D’abord un lieu: le théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis et son plateau immense, profond, comme un formidable terrain de jeu qui autorise toutes les libertés, toutes les audaces. S’y joue actuellement « Roberto Zucco », Zucco avec un Z mais l’erreur d’orthographe ne trompera personne. La pièce, écrite par Bernard-Marie Koltès en 1988, s’inspire du serial killer italien, Roberto Succo, né près de Venise en 1962, qui tua son père et sa mère à l’âge de 19 ans et commis cinq assassinats lors d’une cavale tragique en France et en Suisse avant de se suicider en 1988 dans sa cellule de prison à l’âge de 26 ans. B-M. Koltès, fasciné par ce tueur monstrueux à la gueule d’ange qu’il qualifiait de « tueur exemplaire » (la pièce fit scandale à sa parution) choisit, par l’écriture, de prendre ses distances par rapport au fait divers pour proposer une thématique beaucoup plus allégorique et littéraire d’un homme qui déraille et que rien ne pourra jamais remettre sur les rails, comme le symptôme d’une société malade.
La pièce, créée à la comédie de Valence et mise en scène par Richard Brunel, se concentre autant sur le personnage de Zucco que sur ses rapports aux autres : sa mère, « la Gamine » qui l’aime mais le dénoncera, « la femme élégante » dont il tuera le fils. Richard Brunel propose une mise en scène chorale (14 comédiens sur scène) dense, haletante, parfois spectaculaire et ponctuée d’épisodes esthétiques, très visuels : la scène d’amour de Zucco et « la Gamine » se relevant nus de dessous la table familiale, le duo avec la « femme élégante », la mort de son fils symbolisée par une pluie de sacs en plastique, les scènes de combat. La langue de Koltès est poétique, dramatique, une langue de théâtre avec un grand T, que certains comédiens interprètent à merveille, on citera en particulier Noémie Develay-Ressiguier dans le rôle de « la Gamine », Luce Mouchel dans celui de « la femme élégante » et Pio Marmai qui compose un Zucco extrêmement convaincant dans la composition d’un personnage complexe, prisonnier de sa folie. Une pièce engagée, forte, avec de véritables partis-pris artistiques qui fait l’évènement de ce début d’année.
Le point de vue d’Elisabeth
Théâtre Gérard Philipe, 59, boulevard Jules-Guesde, 93 207 Saint-Denis Cedex
Jusqu’au 20 février 2016
Du lundi au samedi à 20h – dimanche à 15h30 – Relâche le mardi
Crédit photos : Jean-Louis Fernandez









J’avais eu l’occasion (et le plaisir !) de découvrir le travail de la
Souvenons-nous, il y a deux ans, Attilio Maggiulli, le fondateur et directeur de la Comédie Italienne, ce petit théâtre unique en France spécialisé dans le jeu très codifié de la Commedia dell’arte, enfonçait sa voiture dans les grilles de l’Elysée pour dénoncer le manque de subventions et la lente agonie de son théâtre. A l’époque, ce « coup de folie » avait été largement relayé par les medias, ému les amoureux de cette petite salle d’une centaine de places, nichée au cœur du 14eme arrondissement de la capitale. Un appel au fond avait même été lancé pour sauver les lieux. Deux ans plus tard, la situation financière ne semble guère s’être améliorée mais la Comédie Italienne est toujours debout et lève le rideau tous les soirs. Elle propose depuis le 17 octobre dernier une savoureuse pièce de Carlo Goldoni et Giacomo Casanova « Une joyeuse et délirante villégiature » qui nous plonge dans le Paris baroque du XVIIIe siècle.
À jeter un coup d’œil au décor, on comprend d’instinct qu’on va assister à une pièce « Out of the box ». Pour preuve, le grand plateau des Bouffes-du-Nord est entièrement recouvert d’un sable couleur craie, un modeste refuge en bois est posé au milieu de nulle part, une baignoire rouillée trône à l’avant-scène. Les comédiens-musiciens-chanteurs s’installent un à un dans l’indifférence générale… « Fugue », créé au dernier festival d’Avignon et mis en scène par Samuel Achache, raconte l’histoire de cinq explorateurs échoués quelque part sur une base en Antarctique à la recherche d’un lac préhistorique situé à des kilomètres sous glace. Dans ce no man’s land givré et hostile, nos protagonistes vont s’aimer, s’engueuler, se quitter, confronter leurs solitudes, se retrouver. Et le titre de la pièce « Fugue » doit s’entendre au sens musical du terme, soit des voix indépendantes formant un ensemble et chacune pourchassant l’autre qui prend la fuite devant elle…




Si vous aimez le théâtre, réservez vite vos billets pour cette pièce programmée jusqu’au 3 janvier 2016 au théâtre de l’Atelier. C’est un énorme coup de coeur personnel ! Les critiques plus élogieuses les unes que les autres sont venues consacrer « J’avais un beau ballon rouge » mis en scène par Michel Didym et je m’y associe pleinement! Sur le plateau, ils sont deux, père et fille, à la ville et à la scène : Richard et Romane Bohringer. Ils nous offrent un moment de théâtre unique ! La pièce, écrite par la jeune dramaturge italienne Angela Dematté, nous plonge dans l’Italie des années 60 et 70 et raconte le destin fulgurant et tragique de Margherita Cagol, l’épouse de Renato Curcio, fondateur et idéologue des Brigades Rouges, cette organisation révolutionnaire d’extrême gauche italienne qui ensanglanta le pays à cette époque. Angela Damatté a fait le choix très séduisant de raconter la grande histoire à travers la petite, celle de la relation poignante qui unit Margherita, radicale et éprise d’absolu, à son père, pétri de bon sens et de valeurs chrétiennes. A travers leur confrontation, la pièce éclaire deux visions de la société incompatibles et irréconciliables. 

J’avais découvert
Des Roméos et des Juliettes comme s’il en pleuvait dans les théâtres parisiens et Paris se transforme en Vérone ! Tout le monde se presse à la Comédie-Française depuis le 5 décembre dernier pour découvrir l’adaptation de la plus belle des pièces d’amour, mise en scène par Eric Ruf. Mais j’ai eu le plaisir de découvrir récemment une version fort réussie, de la jeune et talentueuse
Singulier et attachant spectacle que « Home » actuellement au théâtre de l’Oeuvre qui ne devrait laisser aucun spectateur indifférent. Disons-le tout net : on adore ou on s’ennuie devant ce nouvel opus de Gérard Desarthe (après « Ashes » l’an dernier au même théâtre de l’Oeuvre). Personnellement, j’ai trouvé la pièce intéressante et bien défendue par un casting solide (Gérard Desarthe, Carole Bouquet, Pierre Palmade, Valérie Karsenti et 





La jeune compagnie de théâtre « L’étoffe des songes » a eu la belle idée de monter un savoureux vaudeville de l’entre-deux-guerres, tombé (injustement !) dans l’oubli depuis sa création en 1923 : « Les vignes du seigneur ». Co-écrite par le maître du genre Robert Flers et Françis de Croisset, la pièce raconte comment une mère de famille, Valentine Bourgeon, manœuvre pour que ses deux filles, Gisèle et Yvonne, en âge de convoler, accèdent à la bourgeoisie, tandis qu’Hubert, l’amant malheureux de Gisèle, fait son possible pour accéder de son côté à la noblesse. Mais tout se compliquera très vite à l’arrivée d’Henri Lévrier, un ami de la famille revenu des Indes, alcoolique repenti et destiné à Yvonne mais …qui tombera vite dans les bras de Gisèle…La suite ne sera qu’une succession de quiproquos, rebondissements et situations cocasses avant une happy end libératrice !
Les spectacles jeune public font l’actualité théâtrale en cette période de vacances scolaires ! Mes petits reporters d’un jour, Mathilde 8 ans et Pierre 7 ans, ont eu le plaisir d’assister à « Enfablées », la dernière création de