VICTOR – THÉÂTRE HÉBERTOT

40x60-VICTORnewOKUne affiche de gala, signée par le célèbre studio Harcourt, pour le duo star de cette rentrée théâtrale. Grégory Gadebois et Éric Cantona sont les protagonistes de Victor une pièce d’Henri Berstein au théâtre Hébertot depuis le 2 septembre. J’ai eu l’opportunité et le  plaisir d’assister à la couturière, confortablement installée au milieu d’une audience attentive et curieuse de découvrir ce duo inattendu sur scène ! La metteur en scène, Rachida Brakni, nous prévient, dans son speech introductif qu’elle s’accordera à tout moment le droit d’interrompre la représentation, si d’aventure la mise en scène lui déplaît. À bon entendeur… Extinction des lumières, lever de rideau. Sur scène, un homme est assis sur un banc public. Nous sommes en 1950. Victor (Grégory Gadebois) sort de prison, après une longue peine purgée à la place de Marc (Éric Cantona), héros de guerre et homme d’affaires peu fréquentable. Une décision qu’il avait alors prise par amour pour une femme, Françoise (Caroline Silhol), la femme de Marc. Françoise n’a rien oublié de cet amour pour Victor et souhaite le reconquérir. Entre amours contrariées, quête de richesse, amitié virile et désillusions, la pièce nous raconte la trajectoire de ce triangle amoureux. Cette belle trame narrative (la pièce se suit comme un film) est assurément une réussite d’autant que le casting fonctionne à 100%, à commencer bien sûr par Grégory Gadebois, l’inoubliable interprète de Charlie, dans le succès phénomène Des Fleurs pour Algernon. Il offre une nouvelle fois une prestation de haute volée de bout en bout, maniant toute la palette des émotions avec une simplicité et une profondeur formidables. J’ai été également très séduite par les seconds rôles, et notamment par la jeune comédienne Marion Malenfant, ex-pensionnaire de la Comédie Française, qui illumine le plateau par sa fraîcheur et la justesse de son interprétation. Ses scènes avec Grégory Gadebois sont à mon avis les plus convaincantes. Et « Canto » dans tout ça ? À demi-caché dans la pénombre d’un couloir, costume trois-pièces et borsalino vissé sur la tête, la metteur en scène, son épouse à la ville, n’a pas manqué de soigner son entrée en scène. Éric Cantona n’est certes pas un acteur professionnel mais force est de lui reconnaître une présence, une voix, une stature. Même si le débit est parfois rapide et la gestuelle un peu mécanique, il délivre une prestation très honorable avec quelques moments franchement réjouissants, notamment dans les duos avec Grégory Gadebois. Quelques regrets cependant : une mise en scène sans fausse note mais qui reste un peu linéaire et statique ; l’absence d’un « je-ne-sais-quoi » qui ne m’a pas permis de plonger dans les années 50, et de savourer la belle pièce d’atmosphère à laquelle je m’attendais. Peut-être est-ce dû aux décors un peu froids et à la signature musicale trop discrète. Ces bémols exceptés, un très joli moment de théâtre à vous conseiller en cette rentrée !

Le point de vue d’Elisabeth 

VICTOR

Théâtre Hébertot, 78 bis boulevard des Batignolles, 75017 Paris

Du mardi au samedi à 21h

Dimanche 17h

Crédit photos : L. LOT 

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DES FLEURS POUR ALGERNON – THÉÂTRE du PETIT SAINT-MARTIN

algernon-5Dès la première réplique, j’ai compris. J’ai compris que j’allais vivre un moment de théâtre unique qui resterait longtemps gravé dans ma mémoire. Et pas seulement dans la mienne, j’en suis certaine, mais dans celle des 150 spectateurs venus découvrir « Des fleurs pour Algernon » mercredi dernier au théâtre du Petit Saint-Martin. Nous avons, je crois, tous été suspendus aux paroles d’un comédien exceptionnel qui n’a pourtant pas bougé de sa chaise pendant 1 heure et 20 minutes.

Ce comédien, c’est Grégory Gadebois, ancien pensionnaire de la Comédie-Française, césar du meilleur espoir masculin en 2012 (voir le joli portrait que Libération lui a consacré en janvier 2013) qui offre une prestation époustouflante de la première à la dernière seconde ! Dans « Des fleurs pour Algernon » (qui fut d’abord un livre, puis un film), il campe le personnage de Charlie, un jeune ouvrier simple d’esprit qui est approché par deux professeurs de médecine pour subir une opération du cerveau, susceptible de démultiplier ses facultés mentales. L’expérience a réussi sur une souris nommée Algernon, alors pourquoi ne pas la tenter sur un homme ? Charlie, secrètement amoureux de l’un des professeurs Miss Kinian, accepte de devenir cobaye et l’expérience fonctionne. Progressivement, il se métamorphose en un être aux compétences intellectuelles exceptionnelles brillant analyste, doué d’une mémoire phénoménale, d’une pétillance et d’une subtilité  incomparable. En sera-t-il plus heureux pour autant ? Mais l’expérience sera de courte durée. Tandis que la souris Algernon meurt, Charlie connaît un déclin aussi vertigineux que son ascension.  

Au-delà du beau questionnement de la pièce (qu’est-ce que l’intelligence ? Celle du cœur n’est-elle pas aussi ou plus importante que celle des connaissances ?), j’ai été subjuguée par la performance de Grégory Gadebois et sa capacité à interpréter successivement cet homme au QI limité, puis supérieurement intelligent puis redevant l’homme simple qu’il était, et profondément conscient de la perte de ses capacités. L’exercice aurait pu s’avérer caricatural, il est d’une justesse, d’une subtilité et d’une finesse formidables. Grégory Gadebois incarne Charlie avec une infinie douceur et une profonde humanité, dans les mots, les gestes, le regard, la posture. C’est terriblement émouvant, on en ressort touché. Courez applaudir ce spectacle qui est un triomphe depuis sa création en 2012. Logique et tellement mérité, c’est une leçon de théâtre !

Le point de vue d’Elisabeth 

DES FLEURS POUR ALGERNON

Théâtre du Petit Saint-Martin, 17 rue René Boulanger, 75010 Paris

Du mardi au vendredi à 20h30

Le samedi à 16h et 20h30

Photo Pascal Victor. Artcomart

Photo Pascal Victor. Artcomart