Carte postale d’Avignon – 15 juillet 2016

Cachet_de_la_poste_-_1907_-_Palais_des_PapesLe soleil continue de briller à Avignon, le mistral souffle, les spectacles s’enchaînent aussi singuliers et différents les uns que les autres. Déjà 3 pièces « au compteur » depuis la dernière chronique et une poignée d’heures pour vous en parler. Nous avons découvert hier soir au théâtre Notre Dame « Le Bestiaire des Filles Foraines » un tour de chant singulier et décalé, né de l’imagination du duo féminin Bec (Sarah Bloch au chant) et Ongles (Charlotte Gauthier au piano). Ici nos deux artistes, toutes de noir vêtues, version cabaret, ouvrent au spectateur les portes de leur univers peuplé de créatures fantastiques, un bestiaire imagé, à travers un set de quinze compositions originales. Les textes sont grinçants, féroces, toujours percutants et la prouesse artistique aboutie : Sarah Bloch possède une voix sublime (elle est la voix chantée de Christa Théret dans le film « Marguerite » sorti cet hiver) et une réelle présence scénique. Charlotte Gauthier accompagne sa partenaire avec beaucoup de talent. M’a manqué peut-être un peu de rythme et d’originalité dans la mise en scène, somme toute un peu statique à mon goût. Dans tous les cas, si vous aimez les univers entre théâtre et chansons, allez applaudir ce spectacle, qui a déjà bénéficié d’une trentaine de représentations partout en France.

vz-81a8a278-e16c-45bb-8401-3804e8af3dac

cf6564_0236596d153e44fdbc885bff15f50b4f

Crédit : Clémence Pogu

LE BESTIAIRE DES FILLES FORAINES | Tous les jours 21h20 au théâtre Notre-Dame, 13 rue du Collège d’Annecy, Avignon

8H30, le réveil sonne, même pas le temps d’avaler un café, on fonce plan d’Avignon en poche au théâtre du Roi-René. On pensait être quinze et c’est la foule de des grands soirs ou des grands matins, c’est selon. Il n’y a qu’à Avignon où on va au théâtre le matin et ça ne manque pas de charme. Ce matin, donc au programme Mickaël Hirsch et son spectacle « Pourquoi ? ». Nous avions croisé le comédien il y a quelques jours en train de « tracter » et il nous avait gentiment remis son flyer. « Pourquoi ? » est un seul en scène qui raconte l’histoire d’un personnage, Mickaël, qui s’interroge de la petite enfance à la fin de sa vie sur le sens à donner à sa vie. Un parcours initiatique et une trajectoire personnelle pleine de tendresse et de fraîcheur ponctués par une galerie de portraits (dont un certain Fabrice Luchini qui s’invite à la fête…). « Bonne gueule », regard pétillant, cheveux en pétard, complice avec le public, Mickaël Hirsch déroule le spectacle avec une aisance et un plaisir certains, d’autant que le jeune comédien excelle dans les mots. En digne successeur d’un R. Devos ou d’un P. Desproges, le comédien jongle avec les mots avec jubilation et même si vous n’êtes pas fan de l’humour « jeux de mots » comme moi, vous vous laisserez séduire par ce spectacle ultra tendre et rafraîchissant qui fait la part belle à la qualité d’écriture.

Crédit photos : Fabienne Rappeneau

 POURQUOI ? | Tous les jours 10h au théâtre du ROI-RENE, 4 bis rue Gravolas, Avignon

Sitôt quitté l’univers poétique de Mickaël Hirsch et de ses interrogations philosophiques sur le sens de la vie, on prend nos jambes à notre cou pour rejoindre le théâtre Actuel et assister à « Madame Bovary » qui avait été à l’affiche du théâtre de Poche Montparnasse cet hiver. Dispositif scénique minimal pour cette libre interprétation de l’œuvre culte de Flaubert. Sur scène 4 chaises, un décor champêtre, quelques instruments de musique et 4 comédiens qui interprètent, content et ponctuent musicalement le parcours romanesque et tragique d’Emma Bovary, de sa noce avec le falot Charles Bovary, à son amour passionnel pour le beau Rodolphe en passant par ses adultères avec Léon jusqu’à la ruine et le suicide final. C’est du bel ouvrage : une mise en scène inventive, une intreprétation de qualité et de vrais partis-pris artistiques mais je n’ai pas été emportée. Car, et c’est tout à fait subjectif, l’Emma Bovary que j’imagine n’est pas celle que j’ai vue sur scène (malgré le talent indéniable de la comédienne Sandrine Molaro, nommée Révélation Féminine aux Molières 2016) : ce personnage gouailleur, entière, révoltée, à la limite de la truculence, bref presque trop « vivante ». Une audace qui m’a tenue à distance de cette adaptation.

Crédit photos : B. Enguerrand

MADAME BOVARY | Tous les jours 12h05 au Théâtre Actuel, 80 rue Guillaume Puy, Avignon

Signé Elisabeth

FullSizeRender[2]FullSizeRenderFullSizeRender[1]FullSizeRender[1]FullSizeRenderFullSizeRender[3]FullSizeRender[3]

Carte postale d’Avignon – 14 juillet 2016

Cachet_de_la_poste_-_1907_-_Palais_des_PapesLe mistral s’est levé sur Avignon et il fait meilleur marcher sur les versants ensoleillés des trottoirs. Les rues sont toujours aussi chatoyantes, le public patient aux files d’attentes, les comédiens dans les rues à la distribution des tracts, les terrasses remplies. On continue de vivre et respirer théâtre. Mais depuis hier soir, nos chroniques nous semblent bien dérisoires en regard des dramatiques évènements survenus à Nice. Nos pensées vont aux victimes de ce drame effroyable, à leurs familles et à leurs proches. La barbarie ne vaincra jamais.

LAPINS-10X15-TDBW-e144120216321714 juillet, début de soirée, foule immense devant l’un des plus célèbres théâtres avignonnais : le théâtre des Béliers. Je me fraye un passage dans la foule pour récupérer mon invitation. Ma co-festivalière Florence, inscrite sur la liste d’attente, croise les doigts pour qu’une place se libère. Bingo !  Nous pouvons rentrer. La salle est archi-remplie pour « Les Lapins sont Toujours en Retard » qui avait bénéficié d’un joli succès cet hiver à Paris. Cette pièce, c’est l’histoire de jumelles, Alice et Sandra, que tout oppose : la première, romantique et sensible, ne rêve que de douceur et du grand amour. La deuxième, est une policière de choc qui collectionne les amants. Autour de ces deux personnages et d’une galerie de portraits (le collègue policier, le psy, le petit ami transi amoureux, la copine en pleine crise de couple, …), la pièce interroge la quête de sens et du bonheur. Le décor astucieux s’articule autour de deux paravents qui permettent de passer d’un univers à l’autre avec beaucoup de fluidité. Les 5 comédiens font des prouesses et l’ensemble est plaisant et sympathique. Mais je suis sincère, j’ai l’impression d’avoir vu ce genre de pièce des dizaines de fois et il m’a manqué ce petit supplément d’âme pour adhérer.  

LES LAPINS SONT TOUJOURS EN RETARD | Tous les jours 19h20 au Théâtre des Béliers 53 rue du Portait Magnanen, Avignon

Affiche-Le-Bois-dont-je-suis-faitMais les jours ne suivent et ne se ressemblent pas à Avignon…Sur les bons conseils de Florence, on a découvert un petit bijou théâtral qui m’a littéralement conquise : « Le bois dont je suis fait » écrit et mis en scène par la compagnie QUI VA PIANO. Que se cache -t-il derrière ce drôle de titre ? Une histoire de famille. Une femme, à la veille de sa mort, décide de réunir son mari et ses deux fils pour tenter de les réconcilier. Mais entre divergences de points de vues, attentes déçues et désir d’émancipation, la réconciliation va tourner court…et laisser exploser les rancœurs enfouies et faire voler en éclat l’idéal familial. Une comédie sociale absolument épatante, formidablement écrite et interprétée par deux comédiens qui réussissent le tour de force de jouer tous les personnages avec une aisance et une fluidité exceptionnelle dans la sobriété la plus totale. Seul décor, un plateau noir, délimité à la craie, deux tabourets rouges et leur talent. Ne manquez pas cette pièce si vous êtes de passage à Avignon. En sortant de la salle, j’échange quelques mots avec une spectatrice qui me conjure (!) d’aller voir « Dans la peau de Cyrano » écrit et mis en scène par la même compagnie. Un pur moment d’émotion et l’une des meilleures pièces du festival…Le rendez-vous est pris à l’occasion d’une prochaine tournée parisienne.

Découvrir la compagnie QUI VA PIANO

LE BOIS DONT JE SUIS FAIT | Tous les jours 15h15 au Collège de la Salle, 3 place Louis Pasteur, Avignon

Signé Elisabeth

FullSizeRenderFullSizeRender[2]IMG_0837IMG_0844

 

ITALIE-BRÉSIL 3 À 2 – LE CARREAU DU TEMPLE

26670f_9c9738aba26a49c99442998857ab8bbcC’était impossible de passer à côté. Car cette pièce, c’est un fragment fabuleux de mon enfance, un écho à des souvenirs personnels qui résonnent avec toujours autant de plaisir et d’émotion 34 ans plus tard. On est au coeur de l’été 1982, chaleur caniculaire, la Coupe du monde de football bat son plein en Espagne et la Squadra Azzura italienne, après des débuts timides dans la compétition, est opposée en quart de finale à la mythique seleçao brésilienne pour un match qui allait devenir légendaire et électriser toute une nation.

L’écrivain palermitain Davide Enia avait 8 ans à l’époque et a écrit un très beau récit sur ce morceau d’anthologie footbalistique, inspiré de ses souvenirs d’enfant. Dans le salon familial à Palerme, entouré de ses parents, son oncle, son petit frère, ses amis, vissés au nouvel écran couleurs, il nous fait revivre entre nostalgie, tendresse et humour le film de ce match à la dramaturgie quasi mystique, des 180 nazionali sans filtre fumées par l’oncle Curcuru aux 272 « Oh Con ! » del padre, en passant par les truculents rituels quasi religieux. Sur scène, le comédien Solal Bouloudnine, avec pour seul partenaire le guitariste Jean-Marc Montera, incarne avec beaucoup de talent et de générosité tous les personnages de ce « théâtre-récit ». Et relève le défi de nous tenir en haleine pendant 90 minutes, dans une langue « ultra-rythmique » fortement évocatrice, jusqu’à la délivrance finale (l’Italie gagnera finalement sur le score de 3 à 2 et sera championne du monde quelques jours plus tard). 

Ce spectacle, créé par la compagnie Tandaim et mis en scène par Alexandra Tobelaim, a déjà été joué plus de 150 fois et continue d’aller à la rencontre de tous les publics. Que vous soyez « footeux » ou pas, vous passerez un très bon moment ! Et pour tous les tifosi, je ne peux m’empêcher d’associer les visuels aux mots en diffusant quelques images…d’un certain Italie-Brésil 1982…Italia, sara sempre nel mio cuore.  

Signé Elisabeth 

ITALIE -BRESIL 3 A 2 

Le Carreau du Temple, 4 rue Eugnène Puller, 75003 Paris

Samedi 9 juillet à 19h30

Crédits photos : Compagnie Tandaim / Gabrielle Voinot / Olivier Thomas 

26670f_9c9738aba26a49c99442998857ab8bbc

26670f_27de86eb5f8645cc93ed51d53f19a37c_credit Olivier Thomas

26670f_af4ee09bee29451ea62fa82bf15dc99e26670f_03e4770742354e5b9c83c05891c69c8d26670f_874cef915f66499f9c70dad2b4dcfd3d

LES FAUX BRITISH – THÉÂTRE SAINT GEORGES

vz-47DE3262-E63E-470B-A7A2-B2673306F8BBLa pièce fut un énorme succès à Londres et c’est maintenant à Paris qu’elle remporte tous les suffrages. Après avoir fait un triomphe au théâtre Tristan Bernard l’an dernier et raflé le Molière de la comédie le 23 mai dernier, « Les Faux British » sont désormais à l’affiche du théâtre Saint Georges et c’est salle comble tous les soirs ! Difficile en effet de ne pas passer un excellent moment de théâtre devant cette pièce ultra drôle et diablement efficace. Le pitch ? Imaginez 7 amateurs de romans noirs anglais qui décident de monter sur les planches pour adapter un roman de Conan Doyle, alors qu’ils n’ont jamais mis les pieds sur scène…. L’action se situe au XIXème siècle dans un manoir anglais. Par une nuit d’hiver enneigée, on découvre le corps sans vie de Charles Aversham dont on s’apprêtait à fêter les fiançailles. Sitôt est appelé sur les lieux du crime le vieil inspecteur qui démarre son enquête sur tous les protagonistes : la fiancée, le majordome,…Nos acteurs d’un soir vont donner le meilleur d’eux-mêmes pour proposer un digne spectacle mais n’est pas comédien qui veut et les petites et grandes catastrophes vont s’enchaîner à un rythme effréné : oubli de texte, élocution difficile, régisseur à contre temps, décor en carton pâte, nos apprentis comédiens vont faire les frais de leur amateurisme…

Si vous aimez l’humour décalé dans l’esprit « Les Monthy Python font du théâtre », les gags à gogo et le comique de situation, courrez applaudir « Les Faux British » qui mérite amplement son succès. Un moment de théâtre franchement réjouissant, drôle, extrêmement bien interprété qui vous fait passer une délicieuse soirée. A l’affiche jusqu’à la fin de l’année.

Signé Elisabeth

LES FAUX BRITISH

Théâtre Saint Georges, 51 rue Saint Georges, 75009 Paris

Mardi, mercredi, jeudi et vendredi à 20h30; samedi à 18h et à 21h; dimanche à 15h et à 20h

Jusqu’au 18 décembre 2016

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC – THÉÂTRE DES BOUFFES DU NORD

La pièce m’avait tapée dans l’œil à la lecture de la saison 2015/2016 des Bouffes du Nord en début d’année. Bonne intuition… « Monsieur de Pourceaugnac », mis en scène par Clément Hervieu-Léger – également pensionnaire au Français – est un moment de pur bonheur théâtral et musical, qui devrait rencontrer un énorme succès !

Rarement montée de nos jours, la pièce est une comédie-ballet, genre qui préfigurera l’opéra, composée par Molière et Lully en l’an de grâce 1669 pour le divertissement du roi de France Louis XIV. Elle narre les aventures d’un gentilhomme gauche et nigaud débarqué de son Limousin natal dans la capitale pour épouser la jeune et belle Julie, promise par son père mais amoureuse d’Eraste. Qu’à cela ne tienne, les deux amoureux, aidés par des gens d’intrigue, vont user de toutes les ruses – jusqu’aux plus cruels – pour déjouer le mariage et ridiculiser le brave Pourceaugnac, contraint finalement de fuir la ville…déshonoré et travesti en femme !

Soyons honnêtes – même si l’on retrouve avec plaisir les grands thèmes « molièresques » – mariages arrangés, médecins pédants et incompétents, justice corrompue – la trame narrative de « Monsieur de Pourceaugnac » n’a qu’un intérêt limité – certaines scènes frôlant même un mauvais goût certain. Mais quel spectacle ! La mise en scène de C. Hervieu-Léger, qui n’a pas lésiné sur les moyens pour monter cette « super production », est une franche réussite ! En transposant l’intrigue dans le Paris de la fin des années 50, et en s’entourant d’une véritable « troupe » (10 comédiens/chanteurs et 10 musiciens de la compagnie des Arts Florissants – sous la direction musicale de William Christie), le metteur en scène a réussi à monter une pièce réjouissante, à l’énergie collective ultra-communicative, formidablement rythmée, sans jamais la dissocier de sa dimension musicale et chantée. Même si les scènes de danse sont moins convaincantes, elles sont largement compensées par les séquences musicales fort bien interprétées par des comédiens/chanteurs d’opéra et les scènes collectives sont admirablement mises en scène. La qualité du spectacle tient également aux comédiens qui offrent un « numéro » irrésistible. Citons en particulier Gilles Privat/Monsieur de Pourceaugnac, Stéphane Facco/le médecin et Daniel San Pedro/Sbrigani qui offrent quelques séquences franchement désopilantes (travestissement de Pourceaugnac, exposé du médecin, plainte de la femme trompée, entre autres morceaux de bravoure…).

Après les Bouffes du Nord, le spectacle sera en tournée et passera par Thiré, Versailles, Boulogne-Billancourt,..Mais si le temps vous le permet, allez ou plutôt courez applaudir cette pièce d’ici le 9 juillet à Paris ! C’est vif, réjouissant, admirablement interprété et l’on sort de ce spectacle le cœur et l’esprit légers ! 

Signé Elisabeth 

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC

Théâtre des Bouffes du Nord, 37 bis boulevard de la Chapelle, 75010 Paris 

Du lundi au vendredi à 20h30, les samedis à 15h30 et à 20h30 | Jusqu’au 9 juillet 2016

Durée : 1h45 environ | Crédit photos : Brigitte Enguerand

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC - Moliere et Lully - Clement Hervieu-Leger - William ChristieMONSIEUR DE POURCEAUGNAC - Moliere et Lully - Clement Hervieu-Leger - William ChristieMONSIEUR DE POURCEAUGNAC - Moliere et Lully - Clement Hervieu-Leger - William ChristieMONSIEUR DE POURCEAUGNAC - Moliere et Lully - Clement Hervieu-Leger - William ChristieMONSIEUR DE POURCEAUGNAC - Moliere et Lully - Clement Hervieu-Leger - William ChristieMONSIEUR DE POURCEAUGNAC - Moliere et Lully - Clement Hervieu-Leger - William ChristieMONSIEUR DE POURCEAUGNAC - Moliere et Lully - Clement Hervieu-Leger - William Christie

 

 

RENDEZ-VOUS GARE DE L’EST – THÉÂTRE DU ROND-POINT

Pages de RdvGareEst1Maquillage soigné, queue de cheval élégante, robe tendance, elle est assise sur une chaise, le plateau baigné par une douce pénombre. Et elle commence à nous parler sans attendre le silence du public, le point de départ d’un récit-confession qui nous emportera bien plus loin que l’on aurait pu imaginer. Au départ, il s’agit seulement de l’histoire d’une femme : son quotidien de vendeuse, sa vie de couple, son désir d’enfant. Et puis les indices pointent un à un, se font écho – son traitement au lithium, ses séances de sismothérapie, ses épisodes schizophréniques, ses allers-retours à l’hôpital Saint Anne – et nous font comprendre par bribes ce dont elle souffre : la maniaco-dépression. « Rendez-vous gare de l’Est », c’est le portrait d’une femme malade qui se livre entièrement sans fausse pudeur. Et indirectement nous donne des « clés » pour essayer de mieux appréhender la maladie invisible.  

Guillaume Vincent, l’auteur et metteur en scène de la pièce, a interrogé pendant six mois dans le quartier de la gare de l’Est une amie dépressive sur sa vie, sur sa maladie. Il a recueilli des dizaines d’heures d’entretiens. « J’ai tout gardé, même ce qui d’ordinaire est mis de côté lorsqu’on retranscrit une parole orale » confie-t-il. Il en a tiré ce monologue bouleversant, un témoignage sans filtre sur le portrait d’une femme en souffrance, dans ses moments de peur, de colère, de répit, de rechute, dans ses fragilités. 

Un moment de théâtre formidable de justesse, d’émotion vraie ! La présence lumineuse, profonde, magnétique de la comédienne Emilie Incerti Formentini, est hallucinante de naturel. Elle nous happe dès les premiers mots, nous entraîne avec elle dans les méandres et les tourments de son âme, sachant user des changements de rythmes et de ton avec une fluidité et une profondeur rares. On boit ses paroles, ses silences nous troublent. Une interprétation au sommet.   

Signé Elisabeth

RENDEZ-VOUS GARE DE L’EST

Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris  – Salle Roland Topor

Jusqu’au 26 juin 2016 (relâche les lundis et le 5 juin)

Du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 15h30

Durée : 1 heure 

RENDEZ-VOUS-GARE-DE-L-EST_GiovanniCittadiniCesi_020-2000x1333

Crédit : Giovanni Cittadini Cesi

 

 

 

ET PENDANT CE TEMPS SIMONE VEILLE – STUDIO HÉBERTOT

f227a9_1ed4b2e28cd943a69f47a6eeaba518dePrenez cinquante ans de combats féministes, ajoutez quatre comédiennes qu’on sent aussi complices à la scène qu’à la ville, saupoudrez d’une bonne dose d’humour, laissez cuire pendant 1h20 et vous obtiendrez « Et Pendant ce Temps Simone Veille », un spectacle ultra sympathique, écrit par la comédienne Trinidad, qui retrace l’évolution de la condition féminine  des années 1950 à nos jours,  à travers les destins de 4 générations de femme (Marcelle l’ouvrière, France la bourgeoise et Giovanna issue de la classe moyenne). L’occasion de revisiter les grandes dates qui ont jalonné les combats féministes, du droit de vote à la légalisation de la pilule contraceptive en passant par la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse ou la procréation assistée,…et de rendre hommage aux grandes figures des combats féministes de Simone de Beauvoir (« On ne naît pas femme, on le devient« ) à Simone Veil.

Une pièce très plaisante, qui, après un démarrage un peu lent, gagne en épaisseur et en drôlerie au fur et à mesure de la représentation. La mise en scène, signée Gil Galliot, s’appuie sur une habile alternance entre scènes de vie quotidiennes, chansons joliment détournées et archives télévisuelles. Ici, point de donneuses de leçons ou de théâtre militant, juste l’envie de rappeler quelques vérités aux plus jeunes générations et continuer la lutte(!) entre clins d’œil, fraîcheur et ironie. Allez les applaudir jusqu’au 26 juin.  

Signé Elisabeth 

ET PENDANT CE TEMPS SIMONE VEILLE

Studio Hébertot, 78 bis boulevard des Batignolles, 75017 Paris

Du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 15h.

Jusqu’au 26 juin 2016

Durée : 1h20

simoneveille1DSCF702210152998_1056399717744924_237091615755841705_n

CONSTELLATIONS – THÉÂTRE DU PETIT SAINT-MARTIN

AFFICHE_122« Constellations », créée en 2012 par le jeune auteur londonien Nick Payne, a rencontré un énorme succès en Angleterre et à Broadway. Le public parisien découvre cette pièce au théâtre du Petit Saint-Martin depuis avril. Encore une semaine de réprésentations. Allez-y, c’est un très joli et très vibrant moment de théâtre !

La pièce raconte l’histoire d’une rencontre amoureuse. Elle, Marianne (Marie Gillain) une astrophysicienne, spécialiste de physique quantique. Lui, Roland (Christophe Paou), un apiculteur. Rien ne les prédestinait à se rencontrer, ils font connaissance à l’occasion d’un barbecue, dînent ensemble, se revoient, et c’est le début …de tous les possibles. Car la suite, sera à l’image de la théorie physique de la multiplicité des univers,…multiple ! L’auteur s’amuse à  donner différentes versions de chaque moment important de la vie de ses personnages et à imaginer les différentes évolutions de leur vie. D’où une pièce ultra originale qui déroule le fil de la vie de Marianne et Roland, jonglant sans cesse entre avenir et passé, et explore tous les situations, tous les scenarii possibles d’une relation, d’une vie. Comme l’indique le metteur en scène Marc Paquien, « Il ne s’agit pas d’élaborer une série de sketchs, mais de mettre en lumière l’infinie des possibilités de l’humain (..) Une manière de rappeler à quel point nous sommes multiples, à quel point nos vies sont riches de promesses ». Inspiré et émouvant.

La mise en scène est absolument superbe ! Les deux comédiens évoluent sur un plateau nu, composé de deux disques concentriques tracés à la craie, une jolie métaphore d’une …constellation. Pas de décor, juste les mouvements des corps tantôt à l’intérieur, tantôt à l’extérieur des cercles et baignés par un jeu de lumière extrêmement bien travaillé. Le couple de comédiens fonctionne plutôt bien même si Marie Gillain (Molière de la meilleure Comédienne 2015) « écrase » quelque peu son partenaire et transmet une émotion vraie et grandissante au fil de la pièce. Solide travail d’acteur dans tous les cas à rejouer les mêmes scènes en variant les tons…Une thématique originale, un texte singulier, un joli casting, une scénographie très élégante..Laissez-vous séduire par ce beau moment de théâtre qui bénéficie d’un beau succès critique et public (mérité).

Signé Elisabeth 

CONSTELLATIONS

Théâtre du Petit Saint-Martin, 17 rue René Boulanger, 75010 Paris 

Du mardi au vendredi à 20h30 • Samedi 17h et 20h30

Jusqu’au 4 juin 2016

vz-f31c2567-8708-4382-a788-1e2a8b9de25cvz-56f494ba-b087-40ec-9478-51adb76d811evz-6fda27de-9d04-4e3f-82ea-39161909cccdvz-4c74fea0-27c0-4353-b9f9-78c3014cc94c

LE VIDE – ESSAI DE CIRQUE -MONTFORT THÉÂTRE

la-salle-du-theatre-royal-02Un titre énigmatique pour un spectacle qui ne ressemble à aucun autre et qui restera quelque part dans un coin de ma mémoire -à l’instar de l’inoubliable Celui qui tombe de la compagnie Yoann Bourgeois !

A notre arrivée, plongée dans un univers circassien bohème et foutrac : matelas mousse de fortune, sacs de sable, planches et tréteaux, radio cassettes d’une autre époque, quelques micros, un violon. Et sept grosses cordes, blanches, lisses, vertigineuses suspendues à 18 mètres de hauteur. En attendant que les derniers spectateurs s’installent, un homme se prépare tranquillement à les défier, un acrobate à la corde, au regard bleu acier qui plante son regard dans les yeux des spectateurs installés à deux mètres de lui. Alors une fois le silence installé, prenant son temps, il s’élève une première fois dans les airs tout en force et en précision. Mais la corde se rompra. Il chutera lourdement sur le matelas de mousse, se relèvera, et montera de nouveau. Méthodiquement, sans mot dire, bravant la peur du vide, défiant les lois de l’apesanteur, il multipliera les tentatives inlassablement, se hissant toujours plus haut -faisant des éléments architecturaux du Montfort théâtre un terrain de jeu inattendu- tombera et remontera encore pour ne plus jamais s’arrêter jusqu’à un final formidable qui révèlera toute la portée philosophique de ce spectacle saisissant ! « Le Vide – Essai de Cirque » co-écrit par Fragan Gehlker, Alexis Auffray et Maroussia Diaz Verbèke, revisite « Le Mythe de Sisyphe » écrit par Albert Camus en 1942 pour qui la vie, éternel recommencement des choses confinant à l’absurde, n’a de sens que dans l’accomplissement des tâches et non  dans leur signification.

Monté dix‑neuf fois depuis sa création en 2009, sans cesse adapté aux lieux qui l’accueillent « Le Vide – Essai de Cirque » est un spectacle profond, intense, aussi vertigineux que poétique, qui avait déjà fait salle comble en 2014 avant de partir en tournée en France et à l’international pendant 1 an. On ne peut qu’être saisi et admiratif par l’originalité d’un spectacle qui allie performance visuelle et puissance dramatique. Le final est une merveille et conclut superbement la vocation du spectacle. Un conseil : replongez-vous dans « Le Mythe de Sisyphe » avant d’aller voir le spectacle, vous n’en serez que plus séduit et …si vous êtes sensible au vertige, abstenez-vous. Certaines séquences sont impressionnantes. 

Signé Elisabeth

LE VIDE – ESSAI DE CIRQUE

Montfort Théâtre, 106 rue Brancion, 75015 Paris

Jusqu’au 21 mai 2016

Durée : 1 heure

34-f100002134-f1000020

34-dsc_2423

Crédit : Perrine Cado / Le Montfort

POUR QUE TU M’AIMES ENCORE – COMÉDIE DE PARIS

vz-532c5bad-84fc-4cc1-a8f1-58a8a7d38bd7

Elise a 13 ans et demi, tient un journal intime, est secrètement amoureuse de Tony, part bientôt avec sa classe en voyage au Pologne, a une maman névrosée et des profs un peu barrés. Pour l’heure, elle ne rêve que de sa première boum où elle pourra voir Tony sur sa mobylette et de sa « choré » avec ses copines de 5eme sur une musique de son idole, Céline Dion, …   Bref, une jeune ado des rêves plein la tête, à l’âge des premiers tourments, premiers bonheurs, premiers chagrins, premiers espoirs. ..

Personnellement, très conquise par ce « seule en scène » qui bénéficie actuellement d’un joli bouche-à-oreille ! Entre drôlerie, tendresse et émotion, la comédienne et auteur Elise Noiraud, qui signe ici son deuxième spectacle – après « Elise : la banane américaine » en 2011 – nous offre un spectacle vraiment épatant sur son thème de prédilection  : l’adolescence ! Avec un dispositif scénique volontairement léger – une chaise, quelques accessoires, pieds nus sur le plateau – elle nous fait replonger au cœur de ses années à travers une galerie de portraits tous plus irrésistibles les uns que les autres (elle interprète une dizaine de personnages, mention spéciale à sa prof d’EPS féministe et sa mère angoissée), et propose au passage un regard aussi malicieux sur les ados que sur les adultes. En plus d’être une excellente comédienne, Elise Noiraud, a un vrai talent d’écriture avec des textes textes ciselés, fins, très « justes » sur un sujet pourtant maintes fois traité. C’est drôle, frais, pétillant. Allez l’applaudir, elle est à la Comédie de Paris jusqu’au 25 juin et c’est une vraie réussite. 

Signé Elisabeth 

POUR QUE TU M’AIMES ENCORE 

La Comédie de Paris, 42 rue Pierre Fontaine, 75009 Paris

Du mardi au samedi à 19h30

Jusqu’au 25 juin 2016

Photo 6 POUR QUE TU M'AIMES ENCOREPhoto 1 POUR QUE TU M'AIMES ENCOREPhoto 2 POUR QUE TU M'AIMES ENCOREPhoto 7 POUR QUE TU M'AIMES ENCORE