UN CAFÉ AVEC Arnaud Dupont, comédien

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« Ce qui me passionne, c’est la création »  

C’est dans le très chaleureux cadre de La Recyclerie, porte de Clignancourt, que j’ai le plaisir de rencontrer le comédien Arnaud Dupont. Homme de théâtre et de cinéma aux multiples casquettes (écriture, mise en scène,…), Arnaud a déjà à son actif un très joli parcours sur les planches, égrené de beaux succès du Cas de la Famille Coleman (prix du Théâtre 13) au désormais « classique » Cercle des Illusionnistes. Il s’apprête aujourd’hui à défendre une nouvelle pièce « La Reine de Beauté de Leenane » programmée au 16 au 21 février au petit théâtre Odyssée à Levallois-Perret. Vocation, parcours, projets, amour du métier, un très bel échange avec un passionné de création. Rencontre.   

Coup de théâtre : Bonjour Arnaud, où peut-on vous applaudir en ce moment ?

Arnaud Dupont : Actuellement dans « Le Cercle des Illusionnistes » qui part en tournée après 450 représentations parisiennes. Et bientôt dans la pièce « La Reine de Beauté de Leenane » qu’on présente pour la première fois au public du 16 au 21 février à Levallois-Perret et qui partira à Avignon cet été. Je partage le plateau avec Catherine Salviat, Grégori Baquet, Molière de la révélation masculine 2014 et Sophie Parel qui est également la metteur en scène. C’est une pièce que j’aime beaucoup, très bien écrite, une comédie noire irlandaise qui plonge le spectateur au cœur d’une misère sociale, affective si sombre qu’elle peut, au-delà de l’émotion, faire sourire. On est impatient de voir comment le public va l’accueillir. Dans tous les cas, à titre personnel, travailler avec une telle distribution est une expérience en soi formidable. Je pense notamment à la « grande » Catherine Salviat, sociétaire honoraire de la Comédie Française. Voir avec quelle fraîcheur et quelle humilité, une comédienne « de ce calibre », après 30 ans au Français, s’investit dans ce projet est une vraie leçon. C’est tellement agréable de voir comment on peut mûrir avec simplicité dans ce métier. En marge de mes actualités théâtre, je suis également un grand fan de cinéma. Je joue notamment dans un court-métrage « Si la photo est bonne » du réalisateur Luc Battiston (avec qui j’ai coécrit le scénario) auquel je tiens énormément et qui bénéficie actuellement d’une belle diffusion à la Cinémathèque Française.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir comédien ?

A.D. : En réalité, c’est une deuxième carrière ! J’ai commencé par être professeur des écoles pendant une dizaine d’années dans le 18ème. A l’époque, le théâtre, que je pratiquais en amateur, était déjà une passion mais cela me paraissait illusoire et presque un peu inaccessible. Et puis, je me suis professionnalisé peu à peu par des stages, des rencontres. Ma première « vraie » expérience a été un monologue de Blaise Cendrars « La Prose du Transsibérien » que j’ai joué lors d’une petite tournée dans de véritables ateliers d’artistes parisiens. Les jauges étaient petites, 15-20 personnes, mais l’expérience m’a plu et m’a surtout donné envie de me former de façon plus académique pour gagner en légitimité. J’ai intégré l’école de Raymond Acquaviva –  Les Ateliers du Sudden – que j’ai suivi pendant trois ans. Et puis peu à peu, le théâtre a pris le part sur l’enseignement. Je suis complètement professionnel depuis cinq ans. 

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Le Cercle des Illusionnistes (Mise en scène Alexis Michalik)

Quelles ont été les grandes étapes de votre parcours ?

A.D. : Le vrai déclencheur a été cette pièce de Blaise Cendrars. Ensuite, j’ai intégré des collectifs avec des élèves rencontrés aux Ateliers du Sudden, on a monté pas mal de spectacles avec très peu de moyens. C’est ma période saltimbanque je dirais ! (rire). Mais une période importante pendant laquelle j’ai cherché à me faire remarquer notamment dans la « jungle » d’Avignon où l’on présentait nos spectacles. C’est à cette époque également que j’ai commencé la mise en scène avec des spectacles jeune public. Et puis j’ai poursuivi avec la très belle aventure « Le Cas de la Famille Coleman » dont la mise en scène était signée par Johanna Boyé et qui a remporté le prix du théâtre 13. Je jouais ce personnage incroyable, Marito, ce type un peu fêlé, déroutant, qui fait rire autant qu’il interpelle. Et puis j’ai rejoint la distribution de la pièce d’Alexis Michalik « Le Cercle des Illusionnistes ».

Un mot justement sur le « Cercle des Illusionnistes ». Comment êtes-vous arrivé sur ce projet ?

A.D. : Par mon réseau ! Alexis Michalik m’avait vu plusieurs fois sur scène et m’avait sollicité pour rejoindre la distribution du « Porteur d’Histoire ». Je n’étais pas disponible à l’époque mais Alexis est quelqu’un de fidèle et il a pensé à moi pour sa pièce suivante « Le Cercle des Illusionnistes », qui, pour le coup, était vraiment attendue au tournant ! Une expérience bien sûr incroyable avec ce succès énorme, et chose rare, unanime: la presse, la profession, le public. Quand les trois sont réunis, c’est magique. Je soir de la Première reste un souvenir très fort pour toute la troupe. On a tous senti sur le plateau que « la sauce prenait » au fur et à mesure de la représentation et on vraiment vibré à la fin du spectacle, après le noir, quand on a entendu le crépitement des applaudissements ! Quelle émotion ! Et puis c’est un gros plaisir de partager une aventure collégiale, pendant laquelle on oublie son ego pour se mettre au service d’un collectif. On a l’impression de ne faire qu’un. C’est quelque chose de précieux et c’est d’ailleurs le plus beau compliment qu’on nous ait fait : l’homogénéité de l’interprétation. Et il faut rendre hommage à Alexis qui n’a pas volé son succès, c’est un très gros bosseur qui n’arrête pas de travailler, de jouer, d’écrire. Il est impressionnant.

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Le Cercle des Illusionnistes

 

Qu’est ce qui vous passionne dans ce métier ? Vous déplaît ?

A.D. : Ce qui me passionne, c’est la création d’un personnage, c’est-à-dire réussir à comprendre le sens d’un projet, à en décrypter les codes et à le servir tout en restant soi-même. Il y a plusieurs approches d’ailleurs dans ce process de création qui tient généralement à la personnalité du metteur en scène. Certains partent de la nature du comédien et s’inspirent de ce qu’ils voient au plateau pour composer le personnage. D’autres, comme Alexis Michalik par exemple, vont choisir quelqu’un qui colle à ce qu’ils ont en tête pour le rôle. Ensuite, charge au comédien de voir quelle est sa marge de manœuvre pour glisser à l’intérieur de ce costume déjà « taillé ». Dans tous les cas, j’écoute, je cherche à comprendre ce que veut l’autre et je m’adapte. Une fois en plateau devant un public, l’objectif est plutôt d’oublier l’aspect purement technique des choses pour gagner en disponibilité et incarner des vrais moments de vérité. Ce qui me passionne également, c’est passer d’un univers à un autre, d’une aventure artistique à une autre sans savoir de quoi demain sera fait. C’est excitant mais ça peut être anxiogène également. Personnellement, je contrebalance cette angoisse en créant en permanence à la fois dans l’écriture, la mise en scène même si, depuis trois ans, mon activité de comédien a pris un peu le pas sur tout ça. 

Allez-vous souvent au théâtre ? Quel spectateur êtes-vous ?

A.D. : Oui, j’y vais souvent et je vois beaucoup de choses différentes car  je suis curieux. Je ne suis pas forcément bon public (rire) mais quand un univers me « parle », mon sens critique s’estompe très vite, je me laisse porter. J’aime beaucoup les spectacles de Romeo Castellucci par exemple. C’est un plasticien qui met l’esthétique au service de l’histoire. Dernièrement j’ai beaucoup aimé Andorra au Théâtre 13, mis en scène par Fabian Chappuis, avec une jeune comédienne très talentueuse Elisabeth Ventura, qui parle du rejet de la différence religieuse, un thème qui résonne aujourd’hui de manière très forte.

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Le Cas de la Famille Coleman (Mise en scène Johanna Boyé)

Avez-vous un rêve de théâtre ?

A.D. : Oui, j’ai même l’impression d’en avoir plusieurs ! A titre individuel, j’ai des rêves de collaboration avec des metteurs en scène, comme Guillaume Vincent qui a mis en scène un très beau spectacle qui s’appelle « Rendez-vous gare de l’Est », ou avec des comédiens que j’admire. Et puis des rêves plus collectifs, l’envie de contribuer à l’accomplissement de projets ou des personnes avec qui j’ai collaboré, l’envie de les accompagner là où ils/elles ont envie d’aller. En marge du théâtre, j’ai des rêves de cinéma, de mise en scène, même si les portes hélas sont beaucoup cloisonnées entre théâtre et cinéma, entre théâtre privé et théâtre public, avec parfois, et c’est regrettable, un certain mépris des uns envers les autres. C’est aussi le bémol de ce métier.

Merci Arnaud. Et si vous aviez un conseil à donner à quelqu’un qui a envie de devenir comédien ?

A.D. : Un conseil ? Difficile à dire…Je conseillerais simplement de ne pas céder trop vite à la facilité, par besoin de travail. Réussir à rester fidèle à la raison fondamentale pour laquelle on veut faire ce métier et ne pas l’oublier trop tôt.

Propos recueillis par Elisabeth Donetti 

Pour aller plus loin : http://www.arnaud-dupont.fr/

 

LE CERCLE DES ILLUSIONNISTES EN TOURNÉE

Février: le 27 à Vernon

Mars: Du 2 au 5 à Amiens, le 9 à Joué les Tours, le 12 à Herblay, le 15 à Sion.

Avril: Le 7 à Cahors, le 19 à Ajaccio, le 21 à Bastia, le 29 à Cholet

Mai: Le 13 à Thuir

LA REINE DE BEAUTÉ DE LEENANE

Du 16 au 21 février à 20h30 (16h le dimanche) au petit Théâtre Odyssée (Levallois-Perret)

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