ARCHITECTURE – COUR D’HONNEUR DU PALAIS DES PAPES / AVIGNON IN 2019

♥♥♥ 6 juillet 2019, 21h30. Une nuit bleu marine surplombe la grandiose cour d’honneur du Palais des Papes. J’ai le privilège d’assister à « Architecture » – retransmise en direct sur France5 ce soir-là-, la pièce fleuve de Pascal Rambert qui fait l’évènement de cette 73eme édition du Festival d’Avignon. Je ne sais pas si la pièce marquera l’histoire du Festival mais au-delà de l’émotion procurée par la majesté des lieux, la pièce, belle quoiqu’imparfaite, est un moment de théâtre tout à fait mémorable, graphiquement superbe, portée par des comédiens au sommet de leur art.   Lire la suite

LA DERNIÈRE BANDE – THÉÂTRE DE L’OEUVRE

derniere-bande-weber170Il est déjà sur scène quand le public s’installe. Alors que la salle s’éteint doucement et que les derniers chuchotements cessent, un halo de lumière d’une vieille lampe industrielle éclaire un homme avachi sur un bureau couvert d’un désordre de boîtes de métal. Il relève péniblement la tête pour se présenter à nous : le crâne dégarni, les cheveux blancs ébouriffés, les yeux à demi-clos par la lumière crue, le visage ridé, grimé de blanc, le nez rouge…Ce vieux clown pathétique et solitaire prêterait même à faire sourire mais l’émotion nous étreint déjà. Irrésistiblement. « La Dernière Bande » – écrit en 1958 – raconte l’histoire de ce vieil homme, Krapp, qui chaque année, le jour de son anniversaire, enregistre les souvenirs qui ont marqué son année écoulée. Mais ce soir-là, alors qu’il s’apprête à enregistrer, il va écouter une « dernière bande », celle-là même enregistrée trente ans plus tôt -alors qu’il avait 39 ans – et replonger dans les souvenirs de sa vie, faite de vaines illusions, de remords, de regrets, et d’un amour féminin définitivement perdu. Théâtre minimaliste par excellence, « La Dernière Bande » explore les thèmes chers à Beckett : la vieillesse et l’absurdité de l’existence.

Une heure de théâtre exceptionnelle ! Jacques Weber, méconnaissable, offre une interprétation d’une justesse et d’une densité remarquable. Les déplacements sont lents, les gestes précis, il faut voir le comédien occuper l’espace, se déplacer, tituber, s’écrouler, coller l’oreille à la baffe, les yeux noyés par l’émotion à l’écoute de sa vie passée. Mélange de burlesque et de grandeur, de quotidienneté et de sublime, il offre au personnage une profondeur inouïe, balloté entre son présent misérable et un passé fantasmé. Avec un dispositif scénique réduit au minimum (une lampe, un bureau, un magnétophone), le metteur en scène allemand Peter Stein propose une adaptation qui fera date et un grand moment de théâtre. 

Signé Elisabeth

LA DERNIÈRE BANDE

Théâtre de l’Œuvre, 55 rue de Clichy, Paris 9eme

Du mardi au samedi à 21h • samedi à 18h et le dimanche à 15h

Durée : 1 heure 

Crédit photos : Dunnara MERAS

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GUSTAVE – THÉÂTRE de L’ATELIER

zoom_affiche20141016172234Dès son entrée en scène dans la demi-obscurité du plateau de l’Atelier vendredi dernier, le charisme de Jacques Weber agit irrésistiblement : une présence physique incontestable, une diction parfaite, une puissance vocale qui interpellent à la première réplique et nous font instantanément comprendre que l’on va assister à un grand moment de théâtre. A l’occasion de 30 représentations exceptionnelles, le comédien se glisse pendant une heure et demie dans la peau de Gustave Flaubert et nous fait découvrir dans un soliloque grandiose et puissant non pas l’écrivain mais l’homme intime, insoumis, anarchiste, libre jouisseur, combattant des petits-bourgeois et de l’étroitesse d’esprit de ses contemporains. Le verbe est haut, les mots souvent crus, la parole libre sur une succession de thèmes variés et d’une formidable actualité : le pouvoir, les femmes, l’amour, la postérité, les honneurs… Un formidable texte signé Arnaud Bédouet et librement inspiré de la correspondance de Flaubert. Car l’auteur de Madame Bovary a laissé une impressionnante correspondance dans laquelle il se laissait aller à une écriture plus libre, plus personnelle, plus truculente sans crainte de l’interdit ni des jugements de son époque et offrait son regard ironique et pessimiste sur l’humanité.

Jacques Weber travaille ses gammes dans ce rôle qui lui va comme un gant. Il est vrai qu’il fréquente sur scène depuis plus de vingt ans l’écrivain normand et plonge régulièrement dans les pages flamboyantes de la correspondance de Flaubert, dont il est un grand admirateur. Le comédien joue le texte avec une intelligence, une acuité et une délectation jubilatoire. Aussi à l’aise dans les indignations que les désespérances, les tourments que les insoumissions (formidable scène de l’Académie française), le comédien excelle. Du grand art devant un public proprement ébloui. Une réussite.

Le point de vue d’Elisabeth 

 

GUSTAVE

Théâtre de l’Atelier • 1 place Charles-Dullin, 75018 Paris

Du mardi au samedi à 20h30 et le dimanche à 15h30

Jusqu’au 31 décembre 2014

Crédit photos : Kim Weber

Photo GustaveGustave - Kim Weber