LE BIZARRE INCIDENT DU CHIEN PENDANT LA NUIT – THÉÂTRE LA TEMPÊTE

vz-455cd921-5364-412b-ad09-d94c47ebae8fNe vous laissez pas rebuter par le titre … Très beau et singulier spectacle que ce « Bizarre incident du chien pendant la nuit », tiré du best-seller anglais de Mark Haddon et mis en scène par Philippe Adrien. Le récit est celui de Christopher Boone, « 15 ans, 3 mois et 2 jours », orphelin de mère, atteint du syndrome d’Asperger, un autisme de haut niveau. Doué d’un mémoire phénoménale et d’un sens de logique implacable, Christopher aime résoudre des équations mathématiques compliquées mais est en proie à des accès de peur incontrôlables, gère difficilement les relations sociales, n’aime pas qu’on le touche et ne supporte que la présence de son petit rat apprivoisé. Lorsqu’il découvre Wellington, le chien de sa voisine Mrs Shears, une fourche plantée dans le ventre, il se lance le défi de retrouver le meurtrier et décide de mener sa propre enquête…Le départ d’un long et insolite parcours initiatique, semé de rencontres insolites et d’aventures rocambolesques, qui le mènera bien au-delà de ce qu’il aurait pu imaginer…

Une pièce extrêmement réussie, servie par une mise en scène brillante, soignée et ultra créative ! Entre actions et émotions, les tableaux (dont certains chorégraphiés) s’enchaînent avec fluidité et on se régale à suivre les aventures insolites du jeune Christopher comme on tournerait les chapitres du roman (qui est d’ailleurs lu sur scène). La belle idée de Philippe Adrien est de montrer le spectacle, traité comme un « théâtre-récit », non pas de manière linéaire et purement descriptive, mais à travers les yeux, les sensations et les émotions du jeune Christopher. Une façon habile de nous faire ressentir, voir, entendre, découvrir l’autisme. Et un joli message délivré sur le handicap et la différence, sans pathos, ni complaisance. Coup de chapeau à l’ensemble des comédiens, à commencer par le jeune Pierre Lelièvre (de surcroît excellent danseur ! ) qui campe un Christopher extrêmement convaincant.  

Même si le spectacle s’essouffle un peu dans la deuxième partie (la pièce dure 2 heures 10), un excellent moment de théâtre qui bénéficie d’un beau succès critique et public. Quatre représentations supplémentaires sont prévues le mardi 20, le mercredi 21, le jeudi 22 et le vendredi 23 octobre à 20h.

Le point de vue d’Elisabeth 

LE BIZARRE INCIDENT DU CHIEN PENDANT LA NUIT

Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes

Jusqu’au 23 octobre 2015

Représentation le 25 avril 2017 à 20H30 au Carré Belle-Feuille, 60 rue de la Belle Feuille, 92100 Boulogne-Billancourt.  

⇒Venir à la Cartoucherie de Vincennes

Station Château-de-Vincennes. Sortir en tête de ligne puis prendre :
• la navette Cartoucherie garée près de la station de taxis (départ toutes les quinze minutes environ, premier voyage 1 h avant le début du spectacle)
• ou le bus 112, arrêt Cartoucherie

Crédit photos : Antonia Bozzi 

DANSER À LA LUGHNASA – THÉÂTRE de L’ATELIER

v_14406099497804Danser à la Lughnasa, le chef-d’œuvre de Brian Friel, nous plonge dans l’Irlande rurale des années 30. Comté de Donegal, dans un grand cottage en dehors de la ville vivent les cinq sœurs Mundy. Aucune n’est mariée. Kate, la plus âgée, est institutrice et la seule à être bien payée. Agnès et Rose tricotent des gants en laine qui sont vendus en ville. Maggie la fantasque et Christina, mère d’un petit Mickael de sept ans, n’ont aucun revenu. Au coeur de ce bel été 1936, dans la grande cuisine, au son du poste TSF, les rires fusent, les chamailleries vont bon train et l’excitation est à son comble car la fin des moissons annonce le bal de la Lughnasa, la promesse de chaudes étreintes et le départ peut-être d’une nouvelle vie… Pour l’heure, les hommes qui les entourent sont inaccessibles : l’oncle Jack, revenu partiellement amnésique d’une mission en Ouganda et le jeune Gerry, l’amant de Christina et le père du jeune Michael, prêt à s’engager dans les brigades internationales dans la guerre civile qui fait rage en Espagne…

Danser à la Lughnasa questionne la condition sociale féminine de l’entre-deux-guerres à travers cette belle histoire de femmes tantôt douce, tantôt amère, teintée de nostalgie. Le texte est ciselé, la psychologie des personnages fine, le casting solide, animé par une « brochette » de comédiennes talentueuses, quoiqu’inégalement expérimentées. Mes deux coups de cœur personnels iront à Lou de Laâge qui campe une très convaincante Christina écorchée vive en proie au dépit amoureux et Florence Thomassin (trop rare sur scène) qui apporte un joli grain de folie à la fantasque Maggie. Seul regret général, la pièce est longue et la mise en scène manque parfois de fougue. Il m’a manqué ce petit supplément d’âme pour plonger complètement dans cette Irlande rurale et me laisser emporter dans la danse. ..

Carole, pour sa part, a passé un moment de théâtre formidable et serait bien restée une heure de plus à écouter les conversations des sœurs Mundy dans la cuisine familiale, tant cette histoire de femmes l’a emballé et la mise en scène séduite… Débat passionné à la sortie de l’Atelier!

Une dernière ligne dédiée à Brian Friel, l’auteur de la pièce, décédé le 2 octobre dernier. Il avait adressé un petit mot à toute la troupe la veille de la première. Hommage.  

Le point de vue d’Elisabeth 

DANSER À LA LUGHNASA

Théâtre de l’Atelier, 1 place Charles Dullin, 75018 Paris 

Crédit photos : Christophe Vootz

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DANSERA LA LUGHNASA Photo Gerry et Chris (Libre de droits (c)Christophe Vootz) DANSERA LA LUGHNASA Photo Kate et Maggie (Libre de droits (c)Christophe Vootz) DANSERA LA LUGHNASA Photo Rose Agnes et Jack (Libre de droits (c)Christophe Vootz) DANSERA LA LUGHNASA Photo Soeurs et Jack (Libre de droits (c)Christophe Vootz) DANSERA LA LUGHNASA Photo Soeurs Horizontale(Libre de droits (c)Christophe Vootz) DANSERA LA LUGHNASA Photo tous (Libre de droits (c)Christophe Vootz)

CYRANO DE BERGERAC – THÉÂTRE LE RANELAGH

cyrano_web_avec_presseFinalement, cette chronique pourrait tenir en une phrase : « Ne manquez cette pièce sous aucun prétexte, allez l’applaudir » tant les beaux spectacles n’ont pas besoin de longs discours ! J’ai été éblouie par le Cyrano de Bergerac, actuellement à l’affiche du théâtre Le Ranelagh. Le risque était grand de se « frotter » à ce monument du répertoire mais ce Cyrano est une réussite indéniable, servi par une mise en scène diablement séduisante signée Jean-Philippe Daguerre et l’immense talent des comédiens de la compagnie Le grenier de Babouchka.

France, 1640. Cyrano de Bergerac est un mousquetaire intrépide, appartenant aux cadets de Gascogne. Secrètement amoureux de sa belle cousine Roxane, il n’ose lui déclarer sa flamme, lui si laid avec son grand nez. Par amour, il protégera son rival, le jeune et beau Christian, et l’aidera même à la séduire.

Pendant deux heures, le plaisir est total grâce à une mise en scène, ultra réjouissante et énergique, alternant chants, musiques, combats de cape et d’épée. Et jolie trouvaille de Jean-Philippe Daguerre : le violoniste virtuose Petr Ruzicka, ponctue la pièce de magnifiques intermèdes musicaux (partitions écrites par Edmond Rostand lui-même) nous replongeant à chaque note dans un XVIIème siècle nostalgique et rocailleux. Sur un plateau quasiment dépouillé, les dix comédiens, engagés à 100%, généreux et parfaitement « synchro » offrent une prestation de haut vol. Et que dire de l’interprétation magistrale de Stéphane Dauch dans le rôle titre de Cyrano, apportant tout ce qu’il faut de panache, de truculence, de fougue, de sensibilité et de tendresse au personnage mythique d’Edmond Rostand, sans l’ombre d’une hésitation sur aucun de ses 1 600 vers. Indéniablement du grand art et un moment de théâtre épatant ! Le coup de cœur de l’automne, allez-y les yeux fermés.  

Le point de vue d’Elisabeth 

CYRANO DE BERGERAC

Théâtre le Ranelagh, 5 rue des Vignes, 75016 Paris

Du mercredi au samedi à 20h45, samedi à 16h30, dimanche à 17h

Relâches les 1er octobre, 1er novembre et 11 novembre à 20h45

Supplémentaires à 16h30 les 5, 12, 19, 21, 22, 23, 26, 28, 29, 30 décembre et 2 janvier

 

VICTOR – THÉÂTRE HÉBERTOT

40x60-VICTORnewOKUne affiche de gala, signée par le célèbre studio Harcourt, pour le duo star de cette rentrée théâtrale. Grégory Gadebois et Éric Cantona sont les protagonistes de Victor une pièce d’Henri Berstein au théâtre Hébertot depuis le 2 septembre. J’ai eu l’opportunité et le  plaisir d’assister à la couturière, confortablement installée au milieu d’une audience attentive et curieuse de découvrir ce duo inattendu sur scène ! La metteur en scène, Rachida Brakni, nous prévient, dans son speech introductif qu’elle s’accordera à tout moment le droit d’interrompre la représentation, si d’aventure la mise en scène lui déplaît. À bon entendeur… Extinction des lumières, lever de rideau. Sur scène, un homme est assis sur un banc public. Nous sommes en 1950. Victor (Grégory Gadebois) sort de prison, après une longue peine purgée à la place de Marc (Éric Cantona), héros de guerre et homme d’affaires peu fréquentable. Une décision qu’il avait alors prise par amour pour une femme, Françoise (Caroline Silhol), la femme de Marc. Françoise n’a rien oublié de cet amour pour Victor et souhaite le reconquérir. Entre amours contrariées, quête de richesse, amitié virile et désillusions, la pièce nous raconte la trajectoire de ce triangle amoureux. Cette belle trame narrative (la pièce se suit comme un film) est assurément une réussite d’autant que le casting fonctionne à 100%, à commencer bien sûr par Grégory Gadebois, l’inoubliable interprète de Charlie, dans le succès phénomène Des Fleurs pour Algernon. Il offre une nouvelle fois une prestation de haute volée de bout en bout, maniant toute la palette des émotions avec une simplicité et une profondeur formidables. J’ai été également très séduite par les seconds rôles, et notamment par la jeune comédienne Marion Malenfant, ex-pensionnaire de la Comédie Française, qui illumine le plateau par sa fraîcheur et la justesse de son interprétation. Ses scènes avec Grégory Gadebois sont à mon avis les plus convaincantes. Et « Canto » dans tout ça ? À demi-caché dans la pénombre d’un couloir, costume trois-pièces et borsalino vissé sur la tête, la metteur en scène, son épouse à la ville, n’a pas manqué de soigner son entrée en scène. Éric Cantona n’est certes pas un acteur professionnel mais force est de lui reconnaître une présence, une voix, une stature. Même si le débit est parfois rapide et la gestuelle un peu mécanique, il délivre une prestation très honorable avec quelques moments franchement réjouissants, notamment dans les duos avec Grégory Gadebois. Quelques regrets cependant : une mise en scène sans fausse note mais qui reste un peu linéaire et statique ; l’absence d’un « je-ne-sais-quoi » qui ne m’a pas permis de plonger dans les années 50, et de savourer la belle pièce d’atmosphère à laquelle je m’attendais. Peut-être est-ce dû aux décors un peu froids et à la signature musicale trop discrète. Ces bémols exceptés, un très joli moment de théâtre à vous conseiller en cette rentrée !

Le point de vue d’Elisabeth 

VICTOR

Théâtre Hébertot, 78 bis boulevard des Batignolles, 75017 Paris

Du mardi au samedi à 21h

Dimanche 17h

Crédit photos : L. LOT 

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SUMMER BREAK

1bb10fd5bc9ac8cece48b54f1b8458c1Chers lecteurs et amis blogueurs,

Après un premier semestre bien rempli, nous mettons entre parenthèses nos aventures théâtrales pour profiter du break estival. Nous vous donnons rendez-vous à la rentrée pour de nouvelles chroniques, de belles rencontres et …quelques surprises. 

D’ici là, nous vous souhaitons un très bel été, plein de soleil et d’évasion. 

Elisabeth & Carole

 

 

CELUI QUI TOMBE & LEAVING ROOM – COMPAGNIE YOANN BOURGEOIS

050Il est des spectacles qu’on n’oublie pas. C’est la dernière chronique de la saison avant le break estival et, tradition du blog oblige, je conclus par LE spectacle qui m’a littéralement conquise au cours des six mois écoulés. Petite entorse à notre terrain de jeu habituel, il ne s’agit pas de théâtre stricto sensu mais de deux spectacles inclassables relevant davantage des arts du cirque et signés par une compagnie grenobloise qui fait beaucoup parler d’elle depuis quelques années: la compagnie Yoann Bourgeois, du nom de son jeune fondateur. Acrobate, jongleur, danseur, trampoliniste et metteur en scène, Yoann Bourgeois se définit comme « un artiste de cirque mais joueur d’abord et sans spécialité ». Passé entre autres par l’École du cirque Plume, le Centre national des Arts de Chalons en Champagne et le Centre national de danse contemporaine d’Angers, il décide de créer sa propre compagnie en 2010, composée aujourd’hui d’une vingtaine de personnes. Son univers ? Des spectacles à la fois techniques et très visuels conçus à partir d’une réflexion sur les notions d’équilibre, d’apesanteur, de gravité et du refus de la chute. Avec en fil rouge une quête personnelle et perpétuelle du « point de suspension », ce point bien connu des artistes de cirque qui correspond à l’instant où les corps sont au plus haut de l’envol avant la chute. Comme une seconde d’éternité où le temps n’a plus de prise. Dans l’univers de Yoann Bourgeois, rien ne tient vraiment debout, on perd l’équilibre, on se suspend, on dégringole, on se rattrape au vol, on s’accroche aux branches et on se laisse aussi tomber parfois. Pour illustrer les rapports de force entre les corps et les éléments, le metteur en scène signe chacune de ses créations par l’utilisation d’objets ou de dispositifs variés, inattendus, éminemment graphiques, comme des cubes, balanciers, escaliers, trampolines invisibles,… Le comédien/acrobate n’est pas au centre de la scène (au propre comme au figuré) mais représente un élément en interaction permanente avec les objets qui l’entourent, avec les forces qui le guident. 

En juin dernier, j’ai pu découvrir « Celui qui tombe » au Théâtre de la Ville, l’une des créations les plus récentes de la Compagnie créée à l’occasion de la 16e Biennale de la Danse de Lyon en septembre 2014. Un spectacle véritablement saisissant! Dès les trente premières secondes, on est scotché. La scène est plongée dans l’obscurité totale quand soudain une grande plateforme en bois de six mètres carré suspendue par quatre filins descend des cintres. Elle oscille, s’incline, se penche dangereusement dans le vide : la descente, rythmée par le grincement du bois qui « travaille » semble mal engagée, laborieuse, périlleuse. Juchés sur cette plateforme, six personnages, trois hommes et trois femmes – une « petite humanité » comme le décrit Y. Bourgeois – sont soumis aux oscillations incertaines de ce balancier géant. Ils s’agrippent, s’accrochent, pour garder leur équilibre, ne pas glisser, ne pas tomber dans le vide. Individuellement ou ensemble, ils résisteront. Après, ce seront d’autres aventures qui les attendront dont celle, une fois la plateforme fixée au sol et mise en mouvement par un pivot, qui les emportera avec elle de plus en plus vite au son de « My way » les contraignant d’abord à marcher, puis courir, sauter, trébucher, s’unir pour certains, se séparer parfois, tomber.  Chercher à tenir debout quand les forces nous en empêchent, malgré les contraintes qui pèsent et s’exercent. Une métaphore de la condition humaine magnifiquement illustrée par les différents tableaux de ce spectacle inclassable, captivant, magnétique, à la chorégraphie millimétrée et désarmant de grâce et de poésie. On se surprend à sourire, rire, s’effrayer, s’émouvoir aux aventures de ces drôles de pantins soumis aux lois de l’équilibre et de la gravité.

Le spectacle « Leaving room » présenté au Carreau du Temple dans le cadre du festival Paris Quartier d’été est plus intimiste mais garde la signature « Bourgeois ». Il est 22h, il fait presque nuit dehors quand nous venons nous installer dans l’immense salle du Carreau. Question siège, c’est l’embarras du choix : chaises longues pour les plus chanceux, gradins ou tapis jonchés élégamment sur le sol pour les derniers retardataires. Les protagonistes du soir (Yoann Bourgeois, Marie Fonte et la harpiste Laure Brisa), installés au fond de la scène, nous attendent déjà en échangeant discrètement quelques mots avant de s’offrir aux regards, quand soudain un projecteur s’écrase au sol. Silence glacial dans les rangs du public. Et c’est parti pour 50 minutes de spectacle, composé de courtes pièces dans lesquelles Yoann Bourgeois fait ses gammes et explore les thèmes qu’il affectionne : chute, équilibre, pesanteur. En substance, la relation d’un homme et d’une femme, des conflits, des discussions, des séparations, des retrouvailles magnifiées par un dispositif « bourgeoisien » : une balance de Lévité, une table et deux chaises, un métronome et un trampoline invisible au pied d’un escalier, comme autant d’éléments susceptibles d’illustrer toutes les forces qui régissent les sentiments et les unions humaines. Un moment d’exception : les chutes et rebonds infiniment poétiques de Yoann Bourgeois de l’escalier au trampoline. La scène finale où les deux protagonistes tentent de trouver leur équilibre à quatre mains sur une planche surplombant un globe est d’une grâce infinie. La musicienne (la harpiste Laure Brisa) accompagne le duo par une bande son empruntant tout à la fois à Schubert, Philippe Grass, Bach. Singulier mais envoûtant. Encore une occasion de se régaler avant la dernière ligne droite des vacances: le spectacle « Cavale » est proposé demain gratuitement sur le parvis du Sacré Cœur. J’y serai pour clore ce mois de juillet en beauté …et en apesanteur.

Le point de vue d’Elisabeth 

CAVALE  – Compagnie Yoann Bourgeois 

Dimanche 26 et lundi 27 juillet à 21h (spectacle gratuit)

Parvis du Sacré Coeur

Pour en savoir plus sur la compagnie : http://cieyoannbourgeois.fr/

Crédits photo : Géraldine Aresteanu 

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LES AMOUREUX DE MARIVAUX – THÉÂTRE LE RANELAGH

vz-b9a837a5-f702-4ae6-bac7-22ab1b36b018Si l’heure des grandes vacances n’a pas encore sonné pour vous, il est encore temps d’aller découvrir un joli spectacle musical créé par la compagnie « Les Mauvais Élèves » actuellement à l’affiche du théâtre du Ranelagh. A l’origine du projet, deux jeunes comédiennes, Elisa Benizio et Bérénice Coudy – auxquels se sont joints Guillaume Loublier et Valérian Béhar-Bonnet, tous issus du cours de Jean-Laurent Cochet – qui ont eu envie de rendre hommage à leur auteur classique préféré : Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux. Ainsi est né ce spectacle musical « Les amoureux de Marivaux », alternant les plus belles scènes d’amour du théâtre (parfois méconnu) du célèbre auteur du « Jeu de l’Amour et du Hasard » (La Méprise, L’heureux Stratagème, La Commère, …), et ponctué d’une dizaine de chansons du répertoire français du XXe siècle, de Serge Gainsbourg à Jane Birkin, de Sylvie Vartan à Michel Polnareff. Comme une jolie passerelle entre les siècles où les situations amoureuses se font écho. Sur le plateau, rien ou presque (2 chaises !), le spectacle ne repose uniquement que sur l’énergie et l’implication des quatre comédiens qui s’en donnent à cœur joie pendant une heure trente, aussi à l’aise dans l’art dramatique (ils se partagent une quinzaine de personnages), le chant a cappella, la danse que le …beat box, ravis de leur partition, complices avec le public. Bravo à eux de nous donner l’occasion de redécouvrir de belles scènes méconnues du répertoire classique et de faire sonner la langue et le théâtre de Marivaux – fin observateur des états d’âme amoureux – de manière si moderne ! La mise en scène est signée par le célèbre duo Shirley et Dino, qui a su insuffler malice, poésie et impertinence. A noter également le joli soin apporté aux costumes. Dommage peut-être de ne pas avoir accompagné le spectacle d’une bande son afin de donner encore plus de pétillance à l’ensemble.

Au final, un spectacle tout public, plein de générosité et déjà bien rodé (Comédie Nation, Théâtre du Poche Montparnasse, Festival d’Avignon 2014), à consommer bien frais dans le magnifique théâtre du Ranelagh jusqu’au 31 juillet ! Et petit clin d’œil, en fin de représentation, la compagnie « Les Mauvais Élèves » vous offre la possibilité d’envoyer une carte postale à la personne de votre choix en guise d’invitation au spectacle ! Faites tourner ….

Le point de vue d’Elisabeth 

LES AMOUREUX DE MARIVAUX

Théâtre Le Ranelagh, 5 rue des Vignes, 75016 Paris

Du mercredi au samedi à 21h

Le dimanche à 17h

Jusqu’au 31 juillet 2015

http://www.achilletonic.com/

THE SERVANT – THÉÂTRE de POCHE MONTPARNASSE  

AFF-THE-SERVANT1-201x300Les excellentes critiques entendues ici et là et le Molière du meilleur comédien dans un spectacle de théâtre privé attribué à Maxime d’Aboville ont aiguisé ma curiosité à découvrir The Servant, la valeur sûre théâtrale de ce printemps ! Direction le théâtre de Poche Montparnasse par un dimanche après-midi de mai : salle pleine à craquer, le bouche à oreille semble fonctionner !

The Servant, roman écrit en 1948 par l’écrivain et scénariste britannique, Robin Maugham – et adapté au cinéma en 1963 – nous plonge dans les quartiers chics du Londres des années 50. Tony, jeune aristocrate un brin désinvolte et paresseux, emménage dans une grande maison vide, au retour d’un séjour en Afrique. À ses côtés, évoluent Richard, son meilleur ami et la jolie Sally avec qui il entretient une relation amour/amitié. Tony embauche un domestique à son service, Barrett, qui se révèle le « butler » parfait dans la plus pure tradition britannique : honnête, compétent, fiable, d’un professionnalisme sans faille. Barrett se montre rapidement indispensable et la confiance s’instaure entre les deux hommes. Mais derrière cette apparence d’ordre et de quiétude, les rôles insidieusement s’inversent. Barrett prend peu à peu le contrôle de la vie du jeune Tony, de la décoration des lieux jusqu’aux détails de sa vie privée. Tony devient l’esclave de ce « butler » énigmatique et vénéneux qui réussira à régenter la vie de son maître jusqu’à l’assujettir et le réduire à l’état de loque humaine.

Formidable pièce ! À la fois thriller, huis clos, et comédie des mœurs à l’humour grinçant, The Servant se suit comme un excellent polar ! Au-delà des nombreux thèmes explorés (lutte des classes, place des femmes dans la société, désir de pouvoir, frustrations sexuelles), The Servant brosse le portrait d’une Angleterre accrochée à ses traditions mais en quête de nouveaux repères. D’un point de vue strictement théâtral, une réussite incontestable : un casting vraiment irréprochable emmené par les deux rôles titres Maxime d’Aboville (Barrett) et Xavier Lafitte (Tony) – ainsi que la sémillante Roxane Bret (qui fait ici ses premiers pas sur les planches) –  des dialogues vifs, ciselés, alertes et une mise en scène (signée Thierry Harcourt) sobre, élégante et efficace malgré de modestes moyens. Car c’est mon seul regret : cette belle pièce d’atmosphère aurait mérité un plus grand plateau et des décors plus travaillés afin de plonger davantage le spectateur dans l’esthétique cossue et so british de cette maison londonienne des années 50. Un détail pour cette pièce très réussie, aussi savoureuse qu’un scone clotted cream à l’heure du teatime….

Le point de vue d’Elisabeth 

THE SERVANT

Théâtre de Poche Montparnasse, 75 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris

Du mardi au samedi à 19h

Dimanche à 17h30 

Jusqu’au 12 juillet 2015

Crédit : Victor Tonelli @Artcomart

Crédit : Victor Tonelli @Artcomart

Crédit : Brigitte Enguerand

Crédit : Brigitte Enguerand

 

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OPEN SPACE – THÉÂTRE de PARIS

40x60_OS_0Est-ce parce que je n’ai jamais travaillé en open space que je me suis tant ennuyée au spectacle de Mathilda May jeudi dernier ? La pièce rencontre un très gros succès public et critique depuis un an mais grosse déception me concernant ! Plantons le décor : la pièce raconte la journée de travail de 6 employés de bureau, 3 hommes et 3 femmes, qui évoluent dans un open space. On y retrouve l’employé ambitieux beau gosse qui en fait des tonnes, la secrétaire effacée et complexée qui en pince pour le premier, la workaddict alcoolique, le réservé qui a été mis au placard, le patron dictatorial qui fantasme sur la secrétaire mais se fait tyranniser par sa femme… Pendant 1 heure trente, s’enchaînent les mini évènements qui font le quotidien d’une journée de travail avec les contraintes connues d’un open space : bruit, promiscuité, manque d’intimité, épiement, …Tout cela aurait pu donner un très bon spectacle sauf que le parti-pris artistique réside dans le fait que les comédiens (tous excellents par ailleurs) ne s’expriment que par borborygmes, onomatopées, bruitages. Du coup, là où on aurait pu s’attendre à une lecture fine et assez subtile de la thématique « relations au travail », on assiste, faute de dialogue, à un enchaînement de tableaux – interprétés, chantés ou dansés – tous plus caricaturaux les uns que les autres, à la limite du grotesque : celui qui sautille tel un cabri pour aller la photocopieuse et se trémousse façon gogo-dancer, la machine à café en panne qui fait le bruit d’un moteur à réaction, le réparateur qui répare ladite machine tel un torero plantant ses dernières banderilles, la tentative de suicide d’un des salariés dans l’anonymat général, la workaddict qui sort au vu de tous sa bouteille de whisky, etc., etc… Que c’est lourd ! A se demander si on est dans un  bureau ou un music-hall. A moins que ce soit l’objectif de grossir le trait. Peut-être, dans tous les cas, je suis passée à côté, même si le spectacle ne manque pas d’atouts : un très bon casting de comédiens, quelques scènes très bien chorégraphiées, une jolie bande son et un décor ultra soigné. Bref, si vous aimez l’humour burlesque à la Monty Python, allez-y. Sinon….

Le point de vue d’Elisabeth 

OPEN SPACE

Théâtre de Paris • 15 rue Blanche, 75009 Paris

Du mardi au samedi à 21h & dimanche à 15h30

Jusqu’au 12 juillet 2015

Crédit photos : Giovanni Cittadini Cesi 

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DES FLEURS POUR ALGERNON – THÉÂTRE du PETIT SAINT-MARTIN

algernon-5Dès la première réplique, j’ai compris. J’ai compris que j’allais vivre un moment de théâtre unique qui resterait longtemps gravé dans ma mémoire. Et pas seulement dans la mienne, j’en suis certaine, mais dans celle des 150 spectateurs venus découvrir « Des fleurs pour Algernon » mercredi dernier au théâtre du Petit Saint-Martin. Nous avons, je crois, tous été suspendus aux paroles d’un comédien exceptionnel qui n’a pourtant pas bougé de sa chaise pendant 1 heure et 20 minutes.

Ce comédien, c’est Grégory Gadebois, ancien pensionnaire de la Comédie-Française, césar du meilleur espoir masculin en 2012 (voir le joli portrait que Libération lui a consacré en janvier 2013) qui offre une prestation époustouflante de la première à la dernière seconde ! Dans « Des fleurs pour Algernon » (qui fut d’abord un livre, puis un film), il campe le personnage de Charlie, un jeune ouvrier simple d’esprit qui est approché par deux professeurs de médecine pour subir une opération du cerveau, susceptible de démultiplier ses facultés mentales. L’expérience a réussi sur une souris nommée Algernon, alors pourquoi ne pas la tenter sur un homme ? Charlie, secrètement amoureux de l’un des professeurs Miss Kinian, accepte de devenir cobaye et l’expérience fonctionne. Progressivement, il se métamorphose en un être aux compétences intellectuelles exceptionnelles brillant analyste, doué d’une mémoire phénoménale, d’une pétillance et d’une subtilité  incomparable. En sera-t-il plus heureux pour autant ? Mais l’expérience sera de courte durée. Tandis que la souris Algernon meurt, Charlie connaît un déclin aussi vertigineux que son ascension.  

Au-delà du beau questionnement de la pièce (qu’est-ce que l’intelligence ? Celle du cœur n’est-elle pas aussi ou plus importante que celle des connaissances ?), j’ai été subjuguée par la performance de Grégory Gadebois et sa capacité à interpréter successivement cet homme au QI limité, puis supérieurement intelligent puis redevant l’homme simple qu’il était, et profondément conscient de la perte de ses capacités. L’exercice aurait pu s’avérer caricatural, il est d’une justesse, d’une subtilité et d’une finesse formidables. Grégory Gadebois incarne Charlie avec une infinie douceur et une profonde humanité, dans les mots, les gestes, le regard, la posture. C’est terriblement émouvant, on en ressort touché. Courez applaudir ce spectacle qui est un triomphe depuis sa création en 2012. Logique et tellement mérité, c’est une leçon de théâtre !

Le point de vue d’Elisabeth 

DES FLEURS POUR ALGERNON

Théâtre du Petit Saint-Martin, 17 rue René Boulanger, 75010 Paris

Du mardi au vendredi à 20h30

Le samedi à 16h et 20h30

Photo Pascal Victor. Artcomart

Photo Pascal Victor. Artcomart