L’AUTRE GALILÉE – LE LUCERNAIRE

AFFICHE LAUTRE GALILÉEL’autre Galilée est le portrait inattendu et surprenant du mathématicien, physicien et astronome de génie Galileo Galilei du XVIe siècle connu de tous pour sa célèbre phrase « Et pourtant elle tourne ! ». Mais peu d’entre nous savent que cet homme était aussi drôle que passionnant, philosophe, précurseur et défenseur obstiné de la liberté de pensée. Pendant toute son existence, il s’est battu pour la séparation de la science et de la religion : « La Bible doit nous apprendre comment on va au ciel et non comment va le ciel. » Jamais il ne cessera de se battre pour lutter contre les dogmes de l’Eglise catholique et les préjugés de certains scientifiques. Pour éviter le bûcher de l’Inquisition, il abjura en juin 1632. Cela ne le détournera pas pour autant de sa quête de vérité de la science, quitte à contredire les Saintes Ecritures même s’il se déclare un bon croyant. Il faudra patienter jusqu’en 1992 pour que le Saint-Siège reconnaisse que Galilée avait raison : la Terre tourne bien autour du soleil et non le contraire.

A partir des lettres rédigées par Galilée, Cesare Capitani (auteur et comédien) nous dresse son portrait, étonnant de vitalité et de modernité contre toute forme d’obscurantisme et d’intégrisme. Un témoignage puissant et troublant au vu de notre triste actualité géopolitique. Seul en scène, Cesare Capitani campe avec magnificence ce génie au-delà de ces défauts du genre humain et nous convie à un merveilleux moment de théâtre : mise en scène sobre (Thierry Surace), décor et accessoires succincts (Ségolène Denis), jeux de lumière efficaces (Dorothée Lebrun).

Mieux encore que du théâtre, une leçon de vie. Rester soi-même et parler vrai en toutes circonstances même si notre vérité et notre manière d’être dérangent, là sont les clefs du bonheur de l’humanité. Dépêchez-vous d’aller à la rencontre de cet autre Galilée, c’est peut être un peu de vous que vous allez y retrouver.

 Le regard d’Isabelle 

 

L’AUTRE GALILÉE

Le Lucernaire, 53 rue notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris 

Du mardi au samedi à 19h

Jusqu’au 28 novembre 2015

Crédit : Jessica Astier

Crédit : Jessica Astier

LE BIZARRE INCIDENT DU CHIEN PENDANT LA NUIT – THÉÂTRE LA TEMPÊTE

vz-455cd921-5364-412b-ad09-d94c47ebae8fNe vous laissez pas rebuter par le titre … Très beau et singulier spectacle que ce « Bizarre incident du chien pendant la nuit », tiré du best-seller anglais de Mark Haddon et mis en scène par Philippe Adrien. Le récit est celui de Christopher Boone, « 15 ans, 3 mois et 2 jours », orphelin de mère, atteint du syndrome d’Asperger, un autisme de haut niveau. Doué d’un mémoire phénoménale et d’un sens de logique implacable, Christopher aime résoudre des équations mathématiques compliquées mais est en proie à des accès de peur incontrôlables, gère difficilement les relations sociales, n’aime pas qu’on le touche et ne supporte que la présence de son petit rat apprivoisé. Lorsqu’il découvre Wellington, le chien de sa voisine Mrs Shears, une fourche plantée dans le ventre, il se lance le défi de retrouver le meurtrier et décide de mener sa propre enquête…Le départ d’un long et insolite parcours initiatique, semé de rencontres insolites et d’aventures rocambolesques, qui le mènera bien au-delà de ce qu’il aurait pu imaginer…

Une pièce extrêmement réussie, servie par une mise en scène brillante, soignée et ultra créative ! Entre actions et émotions, les tableaux (dont certains chorégraphiés) s’enchaînent avec fluidité et on se régale à suivre les aventures insolites du jeune Christopher comme on tournerait les chapitres du roman (qui est d’ailleurs lu sur scène). La belle idée de Philippe Adrien est de montrer le spectacle, traité comme un « théâtre-récit », non pas de manière linéaire et purement descriptive, mais à travers les yeux, les sensations et les émotions du jeune Christopher. Une façon habile de nous faire ressentir, voir, entendre, découvrir l’autisme. Et un joli message délivré sur le handicap et la différence, sans pathos, ni complaisance. Coup de chapeau à l’ensemble des comédiens, à commencer par le jeune Pierre Lelièvre (de surcroît excellent danseur ! ) qui campe un Christopher extrêmement convaincant.  

Même si le spectacle s’essouffle un peu dans la deuxième partie (la pièce dure 2 heures 10), un excellent moment de théâtre qui bénéficie d’un beau succès critique et public. Quatre représentations supplémentaires sont prévues le mardi 20, le mercredi 21, le jeudi 22 et le vendredi 23 octobre à 20h.

Le point de vue d’Elisabeth 

LE BIZARRE INCIDENT DU CHIEN PENDANT LA NUIT

Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes

Jusqu’au 23 octobre 2015

Représentation le 25 avril 2017 à 20H30 au Carré Belle-Feuille, 60 rue de la Belle Feuille, 92100 Boulogne-Billancourt.  

⇒Venir à la Cartoucherie de Vincennes

Station Château-de-Vincennes. Sortir en tête de ligne puis prendre :
• la navette Cartoucherie garée près de la station de taxis (départ toutes les quinze minutes environ, premier voyage 1 h avant le début du spectacle)
• ou le bus 112, arrêt Cartoucherie

Crédit photos : Antonia Bozzi 

UN CAFÉ AVEC Marion Moinet, costumière de théâtre

Marion_BW__7_1000Coupes à plat, essayage toile, technique moulage n’ont plus de secrets pour moi (enfin presque !) depuis que j’ai eu le plaisir de rencontrer la jeune et talentueuse costumière de théâtre Marion Moinet. En partageant un café à la Rotonde, Marion m’a décrit avec beaucoup d’enthousiasme et de fraîcheur son métier au quotidien, la relation privilégiée qu’elle entretient avec les comédiens, ses séances d’essayage et ses virées friperies ! Les pieds bien sur terre et des rêves américains plein la tête, rencontre avec une jeune professionnelle amoureuse de son métier.

 

Coup de théâtre : Bonjour Marion, vous êtes costumière de théâtre. Quel a été votre parcours ?  

Marion Moinet : Après mon bac arts appliqués à Toulouse, j’ai intégré l’école de mode et du costume Paul Poiret à Paris, d’où je suis sortie avec un diplôme DMA (ndlr : Diplômé Métiers d’Arts). Pendant deux ans, j’y ai appris toutes les techniques de couture, de la crinoline au corps à baleine en passant par la technique moulage, qui consiste à sculpter n’importe quel type de costume sur un mannequin à partir d’une toile à patron. A ma sortie de l’école, j’ai commencé à travailler sur de toutes petites productions, souvent gratuitement, avec surtout l’envie de cumuler des expériences, rencontrer des gens du métier et me faire connaître. Progressivement, j’ai réussi à développer mon réseau, à travailler sur des projets de plus en plus importants. A vingt ans, j’ai été embauchée comme assistante chef costumière aux côtés de Carine Sarfati sur la pièce Quadrille au théâtre Edouard VII. Un vrai baptême du feu professionnel car c’était une « grosse » production dans l’un des plus beaux théâtres parisiens avec une belle distribution de comédiens reconnus comme François Berléand et Pascale Arbillot. Nous avions conçu une quinzaine de costumes car les quatre comédiens avaient deux à trois changements de costume chacun ! Après cette expérience sur Quadrille, j’ai rencontré le metteur en scène Benjamin Porée avec qui je continue de collaborer d’ailleurs. J’ai travaillé avec lui sur Andromaque au théâtre de Vanves et l’année suivante sur Platonov toujours à Vanves, présenté également en 2014 aux Ateliers Berthier. C’était là aussi une très grosse production avec dix-sept comédiens qui avaient trois à quatre changements de costumes chacun! J’avais réalisé une cinquantaine de costumes années vingt sans compter la trentaine de figurants, un travail phénoménal et passionnant avec un budget vraiment serré ! J’ai eu des expériences également au cinéma, quelques courts métrages et un long métrage qui malheureusement n’est pas sorti en salles, faute de financement. J’essaye aussi de travailler dans le domaine de la danse mais je reste spécialisée dans les productions théâtrales.

QUADRILLE - 2012 Mise en scène : Bernard Murat Costumes : Carine Sarfati assistée de Marion Moinet

QUADRILLE – 2012
Mise en scène : Bernard Murat
Costumes : Carine Sarfati assistée de Marion Moinet

Au quotidien, quelles sont les grandes étapes de votre travail ?

M.M. : Au tout départ quand j’arrive sur un projet théâtral, je lis et je décortique la pièce, en notant tous les personnages et leurs psychologies. Je fais ensuite un tableau purement « technique » acte par acte, scène par scène, lieu par lieu, situation par situation pour calculer le nombre de costumes à réaliser par comédien et prévoir le timing des changements. Ensuite, je rencontre le metteur en scène pour connaître ses intentions de mise en scène, l’univers et l’époque bien sûr dans lequel il souhaite travailler. Et seulement après, je rencontre les comédiens un par un et j’échange avec eux sur leur manière d’appréhender leur personnage car naturellement les lectures peuvent être très différentes d’une personne à l’autre. L’objectif est de s’accorder sur la psychologie des personnages. C’est un moment d’ailleurs très sympa, où l’on se prend à imaginer la vie de tel ou tel personnage en dehors de la pièce ! (rire). Dans cette phase, qui est l’une des plus intéressantes dans mon travail, je discute souvent avec eux pour savoir ce qu’ils acceptent ou refusent de porter, s’il y a des exigences ou des refus particuliers. Enfin, je passe à la recherche iconographique à partir de supports variés (tableaux, livres historiques, recherches iconographiques de style,..) et je me lance ! Soit je fais les dessins, je vais acheter les tissus et ensuite je pars à l’atelier pour réaliser les costumes, Soit je fais du shopping ! Dans ce cas, je travaille souvent en friperie comme Mamie Blue vers Barbès, spécialisée dans les vêtements années cinquante, soixante et Falbala, une grande friperie aux puces de Saint-Ouen, animé par des personnes passionnées et ultra compétentes, qui est devenue une véritable institution ! 

A partir de quels outils ou supports travaillez-vous ?

M.M. : Je m’appuie beaucoup sur mes cours d’histoire du costume et d’histoire du théâtre, que j’ai suivis pendant mon DMA. Je travaille également à partir d’ouvrages spécialisés dans les métiers d’art, la mode, le costume que je possède ou que je déniche à la bibliothèque Forney à Saint-Paul. Et puis, je surfe bien sûr sur internet où je puise énormément d’informations. A mes débuts, je travaillais chez moi mais c’est vite devenu épuisant et inconfortable. Aujourd’hui, je travaille dans un grand atelier participatif, l’Atelier 360 à Villejuif, qui met à disposition tout le matériel dont chaque costumier a besoin : ciseaux, règles, machine à coudre, table de coupe…On adhère à l’association et on paye à la journée. C’est assez pratique et beaucoup plus efficace et agréable de travailler dans ces conditions que chez soi.

PLATONOV - 2014 Mise en scène : Benjamin Porée Costumes : Marion Moinet

PLATONOV – 2014
Mise en scène : Benjamin Porée
Costumes : Marion Moinet

Racontez-nous une séance d’essayage 

M.M. : Au départ, je montre des maquettes pour montrer mes axes de travail et puis je passe à l’ essayage toile, c’est-à-dire l’ébauche du vêtement avec une toile couleur beige mi-rigide mi souple qui n’est pas le tissu définitif. C’est une étape très utile pour moi car je peux faire, défaire, couper, refaire, ça ne coûte rien. Et ca me permet de m’imaginer si cela va aller ou pas. Mais pour les comédiens en revanche, ce n’est pas très agréable car c’est un tissu qui ne met pas en valeur. J’essaye de les rassurer ! (rire). Au deuxième essayage, on ajuste, on change quelques lignes. On n’est jamais à l’abri de négociations, d’arbitrages avec le metteur en scène. Mais Je fais partie des costumières qui préfèrent que le comédien se sente bien dans son costume, à l’aise sur scène, plutôt que de lui imposer quelque chose qui ne lui plairait pas.

Et  justement quand vos propositions de costume ne plaisent pas ? 

M.M. : C’est déjà arrivé même si je mets tout en œuvre pour que cela n’arrive pas ! (rire). Il peut y avoir des moments de frustration intenses où je vis des décalages entre mes propres goûts et les attentes d’un metteur en scène. Mais au fil des années, j’ai appris à faire la part des choses entre un caprice de comédien et un réel besoin artistique. Il m’est arrivé de proposer des costumes que je trouvais superbes et qui n’étaient pas au goût des metteurs en scène. Il faut composer, négocier, être à l’écoute, dialoguer aussi beaucoup dans ce métier. Et travailler vite et bien car les délais de réalisations des costumes sont souvent très serrés. Je vis souvent des journées à 100% parfois épuisantes mais au bout du compte, je suis toujours satisfaite d’aller au bout.

Quelle est la principale satisfaction de votre métier ?

M.M. : C’est de sentir que je fais partie d’une aventure collective même si je travaille seule une grande partie du temps. Dans la production d’un spectacle, on se retrouve tous, les comédiens et l’équipe backstage pour le montage, les répétitions générales, ce sont des moments forts que j’aime beaucoup. Toutes les premières avec les costumes sur scène me procurent beaucoup d’émotions (rires) ! Et puis j’aime mon rapport aux comédiens. 

TRILOGIE DU REVOIR - 2015 Mise en scène : Benjamin Porée Costumes : Marion Moinet

TRILOGIE DU REVOIR – 2015
Mise en scène : Benjamin Porée
Costumes : Marion Moinet

A propos, quelles relations entretenez-vous avec eux ?

M.M. : Je dirais que j’entretiens une relation assez intime avec eux, car je travaille sur leurs corps et je les vois souvent en sous-vêtements. Habiller quelqu’un c’est forcément rentrer dans une grande proximité ! Et puis, j’entretiens une relation de complicité, de partage car le costume est une étape charnière pour un comédien dans la construction d’un personnage au-delà du texte et des intentions de mise en scène. J’ai en face de moi une personne en construction, assez fragile. Charge à moi de réussir à le mettre à l’aise, en confiance, à essayer de co-construire le personnage ensemble via le costume. C’est pour cela que la phase essayage est un moment formidable ! Ca leur permet vraiment de rentrer dans la peau de leur personnage, d’accentuer ou de diminuer tel ou tel trait de personnalité par exemple. C’est magique d’autant que j’ai toujours été fascinée par le travail des comédiens, cette capacité à s’oublier complètement pour être un autre…

Quels sont les derniers projets sur lesquels vous avez collaboré ?

M.M. : La dernière pièce, c’était Trilogie du revoir à Avignon mis en scène par Benjamin Porée et un spectacle de danse contemporaine de Jeff Mills, un DJ américain, consacré à une rétrospective sur Stanley Kubrick à la Philharmonie de Paris. Il s’agissait de créer des costumes inspirés d’un univers 2001 l’Odyssée de l’espace. Quand je travaille pour des spectacles de danse, j’ai une liberté beaucoup plus grande que pour le théâtre car la dramaturgie est moins stricte à respecter. C’est l’esthétisme et le confort pour les danseurs qui prime avant tout. J’ai travaillé également en 2014 sur Platonov aux ateliers Berthier, après deux saisons au théâtre de Vanves dont je parlais tout à l’heure. Une très belle aventure car on se connaissait bien avec  toute l’équipe de la pièce, on s’est beaucoup serré les coudes pour ce spectacle ambitieux ! 

PLATONOV - 2014 Mise en scène : Benjamin Porée Costumes : Marion Moinet

PLATONOV – 2014
Mise en scène : Benjamin Porée
Costumes : Marion Moinet

Merci Marion. Quelle est votre actualité ? Vos projets ?

M.M. : Actuellement, je poursuis ma collaboration avec Jeff Mills mais je ne peux pas en dire vraiment plus car c’est en cours. Je travaille toujours avec ma compagnie sur la reprise et la tournée de Trilogie du revoir qui débutera en février prochain. Et puis j’ai le projet de partir travailler aux Etats-Unis et de rejoindre un atelier new-yorkais qui fabrique des costumes non stop pour des spectacles très cabaret, très Broadway, très show ! Les costumes sont souvent excentriques, parfois délirants et ne servent que pour quelques représentations. On est loin des méthodes de travail telles que je les connais en France, où l’on accorde beaucoup de temps et de réflexion à la recherche dramaturgique. Là-bas, on crée, on jette, on récupère, on recycle…on travaille nuit et jour ! C’est totalement différent de ce que j’ai connu jusqu’alors mais cela pourrait être très complémentaire !

Propos recueillis par Elisabeth Donetti 

www.marionmoinet.com

OSCAR ET LA DAME ROSE – THÉÂTRE RIVE GAUCHE

vz-78d4b3f6-1667-4d6b-9539-fb4113ca4c15Arc-en-ciel d’émotions où Judith Magre en gris et orange apparaît sur scène aux reflets des spots qui l’éclairent, dans la chambre d’hôpital d’Oscar, un petit garçon atteint d’une leucémie. Entouré de ses amis, Bacon un enfant brûlé, Popcorn qui pèse 98 kg pour 1,10 m, et Einstein doté d’une grosse tête – pour la circonstance tous incarnés en ours en peluche –, Oscar déprime dans ce lieu où ses parents et le docteur Düsseldorf sont trop lâches pour lui annoncer qu’il ne lui reste que quelques jours à vivre. Il les déteste. Mais c’est sans compter Mamie-Rose (Judith Magre), une bénévole qui visite les enfants, anciennement catcheuse qui a croisé Dieu sur son chemin et lui fera rencontrer ; mais aussi Peggy bleue, à l’âme sensible, au cœur fragile et qui deviendra sa bouffée d’oxygène et sa femme. À dix ans ? Oui car à l’aube du Grand Passage, chaque jour écoulé vaut dix ans. Mamie-Rose lui a expliqué. Pour cela, il doit accomplir le rituel d’écrire à Dieu, lui verser ses larmes et lui adresser ses vœux. Et cela se produit ? Oui ! si on ouvre la porte de son esprit et de son cœur.

De la poésie comme s’il en pleuvait… Au-delà de la maladie, c’est un conte philosophique sur la vie que Judith Magre incarne toute seule sur scène à travers le point de vue et la sensibilité d’un enfant. Difficile de rester à distance (quoi que beaucoup aient pu en penser sur le livre écrit par Éric-Emmanuel Schmitt !) et de ne pas être submergée par l’émotion quand le conte prend racine dans une réalité si douloureuse et que Judith Magre rend la pièce si vérace et émouvante : le théâtre, c’est comme la littérature, c’est comme la vie, c’est pleurer aussi.

Signé Carole !

OSCAR ET LA DAME ROSE 

Théâtre Rive Gauche, 6 rue de la Gaîté 75014 Paris

Du 23 septembre au 1er décembre 2015

Du mardi au samedi à 19h

Le dimanche à 15h

JACKPOT – THÉÂTRE LA BOUSSOLE

vz-4333495a-8f18-48f8-b1e7-6122eecad294Humour, suspens et rebondissements inattendus… combinaison gagnante pour Jackpot. À bâtons rompus et à qui mieux-mieux, Laetitia Bisch, Victor Le Lorier et Rémi Viallet, nous entraînent dans cette comédie déjantée pendant 1h20. Une pièce très rythmée où les situations rocambolesques s’enchaînent du début jusqu’à la fin sans laisser deviner l’intrigue. Entouré de ses deux acolytes, Rémi Viallet manie le second degré avec beaucoup d’aisance – qu’on se demande s’il n’est pas ainsi dans la vraie vie – et n’hésite pas à se plier en quatre par terre, les mains enfoncées dans des gants de boxe, tentant comme un fou de répondre à son portable… pour vous faire rire – là on l’imagine bien autrement chez lui.

Pas de millions d’euros à gagner pour les spectateurs mais le public est ravi. Une surprise néanmoins à la fin de chaque représentation pour un spectateur tiré au hasard ! Tentez votre chance…

Détente assurée pour les amateurs de bons vaudevilles : on se délasse. Côté décors : simples, ils sont cependant bien adaptés au jeu des comédiens. Côté costume : de l’excentricité qui habille à ravir Laetitia et campe bien son personnage sur scène. 

À noter que Rémi Viallet est également metteur en scène et coauteur de la pièce avec Clément Naslin.

Signé Carole !

JACKPOT

Théâtre La Boussole, 29 rue de Dunkerque, 75010 Paris

Du 16 septembre 2015 au 17 janvier 2016 – Relâches les 16 octobre, 29 novembre, 11 et 12 décembre.

Du mercredi au samedi à 21h

Dimanche à 18h

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DANSER À LA LUGHNASA – THÉÂTRE de L’ATELIER

v_14406099497804Danser à la Lughnasa, le chef-d’œuvre de Brian Friel, nous plonge dans l’Irlande rurale des années 30. Comté de Donegal, dans un grand cottage en dehors de la ville vivent les cinq sœurs Mundy. Aucune n’est mariée. Kate, la plus âgée, est institutrice et la seule à être bien payée. Agnès et Rose tricotent des gants en laine qui sont vendus en ville. Maggie la fantasque et Christina, mère d’un petit Mickael de sept ans, n’ont aucun revenu. Au coeur de ce bel été 1936, dans la grande cuisine, au son du poste TSF, les rires fusent, les chamailleries vont bon train et l’excitation est à son comble car la fin des moissons annonce le bal de la Lughnasa, la promesse de chaudes étreintes et le départ peut-être d’une nouvelle vie… Pour l’heure, les hommes qui les entourent sont inaccessibles : l’oncle Jack, revenu partiellement amnésique d’une mission en Ouganda et le jeune Gerry, l’amant de Christina et le père du jeune Michael, prêt à s’engager dans les brigades internationales dans la guerre civile qui fait rage en Espagne…

Danser à la Lughnasa questionne la condition sociale féminine de l’entre-deux-guerres à travers cette belle histoire de femmes tantôt douce, tantôt amère, teintée de nostalgie. Le texte est ciselé, la psychologie des personnages fine, le casting solide, animé par une « brochette » de comédiennes talentueuses, quoiqu’inégalement expérimentées. Mes deux coups de cœur personnels iront à Lou de Laâge qui campe une très convaincante Christina écorchée vive en proie au dépit amoureux et Florence Thomassin (trop rare sur scène) qui apporte un joli grain de folie à la fantasque Maggie. Seul regret général, la pièce est longue et la mise en scène manque parfois de fougue. Il m’a manqué ce petit supplément d’âme pour plonger complètement dans cette Irlande rurale et me laisser emporter dans la danse. ..

Carole, pour sa part, a passé un moment de théâtre formidable et serait bien restée une heure de plus à écouter les conversations des sœurs Mundy dans la cuisine familiale, tant cette histoire de femmes l’a emballé et la mise en scène séduite… Débat passionné à la sortie de l’Atelier!

Une dernière ligne dédiée à Brian Friel, l’auteur de la pièce, décédé le 2 octobre dernier. Il avait adressé un petit mot à toute la troupe la veille de la première. Hommage.  

Le point de vue d’Elisabeth 

DANSER À LA LUGHNASA

Théâtre de l’Atelier, 1 place Charles Dullin, 75018 Paris 

Crédit photos : Christophe Vootz

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DANSERA LA LUGHNASA Photo Gerry et Chris (Libre de droits (c)Christophe Vootz) DANSERA LA LUGHNASA Photo Kate et Maggie (Libre de droits (c)Christophe Vootz) DANSERA LA LUGHNASA Photo Rose Agnes et Jack (Libre de droits (c)Christophe Vootz) DANSERA LA LUGHNASA Photo Soeurs et Jack (Libre de droits (c)Christophe Vootz) DANSERA LA LUGHNASA Photo Soeurs Horizontale(Libre de droits (c)Christophe Vootz) DANSERA LA LUGHNASA Photo tous (Libre de droits (c)Christophe Vootz)

1914-1918 – LES TROIS DERNIERS JOURS D’UN FACTEUR POILU – THÉÂTRE du GYMNASE

min.spectacle-988Samedi 9 novembre 1918. Deux soldats sont enterrés vivants au fond d’une tranchée. Roger, facteur de son métier, est blessé à la jambe; Théodore, agriculteur illettré, est aveugle depuis qu’il s’est fait gazer. Ensemble, ils vont tenter de survivre. Ils se racontent leur existence simple mais heureuse : l’un avec Célestine et leurs trois enfants, l’autre avec Clothilde sa fiancée et les siens. Surtout, ils se confient leurs souffrances d’être éloignés d’eux depuis tant d’années comme les réalités absurdes et abjectes de la guerre : les idéologies meurtries, l’exécution des déserteurs, la censure du courrier, la mort de leurs compagnons d’armes, la faim et la misère… Quatre ans d’une vie sans humanité, est-ce vraiment vivre ?

Un huis-clos étouffant et cruel né sous la plume sobre, émouvante et d’un rare talent de Gérard Pirodeau. Il parle avec sensibilité aussi bien du cœur et des corps des hommes blessés par les guerres. Qui mieux que lui-même pouvait en faire la mise en scène ? Là encore, il fait preuve d’un savoir-faire certain, quasi parfait. Quant à l’interprétation d’Alexis Smolen et de Kevyn Diana, elle est excellente. Le public est pris aux tripes comme à la gorge pendant toute la représentation, il est avec eux dans la boue et le froid de la tranchée. Un moment de théâtre d’une qualité trop rare pour le manquer. Il ne faut pas aller, IL FAUT COURIR au Théâtre du Gymnase voir 1914-1918 – Les trois derniers jours d’un facteur poilu.

Le regard d’Isabelle

LES TROIS DERNIERS JOURS D’UN FACTEUR POILU

Théâtre du Gymnase – Marie Bell, 38 boulevard Bonne Nouvelle, 75010 Paris

Le dimanche à 18h30 et le lundi à 20h.

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CYRANO DE BERGERAC – THÉÂTRE LE RANELAGH

cyrano_web_avec_presseFinalement, cette chronique pourrait tenir en une phrase : « Ne manquez cette pièce sous aucun prétexte, allez l’applaudir » tant les beaux spectacles n’ont pas besoin de longs discours ! J’ai été éblouie par le Cyrano de Bergerac, actuellement à l’affiche du théâtre Le Ranelagh. Le risque était grand de se « frotter » à ce monument du répertoire mais ce Cyrano est une réussite indéniable, servi par une mise en scène diablement séduisante signée Jean-Philippe Daguerre et l’immense talent des comédiens de la compagnie Le grenier de Babouchka.

France, 1640. Cyrano de Bergerac est un mousquetaire intrépide, appartenant aux cadets de Gascogne. Secrètement amoureux de sa belle cousine Roxane, il n’ose lui déclarer sa flamme, lui si laid avec son grand nez. Par amour, il protégera son rival, le jeune et beau Christian, et l’aidera même à la séduire.

Pendant deux heures, le plaisir est total grâce à une mise en scène, ultra réjouissante et énergique, alternant chants, musiques, combats de cape et d’épée. Et jolie trouvaille de Jean-Philippe Daguerre : le violoniste virtuose Petr Ruzicka, ponctue la pièce de magnifiques intermèdes musicaux (partitions écrites par Edmond Rostand lui-même) nous replongeant à chaque note dans un XVIIème siècle nostalgique et rocailleux. Sur un plateau quasiment dépouillé, les dix comédiens, engagés à 100%, généreux et parfaitement « synchro » offrent une prestation de haut vol. Et que dire de l’interprétation magistrale de Stéphane Dauch dans le rôle titre de Cyrano, apportant tout ce qu’il faut de panache, de truculence, de fougue, de sensibilité et de tendresse au personnage mythique d’Edmond Rostand, sans l’ombre d’une hésitation sur aucun de ses 1 600 vers. Indéniablement du grand art et un moment de théâtre épatant ! Le coup de cœur de l’automne, allez-y les yeux fermés.  

Le point de vue d’Elisabeth 

CYRANO DE BERGERAC

Théâtre le Ranelagh, 5 rue des Vignes, 75016 Paris

Du mercredi au samedi à 20h45, samedi à 16h30, dimanche à 17h

Relâches les 1er octobre, 1er novembre et 11 novembre à 20h45

Supplémentaires à 16h30 les 5, 12, 19, 21, 22, 23, 26, 28, 29, 30 décembre et 2 janvier

 

LES VŒUX DU CŒUR – THÉÂTRE LA BRUYÈRE

vz-3bd0561f-16b8-486d-878f-486919b498dbBrian et Tom s’aiment. Très croyants, ils désirent que le Père Raymond les unissent par les liens sacrés du mariage pour vivre pleinement leur amour au sein de l’église dans laquelle ils se reconnaissent et s’épanouissent depuis de longues années. Mais ils se heurtent à son refus : comment pourrait-il les unir alors que l’Eglise catholique dénie l’homosexualité ? Lorsqu’Irène, la sœur de Brian, cherche à le convaincre, le prêtre se trouve à son tour confronté à un choix qui bouleversera ses propres convictions. Quatre vies, quatre dilemmes : amour, conscience, sexualité, foi. En sortiront-ils tous indemnes ?

Bill C. Davis, l’auteur de la célèbre pièce L’Affrontement, revient sur son thème de prédilection : l’adaptation de l’Église catholique à la vie moderne. Au-delà des questions récurrentes – le mariage et de la parentalité des homosexuels, l’enfantement hors mariage, le célibat des prêtres – une question sous-jacente porte l’argument du spectacle : peut-on revenir sur nos engagements au fil des circonstances de la vie et de l’inconstance de nos sentiments sans pour autant renier notre foi religieuse ?

Le texte de Bill C. Davis est riche en points de réflexion comme en pointes d’humour sans doute pour mieux présenter quelques thèses théologiques parfois difficiles à saisir. La traduction des dialogues par Dominique Hollier permet des réparties aussi incisives que légères. La mise en scène d’Anne Bourgeois est vive, assistée en cela par une scénographie tonique et astucieuse de Sophie Jacob (décors) et de Jean-Luc Chanonat (lumières). Quant aux comédiens – Julie Debazac, Julien Alluguette, Bruno Madinier, Davy Sardou – ils sont tous excellents, leur jeu subtil et convaincant, même si on regrette la pudeur dans l’expression des sentiments et dans les élans des corps de Julie Debazac et Bruno Madinier même s’ils sont écartelés entre les contradictions de leurs sentiments et de leurs engagements.

Même si la trame de la pièce est un peu cousue de fil blanc et le texte piqué de quelques longueurs, c’est un excellent moment de théâtre à ne pas manquer.

Le regard d’Isabelle

LES VŒUX DU CŒUR

Théâtre La Bruyère, 5, rue La Bruyère, 75009 Paris

Du mardi au samedi à 21h

Matinée le samedi à 15h30 

Crédit photos Lot 

 LES VOEUX DE COEUR Photo Raymond Irene (Libre de droits (c)Photo Lot)LES VOEUX DE COEUR Photo Brian (Libre de droits (c)Photo Lot) LES VOEUX DE COEUR Photo Tom Brian (Libre de droits (c)Photo Lot) LES VOEUX DE COEUR Photo Raymond Brian Tom (Libre de droits (c)Photo Lot)LES VOEUX DE COEUR Photo Tom Irene (Libre de droits (c)Photo Lot)

UN TANGO EN BORD DE MER – THÉÂTRE du PETIT MONTPARNASSE

radiotrenet20x30La houle ralentit, les vagues déferlent sur le rivage et semblent terminer leur course, quand au bar d’un hôtel, Stéphane (Jean-Pierre Bouvier) et Vincent (Frédéric Nyssen), anciens amants, se retrouvent après des années de séparation. Le personnel de l’hôtel a deserté, il est très tard. L’eau à la bouche… Vincent, jeune, beau, le corps ondulant, insolent, se glisse derrière le comptoir et n’hésite pas à les servir :

-Un Martini blanc ?

Silence. Vincent, un écrivain à la quarantaine bien passée, élégant dans son costume qui cache un corps un peu bedonnant, le scrute.

Tu te rappelles de cela ?

Oui, et de deux ou trois autres trucs.

Premiers regards croisés… déjà ivres d’exaltation. Subtilité des corps et des âmes qui se tiennent à distance par pudeur, par peur, par orgueil.

À quoi buvons-nous ?

Stéphane, enfoncé dans un fauteuil de cuir, à l’autre bout de la pièce, prend la mesure et tente de se rassurer sur l’effet qu’il produit sur Vincent.

Caché derrière le bar qu’il ne décide pas à quitter, Vincent ouvre la danse 

À nos amours, pourquoi pas ? 

Le tempo est donné. À la mesure de la passion, ils examineront leur passé, reviendront sur leur rupture, s’essouffleront dans leurs mensonges, balanceront entre provocations, révélations et aveux pour, dans un mouvement, tanguer vers l’amour. Un pas en avant, deux pas en arrière… y parviendront-ils ?

Solidement interprétés par deux comédiens très « justes », ce texte intense et sensible sur la passion, de Philippe Besson, résonne plus vrai que nature. Côté scénographie, de jolies trouvailles avec notamment un astucieux jeu de lumières mettant en relief les monologues intérieurs et donnant une belle intensité à la pièce. 

Signé Carole !

 

UN TANGO EN BORD DE MER

31 rue de la Gaîté, 75014 Paris

Du mardi au samedi à 19h

Dimanche à 15h30

Crédit photos : Véronique Vercheval 

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