaincre ? Il fallait s’imaginer en train de remonter les bretelles d’un copain à la terrasse d’un café, par exemple. C’est comme ça que j’ai appris à penser vraiment, « charnellement », ce que je disais, au lieu de me contenter d’une simple récitation. Dans le spectacle, j’ai voulu varier les plaisirs et montrer que ce genre qu’on peut supposer désuet a encore de beaux jours devant lui. Je pense à cette phrase du rappeur Booba qui n’hésite pas à utiliser des images frappantes utilisant des animaux dans ses punchlines : « Ce n’est pas que je n’aime pas me mélanger, mais disons que les aigles ne volent pas avec les pigeons »

Quels souvenirs gardez-vous de votre formation ?

V.M. : J’y ai beaucoup appris, notamment, une exigence salutaire. La vision résolument moderne du théâtre classique – quoi qu’on en dise, seules les modes se démodent – m’inspirera toujours. Je dois néanmoins prévenir les jeunes gens qu’il faut être bien armé psychologiquement car Jean-Laurent Cochet n’est pas un consensuel.

Vous êtes comédien mais vous écrivez également les dialogues. Comment naît le processus de création chez vous ?

V.M. : Les idées arrivent quand je ne m’y attends pas, quand mon esprit vagabonde dans le train, dans le métro, en courant… J’essaie de retarder au maximum le moment de l’écriture parce qu’elle « éteint » cette création spontanée, ce saute-mouton de l’esprit. Mais il faut bien noter les idées à un moment ou un autre, sinon on les oublie. Pour Dialogue à Fables, je me permets beaucoup de liberté avec le texte. Il y a des morceaux d’impro que j’intègre au fur et à mesure, des passages que je supprime. Si vous revenez voir le spectacle la semaine prochaine, vous verrez des changements.

dialogueafables_olivierschmitt_09Quels sont vos auteurs ou livres préférés ?

V.M. : Dans le théâtre, j’aime beaucoup l’esprit français qu’on peut retrouver dans les pièces de Sacha Guitry ou de Jules Renard. Mais j’ai encore plus d’affinités avec les auteurs qui emploient une prose simple pour camper des personnages hauts en couleur. Anouilh fait ça très bien. Et Audiard, dans le cinéma, me régale avec ses dialogues. De manière générale, j’apprécie la vitalité et les auteurs qui dénoncent des travers universels, ou ceux de l’époque, comme Philippe Muray. Je vous conseille d’ailleurs de lire Le Sourire de Ségolène Royal !

Comment avez-vous sélectionné les fables pour votre spectacle ? 

V.M. : Dans Le Loup attendri, Anouilh dénonce avec ironie la bêtise des progressistes, comme le fait justement Muray. Dans La Fille et le Loup, c’est encore plus misanthrope. Il trouve plus d’humanité dans un loup que dans un « curé bedonnant » ou dans les « paysans niais et communs »… Et le rythme mélancolique du poème devient une respiration naturelle. J’aime aussi la cadence de La Dispute, avec les deux avocats qui jouent le rôle du mari et de la femme. J’aime aussi le dialogue entre Le Chêne et le Roseau d’Anouilh et la version originale de La Fontaine, ça permet de reconsidérer une moralité qu’on prend pour argent comptant, alors que les fables sont bourrées d’ambiguïté.  

dialogueafables_olivierschmitt_03Vous jouez avec Florian Spitzer…

V.M. : Oui, on s’est connus avec Florian au cours Cochet, en travaillant une scène de Becket ou l’honneur de Dieu d’Anouilh. On s’est très bien entendus, c’est agréable de travailler avec Florian. On a à peu près le même parcours de jeunes actifs déçus par les promesses du marketing. Je lui ai proposé l’aventure parce qu’il disait les fables avec un naturel déconcertant.

Donneriez-vous place à une écriture collective ? 

V.M. : Pour stimuler la création, les idées des autres sont indispensables, qu’il s’agisse de discussions ou de lectures, c’est comme ça qu’on avance. D’ailleurs, Florian, au fil des répétitions et des représentations a ajouté plein de choses que je n’ai pas listées au générique de fin par simple souci pratique. Mais je dois rendre hommage à tous ceux qui m’ont inspiré, vivants et morts, consciemment ou inconsciemment. En ce qui concerne la forme, il faut faire des choix esthétiques et je trouve que cela a plus de sens de le faire tout seul.

Vous auriez pu vous contenter de monter sur les planches, voire d’écrire, mais vous avez décidé de créer votre compagnie…

V.M. : Oui, monter ses propres projets permet d’avancer plus vite. Écrire des rôles sur mesure pour des comédiens qu’on connaît et pour soi-même permet d’éviter de « se battre » pour enchaîner les figurations en attendant un « miracle ». C’est aussi une manière d’apprendre sur le tas, comme dans tous les métiers.

dialogueafables_olivierschmitt_081Vous avez fait le choix d’une mise en scène minimaliste. Pourquoi ? 

V.M. : Tout à fait, cela va dans le sens de ma conception du théâtre. Le théâtre doit susciter des images et non les imposer. Le texte incarné par le comédien doit offrir au spectateur un tremplin à son imagination, comme un livre, et non lui imposer une vision, comme au cinéma. Plus le décor est simple, plus il y a de place pour le texte, et donc pour le rêve autonome du spectateur. De toute façon, le théâtre ne peut pas concurrencer le cinéma 3D, autant qu’il redevienne le temple de la parole vivante !

Quel bilan tirez-vous de cette expérience ? 

V.M. : Bien sûr il s’agit d’un coup d’essai, largement perfectible, et le choix de conserver les textes entiers des fables est un parti pris qui ne rend pas nécessairement le spectacle attractif pour tout le monde. Mais les spectateurs passent généralement un bon moment, voire un très bon moment pour certains, ce qui est une belle surprise pour une pièce composée majoritairement de textes poétiques. Avec Florian, nous avons appris également, la relation avec le public, le côté unique de chaque représentation et aussi la gestion budgétaire d’un tel spectacle…

Vous êtes à la Comédie Saint-Michel jusqu’en avril 2015, à la Royale Factory à Versailles du 6 mai au 5 juin 2015, vous serez au Pittchoun Théâtre au Festival OFF d’Avignon. Des projets de mise en scène, d’écriture pour la suite ? 

V.M. : Oui deux pièces et deux solos.

dialogueafables_olivierschmitt_06Merci Valentin. Une dernière question : avez-vous un rêve autour du théâtre ?

V.M. : Oui, plus tard, j’aimerais diriger un théâtre où je pourrais programmer les pièces qui m’intéressent (et en avoir les moyens financiers). Je voudrais laisser place à de vrais comédiens non des « starlettes » du moment et revenir à un théâtre qui explore ce que nous sommes, avec simplicité. Je dis ça parce que le théâtre m’a sauvé et que je suis certain qu’il peut aider un grand nombre de personnes. Il m’a obligé à arrêter de jouer la comédie et à me poser systématiquement la question : « qu’est-ce que tu penses ? ». Merci de m’avoir écouté pendant ces deux heures !

DIALOGUE À FABLES 

La Comédie Saint-Michel, 95 boulevard Saint-Michel, 75005 Paris                           

Les mercredis et les samedis à 20h jusqu’au 4 avril 2015

Pour gagner des places pour le spectacle, suivez ce lien : http://bit.ly/1zJGVQW

Crédit photos : Olivier Schmitt

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