Dernière chronique, je devrais dire dernier gros coup de cœur de l’année pour une pièce formidable qu’il est encore temps d’aller applaudir : « Le Temps des suricates » au théâtre des Béliers Parisiens qui offre, à travers le portait de deux acteurs de seconde zone, une touchante réflexion sur le théâtre et la condition du comédien.
Plantons le décor : Oyonnax, petite ville tranquille de l’Ain, accueille ce soir Hamlet en tournée. Dans la loge, les deux « petits » rôles, Mathieu et Édouard, attendent leur entrée sur scène, grâce au « retour plateau » du haut-parleur qui leur permet de suivre le déroulement de la pièce. Mais le temps est long et la conversation s’installe rapidement entre les deux. L’un, Mathieu/Marc Citti, n’ayant réussi qu’à décrocher qu’un simple emploi de figurant, enchaîne petit rôle sur petit rôle depuis des années. Frustré, amer et désabusé à l’encontre d’un métier qui ne l’a pas propulsé là où il l’aurait souhaité, il rêve encore à sa prochaine audition qui pourra peut-être relancer sa carrière. Face à lui, Édouard/Vincent Deniard, concentré et travailleur, a réussi à décrocher le rôle d’Horatio. Mais ce rôle lui permettra-t-il de redorer son blason de comédien alors qu’il est en plein doute sur ses compétences et son avenir ? Tels des suricates, ces petits animaux du désert, le cou toujours tendu à scruter l’horizon, Mathieu et Édouard, compagnons d’infortune, livreront leurs angoisses et leurs espoirs déçus, leurs frustrations et leurs rêves, le temps de cette soirée pas comme les autres.
Courez applaudir ce spectacle, il est formidable ! D’abord un texte « vrai », juste, souvent drôle, parfois féroce (signé Marc Citti) qui sonne comme un véritable plaidoyer pour des centaines de comédiens talentueux, passés par la voie royale (le « Cons.») mais peu demandés, taraudés par un avenir incertain, nostalgiques d’un passé prometteur. Le texte est intelligemment servi par une mise en scène ingénieuse et rythmée (on ne voit pas l’heure passer !) qui nous permet de voyager à travers la vie et l’imaginaire des personnages, entre flashback nostalgiques, pastilles autobiographiques et réalité du plateau. La loge devient le réceptacle des fantômes de leurs passés, des visions de leurs avenirs ou des fantasmes de leur vie. Bien vu ! Et le duo Marc Citti/Vincent Deniard (vu dans Le Porteur d’Histoire) fonctionne à merveille ! Jouant leurs partitions avec une aisance et une complicité irrésistibles, ils offrent une prestation diablement efficace ! Ne manquez pas la dernière représentation parisienne qui aura lieu le 2 janvier. Le spectacle passera peut-être par Avignon l’été prochain.
L’équipe du blog COUP DE THÉÂTRE vous souhaite d’excellentes fêtes de fin d’année et vous donne rendez-vous en 2015 pour de nouvelles aventures théâtrales …
Vendredi 12 décembre, bras dessus bras dessous et sous la pluie, avec Élisabeth, non nous ne chantons pas « Singing in the rain » mais nous nous rendons joyeusement au théâtre La Bruyère à Notre-Dame-de-Lorette (9e). La représentation terminée, on s’engouffre dans une brasserie remplir notre estomac qui crie famine et échanger – comme à l’accoutumée – nos impressions sur la pièce. D’un mot à l’autre, d’une émotion à une autre, d’un regard à l’autre, une étincelle jaillit : oui nous aimons toutes deux le théâtre et si… et si je rejoignais Élisabeth sur Coup de Théâtre : « Tope là ! » Oui, c’est chose faite. À l’aube de cette nouvelle année, c’est donc avec plaisir que je vous livre ma première chronique : je me suis rendue hier à la Comédie Saint-Michel assister à la représentation « Lisa ». Il paraît qu’on a « revolé » la Joconde.
Lever de rideau.
On la connaissait pour son regard insistant et son sourire intriguant mais pas pour sa faconde. Oui, Lisa Mona parle… et son voleur, Francis Poussin – sans aucun lien avec Nicolas Poussin à la déception de Lisa –, en sera pour ses frais. Une Joconde bien vivante qui dépasse les bornes à défaut du cadre duquel elle voudrait s’échapper. Les dialogues à bâtons rompus, entre cette jolie icône décrochée tout droit du musée du Louvre et ce Lupin banlieusard accroché avant tout à la bière et la télé, laisseront place aussi à des questions philosophiques : quel lien tisse l’auteur avec son œuvre ? Quelle valeur attribuer à l’art mais aussi à la liberté ? C’est aussi la rencontre de deux personnages pris dans l’étau de leurs préjugés que tout semble séparer quand l’un se vit dans une prison dorée et l’autre dans une prison sociale. C’est sans fard que les travers de notre société de consommation sont brossés. Plus vrai que nature, ce tableau mélange aussi les couleurs de la grande histoire et de la petite et nous révèle à l’oreille certains secrets.
Aurélia Hascoat et ce soir-là Blaise Moulin – il joue en alternance avec Farid Zerzour – se donneront la réplique sur un ton si juste et si sensible qu’ils en sont attachants. Une comédie mais pas que. Les textes sont signés Fiona Leibgorin, sur une idée originale de Aurélia Hascoat ; la mise en scène est de Cyrielle Buquet.
Cher lecteurs et amis bloggeurs, le blog fête ce mois-ci son premier anniversaire et un petit bonheur ne venant jamais seul, une nouvelle rédactrice me rejoint ! Je suis ravie de partager désormais ma plume avec Carole, secrétaire de rédaction dans le domaine éditorial, qui chroniquera des pièces dans une nouvelle rubrique intitulée Signé Carole ! Sans être à proprement parler une technicienne du théâtre, Carole est une spectatrice avertie, cultivée, amoureuse des beaux textes et ultra-sensible au travail du comédien et à la composition des personnages. Toujours curieuse et enthousiaste à l’idée de découvrir de nouveaux spectacles, de nouvelles compagnies et de nouveaux lieux, elle apportera son regard frais, direct, sincère sur les pièces qu’elle se rejouit déjà d’aller applaudir ! L’idée d’un blog à quatre mains est née comme une évidence un soir d’après spectacle dans une brasserie du quartier Notre-Dame-de-Lorette. Pourquoi ? Parce qu’à deux, c’est deux fois plus de spectacles vus, deux fois plus de chroniques, pour rendre encore mieux compte de l’actualité théâtrale parisienne. Bienvenue Carole, ravie de t’accueillir sur Coup de théâtre !
C’est l’histoire d’une rencontre entre deux femmes. Que rien ne devait réunir. Et que la musique sauvera. Allemagne, dans les années 80. Traude Krüger est une professeure de piano d’un certain âge, aux allures de vieille fille psychorigide et autoritaire, secrètement blessée par un passé qu’on devine douloureux. Elle dispense des cours de piano en prison, où elle rencontre Jenny Von Loeben, jeune taularde néo-punk de 20 ans écorchée vive, incontrôlable et accusée à tort du meurtre de son père qu’elle n’a pas commis. La professeure, d’abord réfractaire à éduquer musicalement la jeune femme, se prendra progressivement d’amitié pour cette rebelle, qui se révélera une musicienne surdouée. Elle donnera toute sa force et sa détermination à la préparer au concours des jeunes pianistes du Conservatoire. Une audition de quatre minutes qui pourra changer le cours de leurs vies. L’opportunité inespérée d’un nouveau départ ?
Deux femmes que tout oppose, deux parcours douloureux, deux résonnances à un passé inavouable. Mais une passion commune pour la musique qui leur permettra de s’affranchir du poids des secrets et de retrouver l’énergie de s’exprimer et la rage de vivre. Voilà en substance le sujet de la pièce Quatre Minutes, tirée du film allemand éponyme de Chris Kraus sorti sur les écrans français en 2008.
Au-delà de la confrontation des deux femmes et du salut par la musique, et sans dévoiler plus avant l’intrigue, la pièce plonge également le spectateur au cœur de sujets plus lourds : régime nazi, homosexualité féminine, résistance face à la mort, au silence, à l’oubli… Comment surmonter le deuil ? Comment s’affranchir d’un passé encombrant ? Comment reconstruire sa vie ? La pièce y répond par un très beau message d’espoir. La mise en scène, signée Jean-Luc Revol, permet au spectateur de suivre la pièce comme un film, par le découpage très cinématographique des scènes et la variété des décors (coulissants… astucieux !), qui font «voyager» de l’établissement carcéral froid et austère, vers l’intérieur douillet de Madame Krüger en passant par les coulisses d’une grande salle de concert. Sur le plateau, aux côtés de comédiens expérimentés (Andréa Ferréol dans le rôle de Traude Krüger, Erick Deshors et Laurent Spielvogel incarnant respectivement un gardien de prison et le père adoptif de Jenny), la jeune comédienne Pauline Leprince dans le rôle de Jenny brûle littéralement les planches : assurément la révélation de la pièce ! Parfaitement juste dans la composition de son personnage, engagée physiquement à 100%, elle offre de belles prestations dans ses confrontations avec Andréa Ferréol – même si j’ai regretté son débit parfois un peu rapide -, aussi à l’aise dans les intentions de colère, de désespoir, d’espoir naissant ou de nostalgie. Assurément, du talent et de la générosité à revendre. Une comédienne à suivre. Au final, du bel ouvrage ! Dommage seulement que le titre de la pièce (et l’affiche) ne soit pas plus évocateur du thème central et des sujets pourtant nombreux de la pièce. A l’affiche jusqu’au 20 décembre.
Dès son entrée en scène dans la demi-obscurité du plateau de l’Atelier vendredi dernier, le charisme de Jacques Weber agit irrésistiblement : une présence physique incontestable, une diction parfaite, une puissance vocale qui interpellent à la première réplique et nous font instantanément comprendre que l’on va assister à un grand moment de théâtre. A l’occasion de 30 représentations exceptionnelles, le comédien se glisse pendant une heure et demie dans la peau de Gustave Flaubert et nous fait découvrir dans un soliloque grandiose et puissant non pas l’écrivain mais l’homme intime, insoumis, anarchiste, libre jouisseur, combattant des petits-bourgeois et de l’étroitesse d’esprit de ses contemporains. Le verbe est haut, les mots souvent crus, la parole libre sur une succession de thèmes variés et d’une formidable actualité : le pouvoir, les femmes, l’amour, la postérité, les honneurs… Un formidable texte signé Arnaud Bédouet et librement inspiré de la correspondance de Flaubert. Car l’auteur de Madame Bovary a laissé une impressionnante correspondance dans laquelle il se laissait aller à une écriture plus libre, plus personnelle, plus truculente sans crainte de l’interdit ni des jugements de son époque et offrait son regard ironique et pessimiste sur l’humanité.
Jacques Weber travaille ses gammes dans ce rôle qui lui va comme un gant. Il est vrai qu’il fréquente sur scène depuis plus de vingt ans l’écrivain normand et plonge régulièrement dans les pages flamboyantes de la correspondance de Flaubert, dont il est un grand admirateur. Le comédien joue le texte avec une intelligence, une acuité et une délectation jubilatoire. Aussi à l’aise dans les indignations que les désespérances, les tourments que les insoumissions (formidable scène de l’Académie française), le comédien excelle. Du grand art devant un public proprement ébloui. Une réussite.
De Tchekhov, je confesse humblement que je ne connaissais que les pièces cultes, Les Trois Sœurs, La Mouette, La Cerisaie…terrain de jeux de tous les metteurs en scène français depuis la fin des années 50. Mais Anton Tchekhov s’est commis également dans de courtes comédies, largement moins connues, dont le but était le simple divertissement ! Trois d’entre elles, La demande en mariage, Les méfaits du tabac et l’Ours, sont actuellement à l’affiche du Théâtre Douze, proposées et mises en scène par la compagnie Alcandre, que j’avais eu l’occasion de mieux connaître à l’occasion d’ UN CAFE AVEC son directeur Serge Bourhis en juin dernier. Bien installée dans la très jolie salle du théâtre Douze, je plonge avec plaisir dans la première pièce, La demande en mariage, dont l’intrigue est on ne peut plus simple : Lomov vient demander une jeune fille en mariage, Natalia Stepanovna. Il est reçu par le père, Stepan Stepanovitch, qui marque son enthousiasme, et va chercher sa fille. La question de l’appartenance du pré aux vaches fait dégénérer cette demande en mariage. Mais Natalia défaille quand elle apprend que le voisin était venu demander sa main. L’éconduit revient, elle souhaite présenter ses excuses mais se dispute à nouveau à propos du prix d’un chien de chasse. Le prétendant s’évanouit. On le croit mort. Ils se marieront… en se disputant. Les trois comédiens, à commencer par Vincent Remoissenet (déjà vu dans Molieratus et Racine par la racine) s’en donnent à cœur joie, n’hésitant pas à grossir le trait à la limite de caricature, mais toujours avec justesse et générosité.
Dans la scène monologue Les méfaits du tabac, le comédien Sylvain Porcher prête ses traits au personnage de Nioukhine, la cinquantaine, qui doit faire une conférence à la demande de sa femme sur les méfaits du tabac dans un cercle de province. On comprend rapidement que le pauvre homme est littéralement tyrannisé par sa femme et qu’il profite de cet espace de liberté pour se lamenter sur son sort. Soyons sincère, le texte est mineur dans l’œuvre de Tchekhov et n’offre pas d’intérêt particulier. Mais Sylvain Porcher, formidable comédien, tantôt goguenard, roublard, ou complice, offre toute l’étendue de son talent à servir ce texte, et nous fait passer un moment savoureux. Bravo à lui. Puis vient L’Ours, farce en 1 acte qui met en scène Elena Popova, une jeune veuve qui s’est retirée du monde depuis la mort de son mari, Grigori Smirnov, un propriétaire terrien et Louka, le vieux valet d’Elena. Smirnov, homme brutal et grossier vient réclamer le paiement de la dette contractée par le défunt mari d’Elena. S’ensuit une violente joute verbale entre les deux protagonistes qui n’aura d’issue que le meurtre …ou l’amour ! Encore une fois Sylvain Porcher est extrêmement convaincant dans ce rôle d’homme grossier, volcanique, brutal, prêt à tout et soudain fragilisé et ému par la découverte d’un sentiment amoureux insoupconné…
Au final, un spectacle fort réussi, bien rythmé et solidement interprété ! Allez applaudir ce beau trio d’acteurs dans un répertoire « tchekhovien » pour le moins inattendu. Car ici point d’envolées lyriques, de silences nourris, illustrant l’âme slave et la richesse intérieure de personnages en proie aux affres tourments de destinées tragiques. On se divertit seulement à voir ces personnages, profondément humains, se débattre dans des situations cocasses ou absurdes. Le spectacle est à l’affiche jusqu’au 30 novembre dans la très belle et confortable salle du théâtre Douze. Courez-y !
J’ai croisé le chemin de Valérie Roumanoff au début des années 2010 au sein des cours de théâtre qu’elle co-dirigeait à l’époque, les COURS CLÉMENT. Toujours en veille sur son actualité et ses projets, j’avais depuis longtemps envie de l’interviewer pour découvrir la femme de théâtre qu’elle est. Réponse positive à ma proposition d’autant plus sympathique qu’on est proches voisines. Une très belle rencontre placée sous le signe de la passion des planches, des souvenirs en commun et de la planète blogosphère !
Coup de théâtre • Bonjour Valérie, vous êtes comédienne depuis plus de vingt ans et membre de la compagnie Colette Roumanoff. Quel a été votre parcours artistique ?
Valérie Roumanoff : Tout a commencé au lycée Carnot vers 17-18 ans. Ma mère à l’époque donnait des cours de théâtre à des collégiens et je lui ai conseillé d’en donner à des lycéens et jeunes adultes. Je l’ai aidée à monter ce cours en trouvant des élèves, qui m’ont dès le départ embarquée avec eux. A l’époque, je n’avais pas spécialement d’attirance pour le théâtre, mais plutôt envie de me diriger vers une carrière musicale. Mais, au premier cours, sur une improvisation, énorme coup de cœur, déclic complet, j’ai tout de suite eu envie de continuer ! A la fin de l’année scolaire, notre groupe s’est constitué en troupe et on a commencé à se lancer, en jouant sur des petites scènes, des manifestations en province, des festivals d’été… Très vite, on s’est professionnalisé, on a recruté des jeunes comédiens du COURS FLORENT et on a monté notre première pièce professionnelle, Les Fourberies de Scapin, en 1993. Depuis, cette troupe ne s’est jamais arrêtée et moi non plus ! Tout s’est fait au final très progressivement et très naturellement.
La compagnie Colette Roumanoff est donc née à ce moment-là…
V. R.: Oui, absolument ! Elle est née de ce cours de théâtre de lycée. On était quelques-uns très « mordus » à vouloir se lancer dans cette aventure. Et on l’a fait ! Une personne qui faisait partie de ce premier noyau est même restée dix ans dans la compagnie.
Quelle est la vocation de la compagnie C. Roumanoff ?
V.R.: Ce serait plutôt à ma mère de répondre puisqu’elle l’a créée mais je dirais que son but, c’est de transmettre au plus grand nombre des pièces qu’elle considère comme porteuses de messages universels. On propose principalement un répertoire classique et des contes jeunes publics. On pense d’ailleurs souvent à tort que ces spectacles sont adressés aux enfants. Non, ce sont des pièces classiques qui sont destinées d’abord à des adultes. Notre défi, c’est précisément de proposer une mise en scène, pédagogique compréhensible qui permette aux enfants de suivre la pièce dans le texte original. Et souvent, le pari est gagné : les personnes comprennent, les enfants arrivent à suivre. On pense souvent qu’on réécrit les pièces classiques alors qu’il n’y a aucun parti pris de simplification et qu’on joue Molière, Corneille, Shakespeare à la virgule près !
Le texte, rien que le texte alors ?
V.R.: Exactement ! L’idée c’est de se mettre au service du texte, sans ajouter d’artifices de mise en scène qui vont à son encontre. Sinon, on tombe dans un exercice de style Molière vu par … Notre ADN, c’est vraiment d’essayer de redonner au texte son sens premier, qui s’est peut-être dilué au fil de mises en scène plus ou moins alambiquées des dernières décennies.
Quel est votre public ?
V.R.: Le week-end, c’est surtout un public familial de parents ou des grands-parents qui veulent faire découvrir le théâtre classique à leurs enfants, leurs petits-enfants. On a aussi un large public de scolaires, primaires, collèges et lycées.
A partir de quel âge les enfants viennent-ils voir les pièces ? En quoi le jeune public est-il différent du public adulte ?
V.R.: Tout dépend des pièces ! Les Molières « faciles », comme Les Fourberies de Scapin ou Le Médecin malgré lui, ça peut-être à partir de 5 ans. Pour les pièces plus compliquées comme Tartuffe, Dom Juan, plutôt à partir de 8 ans. En ce qui concerne la relation avec le jeune public, c’est relatif aussi ! Quand on a des collégiens dans la salle, c’est assez génial car ils sont complètement avec nous, ils rient, ils applaudissent, ils interagissent bien et c’est très agréable pour nous sur scène. C’est parfois plus compliqué pour les pièces destinées à un public lycéen comme Le Mariage de Figaro ou Le Cid, vues comme des « corvées ». Mais en général, on arrive à les « capter » et à les faire sortir de leurs préjugés, ils se laissent prendre par l’histoire et par ce qui se passe sur le plateau.
Parlez-nous des comédiens. Plus d’une centaine sont passés par la compagnie en vingt ans. Comment vous rejoignent-ils ?
V.R.: Il y a eu ce noyau de départ, dont je parlais, qui s’est étoffé par des comédiens et des comédiennes qui se sont greffés au fil des créations. Et puis, généralement, les nouveaux comédiens nous rejoignent par remplacement car les comédiens de la troupe ne peuvent pas vivre en jouant uniquement dans la compagnie. Ils ont très souvent des engagements ailleurs et doivent être remplacés – la compagnie permet cette liberté, cette souplesse – Et donc pour trouver des remplaçants (souvent au pied levé !), on recrute des comédiens qui connaissent déjà le rôle. On cherche par exemple un Valère dans le Médecin malgré lui, une Toinette pour Le Malade imaginaire, etc.. Ma mère reçoit également beaucoup de CV de comédiens. Elle les invite à venir voir le spectacle pour les rencontrer et s’imagine dans quel rôle il/elle pourrait rentrer. Et elle les appelle dès qu’un rôle se libère. On a organisé une grande fête pour les 20 ans de la compagnie en 2012 avec tous les comédiens qui ont participé à l’aventure !
Jamais de frayeur pour les remplacements au pied levé ?
V.R.: Si une fois ! (rire). On devait remplacer quasiment du jour au lendemain un comédien qui jouait Monsieur Jourdain pour Le Bourgeois gentilhomme. On a regardé différentes compagnies sur internet qui jouaient Le Bourgeois gentilhomme pour recruter «leur» Monsieur Jourdain et on l’a trouvé in extremis ! Il est venu, il a joué et ça fait dix ans qu’il est dans la compagnie.
Quel est votre programme cette saison?
V.R.: Cette année, on a neuf pièces programmées au théâtre Fontaine – L’avare, Les fourberies de Scapin, Le Malade imaginaire, Le Bourgeois gentilhomme, Le Médecin malgré lui , Le Cid, Hamlet, Le Mariage de Figaro et un conte Le Petit Chaperon rouge de Perrault – même si on a 12 spectacles en réserve. On essaie de faire tourner les pièces tout au long de l’année. Par exemple, on va jouer l’Avare en décembre mais on retrouvera Les fourberies de Scapin en octobre. Sinon, on joue tous les week-ends en matinée pour le grand public et on joue pour les publics scolaires, en semaine, généralement tout le mois de mai. On part également sur les routes de temps de temps faire quelques dates en France mais aussi à l’étranger. On a joué au Liban, à Londres, à Saint-Pétersbourg.
Comment souhaitez-vous faire évoluer la compagnie ? Quels sont vos actualités ou vos projets ?
V.R.: Notre actualité, c’est tout simplement de conserver une trace de tout le travail effectué depuis vingt ans car cette compagnie s’arrêtera peut-être un jour. Le résultat, c’est une collection de 15 DVD de tous nos spectacles. Cela n’a pas été simple à réaliser mais on l’a fait ! J’en ai profité pour faire des bonus dans les DVD avec des interviews des comédiens, des images des coulisses, de la préparation des spectacles. C’était l’occasion de montrer la vie de la compagnie au quotidien, l’envers du décor ! Et puis notre actualité, c’est La Confusionite, une pièce que j’ai co-écrite avec ma mère et qu’on joue actuellement à La Manufacture des Abbesses.
La pièce est drôle mais parle d’un sujet difficile : la maladie d’Alzheimer. Pourquoi vous être intéressée à ce sujet ? Quel est le message que vous souhaitez faire passer sur la maladie ?
V.R.: On s’est intéressées à ce sujet parce qu’on y est confrontées personnellement. Notre message est simple et direct : on peut bien vivre avec Alzheimer. La maladie fait très peur quand on l’évoque mais cette peur est nocive aussi bien pour le patient que pour la famille et aggrave encore plus la situation. L’idée est de pouvoir d’évacuer les peurs et prendre conscience qu’il est possible de vivre avec Alzheimer.
C’est un virage artistique pour la compagnie ?
V.R.: Un virage pour la compagnie je ne sais pas, l’avenir le dira mais me concernant, oui c’est la première fois que je joue du théâtre contemporain, ou du moins du non classique !
Merci Valérie. Pour conclure, vous jouez, vous écrivez, vous avez fondé et dirigé des cours de théâtre, vous êtes bloggeuse. Parmi toutes ses activités, que préférez-vous ?
V.R.: Je dirais jouer ! Mais quand on joue, on a aussi beaucoup de temps libre, qu’il faut savoir occuper en variant les activités et c’est ce que j’aime faire. J’ai adoré en effet dirigé des cours de théâtre. C’était assez formidable de voir arriver des personnes en début d’année ou de cours de théâtre dans un état de stress, d’appréhension et de les voir repartir si bien au bout de quelques semaines ou en fin d’année. J’ai le souvenir de visages ouverts, épanouis, rayonnants et c’est une énorme satisfaction. Je l’ai souvent dit mais je n’ai jamais vu le théâtre faire du mal à quiconque. Au final, ca a été une très belle aventure également, qui continue toujours même si je n’en fais plus partie. Et puis, le blog ! Il est né d’un désir d’écrire et d’être lu directement, sans intermédiaire. J’y consacre pas mal de temps, c’est une vraie bouffée d’oxygène !
Seule sur la scène des Mathurins, la comédienne Christine Citti défend un texte fort, brutal, sans détour sur le harcèlement moral à l’intérieur du couple et la violence faite aux femmes. Elle incarne Adèle, la quarantaine, architecte, mariée à Guillaume, architecte lui aussi. On imagine le milieu privilégié, cultivé, aisé mais l’illusion s’arrête là car Adèle est une femme battue, violée par son mari qui la réduit à l’état d’objet, use et abuse d’elle à sa guise. Elle est une victime qui, depuis plusieurs années, s’est enfermée progressivement dans un internement moral, intellectuel et sexuel. L’histoire pourrait s’arrêter là, mais une main se tend, celle de Luba, la femme de ménage « spectatrice », qui a compris sa détresse, lui fera prendre conscience du cauchemar qu’elle vit éveillée, l’aidera à se relever et à se battre. Mise en scène minimaliste (signée Jean-Louis Martinelli) pour donner encore plus de relief aux mots, à ce texte coup de poing sur un problème de société (encore) trop méconnu. Christine Citti, engagée à 100%, offre une prestation très convaincante dans l’exercice toujours périlleux du monologue, notamment dans les passages relatifs à la violence physique, à l’humiliation, à la souffrance du corps (passage du viol). Mais il ne faut pas réduire ce texte au seul désespoir. C’est aussi un très beau monologue sur la solidarité, l’amitié, les rencontres salvatrices, «Je voulais que ce texte soit autant une prise de conscience qu’un remerciement à la vie, aux autres rencontrés, qui vous donnent à nouveau la lumière » comme le souligne l’auteure Fabienne Périneau, lauréate du Festival Paris des Femmes 2014, pour lequel elle a écrit ce texte. Bref, ne jamais baisser les bras, on est bien d’accord là-dessus. Une très jolie pièce à découvrir cet automne. Allez-y.
Work addicted depuis début août mais je te retrouve mon cher blog ! Plaisir toujours intact de découvrir une nouvelle salle, d’écouter les bavardages très discrets des spectateurs du soir à 10 minutes du lever de rideau, de plonger progressivement dans cette douce et chaude pénombre qui nous offrira cette intimité magique avec celles et ceux qui s’offrent aux regards. Le plateau s’éclaire, une silhouette s’avance à petits pas sur la scène et je me souhaite intérieurement une « bonne rentrée »… La pièce s’appelle « L’ECHANGE », elle a écrite par Paul Claudel en 1894 et raconte l’histoire de Marthe, une jeune femme qui a quitté la France pour suivre aux Etats-Unis l’homme qu’elle aime, Louis, un homme épris de liberté et d’indépendance. Ils font la connaissance d’un couple en tout point opposé à eux : Thomas Pollock, riche homme d’affaires, vénal, et cupide, et sa femme, la ténébreuse Lechy, une actrice aux mœurs libres… Louis, qui travaille pour Pollock, vendra par appât du gain, sa douce et vertueuse épouse pour quelques dollars tandis qu’il la trompera avec Lechy. Une perte des idéaux insupportable pour la vertueuse Marthe qui ne sera d’ailleurs pas la seule victime de ce quatuor destructeur. L’histoire éternelle d’hommes et de femmes en proie au doute, à la tentation, à la corruption et aux désillusions. Un plateau fort dépouillé, des effets lumière réduits au minimum, pas d’accompagnement musical : ne cherchez pas ici de mise en scène sophistiquée ou de quelconques artifices susceptibles de nous plonger sur la côte ouest américaine du XIXème siècle. Le texte, encore le texte, rien que le TEXTE et….le souci des comédiens de « délivrer » la prose claudélienne au plus juste. Et dans l’exercice, Margaux Lecolier, dans le rôle de Marthe, offre de bout en bout une prestation remarquable qui surclasse, à mon avis, ses partenaires : un timbre doux, une diction parfaite et une capacité à transmettre ses émotions avec une rare intensité. 2 à 3 moments de grâce sur un plateau presque nu. Un grand bravo à elle.