TRACES – BOBINO

vz-85429a12-6f53-4e2a-9c39-9e638283876a (1) Mais c’est quoi ce cirque ?

C’est TRACES, l’un des spectacles cultes du collectif québecois Les 7 doigts de la main. Créé à Montréal en 2006, le show a depuis fait le tour du monde (25 pays, 200 villes) et été applaudi par près d’un million de spectateurs ! A l’occasion de son dixième anniversaire, la troupe a posé ses valises à Paris pour 60 représentations. Ici, point de chapiteau, costumes paillettes, Monsieur Loyal ou de piste aux étoiles. Objectif ? Casser les codes du cirque traditionnel à travers un show ultra moderne sur lequel souffle un vent de fraîcheur et une décontraction toute nord-américaine...

Pour décor, un simple abri de fortune fait de bâches plastiques et de rubans adhésifs, un  vieux piano, un fauteuil déglingué,… Et sur scène, 7 artistes venus des 4 coins de la planète au look « garage », à la cool attitude et qu’on sent unis ….comme les doigts de la main. Face à l’imminence de la destruction d’un monde imaginaire, nos artistes-musiciens-acrobates-voltigeurs veulent laisser leur « trace » et utilisent, chacun à leur manière, la création comme moyen de survie. Après avoir pris le temps de décliner leur identité au micro volant (jolie trouvaille !), ils nous embarquent dans un spectacle de 90 minutes bourré d’énergie, de tonicité, d’audace et totalement décomplexé. Fidèle à la signature artistique de la compagnie, TRACES alterne séquences d’acrobatie de haute voltige (trapèze, mât chinois, main à main, anneaux, sangle aérienne…), à des tableaux plus ludiques (skateboard, basket, diabolo,…) en passant par des intermèdes musicaux et poétiques (chant, piano, dessin …). A la course aux superlatifs, mention spéciale à la spectaculaire scène finale et au « frenchy » de la bande, Lucas Boutin, impressionnant de facilité dans un numéro de mât chinois sur quelques notes de Radiohead qui laisse ..sans voix !

Au delà de la qualité d’exécution des numéros, TRACES séduit par sa fraîcheur! Aussi complices entre eux qu’avec le public, nos sept artistes offrent une belle bouffée d’oxygène aux arts du cirque. Même si on pourra regretter l’absence d’un véritable fil narratif et quelques effets de mise en scène un peu gratuits, un spectacle brillant, original et très attachant. A découvrir sur la scène de Bobino jusqu’au 23 avril.

Le point de vue d’Elisabeth

TRACES

BOBINO, 14-20 rue de la Gaîté, 750174 Paris

Du mercredi au samedi  21h00 et le samedi à 16h30

Jusqu’au 23 avril 2016

Crédit photo : Alexandre Galliez

 

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ENCORE UNE HISTOIRE D’AMOUR – STUDIO DES CHAMPS-ELYSÉES

ENCORE UNE HISTOIRE-100X150_JANV_3L’affiche vous fait la promesse de plonger dans un univers à la « Cocteau » d’entre-deux-guerres mais « Encore une histoire d’amour » est une pièce qui se regarde comme une comédie romantique des années 90 version grand écran. Alors plantons le scenario : ELLE, une jeune et belle comédienne new-yorkaise, en partie paralysée, rêvant de jouer une pièce écrite par LUI, un auteur dramatique anglais, névrosé, boulimique, agoraphobe et reclus dans son petit appartement londonien depuis des années. Alors elle décroche son combiné et c’est le début d’une relation téléphonique (pas d’email ni de Skype, la pièce a été écrite au début des années 90) qui d’abord professionnelle évolue progressivement vers quelque chose de plus intime. De confidences en dévoilement, ils vont apprendre peu à peu  à s’apprivoiser, découvrir leurs histoires respectives, écouter leurs blessures, se faire confiance  jusqu’à l’envie irrépressible de traverser l’Atlantique pour se rencontrer « en vrai ». Happy end ? Chuuuuttttt ! En tout cas, la pièce questionne élégamment les relations comédien/auteur dramatique, l’ultra moderne solitude, l’appréhension de la rencontre, la méconnaissance et la peur de l’autre.

Un très joli moment de théâtre solidement défendu par un duo de comédiens qui fait merveille et qu’on sent incroyablement complice sur scène comme à la ville: Elodie Navarre et Thierry Godard qui défendent leurs personnages avec beaucoup de conviction, de good vibrations et ..de talent ! La mise en scène, signée Ladislas Chollat, plutôt habile, repose sur des astucieux décors coulissants pour nous transporter de Londres à Manhattan, des projections sur grand écran et des dialogues ultra rythmés qui donnent le tempo, même si la première partie m’a semblé quelque peu bavarde. La pièce prend vraiment son envol en deuxième partie et offre de très beaux moments d’émotions, servis, last but not least, par une bande son ultra « funky ». Quelque chose qui sonne comme ça par exemple: http://bit.ly/1FMq2vE ! Let’s dance…

Le point de vue d’Elisabeth

ENCORE UNE HISTOIRE D’AMOUR

Studio des Champs-Elysées, 15 avenue Montaigne, 75008 Paris

Du mardi au samedi à 20h30

Le samedi à 16h

Crédit photos : Lisa Lesourd

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UN CAFÉ AVEC Arnaud Dupont, comédien

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« Ce qui me passionne, c’est la création »  

C’est dans le très chaleureux cadre de La Recyclerie, porte de Clignancourt, que j’ai le plaisir de rencontrer le comédien Arnaud Dupont. Homme de théâtre et de cinéma aux multiples casquettes (écriture, mise en scène,…), Arnaud a déjà à son actif un très joli parcours sur les planches, égrené de beaux succès du Cas de la Famille Coleman (prix du Théâtre 13) au désormais « classique » Cercle des Illusionnistes. Il s’apprête aujourd’hui à défendre une nouvelle pièce « La Reine de Beauté de Leenane » programmée au 16 au 21 février au petit théâtre Odyssée à Levallois-Perret. Vocation, parcours, projets, amour du métier, un très bel échange avec un passionné de création. Rencontre.   

Coup de théâtre : Bonjour Arnaud, où peut-on vous applaudir en ce moment ?

Arnaud Dupont : Actuellement dans « Le Cercle des Illusionnistes » qui part en tournée après 450 représentations parisiennes. Et bientôt dans la pièce « La Reine de Beauté de Leenane » qu’on présente pour la première fois au public du 16 au 21 février à Levallois-Perret et qui partira à Avignon cet été. Je partage le plateau avec Catherine Salviat, Grégori Baquet, Molière de la révélation masculine 2014 et Sophie Parel qui est également la metteur en scène. C’est une pièce que j’aime beaucoup, très bien écrite, une comédie noire irlandaise qui plonge le spectateur au cœur d’une misère sociale, affective si sombre qu’elle peut, au-delà de l’émotion, faire sourire. On est impatient de voir comment le public va l’accueillir. Dans tous les cas, à titre personnel, travailler avec une telle distribution est une expérience en soi formidable. Je pense notamment à la « grande » Catherine Salviat, sociétaire honoraire de la Comédie Française. Voir avec quelle fraîcheur et quelle humilité, une comédienne « de ce calibre », après 30 ans au Français, s’investit dans ce projet est une vraie leçon. C’est tellement agréable de voir comment on peut mûrir avec simplicité dans ce métier. En marge de mes actualités théâtre, je suis également un grand fan de cinéma. Je joue notamment dans un court-métrage « Si la photo est bonne » du réalisateur Luc Battiston (avec qui j’ai coécrit le scénario) auquel je tiens énormément et qui bénéficie actuellement d’une belle diffusion à la Cinémathèque Française.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir comédien ?

A.D. : En réalité, c’est une deuxième carrière ! J’ai commencé par être professeur des écoles pendant une dizaine d’années dans le 18ème. A l’époque, le théâtre, que je pratiquais en amateur, était déjà une passion mais cela me paraissait illusoire et presque un peu inaccessible. Et puis, je me suis professionnalisé peu à peu par des stages, des rencontres. Ma première « vraie » expérience a été un monologue de Blaise Cendrars « La Prose du Transsibérien » que j’ai joué lors d’une petite tournée dans de véritables ateliers d’artistes parisiens. Les jauges étaient petites, 15-20 personnes, mais l’expérience m’a plu et m’a surtout donné envie de me former de façon plus académique pour gagner en légitimité. J’ai intégré l’école de Raymond Acquaviva –  Les Ateliers du Sudden – que j’ai suivi pendant trois ans. Et puis peu à peu, le théâtre a pris le part sur l’enseignement. Je suis complètement professionnel depuis cinq ans. 

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Le Cercle des Illusionnistes (Mise en scène Alexis Michalik)

Quelles ont été les grandes étapes de votre parcours ?

A.D. : Le vrai déclencheur a été cette pièce de Blaise Cendrars. Ensuite, j’ai intégré des collectifs avec des élèves rencontrés aux Ateliers du Sudden, on a monté pas mal de spectacles avec très peu de moyens. C’est ma période saltimbanque je dirais ! (rire). Mais une période importante pendant laquelle j’ai cherché à me faire remarquer notamment dans la « jungle » d’Avignon où l’on présentait nos spectacles. C’est à cette époque également que j’ai commencé la mise en scène avec des spectacles jeune public. Et puis j’ai poursuivi avec la très belle aventure « Le Cas de la Famille Coleman » dont la mise en scène était signée par Johanna Boyé et qui a remporté le prix du théâtre 13. Je jouais ce personnage incroyable, Marito, ce type un peu fêlé, déroutant, qui fait rire autant qu’il interpelle. Et puis j’ai rejoint la distribution de la pièce d’Alexis Michalik « Le Cercle des Illusionnistes ».

Un mot justement sur le « Cercle des Illusionnistes ». Comment êtes-vous arrivé sur ce projet ?

A.D. : Par mon réseau ! Alexis Michalik m’avait vu plusieurs fois sur scène et m’avait sollicité pour rejoindre la distribution du « Porteur d’Histoire ». Je n’étais pas disponible à l’époque mais Alexis est quelqu’un de fidèle et il a pensé à moi pour sa pièce suivante « Le Cercle des Illusionnistes », qui, pour le coup, était vraiment attendue au tournant ! Une expérience bien sûr incroyable avec ce succès énorme, et chose rare, unanime: la presse, la profession, le public. Quand les trois sont réunis, c’est magique. Je soir de la Première reste un souvenir très fort pour toute la troupe. On a tous senti sur le plateau que « la sauce prenait » au fur et à mesure de la représentation et on vraiment vibré à la fin du spectacle, après le noir, quand on a entendu le crépitement des applaudissements ! Quelle émotion ! Et puis c’est un gros plaisir de partager une aventure collégiale, pendant laquelle on oublie son ego pour se mettre au service d’un collectif. On a l’impression de ne faire qu’un. C’est quelque chose de précieux et c’est d’ailleurs le plus beau compliment qu’on nous ait fait : l’homogénéité de l’interprétation. Et il faut rendre hommage à Alexis qui n’a pas volé son succès, c’est un très gros bosseur qui n’arrête pas de travailler, de jouer, d’écrire. Il est impressionnant.

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Le Cercle des Illusionnistes

 

Qu’est ce qui vous passionne dans ce métier ? Vous déplaît ?

A.D. : Ce qui me passionne, c’est la création d’un personnage, c’est-à-dire réussir à comprendre le sens d’un projet, à en décrypter les codes et à le servir tout en restant soi-même. Il y a plusieurs approches d’ailleurs dans ce process de création qui tient généralement à la personnalité du metteur en scène. Certains partent de la nature du comédien et s’inspirent de ce qu’ils voient au plateau pour composer le personnage. D’autres, comme Alexis Michalik par exemple, vont choisir quelqu’un qui colle à ce qu’ils ont en tête pour le rôle. Ensuite, charge au comédien de voir quelle est sa marge de manœuvre pour glisser à l’intérieur de ce costume déjà « taillé ». Dans tous les cas, j’écoute, je cherche à comprendre ce que veut l’autre et je m’adapte. Une fois en plateau devant un public, l’objectif est plutôt d’oublier l’aspect purement technique des choses pour gagner en disponibilité et incarner des vrais moments de vérité. Ce qui me passionne également, c’est passer d’un univers à un autre, d’une aventure artistique à une autre sans savoir de quoi demain sera fait. C’est excitant mais ça peut être anxiogène également. Personnellement, je contrebalance cette angoisse en créant en permanence à la fois dans l’écriture, la mise en scène même si, depuis trois ans, mon activité de comédien a pris un peu le pas sur tout ça. 

Allez-vous souvent au théâtre ? Quel spectateur êtes-vous ?

A.D. : Oui, j’y vais souvent et je vois beaucoup de choses différentes car  je suis curieux. Je ne suis pas forcément bon public (rire) mais quand un univers me « parle », mon sens critique s’estompe très vite, je me laisse porter. J’aime beaucoup les spectacles de Romeo Castellucci par exemple. C’est un plasticien qui met l’esthétique au service de l’histoire. Dernièrement j’ai beaucoup aimé Andorra au Théâtre 13, mis en scène par Fabian Chappuis, avec une jeune comédienne très talentueuse Elisabeth Ventura, qui parle du rejet de la différence religieuse, un thème qui résonne aujourd’hui de manière très forte.

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Le Cas de la Famille Coleman (Mise en scène Johanna Boyé)

Avez-vous un rêve de théâtre ?

A.D. : Oui, j’ai même l’impression d’en avoir plusieurs ! A titre individuel, j’ai des rêves de collaboration avec des metteurs en scène, comme Guillaume Vincent qui a mis en scène un très beau spectacle qui s’appelle « Rendez-vous gare de l’Est », ou avec des comédiens que j’admire. Et puis des rêves plus collectifs, l’envie de contribuer à l’accomplissement de projets ou des personnes avec qui j’ai collaboré, l’envie de les accompagner là où ils/elles ont envie d’aller. En marge du théâtre, j’ai des rêves de cinéma, de mise en scène, même si les portes hélas sont beaucoup cloisonnées entre théâtre et cinéma, entre théâtre privé et théâtre public, avec parfois, et c’est regrettable, un certain mépris des uns envers les autres. C’est aussi le bémol de ce métier.

Merci Arnaud. Et si vous aviez un conseil à donner à quelqu’un qui a envie de devenir comédien ?

A.D. : Un conseil ? Difficile à dire…Je conseillerais simplement de ne pas céder trop vite à la facilité, par besoin de travail. Réussir à rester fidèle à la raison fondamentale pour laquelle on veut faire ce métier et ne pas l’oublier trop tôt.

Propos recueillis par Elisabeth Donetti 

Pour aller plus loin : http://www.arnaud-dupont.fr/

 

LE CERCLE DES ILLUSIONNISTES EN TOURNÉE

Février: le 27 à Vernon

Mars: Du 2 au 5 à Amiens, le 9 à Joué les Tours, le 12 à Herblay, le 15 à Sion.

Avril: Le 7 à Cahors, le 19 à Ajaccio, le 21 à Bastia, le 29 à Cholet

Mai: Le 13 à Thuir

LA REINE DE BEAUTÉ DE LEENANE

Du 16 au 21 février à 20h30 (16h le dimanche) au petit Théâtre Odyssée (Levallois-Perret)

BIO – COMÉDIE DES BOULEVARDS

vz-dfbaa5d6-9d69-4ea6-b897-2e4cf25cfa75Coup de projecteur sur « BIO », un sympathique (et brillant !) spectacle d’impro applaudi par plus de 5 500 spectateurs la saison passée dans la petite mais chaleureuse Comédie des Boulevards. A la manœuvre, les comédiens de la compagnie EUX, fort bien rodés à l’exercice, disons-le tout net ! Le concept ? Raconter la vie d’un héros anonyme (la BIO !) en piochant trois éléments donnés par le public, soit un prénom, un métier, un lieu (résultats vendredi dernier : « Emmanuelle », « majordome », « école maternelle »). Rien n’est préparé, rien n’est discuté, tout est absolument improvisé ! Le temps d’un jingle musical et nos trois comédiens se lancent dans une histoire d’une heure riche en flash-back, rebondissements et personnages hauts en couleur. Un grand coup de chapeau aux comédiens qui font merveille dans cet exercice périlleux et parviennent à tisser le fil d’une histoire …complètement improbable. Une belle performance et un très bon moment de théâtre à s’offrir. Pour les amateurs du genre, je conseille !

Le point de vue d’Elisabeth  

BIO 

La Comédie des Boulevards, 39 rue du Sentier, 75002 Paris

Du jeudi au samedi à 21h30

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La compagnie d’improvisation EUX © J-M Guillaume

 

 

ROBERTO ZUCCO – THÉÂTRE GÉRARD PHILIPE (SAINT-DENIS)

roberto-zuccoD’abord un lieu: le théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis et son plateau immense, profond, comme un formidable terrain de jeu qui autorise toutes les libertés, toutes les audaces. S’y joue actuellement « Roberto Zucco », Zucco avec un Z mais l’erreur d’orthographe ne trompera personne. La pièce, écrite par Bernard-Marie Koltès en 1988, s’inspire du serial killer italien, Roberto Succo, né près de Venise en 1962, qui tua son père et sa mère à l’âge de 19 ans et commis cinq assassinats lors d’une cavale tragique en France et en Suisse avant de se suicider en 1988 dans sa cellule de prison à l’âge de 26 ans. B-M. Koltès, fasciné par ce tueur monstrueux à la gueule d’ange qu’il qualifiait de « tueur exemplaire » (la pièce fit scandale à sa parution) choisit, par l’écriture, de prendre ses distances par rapport au fait divers pour proposer une thématique beaucoup plus allégorique et littéraire d’un homme qui déraille et que rien ne pourra jamais remettre sur les rails, comme le symptôme d’une société malade.

La pièce, créée à la comédie de Valence et mise en scène par Richard Brunel, se concentre autant sur le personnage de Zucco que sur ses rapports aux autres : sa mère, « la Gamine » qui l’aime mais le dénoncera, « la femme élégante » dont il tuera le fils. Richard Brunel propose une mise en scène chorale (14 comédiens sur scène) dense, haletante, parfois spectaculaire et ponctuée d’épisodes esthétiques, très visuels : la scène d’amour de Zucco et « la Gamine » se relevant nus de dessous la table familiale, le duo avec la « femme élégante », la mort de son fils symbolisée par une pluie de sacs en plastique, les scènes de combat. La langue de Koltès est poétique, dramatique, une langue de théâtre avec un grand T, que certains comédiens interprètent à merveille, on citera en particulier Noémie Develay-Ressiguier dans le rôle de « la Gamine », Luce Mouchel dans celui de « la femme élégante » et Pio Marmai qui compose un Zucco extrêmement convaincant dans la composition d’un personnage complexe, prisonnier de sa folie. Une pièce engagée, forte, avec de véritables partis-pris artistiques qui fait l’évènement de ce début d’année.

Le point de vue d’Elisabeth

ROBERTO ZUCCO

Théâtre Gérard Philipe, 59, boulevard Jules-Guesde, 93 207 Saint-Denis Cedex

Jusqu’au 20 février 2016

Du lundi au samedi à 20h – dimanche à 15h30 – Relâche le mardi

Crédit photos : Jean-Louis Fernandez

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LES MISÉRABLES – VINGTIÈME THÉÂTRE

imageJ’avais eu l’occasion (et le plaisir !) de découvrir le travail de la compagnie Chouchenko en décembre dernier aux Béliers Parisiens. Cette jeune compagnie, née en 2009 sous la houlette de la comédienne et metteur en scène Manon Montel, se passionne pour les grands classiques, dont elle propose des adaptations très élégantes. Sa signature: aller au-delà du « simple » théâtre pour offrir des spectacles où se mêlent toutes les expressions artistiques : dramaturgie bien sûr mais également musique, chant, combat, danse… Au programme de cette saison 2015/2016 : Roméo et Juliette, Le Cid, Dom Juan…et Les Misérables, actuellement à l’affiche du Vingtième Théâtre (théâtre menacé par ailleurs, pour signer la pétition, c’est ici). Les 1800 pages des Misérables résumées en 1h30, pari tenu ! Ce spectacle de belle facture offre, malgré de modestes moyens, une belle succession des plus célèbres « épisodes » de l’oeuvre mythique : de la déchéance misérable de Fantine au procès de Jean Valjean, de la levée des barricades à l’amour inébranlable de Cosette et de Marius, le tout astucieusement contée en fil rouge par Madame Thénardier, complice du public. L’interprétation, de qualité homogène, est solide et attachante. Mention spéciale à Stéphane Dauch, déjà formidable dans le rôle titre de Cyrano de Bergerac au théâtre du Ranelagh – toujours à l’affiche-, qui campe un impeccable Jean Valjean. Une jolie adaptation, simple et fraîche, qui s’adresse à tous les publics.

Le point de vue d’Elisabeth 

LES MISÉRABLES

Vingtième théâtre, 7 rue des Plâtrières, 75020 Paris

Jusqu’au 6 mars 2016

Samedi à 19h30 – Dimanche à 15h00
Jeudi 14, 28 janvier, 4 février à 14h30

Crédit photo : Pierre Colletti

LE BOURGEOIS GENTILHOMME -THÉÂTRE MICHEL

bourgeois-affiche2-theatremichel-197x300Quand Jean-Philippe Daguerre rencontre Le Grenier de Babouchka que se racontent-ils ? Des comédies de Molière pour notre plus grand plaisir.  Après Le Malade imaginaire, L’Avare, Les Fourberies de Scapin, le Théâtre Michel accueille, du 24 janvier au 1er mai 2016, la joyeuse troupe avec Le Bourgeois Gentilhomme.

Monsieur Jourdain a entrepris de devenir Gentilhomme : toute une « comédie » !

Une adaptation très artistique et libre de Jean-Philippe Daguerre qui sait concomitamment nous rappeler l’univers de Molière et celui du XVIIe siècle : des costumes somptueux, des comédiens qui s’emparent du texte et répondent en prose et sur le bon ton à Monsieur Jourdain, une scénographie en musique et orchestrée au rythme des vers, des scènes d’épée, des danses, et des turqueries. De l’exotisme, du classicisme, mais aussi des clins d’œil à la modernité : le tailleur ressemble à s’y méprendre à Karl Lagerfeld…  Des effets originaux qui viennent renforcer le jeu des comédiens qui servent –des premiers aux seconds rôles –, avec un grand professionnalisme, le répertoire de Molière. Encore ! D’autres spectacles sont en préparation. On se tient au courant.

Signé Carole !

LE BOURGEOIS GENTILHOMME

Théâtre Michel, 38 rue des Mathurin, 75008 Paris

Jusqu’au 1er mai 2016

LIBRES SONT LES PAPILLONS – THÉÂTRE RIVE GAUCHE

vz-157347b2-bbf9-475f-8be2-de3a37d9da6bQuentin est un jeune homme heureux. Il a emménagé dans une studette à Barbès, il découvre l’indépendance, s’adonne à sa passion, la musique. La sonnerie du téléphone s’invite jusque dans les murs avant que Quentin se décide à répondre. De son appartement de Neuilly, Florence, sa mère, veille sur lui et vient s’enquérir de ses nouvelles. Trop au goût de Quentin qui la dissuade de lui rendre visite. Voilà qui est aussi de l’avis de Julia, sa jolie jeune voisine, qui spontanément et sans l’avoir déjà vu n’hésite pas à lui donner raison à travers la cloison. Ni une, ni deux, Julia débarque chez Quentin dans une robe aussi légère que son tempérament : elle a besoin de quelqu’un pour remonter sa fermeture Éclair. La conversation s’engage bon train. Julia découvre le sex-appeal de Quentin mais aussi… sa cécité. Florence, encore frustrée de sa conversation expédiée avec son fils, inquiète de sa nouvelle vie, arrive chez lui. Stupeur.

De l’humour finement égrené (la salle rit du début jusqu’à la fin) qui donne, au fil des scènes, relief à la psychologie des personnages et aborde des sujets sérieux : vivre avec un handicap, savoir couper le cordon ombilical, oser aimer, savoir renaître.

Libres sont les chenilles et elles deviendront papillons.

À savoir, cette pièce de Leonard Gershe a reçu en 1973 le Writers Guild of America Award ; Éric-Emmanuel a choisi de l’adapter – il la transpose aussi au Paris d’aujourd’hui – et de confier la mise en scène à Jean-Luc Moreau. Très jolie distribution : avec Nathalie Roussel (la mère), Anouchka Delon (Julia), Julien Dereims (Quentin), et Guillaume Beyeler (l’autre).

Signé Carole !

LIBRES SONT LES PAPILLONS

Théâtre Rive Gauche, 6 rue de la Gaité, 75014 Paris 

Du mardi au samedi à 21h
Matinée le dimanche à 15h
Relâche exceptionnelle le 28 janvier 2016

Crédit photos : Fabienne Rappeneau 

UN CAFÉ AVEC Flavie Fontaine, fondatrice et directrice de la Compagnie Guild

V60A0244C’est le premier « Café avec » de l’année 2016 ! Et j’ai le plaisir de le partager avec Flavie Fontaine, la dynamique directrice de la Compagnie Guild, qui propose entre autres activités des cours de théâtre pour adultes. Tout juste rentrée d’un voyage au Vietnam et les valises à peine posées, Flavie s’est prêtée au jeu des questions-réponses sur la vocation, la pédagogie et les valeurs de l’école avec beaucoup de disponibilité et d’enthousiasme. Une très belle rencontre au cœur de l’est parisien pour débuter l’an neuf! 

Coup de théâtre : Bonjour Flavie, vous avez fondé et vous dirigez la Compagnie Guild. Pourriez-vous nous la présenter ?

Flavie Fontaine : Nous proposons au sein de la Compagnie Guild quatre activités : des cours hebdomadaires de théâtre pour amateurs, des stages de théâtre à Paris et à Nantes, des formations en entreprise et du coaching individuel. Concernant les cours de théâtre, nous avons sept classes avec plusieurs « niveaux », même si je n’aime pas ce terme, d’élèves totalement débutants à des personnes qui ont déjà une bonne expérience de théâtre. Du côté de l’équipe pédagogique, on est quatre en tout. J’anime trois classes tout en dirigeant l’école. Les quatre autres classes sont animées par trois enseignants-comédiens à qui j’ai fait appel : Alexis Bloch qui vient de nous rejoindre et qui est spécialisé en improvisation, Caroline Marchetti et Sébastien Libessart.

11224527_948332765258173_8936524513037390116_nUn cours à la Compagnie Guild, ça se passe comment ?

F.F. : Au cours du premier trimestre, de septembre à décembre, on organise un cours d’essai et pendant une heure, on se retrouve tous ensemble sur le plateau pour des exercices dynamiques, ludiques qui permettent de travailler tous les outils dont un comédien a besoin : exercice sur le corps, la respiration, le regard, les intentions, les ressentis, l’écoute. Il faut rendre les personnes disponibles à jouer après une journée de travail ! L’objectif est de faire primer une réactivité instinctive et de sortir de la rationalité, de la réflexion. L’idée également, c’est que tout le monde apprenne à se connaître, à se découvrir autrement que par des questions sur son métier, le milieu social d’où l’on vient, son salaire… Après cette heure en commun, on passe progressivement à des groupes plus petits : moitié de classe, puis groupes de 2-3 en pratiquant des exercices d’improvisation qui ont d’ailleurs beaucoup de contraintes. Les contraintes, c’est positif au théâtre. Plus il y en a, plus le comédien va savoir dans quelle direction aller. À la fin du cours, on termine par un debriefing. Sur les deux trimestres suivants, de janvier à juin, on travaille le spectacle de fin d’année. On commence toujours par des échauffements, et puis on répète des scènes, on fait des improvisations, des lectures. Personnellement, je ne prépare jamais la répétition d’une scène. Les choses me viennent spontanément en voyant les élèves évoluer sur le plateau. Lorsqu’il ne s’agit pas d’une pièce d’un auteur mais d’une création, généralement, je choisis le thème à travailler et j’invite les élèves à sélectionner des textes s’y rapportant, même s’ils ne sont pas corrélés au sujet, charge à moi de faire le lien, de trouver le fil rouge.

Quel est le profil des élèves ?

F.F. : Des profils extrêmement diversifiés, de 18 à 78 ans ! Il y a des chefs d’entreprise, des DRH, des demandeurs d’emploi, des libraires, des informaticiens, des mathématiciens, et cette variété, c’est formidable. On compte 80 élèves aujourd’hui au sein de l’école. Et je les connais tous un par un ! (rire)

EtSi (11)Que viennent-ils chercher ?

F.F. : Ça dépend ! Dans la plupart des cas, ils cherchent une activité pour sortir du quotidien, s’exprimer, se faire plaisir, se mettre en avant, faire des rencontres aussi, travailler sur l’estime et la confiance en soi, notamment dans le milieu professionnel, développer des aptitudes à communiquer, lutter contre la timidité, l’introversion. Ils cherchent aussi à s’amuser, à se détendre même s’ils ont des objectifs précis ou des défis à relever. Ce que j’aime c’est observer, entre le début et la fin de l’année, des changements significatifs : des personnes qui étaient au chômage et qui ont réussi à retrouver un travail, d’autres qui réussissent à lever un certain nombre de blocages lors de prises de parole en public. Dans l’ensemble, ils parviennent tous, à mieux se connaître, à s’accepter davantage, à être plus libres. Je parle d’ailleurs plus de liberté que de « lâcher-prise » qui est une expression que je n’aime pas car il faut toujours avoir un minimum de contrôle de soi au théâtre. On ne peut pas entièrement être dans le lâcher prise : on est tributaire d’un partenaire qui peut renverser un objet, oublier son texte. Il faut savoir gérer ce genre de situation sur scène, anticiper, rattraper.

2014-06-28_Theatre_Alexandre_6Sur quoi repose votre enseignement ? Qu’avez-vous envie de transmettre aux élèves ?

F.F. : Je n’arrive jamais dans un cours en me disant « je vais transmettre telle ou telle chose », même si naturellement on enseigne des techniques, on fait découvrir des auteurs, des répertoires. La première valeur, c’est d’être à l’écoute des élèves, de leurs besoins, de leurs objectifs. Je m’interroge toujours en me disant : « pourquoi il ou elle est là ? », « qu’est-ce qu’il a envie de faire, d’expérimenter ?», « où il a envie d’aller ?», « qu’est ce qu’il a envie de jouer ? ». En fonction du groupe, je me décide à aller sur tel ou tel projet. Chaque cours doit être un espace d’expression et de plaisir, mais jamais il ne doit devenir un lieu d’enjeu. En retour, je leur demande d’apporter de la matière, leur créativité. Je leur dis toujours : « Vous êtes acteur de votre cours, optimisez, travaillez. » La deuxième valeur, c’est la bienveillance. On est là pour faire les choses, les réussir, les louper, peu importe, on n’est jamais là pour juger, pour comparer et surtout, on n’est pas là pour bien faire. Au travail, on vous demande d’être performant. Ici, ce n’est pas le sujet, on ne veut pas du résultat, on veut juste raconter une histoire et se faire plaisir. Il y a une phrase de Samuel Beckett qui est le slogan de l’école : « Essayez, ratez, essayez encore, ratez encore, ratez mieux ».

Vous avez un partenariat avec des comédiens de la Comédie-Française. Comment est née cette collaboration ?

F.F. : Le point de départ a été la création l’an dernier d’une classe workshop proposant un enseignement pluridisciplinaire avec un maximum d’intervenants extérieurs qui viendraient partager leur savoir-faire, leur expertise… Les élèves ont pu bénéficier d’un cours d’expression corporelle avec Elliot Jenicot de la Comedie-Française, des cours de diction avec Véronique Vella également du Français, un mois et demi de cours sur le travail devant une caméra avec un réalisateur, des cours de chant avec une coach vocale. Une expérience riche, dense, variée, avec des professionnels qui sont des vrais passionnés de leur métier et qui aiment partager et transmettre leur savoir-faire. Cette année encore, j’organise des master class ou des stages hors des cours « classiques », ouverts aux élèves de l’école comme aux personnes extérieures, comme un stage de diction le 5 mars prochain avec Véronique Vella.

Theatre_Alexandre_53En tant qu’enseignante, quelles sont vos principales satisfactions ? Et/ou frustrations ?

F.F. : Ma principale satisfaction, c’est le partage, et voir les élèves se sublimer et être fiers d’eux : les voir progresser, « se planter », se relancer et surtout évoluer sur un plateau devant 100 personnes à la fin de l’année. Ça m’émeut. Je n’ai pas de croyances spécifiques dans la vie mise à part une : l’humain. Je crois en l’humanité et je travaille avec des humains. On est dans l’instant présent, on se raconte de belles histoires et on se fait confiance. Mine de rien, j’ai leur corps et leurs ressentis entre les mains et c’est précieux. Je leur dis souvent : « Moi je ne suis pas votre prof, je suis votre provocateur. » Je suis juste là pour appuyer à des endroits où vous n’allez pas. Mais jamais dans la violence et toujours dans une extrême bienveillance. Si j’appuie là où ça fait mal, c’est que je sais que derrière ce sera bénéfique pour la personne. Et sinon, des frustrations, aucune ! Ah si, je paye trop de taxes ! (rire)

N’est-ce pas risqué, financièrement parlant, de créer un cours de théâtre à Paris, au regard du marché déjà « encombré » ?

F.F. : C’est un risque en effet mais le risque c’est mon principe de vie ! Paradoxalement, mon épanouissement, je le trouve dans l’insécurité. La sécurité m’ennuie. Les risques me challengent, me poussent à aller plus loin. Mon moteur en créant l’école, c’est l’envie de transmettre. Les problématiques financières et administratives, bien sûr j’y suis confrontée mais je les gère tout simplement.

Vos ambitions et vos projets pour l’école ?

F.F. : Aujourd’hui, j’ai envie de la laisser à taille humaine. Je ne veux pas aller au-delà de 10 cours parce que je ne veux pas que l’école devienne une usine. Cette année, j’ai surtout envie de développer la formation d’entreprise pour que l’école se stabilise davantage financièrement et me permettre ainsi de ne pas augmenter les tarifs des cours. C’est important que l’école reste accessible au plus grand nombre, du demandeur d’emploi au cadre supérieur. Et puis en rêvant encore un peu plus loin, j’aimerais acheter des locaux en plein cœur de Paris avec deux salles de répétition, un petit théâtre au sous-sol et les bureaux au premier étage. Une vraie maison !

LaDisparue2015_071Sinon, quel a été votre parcours avant la Compagnie Guild ?

F.F. : Je fais partie de ces familles qui disent « Passe ton bac d’abord » ! Donc j’ai passé un bac ES, j’ai fait une année de fac à Nantes « Langues et Littératures des Civilisations Étrangères ». Mais je désirais faire du théâtre et j’ai suivi les cours Florent à Paris pendant quatre ans. J’ai voyagé en Afrique du Sud, en Serbie et je suis rentrée en France avec la volonté de gagner ma vie. J’ai travaillé pendant deux ans et demi dans la vente aux enchères d’affiches anciennes. Mais jouer était plus fort : j’ai démissionné et je me suis lancée dans le projet « Se mordre » de Pierre Notte que j’ai joué aux Déchargeurs. Et j’ai enchaîné, toujours avec Pierre Notte, avec « Les Couteaux dans le dos » qu’on a joué pendant deux ans en France et à l’étranger. Mais au bout de quelques années, j’ai compris que je ne m’épanouissais pas complètement en tant que comédienne. J’aimais bien travailler mais une fois en plateau, j’étais une éternelle insatisfaite même si les critiques étaient bonnes et me faisaient plaisir. J’ai compris que je préférais mettre en scène, diriger et enseigner et j’ai créé l’école après « Les Couteaux dans le dos ».

Merci Flavie ! Et pour conclure, votre mot « théâtre » préféré ?

F.F. : Je dirais « Projeter » : projeter la voix, projeter le regard, se projeter dans la vie… !

Propos recueillis par Elisabeth Donetti 

Pour aller plus loin : www.compagnieguild.com

TRIPTYQUE DE COUPLES – À LA FOLIE THÉÂTRE

205Deux acteurs, trois saynètes, trois avis. 

Marina Valleix et Jean-Patrick Gauthier incarnent respectivement le rôle de la femme et du mari chronologiquement dans Par la fenêtre de Georges Feydeau, Le Pain de ménage de Jules Renard, La Peur des coups de Georges Courteline.

Hector, un avocat, rentre chez lui déjeuner bien sagement et se prête à la cuisine, faute de bonne que sa femme a licenciée par jalousie. De tempérament soumis, il profite de l’espace à lui tout seul de son appartement pour souffler et nous confie la raison pour laquelle il a embrassé une carrière dans la magistrature : cela faisait plaisir à sa mère. Un coup de sonnette vient l’interrompre dans sa pause. Une inconnue sans gêne pénètre dans son appartement et lui impose de lui faire la cour « par la fenêtre » pour susciter la jalousie de son mari…Une belle énergie à la Feydeau sur scène qui donne du mouvement à cette pièce mais trop surjouée même pour un vaudeville. Aussi, un timbre de voix qui semble en décalage avec le personnage qu’on pourrait se représenter d’Emma (l’inconnue). Étonnant surtout quand Marina Valleix s’illustre avec brio dans le deuxième personnage qu’elle incarne pour Le Pain de ménage de Jules Renard.

Marthe et Pierre, amis, tous deux en couple, apprécient parfois de se retrouver et d’échanger autour de l’amour, et d’évoquer plus principalement des sujets corollaires tels que celui de l’infidélité. Voilà de quoi agrémenter de longues soirées en tête-à-tête sans oublier en pensée leur propre compagnon ou compagne ni de vanter leurs qualités, voire leurs vertus…Marina Valleix est sémillante et la diction de Jean-Patrick Gauthier remarquable. Les décors minimalistes suffisent à un jeu de comédiens qui entraîne le spectateur dans l’histoire.

Les oiseaux chantent, une tente est déployée et la salle découvre habillé en Hawaïens un jeune couple en pleine dispute. Vexé que sa femme ait pu se laisser courtiser par un officier lors d’une soirée, ce mari aussi lâche que macho s’en prend à elle. Dotée d’un fort caractère, pertinente, elle sait lui répondre et le mettre au pied du mur quand il lui déclare bonhomme aller régler ses comptes à ce malotru. Arrogant, agressif, il ne sait que menacer sa femme et s’en prendre à sa belle-mère absente : elle se cache dans la tente en pleurant « par peur des coups ». De l’humour et de la légèreté sur un sujet qui l’est moins et encore bien moderne. Une mise en scène originale, signée Guillaume Peigné.

Signé Carole !

TRIPTYQUE DE COUPLES

avec la Compagnie Chocnosof

À la Folie Théâtre, 6 rue de la Folie Méricourt, 75011 Paris 

Du 4 décembre 2015 au 5 mars 2016, vendredi et samedi à 21h.