UN CAFÉ AVEC Valérie Roumanoff, comédienne, membre de la compagnie Colette Roumanoff

Valerie Roumanoff4J’ai croisé le chemin de Valérie Roumanoff au début des années 2010 au sein des cours de théâtre qu’elle co-dirigeait à l’époque, les COURS CLÉMENT. Toujours en veille sur son actualité et ses projets, j’avais depuis longtemps envie de l’interviewer pour découvrir la femme de théâtre qu’elle est. Réponse positive à ma proposition d’autant plus sympathique qu’on est proches voisines. Une très belle rencontre placée sous le signe de la passion des planches, des souvenirs en commun et de la planète blogosphère !   

 

Coup de théâtre • Bonjour Valérie, vous êtes comédienne depuis plus de vingt ans et membre de la compagnie Colette Roumanoff. Quel a été votre parcours artistique ?

Valérie Roumanoff : Tout a commencé au lycée Carnot vers 17-18 ans. Ma mère à l’époque donnait des cours de théâtre à des collégiens et je lui ai conseillé d’en donner à des lycéens et jeunes adultes. Je l’ai aidée à monter ce cours en trouvant des élèves, qui m’ont dès le départ embarquée avec eux. A l’époque, je n’avais pas spécialement d’attirance pour le théâtre, mais plutôt envie de me diriger vers une carrière musicale. Mais, au premier cours, sur une improvisation, énorme coup de cœur, déclic complet, j’ai tout de suite eu envie de continuer ! A la fin de l’année scolaire, notre groupe s’est constitué en troupe et on a commencé à se lancer, en jouant sur des petites scènes, des manifestations en province, des festivals d’été… Très vite, on s’est professionnalisé, on a recruté des jeunes comédiens du COURS FLORENT et on a monté notre première pièce professionnelle, Les Fourberies de Scapin, en 1993. Depuis, cette troupe ne s’est jamais arrêtée et moi non plus ! Tout s’est fait au final très progressivement et très naturellement.

La compagnie Colette Roumanoff est donc née à ce moment-là…

V. R.: Oui, absolument ! Elle est née de ce cours de théâtre de lycée. On était quelques-uns très « mordus » à vouloir se lancer dans cette aventure. Et on l’a fait ! Une personne qui faisait partie de ce premier noyau est même restée dix ans dans la compagnie.

Quelle est la vocation de la compagnie C. Roumanoff ?

V.R.: Ce serait plutôt à ma mère de répondre puisqu’elle l’a créée mais je dirais que son but, c’est de transmettre au plus grand nombre des pièces qu’elle considère comme porteuses de messages universels. On propose principalement un répertoire classique et des contes jeunes publics. On pense d’ailleurs souvent à tort que ces spectacles sont adressés aux enfants. Non, ce sont des pièces classiques qui sont destinées d’abord à des adultes. Notre défi, c’est précisément de proposer une mise en scène, pédagogique compréhensible qui permette aux enfants de suivre la pièce dans le texte original. Et souvent, le pari est gagné : les personnes comprennent, les enfants arrivent à suivre. On pense souvent qu’on réécrit les pièces classiques alors qu’il n’y a aucun parti pris de simplification et qu’on joue Molière, Corneille, Shakespeare à la virgule près !

le Cid 056Le texte, rien que le texte alors ?

V.R.: Exactement ! L’idée c’est de se mettre au service du texte, sans ajouter d’artifices de mise en scène qui vont à son encontre. Sinon, on tombe dans un exercice de style Molière vu par … Notre ADN, c’est vraiment d’essayer de redonner au texte son sens premier, qui s’est peut-être dilué au fil de mises en scène plus ou moins alambiquées des dernières décennies.

Quel est votre public ?

V.R.: Le week-end, c’est surtout un public familial de parents ou des grands-parents qui veulent faire découvrir le théâtre classique à leurs enfants, leurs petits-enfants. On a aussi un large public de scolaires, primaires, collèges et lycées.

A partir de quel âge les enfants viennent-ils voir les pièces ? En quoi le jeune public est-il différent du public adulte ?

V.R.: Tout dépend des pièces ! Les Molières « faciles », comme Les Fourberies de Scapin ou Le Médecin malgré lui, ça peut-être à partir de 5 ans. Pour les pièces plus compliquées comme Tartuffe, Dom Juan, plutôt à partir de 8 ans. En ce qui concerne la relation avec le jeune public, c’est relatif aussi ! Quand on a des collégiens dans la salle, c’est assez génial car ils sont complètement avec nous, ils rient, ils applaudissent, ils interagissent bien et c’est très agréable pour nous sur scène. C’est parfois plus compliqué pour les pièces destinées à un public lycéen comme Le Mariage de Figaro ou Le Cid, vues comme des « corvées ». Mais en général, on arrive à les « capter » et à les faire sortir de leurs préjugés, ils se laissent prendre par l’histoire et par ce qui se passe sur le plateau.

Cléante Beralde Angelique Argan et ToinetteParlez-nous des comédiens. Plus d’une centaine sont passés par la compagnie en vingt ans. Comment vous rejoignent-ils ?

V.R.: Il y a eu ce noyau de départ, dont je parlais, qui s’est étoffé par des comédiens et des comédiennes qui se sont greffés au fil des créations. Et puis, généralement, les nouveaux comédiens nous rejoignent par remplacement car les comédiens de la troupe ne peuvent pas vivre en jouant uniquement dans la compagnie. Ils ont très souvent des engagements ailleurs et doivent être remplacés – la compagnie permet cette liberté, cette souplesse – Et donc pour trouver des remplaçants (souvent au pied levé !), on recrute des comédiens qui connaissent déjà le rôle. On cherche par exemple un Valère dans le Médecin malgré lui, une Toinette pour Le Malade imaginaire, etc.. Ma mère reçoit également beaucoup de CV de comédiens. Elle les invite à venir voir le spectacle pour les rencontrer et s’imagine dans quel rôle il/elle pourrait rentrer. Et elle les appelle dès qu’un rôle se libère. On a organisé une grande fête pour les 20 ans de la compagnie en 2012 avec tous les comédiens qui ont participé à l’aventure !

Jamais de frayeur pour les remplacements au pied levé ?

V.R.: Si une fois ! (rire). On devait remplacer quasiment du jour au lendemain un comédien qui jouait Monsieur Jourdain pour Le Bourgeois gentilhomme. On a regardé différentes compagnies sur internet qui jouaient Le Bourgeois gentilhomme pour recruter «leur» Monsieur Jourdain et on l’a trouvé in extremis ! Il est venu, il a joué et ça fait dix ans qu’il est dans la compagnie.

Quel est votre programme cette saison?

V.R.: Cette année, on a neuf pièces programmées au théâtre Fontaine – L’avare, Les fourberies de Scapin, Le Malade imaginaire, Le Bourgeois gentilhomme, Le Médecin malgré lui , Le Cid, Hamlet, Le Mariage de Figaro et un conte Le Petit Chaperon rouge de Perrault – même si on a 12 spectacles en réserve. On essaie de faire tourner les pièces tout au long de l’année. Par exemple, on va jouer l’Avare en décembre mais on retrouvera Les fourberies de Scapin en octobre. Sinon, on joue tous les week-ends en matinée pour le grand public et on joue pour les publics scolaires, en semaine, généralement tout le mois de mai. On part également sur les routes de temps de temps faire quelques dates en France mais aussi à l’étranger. On a joué au Liban, à Londres, à Saint-Pétersbourg.

Cléante courtise MarianneComment souhaitez-vous faire évoluer la compagnie ? Quels sont vos actualités ou vos projets ?

V.R.: Notre actualité, c’est tout simplement de conserver une trace de tout le travail effectué depuis vingt ans car cette compagnie s’arrêtera peut-être un jour. Le résultat, c’est une collection de 15 DVD de tous nos spectacles. Cela n’a pas été simple à réaliser mais on l’a fait ! J’en ai profité pour faire des bonus dans les DVD avec des interviews des comédiens, des images des coulisses, de la préparation des spectacles. C’était l’occasion de montrer la vie de la compagnie au quotidien, l’envers du décor ! Et puis notre actualité, c’est La Confusionite, une pièce que j’ai co-écrite avec ma mère et qu’on joue actuellement à La Manufacture des Abbesses.

La pièce est drôle mais parle d’un sujet difficile : la maladie d’Alzheimer. Pourquoi vous être intéressée à ce sujet ? Quel est le message que vous souhaitez faire passer sur la maladie ?

V.R.: On s’est intéressées à ce sujet parce qu’on y est confrontées personnellement. Notre message est simple et direct : on peut bien vivre avec Alzheimer. La maladie fait très peur quand on l’évoque mais cette peur est nocive aussi bien pour le patient que pour la famille et aggrave encore plus la situation. L’idée est de pouvoir d’évacuer les peurs et prendre conscience qu’il est possible de vivre avec Alzheimer.

C’est un virage artistique pour la compagnie ?

V.R.: Un virage pour la compagnie je ne sais pas, l’avenir le dira mais me concernant, oui c’est la première fois que je joue du théâtre contemporain, ou du moins du non classique !

2007_0401domjuan0169Merci Valérie. Pour conclure, vous jouez, vous écrivez, vous avez fondé et dirigé des cours de théâtre, vous êtes bloggeuse. Parmi toutes ses activités, que préférez-vous ?

V.R.: Je dirais jouer ! Mais quand on joue, on a aussi beaucoup de temps libre, qu’il faut savoir occuper en variant les activités et c’est ce que j’aime faire. J’ai adoré en effet dirigé des cours de théâtre. C’était assez formidable de voir arriver des personnes en début d’année ou de cours de théâtre dans un état de stress, d’appréhension et de les voir repartir si bien au bout de quelques semaines ou en fin d’année. J’ai le souvenir de visages ouverts, épanouis, rayonnants et c’est une énorme satisfaction.  Je l’ai souvent dit mais je n’ai jamais vu le théâtre faire du mal à quiconque. Au final, ca a été une très belle aventure également, qui continue toujours même si je n’en fais plus partie. Et puis, le blog ! Il est né d’un désir d’écrire et d’être lu directement, sans intermédiaire. J’y consacre pas mal de temps, c’est une vraie bouffée d’oxygène !

Propos recueillis par Elisabeth Donetti 

Pour aller plus loin :

www.valerieroumanoff.com

www.theatre.roumanoff.com

www.laconfusionite.com

www.courspaulclement.com

www.droledemaman.com

 

 

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