Pierre et Anna sont séparés. Elle se sent trahie. Il se sent persécuté. Ils sont en guerre et pourtant ils doivent se mettre d’accord pour organiser la vie de leur enfant de trois ans. Une médiation familiale doit leur permettre de renouer un dialogue pacifique et de s’entendre. La médiation aboutira-t-elle alors que les deux médiatrices s’opposent, elles aussi, sur la manière dont elles doivent conduire la médiation ?
Trois tableaux pour deux parents en quête d’un accord pour le devenir de leur jeune enfant face à deux médiatrices à l’écoute bienveillante mais en désaccord permanent.
On assiste au déballage intime de leurs passions violentes, passées et présentes. Tous sont excessifs, cruels, ridicules, violents. Ils sont vrais, ils sont humains. C’est du vécu et c’est admirablement retranscrit par Chloé Lambert. Son texte nous tient en haleine d’un bout à l’autre, il nous fait rire autant qu’il nous interroge sur notre rôle de parent, que l’on soit en couple ou séparé. Il est mordant et plein de rebondissements aussi bien dans les caractères que dans le réalisme des situations.
Quant à l’interprétation de Julien Boisselier, Raphaëline Goupilleau, Chloé Lambert ou de Ophelia Kolb, elle est juste et nuancée.
Assistez assurément à cette « Médiation » au Théâtre de Poche-Montparnasse pour le sujet, le texte, l’interprétation, la mise en scène, la lumière… C’est un sans faute ! Applaudissements. Ovation de la salle. C’est la création théâtrale de ce début de l’année 2016 à ne pas manquer.
Le regard d’Isabelle
Théâtre de Poche-Montparnasse, 75 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris
Du mardi au samedi à 21h, dimanche à 15h jusqu’au 17 juillet 2016

© Brigitte Enguerand

© Brigitte Enguerand
Ca y est, nous sommes le 8 janvier 2016. C’est le premier soir de la 5e édition du « Paris des Femmes ». Ce festival initié par Michèle Fitoussi, Véronique Olmi et Anne Rotenberg donne la plume à des femmes (et un homme exceptionnellement cette année) pour écrire des pièces de théâtre de trente minutes, lues par des comédiens de talent. Le thème cette année est « Crimes et Châtiments ».
Berlin, février 1946. En zone américaine, le commandant Steve Arnold (Francis Lombrail) est chargé d’interroger Wilhelm Furtwängler (Michel Bouquet), chef d’orchestre renommé du Philharmonique berlinois, accusé de compromission avec le régime nazi et d’une collaboration avec Adolf Hitler. Malgré tous les témoignages qui se succèdent et qui innocentent le grand artiste, l’officier est bien décidé à prouver sa culpabilité. Leur affrontement se révèlera cruel. Quant aux choix politiques de Wilhelm Furtwängler, ils se révèleront troublants.





Dans la société américaine en pleine mutation des années seventies, Béatrice Hundsdorfer rêve d’ouvrir un salon de thé élégant alors qu’elle élève seule, et non sans peine, ses deux filles. Si Ruth, 17 ans, est fantasque et rebelle, Mathilda, 13 ans, est introvertie et passionnée de sciences. Entre autre, elle étudie l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites…
Mardi 20h00. Un jeune couple visite une maison à vendre en Normandie. Mais leur rendez-vous immobilier se transforme très vite en un véritable cauchemar…
Ce spectacle est composé de quatre pièces courtes de Daniel Keene (traduction de Séverine Magois et mis en scène par Olivier Couder et Richard Leteurtre) et nous font découvrir le monde étrange, noir et poétique de cet auteur australien :
Sous l’Occupation, une attachante bande de bras cassés – un vacher polonais, un ouvrier de chez Renault, une fonctionnaire libérée, une écervelée pétillante, et un paysan bonne pâte – s’engage autour de Sœur Hortense, une religieuse franchement caractérielle, dans une action aussi désordonnée qu’inefficace avec les moyens du bord (cierges, selle de vélo et pince Monseigneur). Une comédie qui se veut résistante aux accents loufoques.
Deux frères, Criss et Cross, rescapés d’une guerre meurtrière, retournent sur les lieux qu’ils avaient dû fuir, en quête de la demeure familiale. Ils reviennent aussi chercher la paire de chaussures – des Weston – abandonnée lors de leur fuite. Car avant guerre, dans leur pays, ces deux hommes étaient membre de la SAPE, Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes. Mais comment retrouver les rues et les avenues dans une ville meurtrie ? « Il faut réveiller les endroits ». Aussi, ils vont errer parmi les décombres de leur quartier (symbolisés par des amas de cordes) à la recherche de leur passé pour mieux appréhender leur présent, plus encore leur avenir et enfin « retrouver l’odeur du cirage », le parfum d’avant les combats, les traumatismes, les viols et les assassinats. Après des années de « concerto pour kalache », comment réapprendre à vivre.
Devant un mur de valises, sur un quai de gare, une petite fille de 13 ans porte autour du cou un écriteau sur lequel sont inscrits son prénom, son nom et une destination : New York. Elle a le fol espoir de rejoindre sa mère prostituée et un père inconnu et de les réunir… Son chemin de vie sera chaotique et « jonché de crevasses ». Sans cesse, elle sera confrontée aux violences sociales et aux préjugés raciaux. Malgré la reconnaissance de son talent d’interprète, sa quête d’amour restera insatiable et sa déchéance inéluctable. Christine Pouquet signe pour « Neige noire » une magnifique partition. Quant à sa mise en scène, elle est sans aucune fausse note : inventive, émouvante, drôle… toujours surprenante et laissant la part belle aux comédiens/chanteurs/danseurs. Samantha Lavital est la sublimissime interprète de Billie Holiday. Philippe Gouin (ce soir là) est son partenaire aux multiples talents. Tous deux sont formidables et nous font don d’un authentique moment de grâce théâtrale.