FESTIVAL OFF AVIGNON 2026 – ROBERTO ZUCCO

♥♥♥♥ Violence des passions, catharsis, issue fatale… tous les ingrédients de la tragédie antique sont réunis. Sauf que l’histoire est réelle et s’est passée au XXe siècle, en France. Originaire de Mestre, en Italie, Roberto Succo (avec un S et non un Z, comme l’écrit Bernard-Marie Koltès) a tué ses parents alors qu’il était âgé de 19 ans. Enfermé dans un asile psychiatrique, il s’est enfui. Commence alors une cavale sanglante en France au cours de l’année 1987, où il enchaîne viols et meurtres. De ses motivations, on ne saura rien. Très vite, après le suicide de Succo, en 1988, Koltès s’empare de ce fait divers et le hisse à la hauteur d’un mythe, provoquant le scandale à l’époque. Rose Noël le fait revivre à travers une mise en scène immersive très maîtrisée, où musique, chant, jeu et lumières se conjuguent pour composer une atmosphère oppressante, tout en tension.

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ROBERTO ZUCCO – THÉÂTRE GÉRARD PHILIPE (SAINT-DENIS)

roberto-zuccoD’abord un lieu: le théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis et son plateau immense, profond, comme un formidable terrain de jeu qui autorise toutes les libertés, toutes les audaces. S’y joue actuellement « Roberto Zucco », Zucco avec un Z mais l’erreur d’orthographe ne trompera personne. La pièce, écrite par Bernard-Marie Koltès en 1988, s’inspire du serial killer italien, Roberto Succo, né près de Venise en 1962, qui tua son père et sa mère à l’âge de 19 ans et commis cinq assassinats lors d’une cavale tragique en France et en Suisse avant de se suicider en 1988 dans sa cellule de prison à l’âge de 26 ans. B-M. Koltès, fasciné par ce tueur monstrueux à la gueule d’ange qu’il qualifiait de « tueur exemplaire » (la pièce fit scandale à sa parution) choisit, par l’écriture, de prendre ses distances par rapport au fait divers pour proposer une thématique beaucoup plus allégorique et littéraire d’un homme qui déraille et que rien ne pourra jamais remettre sur les rails, comme le symptôme d’une société malade.

La pièce, créée à la comédie de Valence et mise en scène par Richard Brunel, se concentre autant sur le personnage de Zucco que sur ses rapports aux autres : sa mère, « la Gamine » qui l’aime mais le dénoncera, « la femme élégante » dont il tuera le fils. Richard Brunel propose une mise en scène chorale (14 comédiens sur scène) dense, haletante, parfois spectaculaire et ponctuée d’épisodes esthétiques, très visuels : la scène d’amour de Zucco et « la Gamine » se relevant nus de dessous la table familiale, le duo avec la « femme élégante », la mort de son fils symbolisée par une pluie de sacs en plastique, les scènes de combat. La langue de Koltès est poétique, dramatique, une langue de théâtre avec un grand T, que certains comédiens interprètent à merveille, on citera en particulier Noémie Develay-Ressiguier dans le rôle de « la Gamine », Luce Mouchel dans celui de « la femme élégante » et Pio Marmai qui compose un Zucco extrêmement convaincant dans la composition d’un personnage complexe, prisonnier de sa folie. Une pièce engagée, forte, avec de véritables partis-pris artistiques qui fait l’évènement de ce début d’année.

Le point de vue d’Elisabeth

ROBERTO ZUCCO

Théâtre Gérard Philipe, 59, boulevard Jules-Guesde, 93 207 Saint-Denis Cedex

Jusqu’au 20 février 2016

Du lundi au samedi à 20h – dimanche à 15h30 – Relâche le mardi

Crédit photos : Jean-Louis Fernandez

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