LES FOURBERIES DE SCAPIN – THÉÂTRE MICHEL

affiche-scapin-theatre-michelJ’avais découvert la compagnie Le Grenier de Babouchka cet automne lors d’une excellente adaptation de Cyrano au théâtre Le Ranelagh  (la pièce joue d’ailleurs les prolongations jusqu’au 30 avril 2016, succès amplement mérité !). Née en 2003, la compagnie est spécialisée dans l’adaptation des « grands classiques » et fête cette année sa cinquième saison de résidence au Théâtre Michel. Sa signature ? Revisiter les grands textes du répertoire à travers des mises en scène -de Jean-Philippe Daguerre -pleines de fougue, de tonicité, et de créativité, mêlant tous les arts (combats, chants, danse et musique !) et faisant la part belle aux comédiens. Ici, ni modernisme gratuit, ni démagogie, ni décor sophistiqué, juste l’envie de proposer un bon et beau théâtre, populaire, solide et accessible aux enfants dès 7/8 ans. 

J’ai passé de nouveau un excellent moment devant les facéties du jeune et rusé Scapin, en proie à régler les intrigues amoureuses de ses maîtres ! Une mise en scène vive, éclairante et je dois dire, formidablement « portée » par l’interprétation d’un comédien étonnant et d’une grande aisance : Kamel Isker, qui offre, d’un bout à l’autre de la pièce, une prestation magistrale dans le rôle titre: une vraie présence scénique, un engagement physique total, un texte parfaitement approprié et retranscrit, aussi à l’aise dans les scènes de bastonnade que dans les moments d’intimité et d’émotions. Bravo à lui ainsi qu’à l’ensemble des comédiens.

Bref, du bel ouvrage ! Et en cette période de vacances de Noël, un spectacle à conseiller chaudement à celles et ceux qui veulent faire découvrir le théâtre classique aux plus jeunes. 

Le point de vue d’Elisabeth 

LES FOURBERIES DE SCAPIN

Théâtre Michel, 38 rue des Mathurins, 75008 Paris

Selon les jours 10h00, 10h15, 14h15, 16h00

Jusqu’au 7 mai 2016

Site web Le grenier de Babouchka : http://www.legrenier.asso.fr/

DE L’INFLUENCE DES RAYONS GAMMA SUR LE COMPORTEMENT DES MARGUERITES – THÉÂTRE DE L’ATELIER

v_14477775048159Dans la société américaine en pleine mutation des années seventies, Béatrice Hundsdorfer rêve d’ouvrir un salon de thé élégant alors qu’elle élève seule, et non sans peine, ses deux filles. Si Ruth, 17 ans, est fantasque et rebelle, Mathilda, 13 ans, est introvertie et passionnée de sciences. Entre autre, elle étudie l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites…

Dans un salon sans dessus dessous, Isabelle Carré, Alice Isaaz et Armande Boulanger nous livrent leurs rêves brisés. Le texte de Paul Zindel est plein de cruauté, d’amour, d’égoïsme mais surtout de souffrance, de regret et de mélancolie. Dans une ambiance étouffante, la mise en scène d’Isabelle Carré (c’est sa toute première !) brosse avec justesse les liens toxiques existant entre cette mère complètement paumée, accro autant à l’alcool qu’au tabac et ses deux filles. Haine et amour s’entrecroisent dans le cœur de cette mère indigne. L’interprétation des comédiennes est pleine de justesse et de retenue. Excellentes toutes les trois. Seulement 30 représentations ! A voir, vite.

Le regard d’Isabelle

DE L’INFLUENCE DES RAYONS GAMMA SUR LE COMPORTEMENT DES MARGUERITES 

Théâtre de l’Atelier, 1 place Charles Dullin, 75018 Paris 

Prolongation : jusqu’au 6 février inclus. Du mardi au samedi à 19h00, matinée le samedi à 17h00.

Crédit photos : Christophe Vootz 

ROMÉO ET JULIETTE – LES BÉLIERS PARISIENS

Romeo-et-Juliette-TDBP-WEB-DistribDes Roméos et des Juliettes comme s’il en pleuvait dans les théâtres parisiens et Paris se transforme en Vérone ! Tout le monde se presse à la Comédie-Française depuis le 5 décembre dernier pour découvrir l’adaptation de la plus belle des pièces d’amour, mise en scène par Eric Ruf. Mais j’ai eu le plaisir de découvrir récemment une version fort réussie, de la jeune et talentueuse compagnie Chouchenko, spécialisée dans l’adaptation des grands classiques. Un spectacle sans faute, ultra esthétique, proposant un vrai parti-pris artistique et solidement défendu par sept comédiens pluridisciplinaires. Sur la jolie scène des Béliers, le texte, rien que le texte mais également chant, danse, combat, musique originale (saxophone, accordéon, guitare, violoncelle) pour accompagner les scènes célèbres du bal, du caveau, de la nuit de noce et de la mort. Décor épuré mais un solide travail de lumières qui offre un très bel écrin aux comédiens plein de fougue et transpirant le plaisir d’être sur scène. Bravo à cette belle troupe et aux Béliers Parisiens qui offrent encore et toujours une programmation de qualité. 

Le point de vue d’Elisabeth 

ROMÉO ET JULIETTE

Les Béliers Parisiens, 14 bis rue sainte-Isaure, 75018 Paris 

Dernière le dimanche 20 décembre à 17h !

CA N’ARRIVE PAS QU’AUX AUTRES – CAFÉ DE LA GARE

artautresMardi 20h00. Un jeune couple visite une maison à vendre en Normandie. Mais leur rendez-vous immobilier se transforme très vite en un véritable cauchemar…

Le texte et la mise en scène de Nicolas Martinez et Benoît Moret sont délirants, absurdes, démentiels… En deux mots : complètement barrés. L’interprétation de Ariane Boumendil, Nicolas Martinez, Benoît Moret et de Pascale Oudot est excellente (voire même remarquable pour Nicolas Martinez) et menée tambour battant d’un bout à l’autre du spectacle. Quel dynamisme, les quatre comédiens sont plus allumés les uns que les autres !

Un regret : un sein, des fesses et bien plus sont inutilement dénudés (d’où le pourquoi le spectacle est déconseillé au moins de 12 ans). L’énergie, l’humour et le talent des quatre compères suffisent largement pour maintenir le public totalement hilare une heure durant.

En conclusion : spectacle jubilatoire. On y rit aux larmes. A voir sans faute !

Le regard d’Isabelle

CA N’ARRIVE PAS QU’AUX AUTRES 

Café de la Gare, 41 Rue du Temple, 75004 Paris

Du mercredi au samedi à 21h00, le dimanche à 16h30.

Jusqu’au dimanche 27 mars 2016.

Crédit photos : Fabienne Rappeneau (sur scène) et William Let (studio)

BLONDIE ET BRUNETTE – LE PROSCENIUM

BB-212x300Fraîcheur et profondeur. Avec Blondie et Brunette, on remonte le fil d’une amitié, du temps et de l’Histoire. Compte à rebours : 1936, Lexie (Émilie Lecouvey), jeune fille de bonne famille, introvertie et timide, rencontre dans un bar Lili (Faustine Pont), une jeune photographe accorte au caractère bien trempé et féministe. Deux personnalités aux tempérament et physique très contrastés (Lexie est aussi blonde que Lili est brune) que le destin réunira dans une fusion quasi-immédiate. Elles traverseront ensemble les étapes de la vie, ses désillusions, ses joies, ses épreuves, les guerres, ses enseignements.

Retour au présent : Matt et Lou, les petits enfants de Lexie, perchés sur une chaise haute dans le séjour, écoutent attentivement les échanges de Lexie et Lili qui se remémorent leurs souvenirs. Si Matt, adolescent moqueur, saisit l’occasion pour railler les deux femmes, Lou, tournicotant ses couettes, n’en perd pas une miette et plaintive râle que personne ne l’écoute. Pour la calmer, Lexie lui confie son journal intime dans lequel elle a consigné sa vie. Par sa lecture, Lou (Anne-Laure Maudet qui se glisse merveilleusement dans la peau de cette petite fille) nous embarquera dans les épisodes successifs qui ont jalonné le parcours de vie de sa grand-mère et de sa meilleure amie. On découvrira avec elle comment leur amitié les a façonnées toutes les deux à travers le regard de l’autre.

Les séquences du temps sont marquées par un registre musical qui sert de repère pour l’époque (selon des morceaux de musique composés par Jonathan Marois) et de nombreux changements de tenue par les comédiens habillés selon la mode d’alors. Astuce à laquelle il fallait y penser, pour différencier la rue de l’appartement, quatre dalles de moquette ou représentant du bitume sont apposées par terre devant un panneau de décor en bois retourné lui aussi par deux comédiens selon les scènes.

Une équipe de comédiens à maturité variable mais tous impliqués et qui réussissent à faire émerger beaucoup d’émotions pour cette tragi-comédie introspective. Jolie prestation pour Émilie Lecouvey, et Faustine Pont (qui l’aurait reconnue tremblotante sur sa canne dans le rôle de la grand-mère ?).

La pièce écrite par Émile Bélina Richard a été mise en scène par la jeune metteure en scène Leah Marciano qui n’en est déjà pas à son premier coup d’essai et est actuellement aussi au Théâtre Le Proscenium, le dimanche à 17h30 pour Meurtres à Cripple Creek jusqu’au 27 décembre. Envie de découvrir une autre de ses mises en scène : j’irai donc.

Signé Carole !

BLONDIE ET BRUNETTE 

Théâtre LE PROSCENIUM 2, passage du Bureau, 75011 Paris

Prolongations à partir du 10 janvier 2016 : tous les dimanches à 17h15

Crédit photo : Leah Marciano

LES MISSIONS D’UN MENDIANT – L’ÉTOILE DU NORD THÉÂTRE

vz-8af99bf6-75e3-439b-961d-ceecf0f21a67Ce spectacle est composé de quatre pièces courtes de Daniel Keene (traduction de Séverine Magois et mis en scène par Olivier Couder et Richard Leteurtre) et nous font découvrir le monde étrange, noir et poétique de cet auteur australien :

* Je dis je : une plongée au cœur et au corps de l’identité de cette jeune fille empreinte de Prévert et du monde des baleines ;

* La visite : un père et sa fille rendent visite à la mère de cette dernière ;

* Avis aux intéressés : les tourments d’un père condamné face au devenir de son fils handicapé ;

* Un tabouret à trois pieds : Tom et Dick s’inquiètent d’Harry qui a pris toutes les couvertures alors que tous deux meurent de froid et de faim.

Francis Auvray, Olivier Couder, Stéphane Guérin, Coralie Moreau, Anna Peneveyre, Emmanuel Viennot de Vaublanc et Gabriel Xerri sont des comédiens professionnels en situation de handicap. Leur présence émouvante, décalée et fragile impressionne. Chapeau bas pour Peter Bonke, exceptionnel dans la maîtrise de son jeu d’acteur dans « Avis aux intéressés » et « Un tabouret à trois pieds ». Quant au décor créé par l’Atelier Eurydice, un ingénieux plateau escamotable en bois brut comme un îlot de tous les possibles dans ce monde où on oublie parfois les essentiels de la vie.

Le regard d’Isabelle

LES MISSIONS D’UN MENDIANT

L’Etoile du Nord – 16 rue Georgette Agutte – 75018 Paris Métro : Porte de Saint-Ouen ou Guy Môquet

Jusqu’au 19 décembre 2015. Les mardis, mercredis et vendredis à 20h30 ; les jeudis à 19h30 ; les samedis à 17h00.

Théâtre Eurydice ESAT (Plaisir 78)

23 et 24 mars 2016 à 14h30, 25 mars à 20h30

Théâtre de l’Usine (Eragny sur Oise 95)

15 et 16 avril 2016 à 21h00, 17 avril à 16h00

Réservation : 01.30.37.01.11. Email : billeterie@theatredelusine.net

HOME – THÉÂTRE DE L’OEUVRE

home170Singulier et attachant spectacle que « Home » actuellement au théâtre de l’Oeuvre qui ne devrait laisser aucun spectateur indifférent. Disons-le tout net : on adore ou on s’ennuie devant ce nouvel opus de Gérard Desarthe (après « Ashes » l’an dernier au même théâtre de l’Oeuvre). Personnellement, j’ai trouvé la pièce intéressante et bien défendue par un casting solide (Gérard Desarthe, Carole Bouquet, Pierre Palmade, Valérie Karsenti et Vincent Deniard). « Home » écrit en 1970 par David Storey, nous plonge au cœur d’une Angleterre no man’s land dans l’arrière cour sordide et misérable d’une maison de santé psychiatrique. Le mot ne sera pour autant jamais cité. Deux pensionnaires, Harry (Gérard Desarthe) et Jack (Pierre Palmade), plutôt bien mis, chapeautés et canne en main, viennent y prendre le soleil un moment et s’y attardent pour échanger banalités, parler pluie et beau temps et relater quelques anecdotes sur leur famille. Alors qu’ils quittent leur chaise après un long dialogue sans intérêt, ils sont bientôt remplacés par deux femmes, Kathleen (Carole Bouquet) et Marjorie (Valérie Karsenti), sans âge, déglinguées, foutrac, puis par Alfred (Vincent Deniard) un autre pensionnaire des lieux,  un colosse au costume de lutteur, paumé, lunaire, l’œil baladeur. Point de réelle action ici, l’histoire de cette petite « humanité » s’articule autour de petits évènements qui rythment la journée pour combler le vide de leur existence : chercher des chaises pour prendre le soleil, se presser à la cantine, regarder les autres passer, parler de tout et de rien.

A travers les errances et les désillusions de ses cinq personnages démunis, paumés, inadaptés, David Storey questionne nos propres désillusions face à une sociéte en perte de repères et de sens. On est assez proche d’un univers à la Ionesco, absurde et très profond en même temps. La mise en scène de Gérard Desarthe est juste et reflète bien le mal-être et malaise des personnages en proie à leurs doutes et angoisses. De nombreuses critiques ont salué la performance de Pierre Palmade mais ma palme personnelle irait plutôt à Gérard Desarthe, formidable de justesse psychique et gestuelle dans son rôle d’inadapté qui essaye de donner le change. Le binôme féminin fonctionne peut-être un peu moins bien, tant les personnages ont l’air sûr d’elles pour être complètement crédibles dans les personnages paumés qu’elles sont censées interpréter. Une pièce toute en nuances qui peut désorienter mais ne manque pas d’intérêt.

Le point de vue d’Elisabeth 

HOME

Théâtre de l’Oeuvre, 55 rue de Clichy, 75009 Paris

Du mardi au samedi à 21h

Matinées le samedi à 16h et le dimanche à 15h

Jusqu’au 20 décembre 2015

Durée : 1h30

Crédit photo : Dunnara Meas 

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JOUER JUSTE -AKTÉON THÉÂTRE

Joeur_Juste_72L’amour et le sport au même banc d’essai… !

Le comédien Erick Deshors a saisi la balle au bond quand Fabrice Michel, metteur en scène, lui a proposé de porter sur scène Jouer Juste de François Bégaudeau.

Deux histoires en apparence sans lien. Lors de la finale de la Coupe d’Europe de football, un entraîneur, à la mi-temps, assène de recommandations son équipe et les exhorte à « jouer juste ». Devant une télé posée sur les planches dont les images agressent par leur luminosité trop forte, Erick Deshors, l’entraîneur, invective ainsi des joueurs qui brillent par leur absence. Récit imaginaire ou réminiscence d’une expérience vécue ? On s’interroge. Dans un monologue, Erick Deshors continue et nous fait rencontrer alors Julie, sa petite amie dont il est particulièrement épris. Trop épris à son goût, il lui faut élaborer une stratégie pour s’en détacher tout en conservant son amour. Du terrain de l’amour à celui du match, il glisse dans un jeu de va-et-vient incessant. Tactique, manœuvre, ligne de conduite… en ordre de bataille, il pense en amour comme dans le sport ou dans le sport comme en amour.
D’un match qu’il a engagé et choisi d’arbitrer lui-même envers Julie saura-t-il sortir gagnant comme il l’impose à son équipe ?

Erick Deshors occupe la scène par son énergie et n’hésite pas à « jouer juste » avec son corps pour exprimer ses émotions. Donner vie à Julie sur un écran où défilent des images bien filmées est une jolie trouvaille. À aller voir.

Signé Carole !

JOUER JUSTE

Théâtre Aktéon, 11 rue du général Blaise, 75011 Paris 
Du mercredi 2 décembre 2015 au jeudi 3 mars 2016

Les mercredis et jeudis à 21h30

Crédit photo : LaMan

 

LES BOUTS DE VAISSELLE – A LA FOLIE THÉÂTRE

204Sous l’Occupation, une attachante bande de bras cassés – un vacher polonais, un ouvrier de chez Renault, une fonctionnaire libérée, une écervelée pétillante, et un paysan bonne pâte – s’engage autour de Sœur Hortense, une religieuse franchement caractérielle, dans une action aussi désordonnée qu’inefficace avec les moyens du bord (cierges, selle de vélo et pince Monseigneur). Une comédie qui se veut résistante aux accents loufoques.

 « Les bouts de vaisselle » nous parle bien de la Résistance mais elle n’est ni loufoque, ni comique. Le texte de Jérôme Gaulier manque de rythme, de rebondissements comme d’originalité ; la fin est ficelée à la va-vite. La mise en scène colle ici ou là des extraits de chansons ou des films d’époque sans lien avec l’intrigue alors que les éléments de décor (prie-Dieu, banc) campent sobrement mais avec efficacité les lieux (église, ferme). Quant à la troupe de comédiens, si elle est animée par la fougue de la jeunesse, son talent est pour la plupart encore en herbe. On passe un bon moment mais le tout fait un peu « amateur » au sens strict du terme.

Le regard d’Isabelle 

LES BOUTS DE VAISSELLE 

A La Folie Théâtre – Grande Salle- 6 rue de la Folie-Méricourt, 75011 Paris.

Les vendredi et samedi à 20h00, le dimanche à 18h30

Jusqu’au dimanche 31 janvier 2016. 

 

 

 

 

UN CAFÉ AVEC Valérie Baran, directrice Le Tarmac

Portrait Legrand CoulValérie Baran est la pétulante et souriante directrice du TARMAC, unique théâtre entièrement dédié à la scène contemporaine francophone. Avant la représentation du dernier spectacle de Julien Mabiala Bissila « Au nom du Père, du Fils et de J. M. Weston » (cf. chronique parue sur notre blog), dans les confins de son bureau, elle a confié à « Coup de Théâtre », avec passion et conviction, ses dix années de défense d’une création scénique en langue française et aux expressions plurielles.

Coup de théâtre : Bonjour Valérie, vous êtes directrice du Tarmac depuis dix ans. Quel est votre parcours ?

Valérie Baran : Fraîchement diplômée d’une école de commerce, je suis partie pour Moscou comme attachée aux questions économiques et sociales et aux relations avec les entrepreneurs Français et Russes dans une grande entreprise. Lors de mon séjour, je découvrais la vie artistique moscovite. Plus particulièrement, je me délectais de lectures de textes de théâtre (même si pour beaucoup le théâtre n’est pas un genre littéraire à part entière). Elles me fascinaient tout comme mes multiples rencontres avec des personnes de toutes origines. A mon retour en France, au gré du hasard – mais est-ce vraiment le hasard ? – on me propose un poste d’attachée aux relations avec le public au Théâtre National de Rennes. Avec enthousiasme, je m’associe à cette formidable aventure.

A ce jour, c’est l’unique théâtre français dédié à la création francophone. Quelle est l’histoire de la création de ce lieu ?

V.B. : Dans les années 2000, j’ai ressenti le besoin de faire une pause professionnelle et de découvrir d’autres contrées, d’autres cultures, d’autres personnalités. Après mon retour de Chine, je me suis présentée à Gabriel Garran, fondateur du Théâtre de la Commune d’Aubervilliers puis du Théâtre International de Langue Française (TILF) installé alors au Pavillon de Charolais du Parc de la Villette, ancienne buvette du marché aux bestiaux aménagées en un théâtre de 160 places. Pourquoi mes pas m’ont-ils conduits jusqu’au TILF ? Sa première mission était de créer un répertoire reflétant la diversité des trajectoires de la langue française à travers le monde. Le TILF révèlera nombre d’auteurs et artistes africains, maghrébins ou encore québécois. J’y ai exercé en qualité de secrétaire générale et administratrice. Lorsque Gabriel Garran prit sa retraite, j’ai été nommée pour  lui succéder. Puis en 2011, le Ministère de la Culture nous offre la possibilité de nous installer dans les locaux de l’ancien Théâtre de l’Est Parisien. Dépositaire de l’histoire du TILF et du TEP, le Tarmac est né.

Selon vous, quelle est l’importance de l’existence d’un tel lieu à Paris au cœur d’une offre scénique si vaste ? 

V.B. : Le Tarmac, c’est à la fois une invitation au voyage, un espace de rencontre, un tremplin pour les artistes et les compagnies des quatre coins du monde. Essentiellement orientés vers le théâtre et la danse, nous nous engageons pour la création en accompagnant durablement les artistes et en favorisant la circulation au sein de réseaux nationaux et internationaux, des œuvres que nous contribuons à faire naître. Cet universalisme cosmopolite est essentiel à la vitalité d’un théâtre citoyen au sein duquel chaque individu, jeune ou adulte, à sa place et son droit à la parole. Notre public, plus souvent francilien, est représentatif de toutes les composantes sociales et culturelles de notre société, notamment car notre programmation fait écho aux enjeux actuels du monde. Nos actions culturelles et notre politique d’accessibilité permettent également d’ouvrir le Tarmac à tous pour une incitation permanente à abolir les frontières et à démontrer la richesse de nos différences. C’est dans ces conditions que l’art devient un formidable vecteur de transformation sociale et du vivre-ensemble.

LeTARMAC©EricLegrand

LeTARMAC ©EricLegrand

Votre première préoccupation en qualité de directrice d’un lieu scénique, est la programmation.  Allez-vous au devant des créateurs à moins que le Tarmac aille à leur rencontre…  

V.B. : L’un et l’autre ! Naturellement, nous répondons à de très nombreuses sollicitations. Parallèlement, j’ai la chance de pouvoir aller à la rencontre des artistes là même où ils se nourrissent, travaillent, créent. Les artistes sont les vigiles de leur société, ils ont un rôle politique essentiel. Le Tarmac met en œuvre tous les possibles pour leur permettre de mettre en scène leurs spectacles aussi bien sur le lieu de leur création que de les représenter sur Paris.

Quelles sont vos principales difficultés pour bâtir votre programmation. Sans doute, sont-elles financières comme tout autre lieu de création théâtrale. A celles-ci, ne s’ajoute-t-il pas des obstacles administratifs pour faire venir des troupes implantées au-delà de l’espace Schengen ?

V.B. : Par nature, l’activité théâtrale est déficitaire. Pour le Tarmac, s’y ajoutent des frais multiples – visas, transports, hébergement – sans oublier de trop nombreux problèmes administratifs dont l’obtention des visas. Ces véritables combats pour faire venir des artistes provenant de pays situés hors de l’espace Schengen peuvent expliquer pourquoi des directeurs de salles de spectacles hésitent ou refusent de les produire puis de les programmer. En effet, au-delà d’un simple accompagnement, nous assurons la responsabilité financière et administrative des spectacles que nous produisons, tout en partageant notre expérience et en apportant notre expertise, notre savoir-faire et nos moyens techniques aux artistes. Mais comment peut-on promouvoir la francophonie si on doit sans cesse batailler pour faire venir en France  des artistes issus de pays francophones ? Pourtant, ce sont les locuteurs francophones qui enrichissent la langue française d’aujourd’hui. Si la politique culturelle n’évolue pas, notre langue régressera.

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Sacré-Printemps – Photo-Blandine-Soulage

Quel est votre mot « théâtre » préféré ?

V.B. : Création ! A lui seul, ce mot donne le sentiment qu’on porte la vie d’un spectacle, que l’on favorise sa mise au monde. Une création théâtrale, c’est le bonheur de partager avec le public un projet, une parole différente selon le pays qu’elle représente, une liberté d’expression pour que chacun s’empare de son destin par les voies démocratiques qui lui sont offertes. La perception théâtrale est différente selon le public et le moment. Parfois, elle est en pleine écho avec notre actualité et prend alors un sens qui nous échappe. Lorsque l’on sait que la programmation d’un lieu scénique s’établit à deux années en amont, il nous est impossible d’envisager les évènements qui marqueront notre actualité lors des représentations.

Pour conclure, quels sont les prochains spectacles à découvrir au Tarmac et à ne manquer sous aucun prétexte ?

V.B. : Tous ! J’invite les lecteurs de votre blog à visiter notre site : www.letarmac.fr pour découvrir notre programmation éclectique – théâtre, danse, rencontre, etc. -, une concrète invitation à s’ouvrir au monde.

LE TARMAC, la scène internationale francophone

159 avenue Gambetta, 75020 Paris

Tél. 01.43.64.80.80.

Propos recueillis par Isabelle Lévy