J’AVAIS UN BEAU BALLON ROUGE – THÉÂTRE DE L’ATELIER

v_14471684491307Si vous aimez le théâtre, réservez vite vos billets pour cette pièce programmée jusqu’au 3 janvier 2016 au théâtre de l’Atelier. C’est un énorme coup de coeur personnel ! Les critiques plus élogieuses les unes que les autres sont venues consacrer « J’avais un beau ballon rouge » mis en scène par Michel Didym et je m’y associe pleinement! Sur le plateau, ils sont deux, père et fille, à la ville et à la scène : Richard et Romane Bohringer. Ils nous offrent un moment de théâtre unique ! La pièce, écrite par la jeune dramaturge italienne Angela Dematté, nous plonge dans l’Italie des années 60 et 70 et raconte le destin fulgurant et tragique de Margherita Cagol, l’épouse de Renato Curcio, fondateur et idéologue des Brigades Rouges, cette organisation révolutionnaire d’extrême gauche italienne qui ensanglanta le pays à cette époque. Angela Damatté a fait le choix très séduisant de raconter la grande histoire à travers la petite, celle de la relation poignante qui unit Margherita, radicale et éprise d’absolu, à son père, pétri de bon sens et de valeurs chrétiennes. A travers leur confrontation, la pièce éclaire deux visions de la société incompatibles et irréconciliables. 

La pièce est une réussite incontestable : un texte fort, violent, fort bien écrit, servi par une mise en scène très fluide. A noter un astucieux jeu de décors coulissants, qui permet de voyager à travers les lieux et les années, de la cuisine familiale du petit appartement de Trente au squat milanais des Brigades quelques années plus tard.  

Et puis bien sûr, une interprétation au sommet ! Le « duo Bohringer » fonctionne admirablement. Lui, tout en retenue, presque à l’économie, qui de fait dégage une sensibilité et une émotion vraie. Grand comédien ! Elle, passionara incontrôlable, tiraillée entre l’amour pour son père et l’engagement dans ses idéaux, dans la quête de vouloir construire une société qu’elle estime plus juste, offre une interprétation d’une précision remarquable. On ne dira jamais assez combien Romane Bohringer est une excellente comédienne. La critique ne s’y est pas trompée. Le « Palmarès du Théâtre » a décerné en 2013 le prix « Coup de coeur du Théâtre public » à Richard Bohringer et Romane Bohringer pour leur interprétation dans ce spectacle. Parfaitement mérité, un grand et très très beau moment de théâtre !

Et puis parenthèse personnelle, une fois le rideau levé, il m’a suffi d’apercevoir la cafetière Bialetti sur le gaz, La Repubblica sur la table de la salle à manger pour replonger dans des souvenirs d’enfance précieux et inoubliables. Cara Italia, sei sempre nel mio cuore.

Le point de vue d’Elisabeth

J’AVAIS UN BEAU BALLON ROUGE

Théâtre de l’Atelier, 1 place Charles Dullin, 75018 Paris

Du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 15h

Jusqu’au 3 janvier 2016

Crédit photos : Eric Didym 

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LES FOURBERIES DE SCAPIN – THÉÂTRE MICHEL

affiche-scapin-theatre-michelJ’avais découvert la compagnie Le Grenier de Babouchka cet automne lors d’une excellente adaptation de Cyrano au théâtre Le Ranelagh  (la pièce joue d’ailleurs les prolongations jusqu’au 30 avril 2016, succès amplement mérité !). Née en 2003, la compagnie est spécialisée dans l’adaptation des « grands classiques » et fête cette année sa cinquième saison de résidence au Théâtre Michel. Sa signature ? Revisiter les grands textes du répertoire à travers des mises en scène -de Jean-Philippe Daguerre -pleines de fougue, de tonicité, et de créativité, mêlant tous les arts (combats, chants, danse et musique !) et faisant la part belle aux comédiens. Ici, ni modernisme gratuit, ni démagogie, ni décor sophistiqué, juste l’envie de proposer un bon et beau théâtre, populaire, solide et accessible aux enfants dès 7/8 ans. 

J’ai passé de nouveau un excellent moment devant les facéties du jeune et rusé Scapin, en proie à régler les intrigues amoureuses de ses maîtres ! Une mise en scène vive, éclairante et je dois dire, formidablement « portée » par l’interprétation d’un comédien étonnant et d’une grande aisance : Kamel Isker, qui offre, d’un bout à l’autre de la pièce, une prestation magistrale dans le rôle titre: une vraie présence scénique, un engagement physique total, un texte parfaitement approprié et retranscrit, aussi à l’aise dans les scènes de bastonnade que dans les moments d’intimité et d’émotions. Bravo à lui ainsi qu’à l’ensemble des comédiens.

Bref, du bel ouvrage ! Et en cette période de vacances de Noël, un spectacle à conseiller chaudement à celles et ceux qui veulent faire découvrir le théâtre classique aux plus jeunes. 

Le point de vue d’Elisabeth 

LES FOURBERIES DE SCAPIN

Théâtre Michel, 38 rue des Mathurins, 75008 Paris

Selon les jours 10h00, 10h15, 14h15, 16h00

Jusqu’au 7 mai 2016

Site web Le grenier de Babouchka : http://www.legrenier.asso.fr/

ROMÉO ET JULIETTE – LES BÉLIERS PARISIENS

Romeo-et-Juliette-TDBP-WEB-DistribDes Roméos et des Juliettes comme s’il en pleuvait dans les théâtres parisiens et Paris se transforme en Vérone ! Tout le monde se presse à la Comédie-Française depuis le 5 décembre dernier pour découvrir l’adaptation de la plus belle des pièces d’amour, mise en scène par Eric Ruf. Mais j’ai eu le plaisir de découvrir récemment une version fort réussie, de la jeune et talentueuse compagnie Chouchenko, spécialisée dans l’adaptation des grands classiques. Un spectacle sans faute, ultra esthétique, proposant un vrai parti-pris artistique et solidement défendu par sept comédiens pluridisciplinaires. Sur la jolie scène des Béliers, le texte, rien que le texte mais également chant, danse, combat, musique originale (saxophone, accordéon, guitare, violoncelle) pour accompagner les scènes célèbres du bal, du caveau, de la nuit de noce et de la mort. Décor épuré mais un solide travail de lumières qui offre un très bel écrin aux comédiens plein de fougue et transpirant le plaisir d’être sur scène. Bravo à cette belle troupe et aux Béliers Parisiens qui offrent encore et toujours une programmation de qualité. 

Le point de vue d’Elisabeth 

ROMÉO ET JULIETTE

Les Béliers Parisiens, 14 bis rue sainte-Isaure, 75018 Paris 

Dernière le dimanche 20 décembre à 17h !

HOME – THÉÂTRE DE L’OEUVRE

home170Singulier et attachant spectacle que « Home » actuellement au théâtre de l’Oeuvre qui ne devrait laisser aucun spectateur indifférent. Disons-le tout net : on adore ou on s’ennuie devant ce nouvel opus de Gérard Desarthe (après « Ashes » l’an dernier au même théâtre de l’Oeuvre). Personnellement, j’ai trouvé la pièce intéressante et bien défendue par un casting solide (Gérard Desarthe, Carole Bouquet, Pierre Palmade, Valérie Karsenti et Vincent Deniard). « Home » écrit en 1970 par David Storey, nous plonge au cœur d’une Angleterre no man’s land dans l’arrière cour sordide et misérable d’une maison de santé psychiatrique. Le mot ne sera pour autant jamais cité. Deux pensionnaires, Harry (Gérard Desarthe) et Jack (Pierre Palmade), plutôt bien mis, chapeautés et canne en main, viennent y prendre le soleil un moment et s’y attardent pour échanger banalités, parler pluie et beau temps et relater quelques anecdotes sur leur famille. Alors qu’ils quittent leur chaise après un long dialogue sans intérêt, ils sont bientôt remplacés par deux femmes, Kathleen (Carole Bouquet) et Marjorie (Valérie Karsenti), sans âge, déglinguées, foutrac, puis par Alfred (Vincent Deniard) un autre pensionnaire des lieux,  un colosse au costume de lutteur, paumé, lunaire, l’œil baladeur. Point de réelle action ici, l’histoire de cette petite « humanité » s’articule autour de petits évènements qui rythment la journée pour combler le vide de leur existence : chercher des chaises pour prendre le soleil, se presser à la cantine, regarder les autres passer, parler de tout et de rien.

A travers les errances et les désillusions de ses cinq personnages démunis, paumés, inadaptés, David Storey questionne nos propres désillusions face à une sociéte en perte de repères et de sens. On est assez proche d’un univers à la Ionesco, absurde et très profond en même temps. La mise en scène de Gérard Desarthe est juste et reflète bien le mal-être et malaise des personnages en proie à leurs doutes et angoisses. De nombreuses critiques ont salué la performance de Pierre Palmade mais ma palme personnelle irait plutôt à Gérard Desarthe, formidable de justesse psychique et gestuelle dans son rôle d’inadapté qui essaye de donner le change. Le binôme féminin fonctionne peut-être un peu moins bien, tant les personnages ont l’air sûr d’elles pour être complètement crédibles dans les personnages paumés qu’elles sont censées interpréter. Une pièce toute en nuances qui peut désorienter mais ne manque pas d’intérêt.

Le point de vue d’Elisabeth 

HOME

Théâtre de l’Oeuvre, 55 rue de Clichy, 75009 Paris

Du mardi au samedi à 21h

Matinées le samedi à 16h et le dimanche à 15h

Jusqu’au 20 décembre 2015

Durée : 1h30

Crédit photo : Dunnara Meas 

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LES VIGNES DU SEIGNEUR – THÉÂTRE MONTMARTRE GALABRU

Affiche-vierge-Les-Vignes-WEB-412x600La jeune compagnie de théâtre « L’étoffe des songes » a eu la belle idée de monter un savoureux vaudeville de l’entre-deux-guerres, tombé (injustement !) dans l’oubli depuis sa création en 1923 : « Les vignes du seigneur ». Co-écrite par le maître du genre Robert Flers et Françis de Croisset, la pièce raconte comment une mère de famille, Valentine Bourgeon, manœuvre pour que ses deux filles, Gisèle et Yvonne, en âge de convoler, accèdent à la bourgeoisie, tandis qu’Hubert, l’amant malheureux de Gisèle, fait son possible pour accéder de son côté à la noblesse. Mais tout se compliquera très vite à l’arrivée d’Henri Lévrier, un ami de la famille revenu des Indes, alcoolique repenti et destiné à Yvonne mais …qui tombera vite dans les bras de Gisèle…La suite ne sera qu’une succession de quiproquos, rebondissements et situations cocasses avant une happy end libératrice !

Un vaudeville piquant, enlevé, délicieusement rétro et fort bien écrit  (« Etre bourgeois, c’est être honnête ! » – « Non être bourgeois, c’est être marié ! ») qui permet au spectateur de replonger dans la société cossue des années 20 et de questionner habilement une discrète lutte des classes. Une mise en scène somme toute académique, cosignée par deux des comédiens de la troupe Priscilla Caroni et Julien Bonnet, et servie par huit acteurs enthousiastes (tous issus du cours de Jean-Laurent Cochet), bien à leur partition et visiblement amoureux de leur texte qu’ils défendent avec une belle énergie. A noter le joli soin apporté aux costumes.  Bref, un agréable moment de théâtre ! La pièce est à l’affiche du théâtre Montmartre jusqu’au 15 novembre. Elle est également programmée le 21 novembre à Luzarches (Val d’Oise), à l’occasion d’une représentation exceptionnelle, en hommage à la comédienne Blanche Montel qui incarna le rôle d’Yvonne en 1923. 

Le point de vue d’Elisabeth 

LES VIGNES DU SEIGNEUR

Théâtre Montmartre Galabru, 4 rue de l’Armée d’Orient,  75018 Paris

Les dimanches 8 et 15 novembre à 15h30

Représentation exceptionnelle à la Salle Blanche Montel de Luzarches (95) le samedi 21 novembre à 20h30. Réservation au 01 30 29 54 54

 

ENFABLÉES ! – COMÉDIE BASTILLE (SPECTACLE JEUNE PUBLIC)

Affiche EnFablées 2014Les spectacles jeune public font l’actualité théâtrale en cette période de vacances scolaires ! Mes petits reporters d’un jour, Mathilde 8 ans et Pierre 7 ans, ont eu le plaisir d’assister à « Enfablées », la dernière création de Carabistouilles et Cie, actuellement à la Comédie Bastille. Les lumières s’éteignent, chutttt…ça commence ! Sur le plateau, un beau livre d’histoires trône sur un lutrin. Alors qu’une drôle de visiteuse cherche à tourner les pages, elle se retrouve nez à nez avec un corbeau puis un renard et se retrouve finalement projetée dans un monde merveilleux… des fables de la Fontaine ! Un spectacle plein de fantaisie, d’espièglerie et de tendresse, mené tambour battant par deux comédiennes épatantes : Pauline Klein et Héloïse Martin qui a d’ailleurs signé la mise en scène (ou en alternance Violette Mauffet et Solen Le marec). Une heure durant, toutes de noir vêtues, elles usent de tous les artifices (marionnettes, masques, théâtre d’ombres,..) pour se glisser, tels des caméléons, dans les personnages fameux du grand fabuliste. Une mise en scène moderne, très rythmée, parfois déjantée, pour découvrir ou redécouvrir « dans le texte » La Cigale et la Fourmi, le Chat et le Rat, le Chêne et le Roseau, le Corbeau et le Renard ou le Lièvre et la Tortue. Même si la compréhension du texte peut être difficile pour les tous petits, un chouette spectacle pour les 8 – 10 ans ! Courez l’applaudir jusqu’au 2 janvier 2016.

Le point de vue d’Elisabeth 

 

ENFABLÉES !

Comédie Bastille, 5 rue Nicolas Appert, 75011 Paris

Du lundi au samedi 14h30 pendant les vacances scolaires

Jusqu’au 2 janvier 2016

Crédit photos : Carabistouilles & Cie 

 

 

 

 

 

LE BIZARRE INCIDENT DU CHIEN PENDANT LA NUIT – THÉÂTRE LA TEMPÊTE

vz-455cd921-5364-412b-ad09-d94c47ebae8fNe vous laissez pas rebuter par le titre … Très beau et singulier spectacle que ce « Bizarre incident du chien pendant la nuit », tiré du best-seller anglais de Mark Haddon et mis en scène par Philippe Adrien. Le récit est celui de Christopher Boone, « 15 ans, 3 mois et 2 jours », orphelin de mère, atteint du syndrome d’Asperger, un autisme de haut niveau. Doué d’un mémoire phénoménale et d’un sens de logique implacable, Christopher aime résoudre des équations mathématiques compliquées mais est en proie à des accès de peur incontrôlables, gère difficilement les relations sociales, n’aime pas qu’on le touche et ne supporte que la présence de son petit rat apprivoisé. Lorsqu’il découvre Wellington, le chien de sa voisine Mrs Shears, une fourche plantée dans le ventre, il se lance le défi de retrouver le meurtrier et décide de mener sa propre enquête…Le départ d’un long et insolite parcours initiatique, semé de rencontres insolites et d’aventures rocambolesques, qui le mènera bien au-delà de ce qu’il aurait pu imaginer…

Une pièce extrêmement réussie, servie par une mise en scène brillante, soignée et ultra créative ! Entre actions et émotions, les tableaux (dont certains chorégraphiés) s’enchaînent avec fluidité et on se régale à suivre les aventures insolites du jeune Christopher comme on tournerait les chapitres du roman (qui est d’ailleurs lu sur scène). La belle idée de Philippe Adrien est de montrer le spectacle, traité comme un « théâtre-récit », non pas de manière linéaire et purement descriptive, mais à travers les yeux, les sensations et les émotions du jeune Christopher. Une façon habile de nous faire ressentir, voir, entendre, découvrir l’autisme. Et un joli message délivré sur le handicap et la différence, sans pathos, ni complaisance. Coup de chapeau à l’ensemble des comédiens, à commencer par le jeune Pierre Lelièvre (de surcroît excellent danseur ! ) qui campe un Christopher extrêmement convaincant.  

Même si le spectacle s’essouffle un peu dans la deuxième partie (la pièce dure 2 heures 10), un excellent moment de théâtre qui bénéficie d’un beau succès critique et public. Quatre représentations supplémentaires sont prévues le mardi 20, le mercredi 21, le jeudi 22 et le vendredi 23 octobre à 20h.

Le point de vue d’Elisabeth 

LE BIZARRE INCIDENT DU CHIEN PENDANT LA NUIT

Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes

Jusqu’au 23 octobre 2015

Représentation le 25 avril 2017 à 20H30 au Carré Belle-Feuille, 60 rue de la Belle Feuille, 92100 Boulogne-Billancourt.  

⇒Venir à la Cartoucherie de Vincennes

Station Château-de-Vincennes. Sortir en tête de ligne puis prendre :
• la navette Cartoucherie garée près de la station de taxis (départ toutes les quinze minutes environ, premier voyage 1 h avant le début du spectacle)
• ou le bus 112, arrêt Cartoucherie

Crédit photos : Antonia Bozzi 

DANSER À LA LUGHNASA – THÉÂTRE de L’ATELIER

v_14406099497804Danser à la Lughnasa, le chef-d’œuvre de Brian Friel, nous plonge dans l’Irlande rurale des années 30. Comté de Donegal, dans un grand cottage en dehors de la ville vivent les cinq sœurs Mundy. Aucune n’est mariée. Kate, la plus âgée, est institutrice et la seule à être bien payée. Agnès et Rose tricotent des gants en laine qui sont vendus en ville. Maggie la fantasque et Christina, mère d’un petit Mickael de sept ans, n’ont aucun revenu. Au coeur de ce bel été 1936, dans la grande cuisine, au son du poste TSF, les rires fusent, les chamailleries vont bon train et l’excitation est à son comble car la fin des moissons annonce le bal de la Lughnasa, la promesse de chaudes étreintes et le départ peut-être d’une nouvelle vie… Pour l’heure, les hommes qui les entourent sont inaccessibles : l’oncle Jack, revenu partiellement amnésique d’une mission en Ouganda et le jeune Gerry, l’amant de Christina et le père du jeune Michael, prêt à s’engager dans les brigades internationales dans la guerre civile qui fait rage en Espagne…

Danser à la Lughnasa questionne la condition sociale féminine de l’entre-deux-guerres à travers cette belle histoire de femmes tantôt douce, tantôt amère, teintée de nostalgie. Le texte est ciselé, la psychologie des personnages fine, le casting solide, animé par une « brochette » de comédiennes talentueuses, quoiqu’inégalement expérimentées. Mes deux coups de cœur personnels iront à Lou de Laâge qui campe une très convaincante Christina écorchée vive en proie au dépit amoureux et Florence Thomassin (trop rare sur scène) qui apporte un joli grain de folie à la fantasque Maggie. Seul regret général, la pièce est longue et la mise en scène manque parfois de fougue. Il m’a manqué ce petit supplément d’âme pour plonger complètement dans cette Irlande rurale et me laisser emporter dans la danse. ..

Carole, pour sa part, a passé un moment de théâtre formidable et serait bien restée une heure de plus à écouter les conversations des sœurs Mundy dans la cuisine familiale, tant cette histoire de femmes l’a emballé et la mise en scène séduite… Débat passionné à la sortie de l’Atelier!

Une dernière ligne dédiée à Brian Friel, l’auteur de la pièce, décédé le 2 octobre dernier. Il avait adressé un petit mot à toute la troupe la veille de la première. Hommage.  

Le point de vue d’Elisabeth 

DANSER À LA LUGHNASA

Théâtre de l’Atelier, 1 place Charles Dullin, 75018 Paris 

Crédit photos : Christophe Vootz

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DANSERA LA LUGHNASA Photo Gerry et Chris (Libre de droits (c)Christophe Vootz) DANSERA LA LUGHNASA Photo Kate et Maggie (Libre de droits (c)Christophe Vootz) DANSERA LA LUGHNASA Photo Rose Agnes et Jack (Libre de droits (c)Christophe Vootz) DANSERA LA LUGHNASA Photo Soeurs et Jack (Libre de droits (c)Christophe Vootz) DANSERA LA LUGHNASA Photo Soeurs Horizontale(Libre de droits (c)Christophe Vootz) DANSERA LA LUGHNASA Photo tous (Libre de droits (c)Christophe Vootz)

CYRANO DE BERGERAC – THÉÂTRE LE RANELAGH

cyrano_web_avec_presseFinalement, cette chronique pourrait tenir en une phrase : « Ne manquez cette pièce sous aucun prétexte, allez l’applaudir » tant les beaux spectacles n’ont pas besoin de longs discours ! J’ai été éblouie par le Cyrano de Bergerac, actuellement à l’affiche du théâtre Le Ranelagh. Le risque était grand de se « frotter » à ce monument du répertoire mais ce Cyrano est une réussite indéniable, servi par une mise en scène diablement séduisante signée Jean-Philippe Daguerre et l’immense talent des comédiens de la compagnie Le grenier de Babouchka.

France, 1640. Cyrano de Bergerac est un mousquetaire intrépide, appartenant aux cadets de Gascogne. Secrètement amoureux de sa belle cousine Roxane, il n’ose lui déclarer sa flamme, lui si laid avec son grand nez. Par amour, il protégera son rival, le jeune et beau Christian, et l’aidera même à la séduire.

Pendant deux heures, le plaisir est total grâce à une mise en scène, ultra réjouissante et énergique, alternant chants, musiques, combats de cape et d’épée. Et jolie trouvaille de Jean-Philippe Daguerre : le violoniste virtuose Petr Ruzicka, ponctue la pièce de magnifiques intermèdes musicaux (partitions écrites par Edmond Rostand lui-même) nous replongeant à chaque note dans un XVIIème siècle nostalgique et rocailleux. Sur un plateau quasiment dépouillé, les dix comédiens, engagés à 100%, généreux et parfaitement « synchro » offrent une prestation de haut vol. Et que dire de l’interprétation magistrale de Stéphane Dauch dans le rôle titre de Cyrano, apportant tout ce qu’il faut de panache, de truculence, de fougue, de sensibilité et de tendresse au personnage mythique d’Edmond Rostand, sans l’ombre d’une hésitation sur aucun de ses 1 600 vers. Indéniablement du grand art et un moment de théâtre épatant ! Le coup de cœur de l’automne, allez-y les yeux fermés.  

Le point de vue d’Elisabeth 

CYRANO DE BERGERAC

Théâtre le Ranelagh, 5 rue des Vignes, 75016 Paris

Du mercredi au samedi à 20h45, samedi à 16h30, dimanche à 17h

Relâches les 1er octobre, 1er novembre et 11 novembre à 20h45

Supplémentaires à 16h30 les 5, 12, 19, 21, 22, 23, 26, 28, 29, 30 décembre et 2 janvier

 

VICTOR – THÉÂTRE HÉBERTOT

40x60-VICTORnewOKUne affiche de gala, signée par le célèbre studio Harcourt, pour le duo star de cette rentrée théâtrale. Grégory Gadebois et Éric Cantona sont les protagonistes de Victor une pièce d’Henri Berstein au théâtre Hébertot depuis le 2 septembre. J’ai eu l’opportunité et le  plaisir d’assister à la couturière, confortablement installée au milieu d’une audience attentive et curieuse de découvrir ce duo inattendu sur scène ! La metteur en scène, Rachida Brakni, nous prévient, dans son speech introductif qu’elle s’accordera à tout moment le droit d’interrompre la représentation, si d’aventure la mise en scène lui déplaît. À bon entendeur… Extinction des lumières, lever de rideau. Sur scène, un homme est assis sur un banc public. Nous sommes en 1950. Victor (Grégory Gadebois) sort de prison, après une longue peine purgée à la place de Marc (Éric Cantona), héros de guerre et homme d’affaires peu fréquentable. Une décision qu’il avait alors prise par amour pour une femme, Françoise (Caroline Silhol), la femme de Marc. Françoise n’a rien oublié de cet amour pour Victor et souhaite le reconquérir. Entre amours contrariées, quête de richesse, amitié virile et désillusions, la pièce nous raconte la trajectoire de ce triangle amoureux. Cette belle trame narrative (la pièce se suit comme un film) est assurément une réussite d’autant que le casting fonctionne à 100%, à commencer bien sûr par Grégory Gadebois, l’inoubliable interprète de Charlie, dans le succès phénomène Des Fleurs pour Algernon. Il offre une nouvelle fois une prestation de haute volée de bout en bout, maniant toute la palette des émotions avec une simplicité et une profondeur formidables. J’ai été également très séduite par les seconds rôles, et notamment par la jeune comédienne Marion Malenfant, ex-pensionnaire de la Comédie Française, qui illumine le plateau par sa fraîcheur et la justesse de son interprétation. Ses scènes avec Grégory Gadebois sont à mon avis les plus convaincantes. Et « Canto » dans tout ça ? À demi-caché dans la pénombre d’un couloir, costume trois-pièces et borsalino vissé sur la tête, la metteur en scène, son épouse à la ville, n’a pas manqué de soigner son entrée en scène. Éric Cantona n’est certes pas un acteur professionnel mais force est de lui reconnaître une présence, une voix, une stature. Même si le débit est parfois rapide et la gestuelle un peu mécanique, il délivre une prestation très honorable avec quelques moments franchement réjouissants, notamment dans les duos avec Grégory Gadebois. Quelques regrets cependant : une mise en scène sans fausse note mais qui reste un peu linéaire et statique ; l’absence d’un « je-ne-sais-quoi » qui ne m’a pas permis de plonger dans les années 50, et de savourer la belle pièce d’atmosphère à laquelle je m’attendais. Peut-être est-ce dû aux décors un peu froids et à la signature musicale trop discrète. Ces bémols exceptés, un très joli moment de théâtre à vous conseiller en cette rentrée !

Le point de vue d’Elisabeth 

VICTOR

Théâtre Hébertot, 78 bis boulevard des Batignolles, 75017 Paris

Du mardi au samedi à 21h

Dimanche 17h

Crédit photos : L. LOT 

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