Chers amis lecteurs,
Nous avons pris nos quartiers d’été au Festival d’Avignon ! Une première qui sera, je l’espère, le début d’une longue série. A peine installées – notre « home sweet home » est un bel appartement situé dans un ancien pensionnat 1820, situé à quelques encablures du palais des Papes -nous plongeons au cœur de l’effervescence avignonnaise. A peine franchie la porte de l’immeuble, bercées par le léger mistral, nous sommes cernées par les centaines, milliers, millions d’affiches qui tapissent absolument tous les murs de la ville. Nous nous amusons à sélectionner les spectacles que l’on a déjà vus, qui nous inspirent…(1416 pièces sont programmées cette année dans le festival OFF). En chemin pour aller récupérer le précieux sésame (carte d’abonnement) au village OFF , nous croisons des dizaines et des dizaines de compagnies qui « tractent » dans le jargon festivalier et, quand l’occasion se présente, nous arrêtent pour nous présenter leur pièce en moins de 12 secondes chrono. Le discours est ultra rodé et le sourire toujours chaleureux, c’est ça l’esprit d’Avignon !
La carte d’abonnement en poche, place au théâtre ! En longeant la rue Guillaume Puy, nous entrons presque par hasard au Théâtre Actuel qui ressemble davantage à un cinéma avec ses 10 pièces programmées par jour de 10h à 22h ! Il reste des places pour la pièces « Adieu Monsieur Haffmann ». On entre ! Et Premier coup de cœur ! La pièce, écrite et mise en scène par J. Ph Daguerre, nous plonge dans le Paris occupé des années 1940 et raconte l’histoire d’un bijoutier juif Joseph Haffmann qui propose de confier sa boutique à son employé Pierre Vigneau et d’être caché dans sa cave pendant ces sombres heures. En échange, Pierre Vigneau accepte à la condition que M Haffmann …aient des relations sexuelles avec sa femme pour avoir un enfant qu’il ne peut concevoir biologiquement. Mais, peu à peu, Pierre Vigneau au départ bienveillant, va se laisser envahir par les doutes, l’ambition, la lâcheté jusqu’à recevoir l’ambassadeur de l’Allemagne nazie à sa table. Quel jeu jouera-t-il ? Une superbe pièce qui interroge la difficile et ambiguë position des comportements pendant la guerre. Un texte ciselé, un scenario très cinématographique, une mise en scène soignée -même si un peu trop ronronnante en 1ere partie- et une interprétation au sommet avec la partition toujours parfaite de Grégori Baquet, Molière de la révélation masculine 2014 et, soulignons le, de sa partenaire Julie Cavanna. Un très élégant moment de théâtre.
ADIEU MONSIEUR HAFFMANN | Tous les jours 17h20 au Théâtre ACTUEL, 80 rue Guillaume Puy, Avignon
En sortant de la salle, j’échange quelques mots chaleureux avec le comédien Arnaud Dupont que j’avais interviewé cet hiver. Arnaud est à Avignon pour défendre La Reine de Beauté de Leenane au théâtre des Corps Saints. Je lui souhaite un bon festival !
Et hier soir notre grand saut dans le IN avec KARAMAZOV, mis en scène par Jean Bellorini aux carrières de Boulbon à une quinzaine de kilomètres d’Avignon, l’un des lieux mythiques du Festival. Le grand saut car la pièce dure 5 heures 30 et qu’on rentre forcément dans une expérience théâtrale …unique. Les spectateurs sont venus en nombre soit en voiture ou par les navettes mises en place par le Festival pour se rendre dans ce site majestueux – un vaste arène surplombée par une falaise de calcaire- qui offre une vue panoramique sur toute la région. Nous nous installons en haut des gradins et nous nous enveloppons dans les couvertures gracieusement proposées aux spectateurs avertis. Et nous plongeons….

Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE
KARAMAZOV est tiré du chef d’œuvre « Les Frères Karamazov » de F. Dostoïevski. La pièce interroge, fidèlement au roman, les grandes questions de la religion, de la croyance en Dieu, de la moralité et du libre arbitre à travers le parricide de Fiodor Pavlovitch Karamazov, un homme impudique, vulgaire et sans principes, commis par l’un de ses trois fils : Alexeï, le benjamin, est un homme de foi ; Ivan, le deuxième fils, est un intellectuel matérialiste qui cherche à savoir si tout est permis, dans la mesure où Dieu n’existe pas ; Dimitri, leur très exalté demi-frère aîné, est un homme impétueux divisé entre le vice et la vertu. Très conquise par la mise en scène inspirée, tantôt grandiose, tantôt intimiste de J. Bellorini qui offre une lecture explicite de l’œuvre de Dostoïevski. Mais la vraie valeur ajoutée de la pièce : une interprétation magistrale ! La pièce est portée par des comédiens de très haut vol (mention spéciale à Jacques Hadaje dans le rôle du patriarche qui offre une composition exceptionnelle ainsi que Karyll Elgrichi dans le rôle de Katerina Ivanovna). Malheureusement la deuxième partie est moins convaincante. On perd le souffle, la dramaturgie et l’intensité dramatique installées en 1ere partie et les longs tunnels de monologue, même si parfaitement interprétés, plombent quelque peu l’ensemble. Le ciel étoilé n’empêche pas la magie de s’émousser donc. 3h10 du matin, dernière réplique, applaudissements chaleureux pour un public resté en nombre malgré le froid, la nuit, la fatigue. A demain pour la suite de nos traversées avignonnaises.

Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE
KARAMAZOV, les 15, 16, 17, 18, 19 21, 22 juillet à 21h30 aux Carrières du Boulbon (Navettes disponibles gare routière d’Avignon)
Signé Elisabeth


Le Bourgeois gentilhomme, Le Malade imaginaire, Les Précieuses ridicules, le Misanthrope, Tartuffe, l’Ecole des maris, l’Ecole des femmes… Les titres de ces pièces de théâtre appartiennent a notre patrimoine culturel. Si leurs textes sont étudiés dans les écoles depuis plusieurs générations, trop peu d’entre nous connaissent les différentes facéties de l’existence tourmentée de leur auteur, Jean-Baptiste Poquelin (1622-1673) dit Molière.


Le docteur Flache, célèbre psychiatre, s’apprête à quitter Paris pour prendre sa retraite dans le midi, laissant ses patients, son joli petit pavillon du XVIIIe (une folie !) et son infirmière… Mais voilà que Jean-Louis, puis sa compagne Missia, débarquent dans son cabinet. L’un après l’autre, ils demandent au docteur d’examiner leur moitié qu’ils croient devenue folle. Ce dernier les enverrait bien au diable, mais la femme est plutôt charmante… et le divorce est encore un sujet bien délicat en 1934.


Léa, petite fille espiègle neuf ans, découvre qu’elle souffre d’une maladie chronique : le diabète. Du jour au lendemain, toute sa vie change. Léa va devoir apprendre à vivre avec cette maladie chronique, une « sale bête » qui l’accompagnera désormais. Son quotidien est désormais rythmé par ses dextro, ses hypoglycémies, ses hyperglycémies, ses piqûres d’insuline. Dans son imaginaire d’enfant, Léa devient Super Léa, une super-héroïne du quotidien, une dompteuse… La « sale bête » n’a qu’à bien se tenir !



Quatre comédiens (Christian Abart, Sophie Accaoui, Francesca Congiu, René Hernandez, Yasmine Nadifi) font vivre les quinze personnages des trois pièces en un acte écrites par Jean-Henri Blumen. Si les deux premières (Le bon conseil – Le collège) ont été très librement inspirées par des nouvelles de Cholem Aleikhem, célèbre écrivain yiddish traduit en quarante langues, la troisième (Un client à la page) s’inspire des événements tragiques de Paris en janvier 2015.
Deux femmes. Monique, garde-barrière SNCF, travaille de jour ; Myriam, infirmière en hôpital psychiatrique, travaille de nuit. Professions difficiles, mal rétribuées, sous-évaluées… Elles sont des millions dans la France d’aujourd’hui. Ce sont des vies normales, modestes, indispensables mais le plus souvent ignorées. Et pour une fois elles ont la parole. Elle nous dévoile leur quotidien de femmes simples, humaines et bouleversantes fait de petits riens mais si nécessaires pour tous ceux qui les entourent. 



Chaque soir, Richard Bohringer réinvente, retrace toute une vie d’écriture, de passions, d’amours et de tendresse. Un voyage au pays de sa mémoire, un road-movie dédié à l’Afrique, aux amis morts ou vivants, aux femmes, à l’alcool, aux errances. Tel un boxeur sur le ring, l’émotion à fleur de peau, il nous fait voyager au travers de ses propres textes, dans cette atmosphère que lui seul sait créer. Entre chaque texte, l’improvisation a toute sa place.

Des comédiens (connus ou moins connus) sont convoqués par un metteur en scène légèrement fumeux et un sous-directeur un peu dépassé. Ils ont pour mission de rendre hommage au grand Jean Vilar le soir même sur scène…