LES JEUX DE L’AMOUR ET D’OFFENBACH – THÉÂTRE DE POCHE-MONTPARNASSE

aff-offenbach♥♥♥♥ Deux chanteurs lyriques, une soprano et un baryton, se présentent dans l’antichambre d’un imprésario pour une audition. Jacques Offenbach prépare sa prochaine tournée en Amérique, un couple doit compléter sa troupe. Tous les deux sont en avance. Manuela, l’accompagnatrice (Nina Uhari en alternance avec Erika Guiomar ou Sophie Teulon) les reçoit. Elle leur propose de s’échauffer la voix dans l’attente du Maître et du directeur du théâtre.

Ernestine et Alphonse sont des anciens amants, voilà plus de vingt ans qu’ils se sont quittés. La surprise passée, ils évoquent leur histoire d’amour et ses détours, au gré des ouvrages qu’ils ont chantés ensemble. Par le charme de la musique de Jacques Offenbach et des paroles des livrets de Ludovic Halévy et d’Henry Meilhac, entre rires et larmes, l’un et l’autre se repoussent pour mieux se plaire et se séduire à nouveau.

Dans cette fantaisie lyrique, conçue et mise en scène par Yves Coudray, Edwige Bourdy (en alternance avec Mélanie Boisvert) et Jean-Michel Séréni (en alternance avec Lionel Peintre) s’affrontent à coups des plus célèbres airs d’Offenbach (La Périchole, Orphée aux enfers, La vie parisienne…) et de petites merveilles moins renommées (Fantasio, Boule de Neige, La Créole, Une nuit blanche…).

Pendant plus d’une heure, les spectateurs de tous âges rient aux leçons données fort à propos sur les jeux de l’amour par Offenbach et ses deux acolytes. Chaque scène est couronnée par une salve d’applaudissements bien méritée comme le final par les cris et les bravos d’un public plus qu’enthousiaste.

Offenbach est toujours une fête. Servie par des duettistes de talent, c’est une pétillante réjouissance, fraîche et légère à souhait pour les oreilles, les yeux et les zygomatiques. A ne manquer sous aucun prétexte : folie douce garantie !

Le regard d’Isabelle

LES JEUX DE L’AMOUR ET D’OFFENBACH

Théâtre de Poche-Montparnasse, 75 boulevard du Montparnasse – 75006 paris

Métro : Montparnasse-Bienvenue

Jusqu’au dimanche 6 novembre 2016.

Du mardi au samedi à 19h00, le dimanche à 17h30.

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Crédit photo : Jean Pouget

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Crédit photo : Laura Dyens

BRASSEUR ET LES ENFANTS DU PARADIS – THÉÂTRE DU PETIT SAINT-MARTIN

module♥♥♥♥ Hiver 1943. Quatre amis – Marcel Carné réalisateur homosexuel, Jacques Prévert auteur antimilitariste, Alexandre Trauner et Joseph Kosma, décorateur et compositeur juifs – se retranchent en Provence pour fuir la tourmente de l’occupation allemande, des collabos et des résistants. Dans le plus grand secret, entourés de leurs femmes et de quelques amis, ils créent en six mois « Les enfants du paradis », le film français mythique de l’après-guerre.

Au début des années 50, Pierre Brasseur se souvient. Il nous raconte l’histoire extraordinaire de la création de ce monument du cinéma, des prémices de son écriture à son tournage, révélant les doutes et les affres de la création dans une période si trouble et si tumultueuse de l’Histoire… 

Sur une idée d’Alexandre Brasseur et par les mots de Daniel Colas, Arletty et Jean-Louis Barrault renaissent aux côtés des quatre compères…

Bien entendu, on peut rappeler une fois encore l’impressionnante filiation d’Alexandre Brasseur connue du grand public. Mais si le talent est génétique, il est magnifié, incarné, glorifié lorsqu’Alexandre Brasseur joue tour à tour les différents protagonistes de cette création cinématographique : Pierre Brasseur bien sûr mais aussi Marcel Carné et tous les autres. Par son corps, par sa voix, ils apparaissent sur scène. 

Transporté dans l’appartement parisien de Pierre Brasseur, les spectateurs sont littéralement subjugués par le charme talentueux de son petit-fils, véritable génie du Théâtre du petit Saint-Martin pour les mois à venir (prolongations assurées, c’est certain).

Petit bémol : dans la première scène, Pierre Brasseur peint un modèle (Cléo Sénia), personnage muet n’apportant absolument rien à l’intrigue sinon une nudité à la plastique parfaite. Sincèrement, Messieurs Colas et Brasseur, ni votre texte, ni votre interprétation n’ont besoin d’avoir recours aux charmes féminins pour atteindre la perfection. Seul votre talent pour permet d’y accéder au plus haut degré. Les publics du Paradis comme du Théâtre du petit Saint-Martin vous acclament et vous ovationnent. Bravo ! Mille fois bravo ! 

Le regard d’Isabelle

BRASSEUR ET LES ENFANTS DU PARADIS

Théâtre du Petit Saint-Martin, 17 rue René Boulanger, 75010 Paris 

Placement libre.

Du mardi au samedi à 21h, le samedi à 17h. Plusieurs dates à 19h. 

Jusqu’au 15 octobre 2016. 

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LA VERSION BROWNING – THÉÂTRE DE POCHE-MONTPARNASSE

AFF-BROWNING1-200x300♥♥♥♥ Le Poche-Montparnasse inaugure sa saison avec « La version Browning » du dramaturge anglais Terence Rattigan, célèbre pour ses comédies de mœurs. La pièce nous plonge à la fin des années 1940 dans l’atmosphère confinée et rigide des public schools britanniques. Ce soir de juillet, le jeune Taplow a rendez-vous avec son professeur de lettres classiques, le respecté Andrew Crocker-Lewis, pour un ultime cours de rattrapage qui devra lui permettre de passer dans la classe supérieure. Mais ce soir-là marque également la fin de la carrière de Crocker-Lewis , affaibli et malade, contraint de quitter son poste par la petite porte après 18 années d’ancienneté. Le salon du professeur devient alors le réceptacle de tous les rapports de force, luttes de pouvoir et désillusions personnelles d’un homme à l’orée de sa chute. 

 Patrice Kerbrat signe une mise en scène tout en sobriété qui s’appuie sur une direction d’acteurs d’une remarquable précision. Jean-Pierre Bouvier (vu notamment dans Un Tango en bord de mer) offre une interprétation magistrale dans ce rôle de vieux professeur, humilié, accablé, trahi mais digne et combatif. C’est de la dentelle ! Un superbe rôle taillé sur mesure pour cet immense comédien qui devrait le propulser dans la course aux Molières. Le reste de la distribution offre également une prestation de haut vol. Citons Marie Bunel, parfaite dans son rôle d’épouse infidèle et frustrée ou Benjamin Boyer, très convaincant dans la peau de l’ambigu Franck Hunter. Un casting 5 étoiles qui compense, seul regret, le morne décor. Au final un petit bijou qui devrait rencontrer un beau succès, dans la lignée de The Servant

Signé Elisabeth

LA VERSION BROWNING

Théâtre de Poche-Montparnasse, 75 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris (métro Montparnasse)

Du mardi au samedi à 21h, dimanche à 15h

Relâches exceptionnelles les 5 et 15 novembre

Durée : 1h25

Crédit photos : Pascal GELY

LA VERSION BROWNING

LA VERSION BROWNING

ANQUETIL TOUT SEUL – STUDIO HEBERTOT

f227a9_508edfc750d64d4d9515c8a0d98682ac-mv2♥♥♥♥ En 2012, Paul Fournel publie « Anquetil tout seul » (Editions du Seuil/ Points). Son adaptation théâtrale s’impose à Roland Guénoun comme une évidence : tous deux partagent la même passion pour le cyclisme, et plus encore pour Jacques Anquetil. Grand mythe sportif de l’après guerre, il est LE champion admiré et mal aimé du public ; il bouscule autant les lois du sport que de la morale ; il fascine ses proches autant que ses adversaires. 

Et Jacques Anquetil (Matila Malliarrakis) nous apparaît plus vrai que nature : personnage hors norme écartelé entre la volonté d’être toujours le premier, le dopage et ses ravages, l’argent toujours plus, ses amours sulfureux au sein même de sa famille.  

Il est entouré des rois de la petite reine d’alors – Geminiani son mentor, Darrigade son fidèle équipier, Poulidor l’ennemi juré que la presse et le public avaient dressé contre lui… (Stéphane Olivié Bisson) – et de Janine son épouse et complice, d’Anne sa belle-fille et de Sophie sa fille (Clémentine Lebocey). 

N’oublions pas de mentionner la qualité irréprochable de la bande son qui traduit à merveille les efforts extrêmes et la douleur du champion comme le choix des images d’archives qui plantent le décor de notre imaginaire collectif.  

Faut-il courir voir « Anquetil tout seul » même si on déteste le cyclisme et que l’on n’a aucunement intention de suivre le prochain Tour de France ? Absolument. Ne restez pas sur le bord de la route. Suivez le champion. Pourquoi ? Vous serez totalement conquis. Première marche du podium et maillot jaune garantis. 

Le regard d’Isabelle

ANQUETIL TOUT SEUL

Studio Hébertot, 78 bis rue des Batignolles, 75017 Paris (Métro : Villiers / Rome)

Du mardi au samedi à 19h00, le dimanche à 17h00  

Crédit photos : Léonard

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DON QUICHOTTE – THÉÂTRE 13 SEINE

Aff_DonQuicotte-web♥♥♥ Alonso Quijano, qui a lu énormément de romans de chevalerie, prend le nom de Don Quichotte, se fait chevalier errant et, avec son valet Sancho Panza, part sur les routes, cherchant la gloire et luttant contre l’injustice…

Le roman fleuve Don Quichotte de 1 500 pages de Miguel de Cervantès (1547-1616) adapté sur scène en 2 heures chrono : une prouesse chevaleresque relevée par Jérémie Le Louët (il signe l’adaptation et la mise en scène) et sa Compagnie des Dramaticules.

Est-ce une réussite ?

• On a beaucoup aimé : la scénographie et ses trouvailles, les décors et ses changements à vue, la bande son et ses anachronismes musicaux, l’habillage des lumières, les costumes originaux, les vidéos surprises des spectateurs (je n’en dis pas plus volontairement). Quant à la troupe des Dramaticules (Julien Buchy, Anthony Courret, Jonathan Frajenberg, Jérémie Le Louët, David Maison et Dominique Massat), elle est absolument excellente, pleine de vitalité et de talent.

• On regrette : une mise en scène parfois un peu brouillon, des effets faciles et des débuts quelque peu poussifs.

Si le grand public est ravi de retrouver les scènes phares de Don Quichotte, les lecteurs avertis de Cervantès recherchent vainement la verve et l’humour de son roman. Bien évidemment, l’adaptation théâtrale du roman n’était pas aisée et Jérémie Le Louët a pris quelques libertés avec le texte original pour offrir un divertissement populaire au plus grand nombre. Pari réussi.

Le regard d’Isabelle 

« Don Quichotte voit dans les romans de chevalerie un nouvel Evangile. Il en fait sa religion, une religion dont il est le dernier prophète. Dans un siècle et un pays où la religion est si puissante et si violente, le personnage créé par Cervantès est une vraie bombe de subversion », Jérémie Le Louët, entretien publié dans L’Avant-scène théâtre (n°1403).

DON QUICHOTTE

Théâtre 13 Seine, 30 rue du Chevaleret, 75013 Paris (métro Bibliothèque François Mitterrand, ligne  14)

Jusqu’au 9 octobre 2016

Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h, relâche le lundi 

Durée : 2h05 sans entracte

Et le spectacle continue…

  • 14 octobre au Théâtre Jean Vilar de Vitry‐sur‐Seine
  • du 3 au 5 novembre au Théâtre de Châtillon
  • 8 novembre au Théâtre Roger Barat à Herblay
  • 18 novembre au Théâtre André Malraux de Chevilly‐Larue
  • 24 novembre au Centre d’art et de la culture de Meudon
  • 29 et 30 novembre au Théâtre d’Auxerre
  • 10 décembre au Centre culturel des Portes de l’Essonne
  • 13 et 14 décembre au Théâtre de la Madeleine, scène conventionnée de Troyes
  • 28 avril 2017 au Théâtre Jean Vilar de Suresnes
  • 3 mai au Théâtre de Cachan…

Crédit photos : Jean-Louis Fernandez

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Notre palmarès de la saison 2015/2016

Avant de plonger complètement dans cette rentrée théâtrale, nous souhaitons partager avec vous notre palmarès de la saison passée, soit les 10 pièces « coup de cœur » qui nous ont fait vibrer, rêver, rire et même pleurer et qu’on continue de conseiller encore et encore.  

Par ordre alphabétique : 

A tort ou à raison (Théâtre Hébertot)
Cyrano de Bergerac (Théâtre du Ranelagh)
Des fleurs pour Algernon (Théâtre du Petit Saint-Martin)
J’avais un beau ballon rouge (Théâtre Hébertot)
L’autre Galilée (Le Lucernaire)
La Médiation (Théâtre de Poche-Montparnasse)
Les chatouilles ou la danse de la colère (Théâtre du Petit Montparnasse)
Monsieur de Pourceaugnac (Les Bouffes du Nord)
Neige noire (Le Lucernaire)
 
Bonne rentrée !
Elisabeth & Isabelle 
 

 

MARIAGE ET CHÂTIMENT – THÉÂTRE HÉBERTOT

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♥♥♥♥  Ce matin-là, Edouard (Daniel Russo) ne savait pas qu’en faisant le mensonge que personne n’ose faire, le plus gros, l’ultime, « THE mensonge », sa vie allait brusquement basculer. Tel un tsunami, ce mensonge va détruire le couple qu’il forme avec Marianne (Delphine Rich), le mariage de son meilleur ami (Laurent Gamelon). Et comme Edouard est un honnête homme qui, d’ordinaire, fuit le mensonge comme la peste, toutes les manœuvres pour rétablir la vérité ne feront qu’aggraver sa chute. Et dans cette chute, Edouard entraîne tout son entourage…

« Mariage et Châtiment » est une comédie de David Pharao mise en scène par Jean-Luc Moreau autour d’une histoire d’amitié tiraillée entre le mensonge et le rétablissement de la vérité. Si on a aimé quelques belles répliques bien pointées de David Pharao ; si on a apprécié la troupe de comédiens – Daniel Russo, Laurent Gamelon, Delphine Rich, Fannie Outeiro, Zoé Nonn – plein de talent et de pétulance ; si on a adoré l’envol du dernier quart d’heure tout en crescendo plein de folie; on a moins apprécié la première partie qui aurait gagné à être plus enlevée. Au final, un agréable divertissement à l’humour efficace.

Le regard d’Isabelle

MARIAGE ET CHÂTIMENT

Théâtre Hébertot, 78bis boulevard des Batignolles – 75017 Paris (Métro : Villiers lignes 2 et 3)

Du mardi au samedi à 21h, dimanche à 15h.

Crédit photos : LOT

 

 

UN CAFÉ AVEC LAURENT CODAIR -DIRECTEUR COMMUNICATION DU THÉÂTRE DE POCHE-MONTPARNASSE

 

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Catherine Salviat, sociétaire honoraire de La Comédie-Française et Laurent Codair

« Le théâtre de Poche-Montparnasse est d’abord un théâtre de création. »

En cette fin d’été, comme bon nombre de théâtres parisiens, le théâtre de Poche-Montparnasse n’a pas encore rouvert ses portes. C’est donc, au café « La Ruche » sur le boulevard du Montparnasse, au nom joliment prédestiné pour l’entretien, que je rencontre Laurent Codair, le directeur de la communication du « Poche ». Amoureux du lieu, passionné par son métier, des projets plein la tête, Laurent m’a fait découvrir ce joli lieu qui occupe une place particulière dans le paysage théâtral parisien et  connaît un très beau succès public et critique depuis sa réouverture en 2013. Une rencontre ultra chaleureuse à quelques jours de la rentrée.

 

Coup de théâtre : Bonjour Laurent, racontez-nous l’histoire du « Poche ».

Laurent Codair: Le Poche a été créé en 1942, par Marcel Oger qui a ouvert cette petite salle avec quelques amis au cœur de ce quartier Montparnasse, si foisonnant artistiquement. Le lieu s’est, dès l’origine, défini comme un espace de création qui accueillait de jeunes auteurs, de jeunes comédiens ou metteurs en scène peu connus à l’époque. Dès l’année suivante, le Poche a commencé à bénéficier d’une certaine notoriété avec l’arrivée de Jean Vilar qui a mis en scène et joué Orage d’August Strindberg. Et puis, les années ont passé, l’aventure a continué. Des artistes renommés ont rejoint le Poche comme le mime Marceau, Roland Dubillard, Marguerite Duras, Claude Regy, Sylvia Monfort… Beaucoup de créations, dont certaines sont devenues des « classiques », comme Le Mal court de Jacques Audiberti avec notamment la jeune Suzanne Flon que le public découvrait, ou La Leçon de Eugène Ionesco, ont égrené ensuite son histoire. Fidèle à cet héritage, le Poche reste aujourd’hui un théâtre de création qui programme aussi bien des pièces du répertoire que des créations contemporaines.      

photo 80Le théâtre est dirigé par Philippe Tesson depuis 2011.

L.C.: Oui, Philippe Tesson a repris la direction avec Stéphanie Tesson et Charlotte Rondelez en novembre 2011. Il a fait réaliser des travaux qui ont permis de mettre aux normes la salle principale et de créer une deuxième salle entièrement modulable au sous-sol dédiée aux spectacles d’expérimentation et de compagnie (ndlr: le théâtre de Poche-Montparnasse dispose aujourd’hui de 128 places dans la salle principale et 95 dans la salle en sous-sol). Le Poche a rouvert ses portes en janvier 2013. Dès l’origine, Philippe Tesson a eu le projet de faire de ce théâtre une « ruche », un véritable lieu de création avec l’envie de susciter la curiosité et l’interactivité avec le public, en collaboration avec sa fille Stéphanie Tesson et Charlotte Rondelez.

Comment décrire l’esprit des lieux en trois mots ?

L.C. : J’en donnerais plutôt quatre : création, « ruche », auteur et texte, une sorte d’équation « sacrée » qui forge l’identité des lieux. Avec des objectifs forts : allier le divertissement et la réflexion, ouvrir le débat, les échanges entre les spectateurs et les artistes.

Comment s’élabore la programmation ? Sur quels critères?

L.C. : La programmation se base sur des textes du répertoire et des textes contemporains. Nous tenons vraiment à inscrire le TEXTE comme critère de programmation, quelle que soit sa forme (comédie ou tragédie, textes écrits pour la scène ou adaptations théâtrales d’œuvres littéraires, ..). Le choix des textes est impulsé par Philippe Tesson qui a plus de cinquante ans de critiques dramatiques à son actif. Il part de ses souvenirs d’œuvres représentées, de textes et parallèlement, le trio de direction a une vraie curiosité pour la scène actuelle, les jeunes compagnies, ce qui nous amène à créer des projets de A à Z, comme Madame Bovary, qui a obtenu un joli succès la saison passée avec une nomination aux Molières.

LA VERSION BROWNING

LA VERSION BROWNING de Terence Rattigan. Adaptation et mise en scène de Patrice Kerbrat. Au théâtre de Poche-Montparnasse à partir du 1er septembre © Pascal Gely

Comment expliquez-vous le succès ou l’échec d’une pièce ?

L.C. : C’est très difficile de savoir si une pièce va marcher ou non. D’abord si on la monte, c’est qu’on pense qu’elle suscitera l’intérêt du public. Et effectivement, on a vécu de très belles aventures, avec par exemple The Servant (ndlr : Molière du meilleur comédien au théâtre privé en 2015 pour Maxime d’Aboville) ou Chère Elena avec le travail formidable de mise en scène de Didier Long, saluée par quatre nominations aux Molières dont celui de la révélation masculine attribué à François Deblock. Le succès repose je crois sur une trinité quasi « sacrée » : un texte, un metteur en scène et des acteurs et bien sûr sur le rendez-vous avec le public. Il faut être fidèle à notre mission de programmation, tenir la promesse artistique qu’on a fait auprès du public et toujours garder le même niveau d’exigence.

Theatre_de_poche_023Quels sont les atouts du lieu par rapport aux autres théâtres du quartier Montparnasse ?

L.C. : Je dirais la convivialité ! On propose au public un accueil et un accompagnement particulier: des rencontres, des échanges avec les comédiens après le spectacle… Si cela peut surprendre le public au départ, il y prend goût très vite. Même chose du côté des comédiens qui se sentent bien chez nous : on échange avant les représentations, on les retrouve après la représentation au bar, on les accompagne dans l’aventure au quotidien. On est presque comme dans une « maison » et c’est indispensable d’entretenir cette convivialité à la fois avec les artistes qu’avec le public, surtout à l’heure du « tout » numérique. L’un ne va pas sans l’autre !

Quelles sont vos ambitions aujourd’hui ?

L.C. : Notre défi est de continuer à surprendre, à susciter l’intérêt, l’appétence, la curiosité, et bien sûr de continuer à être à la hauteur des attentes. Depuis trois ans, nous avons accueilli plus de 220 000 spectateurs. Un spectateur sur deux revient au Poche après être venu découvrir un de nos spectacles. Il faut poursuivre cette dynamique !

Selon vous, quels sont les défis du théâtre privé aujourd’hui ?

L.C. : Le défi c’est de trouver sa place au milieu d’une offre de plus en plus large. Et venant du théâtre public, je me suis toujours demandé pourquoi le théâtre privé ne se donnait pas les moyens d’avoir une vraie réflexion sur son image, sur son projet artistique comme le fait constamment le théâtre public. Pourquoi les directeurs de salles de théâtres privés n’utilisent pas leur patrimoine, leur programmation pour établir un positionnement clair, définir une identité ? A quoi, on m’a toujours répondu que le théâtre privé ne dispose pas des moyens financiers sur lesquels s’appuie le théâtre public. Aujourd’hui, je prouve le contraire, en ayant la chance c’est vrai de travailler avec des directeurs qui me font confiance. Le théâtre privé trouvera son salut en se spécialisant, comme le secteur de la presse, en définissant une vraie identité, un positionnement dirait-on en marketing. Si on veut capter l’attention du public aujourd’hui, il faut être ambitieux et fort de propositions de qualité bien sûr.

Saison 1617Diriger la communication d’un théâtre,  qu’est que cela recouvre au quotidien ?

L.C. : Ma mission est double : rendre la programmation visible au plus large public possible et développer la notoriété de ce petit théâtre. Je travaille au quotidien sur tous les outils de communication : édition – nous éditons une brochure avec les spectacles de la saison, des tracts, des dossiers de presse les plus complets possible -, supports numériques (site web, réseaux sociaux, newsletter,..), gestion des achats d’espaces publicitaires, des relations presse, développement des partenariats. J’essaye d’ailleurs de nous associer chaque année à un nouveau grand media pour permettre à l’ensemble de nos productions de bénéficier d’une large visibilité. Cette année, nous reconduisons un partenariat avec France Télévisions et c’est une vraie fierté car leur intérêt pour notre programmation est sincère. Il y a eu un gros travail fait également sur la charte graphique du Poche réalisée en collaboration avec Pierre Barrière, notre graphiste-concepteur, visant à refléter l’identité et les valeurs du Poche. Et puis nous continuons à explorer de nouvelles formes de communication avec le numérique. Une vraie dynamique au cœur de la « machine Poche » !

Quel a été votre parcours ?

L.C. : Mon parcours est atypique. Après des études de lettres, j’ai été danseur professionnel pendant 15 ans. J’ai terminé ma carrière à Londres et je me suis formé en communication à mon retour à Paris. J’ai travaillé dans un bureau de presse indépendant puis j’ai intégré La Comédie-Française comme responsable des relations presse et partenariats media de sa deuxième salle, le Théâtre du Vieux Colombier en même temps que des missions annexes comme celle du Festival d’Avignon au service de presse. Des années formidables pendant lesquelles j’ai retrouvé cette forme d’exigence, de rigueur que j’ai connue en tant que danseur classique et j’ai rencontré évidemment des comédiens d’exception avec qui je suis toujours en contact. Je suis très heureux à ce propos d’accueillir Catherine Sauval, sociétaire au Français qu’elle vient de quitter, pour Jules Renard, l’homme qui voulait être un arbre, un spectacle formidable qu’elle a créée sous la forme d’une carte blanche au Théâtre du Vieux-Colombier et qu’elle présente à partir du 26 septembre et Léonie Simaga qui signe la mise en scène de Pour un oui pour un non de Nathalie Sarraute en novembre prochain. Il y a beaucoup de plaisir à développer une mission d’éducation au près du jeune public d’aujourd’hui qui sera celui de demain.

Merci Laurent. Et pour conclure, votre mot « théâtre » préféré ?

L.C. : J’en ai deux ! (rire) : TOÏ TOÏ un mot joyeux, universel, qu’on se dit partout dans le monde pour se souhaiter bonne chance avant d’entrer sur scène. Et puis un mot que j’aime beaucoup, rond et généreux : BRAVO.

Propos recueillis par Elisabeth Donetti

THÉÂTRE DE POCHE-MONTPARNASSE

75 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris

 

 

 

 

 

 

POUR EN FINIR AVEC HUGH GRANT – THÉÂTRE DES MATHURINS

image_363_1_Françoise (Catherine Hosmalin), la cinquantaine rayonnante, ancrée dans sa solitude et ses certitudes de vie monotone, voit pourtant un nouvel avenir possible lorsque sous les conseils avisés de Chloé (Lubna Gourion), sa nouvelle colocataire et mangeuse d’hommes avertie, elle se décide à utiliser les sites de rencontres sur internet pour rencontrer le bonheur. Il apparaît en la personne de Gaspard (Tom Dingler), jeune homme de vingt ans de moins que Françoise. Est-il un bel amoureux ou un adorable imposteur ?

A cinquante ans, une femme peut-elle tomber amoureuse alors qu’elle ne s’y attend plus et que l’amour sonne à sa porte en la personne d’un charmant jeune homme âgé de moins de vingt ans qu’elle et qui lui déclare sa flamme ? OUI ! « Hugh Grant » aime « Julia Roberts » et le public les adore.

Emmanuelle Michelet a écrit et mis en scène (assistée de Julien Ratel) une comédie pleine de tendresse, de légèreté et de fraîcheur sur les sentiments amoureux face aux âges de la vie à l’époque des réseaux sociaux. On en redemande, un quart d’heure en sus aurait été fort apprécié pour le plaisir de déguster plus encore les dernières scènes.

« Pour en finir avec Hugh Grant », c’est du baume pour le cœur que l’on soit amoureux ou pas ! A voir. Une pure gourmandise. Moral boosté assuré.

Le regard d’Isabelle

POUR EN FINIR AVEC HUGH GRANT 

Théâtre des Mathurins, 36 rue des Mathurins, 75008 Paris (Métro : Havre-Caumartin, Madeleine ou Saint-Lazare)

Jusqu’au 24 septembre, du mercredi au samedi à 21h00, dimanche à 15h00.                         A partir du 28 septembre, du mercredi au samedi à 19h00, dimanche à 15h00.                   Jusqu’au 23 décembre 2016.

Crédit photos : Alexy Benard

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CAPITAINE FRACASSE | FESTIVAL LES TRÉTEAUX NOMADES – HÔTEL DE BEAUVAIS

vz-5cdbc070-1a86-4d39-a3d0-4c725264d94aSur les routes, lors d’une tempête, la roue de la charrette d’une troupe de comédiens affamés se brise devant les portes de la demeure du baron de Sigognac. Ce dernier, ruiné et solitaire, décide de tout quitter et de suivre la troupe jusqu’à Paris pour l’amour de la belle Isabelle. A leurs côtés, il interprétera le rôle du Capitaine Fracasse. Mais leur chemin est semé d’embûches jusqu’à l’enlèvement par des brigands d’Isabelle. Après mille tribulations,ses compagnons de scène parviendront-ils à la soustraire de ses ravisseurs?

Le célèbre et flamboyant roman de cape et d’épée « Capitaine Fracasse » de Théophile Gautier est revisité et mis en scène par LE maître de la Commedia dell’Arte, Carlo Boso. Il est interprété par la jeune compagnie La Carabela * issue de l’Académie Internationale des arts du spectacle de Versailles. 

Dans la plus pure tradition du Théâtre de tréteaux, ce « Capitaine Fracasse » est un spectacle d’aventures  haut en couleurs façon Commedia dell’Arte, une véritable explosion talentueuse des arts de la scène – comédie, pantomime, danse, chant, combat, etc. -, une communion absolue avec le public invité à jouer son propre rôle. Dans un rythme effréné, les situations cocasses s’enchaînent autant que les chansons populaires du XXe siècle, les combats d’escrime et les danses de flamenco. 

« Capitaine Fracasse », voilà un spectacle fracassant, à voir absolument autant à la pointe de l’épée qu’avec une sacrée pointe d’humour ! Petits et grands applaudiront assurément. 

Le regard d’Isabelle 

CAPITAINE FRACASSE

Cour de l’Hôtel de Beauvais, 68 rue François-Miron – 75004 Paris (Métro : Saint-Paul ligne 1)

Du 26 au 27 août 2016 – 20h30 | Dimanche 28 août 2016 – 16h00

 (*) Greta Bacchini, Claudio Ciannarella, Carlo Coculo, Jeanne Godard, Antea Magaldi, Antonella Marino, Miriam Moleon, Victor Moleon, Mathilde Noël, Giuseppe Pedone, Mélanie Samie.

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