♥♥♥♥Après Le Jour du grand jour(voir ma précédente chronique), du Théâtre Dromesko, qui évoquait les mille et une petites cérémonies qui rythment la vie, voici venu le temps de la désillusion, de la perte, avant le grand saut final dans l’inconnu.
♥♥♥ Molière et Mikhaïl Boulgakov. L’un, homme de théâtre de la France du XVIIe siècle, l’autre le dramaturge russe des années Staline. Deux observateurs de leurs sociétés, deux trajectoires contrariées par les bien-pensants de leurs époques, deux destins qui se font écho à 300 ans d’intervalle, merveilleusement racontés et mis en scène par Louise Vignaud dans « Le Crépuscule des Singes » à la Comédie-Française. Une pièce en forme de fable qui questionne la relation des artistes au pouvoir. Et offre à Nicolas Chupin, nouveau pensionnaire à la Comedie-Française, un rôle à la hauteur de son (très) grand talent.
♥♥♥♥ Une cérémonie à la mairie sans queue ni tête, une fête de famille douce-amère, un banquet trop arrosé, un mariage qui vire au jeu de massacre, un enterrement qui ressemble à un carnaval… le Théâtre Dromesko nous convie à ces petites cérémonies du quotidien – censées représenter le jour J pour leurs protagonistes –, qui se détraquent sous leur baguette magique. On passe sans transition de la mort à la naissance, avec un simulacre de bénédictions, une multitude de mariages (pour montrer sa fragilité ou son inutilité ?) ; le blanc se mélange au noir en fonction des tableaux, un peu comme dans un rêve que l’on oublie dès le matin mais qui laisse une sensation de plénitude.
À l’instar d’un film de Kusturica, il y a de la musique (fanfare ou violoncelle), de la danse, du vin, des cris de joie ou de tristesse, des émotions toujours intenses. Pendant une heure trente, les artistes, tous multidisciplinaires, nous entraînent dans une sarabande effrénée pleine de sensualité où les robes des filles tournoient, les corps glissent sur le sol comme des pantins et la traîne d’une mariée se déroule indéfiniment. On y croise une truie qui défile sagement et un marabout qui se livre à une danse majestueuse.
Le spectacle regorge de jolies trouvailles de mise en scène : les corps qui apparaissent et disparaissent sous les tables, la fête que l’on devine plus qu’on ne la voit à travers les lamelles d’un rideau, la danse nuptiale autour du marié, et bien d’autres que je vous laisse le plaisir de découvrir.
De magnifiques jeux de lumière subliment les corps et les costumes. Quand on sait que c’est Igor, cofondateur des cirques Aligre et Zingaro, et Lily, sa talentueuse compagne, qui sont les metteurs en scène de ce drôle de défilé, tout s’éclaire. Le spectacle est à leur image, délicieusement décalé, drôle et grave à la fois. Simplement humain.
Allez-y à pied, à cheval, à vélo, à vol d’oiseau ou à dos de chameau… mais surtout, courez le voir !
Le billet de Véronique
LE JOUR DU GRAND JOUR Le Monfort Théâtre – 106, rue Brancion, 75015 Paris Jusqu’au 28 mai à 20 h 30
Suivi par : LE DUR DÉSIR DE DURER Du 1er au 11 juin, du mercredi au samedi à 20 h 30
♥ Quelle belle idée que de vouloir faire se côtoyer des répertoires qui n’ont a priori rien à voir (musique classique, baroque, traditionnelle, de film, etc.) dans un joyeux melting-pot ! C’est celle de deux jeunes musiciennes de formation classique, désireuses de casser les codes du récital et du concert.
♥♥♥♥ George Dandin le paysan s’achète en nature (le mariage) et argent (sa fortune) une respectabilité, mais il a beau épouser une particule et changer de statut, il n’en reste pas moins étranger à la délicatesse et aux manières aristocratiques. Aussi sa femme, Angélique, le cocufie et lui n’aura de cesse de la surprendre dans les bras de Clitandre, son amant… Tout s’achète, sauf l’amour et Georges Dandin va l’apprendre à ses dépens.
♥♥ Nous, l’Europe, Banquet des Peuples est une vaste fresque historique et politique musicale née d’une collaboration entre l’écriture de Laurent Gaudé et la mise en scène de Roland Auzet. Elle met en scène 12 acteurs performeurs, danseurs, chanteurs et musiciens, et un chœur, constituant une grande assemblée dans laquelle la parole, les paroles et les langues, vont circuler et traverser, le temps de la représentation, à la fois les heures sombres et événements qui ont jalonnés l’histoire de l’Europe avec ses erreurs et ses drames, sa fragilité et ses imperfections. L’objectif : construire le rêve européen pour que tous les européens soient bien plus que de simples habitants de ce continent.
♥♥♥♥ Elysée met en scène un évènement survenu entre les deux tours de l’élection présidentielle de mai 1981. Philippe Dechartre (authentique gaulliste, ancien résistant, lié à Mitterrand, particulièrement hostile à un nouveau septennat de Valery Giscard d’Estaing) organise une rencontre secrète de François Mitterrand et Jacques Chirac. Leur alliance aussi inattendue que surprenante a rendu possible la victoire sur le fil de François Mitterrand.
♥♥♥♥Pontagnac, coureur de jupons invétéré, cherche obstinément à séduire Lucienne Vatelin. Elle lui déclare qu’elle restera fidèle à son mari… sauf si celui-ci la trompe et qu’elle en a la preuve. Il n’en fallait pas plus pour faire croître l’ardeur de Pontagnac qui va tout mettre en œuvre pour parvenir à ses fins.
♥♥♥ Comment ne pas être confondu par la virtuosité et l’inventivité de la mise en scène d’Éric Bouvron ? Le metteur en scène reprend à son compte l’histoire mythique de Lawrence d’Arabie – de son vrai nom Thomas Edward Lawrence – archéologue britannique, devenu officier de liaison aux côtés des tribus arabes, pendant les derniers jours de l’Empire ottoman. Avec l’aide d’un tapis, de quelques costumes et accessoires polyvalents, il nous emporte dans un tourbillon étourdissant d’images et de sons qui nous fait voyager des terres pluvieuses de l’Angleterre au climat étouffant du Caire.