Le soleil continue de briller à Avignon, le mistral souffle, les spectacles s’enchaînent aussi singuliers et différents les uns que les autres. Déjà 3 pièces « au compteur » depuis la dernière chronique et une poignée d’heures pour vous en parler. Nous avons découvert hier soir au théâtre Notre Dame « Le Bestiaire des Filles Foraines » un tour de chant singulier et décalé, né de l’imagination du duo féminin Bec (Sarah Bloch au chant) et Ongles (Charlotte Gauthier au piano). Ici nos deux artistes, toutes de noir vêtues, version cabaret, ouvrent au spectateur les portes de leur univers peuplé de créatures fantastiques, un bestiaire imagé, à travers un set de quinze compositions originales. Les textes sont grinçants, féroces, toujours percutants et la prouesse artistique aboutie : Sarah Bloch possède une voix sublime (elle est la voix chantée de Christa Théret dans le film « Marguerite » sorti cet hiver) et une réelle présence scénique. Charlotte Gauthier accompagne sa partenaire avec beaucoup de talent. M’a manqué peut-être un peu de rythme et d’originalité dans la mise en scène, somme toute un peu statique à mon goût. Dans tous les cas, si vous aimez les univers entre théâtre et chansons, allez applaudir ce spectacle, qui a déjà bénéficié d’une trentaine de représentations partout en France.


Crédit : Clémence Pogu
LE BESTIAIRE DES FILLES FORAINES | Tous les jours 21h20 au théâtre Notre-Dame, 13 rue du Collège d’Annecy, Avignon
8H30, le réveil sonne, même pas le temps d’avaler un café, on fonce plan d’Avignon en poche au théâtre du Roi-René. On pensait être quinze et c’est la foule de des grands soirs ou des grands matins, c’est selon. Il n’y a qu’à Avignon où on va au théâtre le matin et ça ne manque pas de charme. Ce matin, donc au programme Mickaël Hirsch et son spectacle « Pourquoi ? ». Nous avions croisé le comédien il y a quelques jours en train de « tracter » et il nous avait gentiment remis son flyer. « Pourquoi ? » est un seul en scène qui raconte l’histoire d’un personnage, Mickaël, qui s’interroge de la petite enfance à la fin de sa vie sur le sens à donner à sa vie. Un parcours initiatique et une trajectoire personnelle pleine de tendresse et de fraîcheur ponctués par une galerie de portraits (dont un certain Fabrice Luchini qui s’invite à la fête…). « Bonne gueule », regard pétillant, cheveux en pétard, complice avec le public, Mickaël Hirsch déroule le spectacle avec une aisance et un plaisir certains, d’autant que le jeune comédien excelle dans les mots. En digne successeur d’un R. Devos ou d’un P. Desproges, le comédien jongle avec les mots avec jubilation et même si vous n’êtes pas fan de l’humour « jeux de mots » comme moi, vous vous laisserez séduire par ce spectacle ultra tendre et rafraîchissant qui fait la part belle à la qualité d’écriture.
Crédit photos : Fabienne Rappeneau
POURQUOI ? | Tous les jours 10h au théâtre du ROI-RENE, 4 bis rue Gravolas, Avignon
Sitôt quitté l’univers poétique de Mickaël Hirsch et de ses interrogations philosophiques sur le sens de la vie, on prend nos jambes à notre cou pour rejoindre le théâtre Actuel et assister à « Madame Bovary » qui avait été à l’affiche du théâtre de Poche Montparnasse cet hiver. Dispositif scénique minimal pour cette libre interprétation de l’œuvre culte de Flaubert. Sur scène 4 chaises, un décor champêtre, quelques instruments de musique et 4 comédiens qui interprètent, content et ponctuent musicalement le parcours romanesque et tragique d’Emma Bovary, de sa noce avec le falot Charles Bovary, à son amour passionnel pour le beau Rodolphe en passant par ses adultères avec Léon jusqu’à la ruine et le suicide final. C’est du bel ouvrage : une mise en scène inventive, une intreprétation de qualité et de vrais partis-pris artistiques mais je n’ai pas été emportée. Car, et c’est tout à fait subjectif, l’Emma Bovary que j’imagine n’est pas celle que j’ai vue sur scène (malgré le talent indéniable de la comédienne Sandrine Molaro, nommée Révélation Féminine aux Molières 2016) : ce personnage gouailleur, entière, révoltée, à la limite de la truculence, bref presque trop « vivante ». Une audace qui m’a tenue à distance de cette adaptation.
Crédit photos : B. Enguerrand
MADAME BOVARY | Tous les jours 12h05 au Théâtre Actuel, 80 rue Guillaume Puy, Avignon
Signé Elisabeth
![FullSizeRender[2]](https://coup2theatre.com/wp-content/uploads/2016/07/fullsizerender26.jpg?w=560)

![FullSizeRender[1]](https://coup2theatre.com/wp-content/uploads/2016/07/fullsizerender15.jpg?w=560)
![FullSizeRender[1]](https://coup2theatre.com/wp-content/uploads/2016/07/fullsizerender14.jpg?w=560)

![FullSizeRender[3]](https://coup2theatre.com/wp-content/uploads/2016/07/fullsizerender31.jpg?w=560)
![FullSizeRender[3]](https://coup2theatre.com/wp-content/uploads/2016/07/fullsizerender32.jpg?w=560)
14 juillet, début de soirée, foule immense devant l’un des plus célèbres théâtres avignonnais : le théâtre des Béliers. Je me fraye un passage dans la foule pour récupérer mon invitation. Ma co-festivalière Florence, inscrite sur la liste d’attente, croise les doigts pour qu’une place se libère. Bingo ! Nous pouvons rentrer. La salle est archi-remplie pour « Les Lapins sont Toujours en Retard » qui avait bénéficié d’un joli succès cet hiver à Paris. Cette pièce, c’est l’histoire de jumelles, Alice et Sandra, que tout oppose : la première, romantique et sensible, ne rêve que de douceur et du grand amour. La deuxième, est une policière de choc qui collectionne les amants. Autour de ces deux personnages et d’une galerie de portraits (le collègue policier, le psy, le petit ami transi amoureux, la copine en pleine crise de couple, …), la pièce interroge la quête de sens et du bonheur. Le décor astucieux s’articule autour de deux paravents qui permettent de passer d’un univers à l’autre avec beaucoup de fluidité. Les 5 comédiens font des prouesses et l’ensemble est plaisant et sympathique. Mais je suis sincère, j’ai l’impression d’avoir vu ce genre de pièce des dizaines de fois et il m’a manqué ce petit supplément d’âme pour adhérer.
Mais les jours ne suivent et ne se ressemblent pas à Avignon…Sur les bons conseils de Florence, on a découvert un petit bijou théâtral qui m’a littéralement conquise : « Le bois dont je suis fait » écrit et mis en scène par la compagnie QUI VA PIANO. Que se cache -t-il derrière ce drôle de titre ? Une histoire de famille. Une femme, à la veille de sa mort, décide de réunir son mari et ses deux fils pour tenter de les réconcilier. Mais entre divergences de points de vues, attentes déçues et désir d’émancipation, la réconciliation va tourner court…et laisser exploser les rancœurs enfouies et faire voler en éclat l’idéal familial. Une comédie sociale absolument épatante, formidablement écrite et interprétée par deux comédiens qui réussissent le tour de force de jouer tous les personnages avec une aisance et une fluidité exceptionnelle dans la sobriété la plus totale. Seul décor, un plateau noir, délimité à la craie, deux tabourets rouges et leur talent. Ne manquez pas cette pièce si vous êtes de passage à Avignon. En sortant de la salle, j’échange quelques mots avec une spectatrice qui me conjure (!) d’aller voir « Dans la peau de Cyrano » écrit et mis en scène par la même compagnie. Un pur moment d’émotion et l’une des meilleures pièces du festival…Le rendez-vous est pris à l’occasion d’une prochaine tournée parisienne.
![FullSizeRender[2]](https://coup2theatre.com/wp-content/uploads/2016/07/fullsizerender24.jpg?w=560)


C’était impossible de passer à côté. Car cette pièce, c’est un fragment fabuleux de mon enfance, un écho à des souvenirs personnels qui résonnent avec toujours autant de plaisir et d’émotion 34 ans plus tard. On est au coeur de l’été 1982, chaleur caniculaire, la Coupe du monde de football bat son plein en Espagne et la Squadra Azzura italienne, après des débuts timides dans la compétition, est opposée en quart de finale à la mythique seleçao brésilienne pour un match qui allait devenir légendaire et électriser toute une nation.




La pièce fut un énorme succès à Londres et c’est maintenant à Paris qu’elle remporte tous les suffrages. Après avoir fait un triomphe au théâtre Tristan Bernard l’an dernier et raflé le Molière de la comédie le 23 mai dernier, « Les Faux British » sont désormais à l’affiche du théâtre Saint Georges et c’est salle comble tous les soirs ! Difficile en effet de ne pas passer un excellent moment de théâtre devant cette pièce ultra drôle et diablement efficace. Le pitch ? Imaginez 7 amateurs de romans noirs anglais qui décident de monter sur les planches pour adapter un roman de Conan Doyle, alors qu’ils n’ont jamais mis les pieds sur scène…. L’action se situe au XIXème siècle dans un manoir anglais. Par une nuit d’hiver enneigée, on découvre le corps sans vie de Charles Aversham dont on s’apprêtait à fêter les fiançailles. Sitôt est appelé sur les lieux du crime le vieil inspecteur qui démarre son enquête sur tous les protagonistes : la fiancée, le majordome,…Nos acteurs d’un soir vont donner le meilleur d’eux-mêmes pour proposer un digne spectacle mais n’est pas comédien qui veut et les petites et grandes catastrophes vont s’enchaîner à un rythme effréné : oubli de texte, élocution difficile, régisseur à contre temps, décor en carton pâte, nos apprentis comédiens vont faire les frais de leur amateurisme…






Maquillage soigné, queue de cheval élégante, robe tendance, elle est assise sur une chaise, le plateau baigné par une douce pénombre. Et elle commence à nous parler sans attendre le silence du public, le point de départ d’un récit-confession qui nous emportera bien plus loin que l’on aurait pu imaginer. Au départ, il s’agit seulement de l’histoire d’une femme : son quotidien de vendeuse, sa vie de couple, son désir d’enfant. Et puis les indices pointent un à un, se font écho – son traitement au lithium, ses séances de sismothérapie, ses épisodes schizophréniques, ses allers-retours à l’hôpital Saint Anne – et nous font comprendre par bribes ce dont elle souffre : la maniaco-dépression. « Rendez-vous gare de l’Est », c’est le portrait d’une femme malade qui se livre entièrement sans fausse pudeur. Et indirectement nous donne des « clés » pour essayer de mieux appréhender la maladie invisible. 
Prenez cinquante ans de combats féministes, ajoutez quatre comédiennes qu’on sent aussi complices à la scène qu’à la ville, saupoudrez d’une bonne dose d’humour, laissez cuire pendant 1h20 et vous obtiendrez « Et Pendant ce Temps Simone Veille », un spectacle ultra sympathique, écrit par la comédienne Trinidad, qui retrace l’évolution de la condition féminine des années 1950 à nos jours, à travers les destins de 4 générations de femme (Marcelle l’ouvrière, France la bourgeoise et Giovanna issue de la classe moyenne). L’occasion de revisiter les grandes dates qui ont jalonné les combats féministes, du droit de vote à la légalisation de la pilule contraceptive en passant par la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse ou la procréation assistée,…et de rendre hommage aux grandes figures des combats féministes de Simone de Beauvoir (« On ne naît pas femme, on le devient« ) à Simone Veil.


« Constellations », créée en 2012 par le jeune auteur londonien 



Un titre énigmatique pour un spectacle qui ne ressemble à aucun autre et qui restera quelque part dans un coin de ma mémoire -à l’instar de l’inoubliable 






