UN CAFE AVEC Nelly Le Grévellec, directrice et programmatrice du théâtre DUNOIS, un théâtre à Paris pour l’enfance et la jeunesse

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Coup de théâtre • Bonjour Nelly, comment définiriez-vous le théâtre Dunois ?

Je dirais que c’est le seul théâtre exclusivement jeune public à Paris et identifié comme tel. Mais nous sommes aussi et avant tout un théâtre de quartier. Avant d’être un théâtre jeune public, le lieu a d’abord été le creuset d’une certaine avant-garde musicale (jazz, musique improvisée…) puis s’est converti à la danse contemporaine et au théâtre. L’ADN du théâtre DUNOIS est issu de toutes ces histoires, de toutes ces aventures artistiques.

Vous parlez d’un théâtre de quartier. C’est vrai que vous êtes implanté dans le 13ème arrondissement depuis très longtemps.

Oui, depuis 1977 exactement ! Aujourd’hui nous avons à cœur d’associer la vie de ce théâtre à la métamorphose architecturale du quartier. Je trouve important que les enfants et leurs parents s’interrogent sur cette ville en mutation, se projettent dans ce concept du « Grand Paris ». J’aime bien comparer le théâtre à un phare : même si les gens n’y viennent pas, qu’ils sentent que c’est un repère important, un lieu d’ancrage symbolique.

Quelle est la vocation du théâtre Dunois aujourd’hui ?

Notre vocation est double. D’abord proposer aux enfants et aux adolescents des spectacles singuliers, intellectuellement et esthétiquement exigeants pour les aider à réfléchir, à s’interroger et donc à grandir. Et aussi promouvoir des artistes audacieux qui ont envie d’emmener les spectateurs pas forcément là où ils s’attendraient à être conduits. Le théâtre Dunois, c’est au final, une alchimie entre un théâtre de recherche et des spectateurs curieux !

Comment élaborez-vous votre saison ? Quels critères guident vos choix ?

Selon différents critères : d’âge, de discipline, et de difficultés d’approche… Je programme des spectacles pour trois catégories d’âge : la petite enfance, les 6-10 ans et les adolescents, Je fais également une distinction entre les spectacles déjà créés et les spectacles en création. Cette année par exemple, on a 9 créations sur 14 spectacles, c’est-à-dire que je programme des compagnies, dont je connais et apprécie l’univers et la qualité du travail, uniquement sur un projet.

Dans votre programmation, quelle est la part de productions invitées et des productions « maison » ?

Nous n’avons que des productions invitées car nous n’avons pas de budget artistique pour faire fonctionner une compagnie en propre. Notre but, c’est d’apporter aux compagnies un public bien sûr et une visibilité. Pour l’économie d’une compagnie, un lieu comme le nôtre est important parce qu’il joue un peu le rôle d’Avignon. Un spectacle, pour exister, doit rencontrer un maximum de diffuseurs et pour les rencontrer, il faut un endroit précis, stratégique, qui concentre les acheteurs potentiels. Un passage au théâtre Dunois permet aux compagnies de montrer leur travail à beaucoup de programmateurs issus des 4 coins de l’hexagone, et ainsi assurer leur viabilité économique pour les saisons suivantes. Dans tous les cas, les compagnies aiment se produire ici pour les bonnes conditions techniques qui leur sont offertes ainsi que pour le rapport privilégié avec les spectateurs qu’offre notre salle.

Parlez-nous de cette saison 2013/2014

C’est difficile de privilégier des spectacles en particulier mais c’est vrai qu’on a eu quelques temps forts avec notamment la trilogie « Once Upon a time » de la comédienne Colette Garrigan et ses trois spectacles formidables Sleeping beauty, Mary Brown et Crowning Glory. Pour clore la saison, nous présentons également une pièce de l’auteur norvégien Jon Fosse Le manuscrit des chiens II/ Quelle merveille ! Cette pièce fait partie d’une trilogie dont les 2 autres volets ont été créés les années précédentes par L’Amin Cie théâtrale qui clôt ainsi trois années de résidence chez nous. Les 3 spectacles seront d’ailleurs représentés dans la même journée, le 8 juin dès 14h afin de mettre un point d’orgue à notre collaboration avec le metteur en scène Christophe Laluque.

Quel est votre public ?

En scolaire, il vient de tout Paris et des banlieues proches, avec environ 40% d’écoles du 13eme arrondissement et 60% des autres arrondissements et petite couronne. C’est vrai que la ligne 14 a tout changé ! Pour le public familial, c’est plus difficile à cerner, il y a un public de quartier, de Paris, d’Ile de France et de province.

La baisse des subventions publiques vous pénalise-t-elle ?

Pour l’instant l’impact est peu sensible, le pire est sans doute à venir. Dans l’absolu, on sait faire avec peu, on a toujours su travailler avec des moyens limités. On résistera peut-être mieux que les grosses structures. Curieusement notre notoriété est proportionnellement supérieure à nos moyens financiers.

Comment l’expliquez-vous ?

Je pense qu’elle provient d’abord du fait qu’on est un lieu parisien et qu’à ce niveau, on est visible de toute la France. On dispose également d’un certain nombre d’outils de communication (publications, site web,…) qui nous sont utiles pour développer la visibilité du lieu et mettre en avant la singularité de nos spectacles. La Gazelle, par exemple, le journal du théâtre Dunois, permet de prolonger la réflexion sur les thématiques qui sont abordées dans les spectacles que nous programmons.  

Quels sont les projets du théâtre ?

Le théâtre Dunois va s’associer l’année prochaine à l’opération La belle saison qui sera lancée officiellement cet été en Avignon par la Ministre de la Culture Aurélie Filippetti. L’objectif de cette Belle Saison avec l’Enfance et la Jeunesse, c’est de soutenir le théâtre jeune public, en favorisant les synergies et les collaborations entre tous les acteurs du terrain. En Ile de France nous sommes une plateforme de référence sur cette opération. Le spectacle vivant pour le jeune public va ainsi être mis à l’honneur sur l’ensemble du territoire grâce à ce coup de projecteur qui durera jusqu’en décembre 2015.

Quel a été votre parcours avant de diriger le théâtre Dunois ?

A la base, j’ai fait des études littéraires, fréquenté les mouvements militants du début des années 70, où l’on rencontrait beaucoup d’artistes. Les hasards et les rencontres de la vie m’ont conduite au théâtre Dunois au tout début de sa création. J’ai codirigé le théâtre Dunois comme lieu réputé pour le jazz, puis comme lieu pluridisciplinaire, ensuite j’ai créé ce théâtre à Paris pour l’Enfance et la Jeunesse. J’ai l’impression d’avoir vécu plusieurs vies : comme les chats! (rire)

Et pour conclure, le mot du « théâtre » que vous préférez ?

Dramaturgie !

Propos recueilis par Elisabeth Donetti 

THÉÂTRE DUNOIS

7 rue Louis Weiss • 75013 Paris

Accès : Bibliothèque F. Mitterrand (ligne 14), Chevaleret (ligne 6)

Tel: 01 45 84 72 00

www.theatredunois.org

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RACINE PAR LA RACINE – ESSAÏON THÉÂTRE

vz-7dd7f01b-fb8c-465e-9a0c-65a612e5b746Salle comble mercredi dernier au théâtre Essaïon (dont beaucoup de lycéens à l’approche du bac français j’imagine !) pour applaudir « Racine par la racine » qui enchaîne sa 4ème saison après avoir triomphé au OFF d’Avignon l’année dernière. Le  spectacle a été écrit et mis en scène par Serge Bourhis, le directeur de la compagnie Alcandre, qui a signé entre autre Molieratus.

L’affiche annonce la couleur : « les onze tragédies de Jean Racine telles que vous ne les avez jamais vues« . Objectif : dé-dra-ma-ti-ser la tragédie racinienne et « amener le public à voir du classique à travers une comédie drôle, dynamique, joyeuse, impertinente tout en respectant l’œuvre » comme le souligne Serge Bourhis. Et assurément, pari tenu : ce spectacle facétieux, bourré d’humour et de créativité est une vraie réussite ! Pendant 1 heure, le répertoire racinien est revisité à travers 11 tableaux tous plus originaux et décalés les uns que les autres. Un peu à la manière de (ceux qui ont fait de l’impro me comprendront !), Athalie devient un film d’horreur, Iphigénie se transforme en film muet, Britannicus est « pitché »par Jean Racine sur un plateau télé en 1669,… On rit, on redécouvre, on démonte la mécanique ! Tout est fort bien réalisé et s’enchaîne à un rythme soutenu qui ne laisse pas le temps de s’ennuyer une seconde. D’autant plus que Serge Bourhis a choisi de construire sa mise en scène en tenant toujours le public dans la confidence grâce aux apartés des comédiens. Fort bien vu !  Amoureux des textes raciniens, vous ne serez pas en reste car le dernier tableau dédié à Phèdre offre à l’un des comédiens de la compagnie, Alberto Lombardo, l’opportunité de donner une superbe interprétation de la célébrissime tirade d’aveu (« je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue …un trouble s’éleva dans mon âme éperdue»), que j’ai personnellement trouvée fort bien exécutée. Racine restera toujours Racine. Néophyte ou connaisseur, vous serez séduit pas cette pièce au rythme diaboliquement efficace, servi par un casting impeccable, et soucieuse de délivrer au passage quelques faits historiques sur la vie de Racine (rivalité avec Pierre Corneille, son mépris pour Molière,..).   

J’ai eu le plaisir d’échanger quelques mots avec Serge Bourhis juste avant le spectacle. Le rendez-vous est pris pour un prochain « Café avec… ». En attendant, il nous parle de « Racine par la racine » dans cette mini interview.

Le point de vue d’Elisabeth 

RACINE PAR LA RACINE

ESSAION THÉÂTRE • 6 rue Pierre au lard, 75004 Paris

Jusqu’au 19 juillet 2014

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FESTIVAL « LES RENCONTRES DE LA NUIT » – Du 19 au 28 mai 2014

Sans titreChaque printemps, le festival LES RENCONTRES DE LA NUIT crée l’événement au cœur du quartier parisien des Batignolles (17ème). Dédié au théâtre, à la littérature et à la poésie, le festival fête cette année son 10ème anniversaire. La batignollaise que je suis ne pouvait pas passer à côté de l’événement ! J’ai ainsi eu le plaisir de partager un café avec Marie-Christine Aury, co-directrice artistique du festival, à quelques jours du lancement des festivités.

 

Bonjour Marie-Christine, « Les Rencontres de la Nuit », qu’est-ce que c’est ? 

C’est un festival, ancré au cœur d’un territoire, le quartier des Batignolles, dédié aux arts vivants et plus spécifiquement au théâtre, à la lecture et à la poésie, au sein duquel se croisent professionnels et amateurs. Nous y célébrons les textes, les mots, les auteurs, à travers de nombreuses manifestations : cycles de lecture à voix haute, rencontres avec des auteurs, représentations des élèves de notre compagnie (ndlr La nuit comme en plein jour). Nous investissons chaque année plusieurs lieux du quartier : mairie du 17ème, librairies, salles de spectacles, bibliothèques, musées pour aller à la rencontre d’un large public. C’est un rendez-vous formidable qui attire d’ailleurs chaque année un public plus nombreux et plus enthousiaste ! Il faut préciser que le festival est entièrement gratuit, sauf certaines soirées qui doivent être pré-réservées.

 

Comment est né le festival ? Quelle est sa vocation ?

Au départ, le festival a été créé par quelques élèves de la compagnie qui ont eu envie de prolonger l’expérience de leurs cours et de s’exposer davantage au public. Avec Christine Faure (ndlr : co-directrice artistique du Festival), on s’est tout de suite associé au projet avec la volonté de rendre accessible l’amour des textes et des auteurs au plus grand nombre, par le biais d’une programmation de qualité, éclectique et exigeante parce que nous sommes aussi et avant tout une compagnie professionnelle. Aujourd’hui, ce qui nous intéresse, c’est la rencontre, le partage, la transmission orale. Ce festival, c’est en quelque sorte un laboratoire dans lequel nous partageons nos expériences et notre envie de diffuser et transmettre.

 

Comment avez-vous conçu la programmation de cette 10ème édition ?

Pour cette dixième édition, on a souhaité d’abord s’associer au comédien André Marcon, dont on adore le travail, et qui inaugurera le festival le 19 mai à 20h avec le spectacle « Le discours des animaux » de Valère Novarina. Et puis, deuxième temps fort : un cycle de lectures, issues de la collection Raconter la vie, un collectif d’ouvrages animé par Pierre Rosanvallon aux éditions du Seuil. On aura également des lectures de Marguerite Duras à l’occasion du 100ème anniversaire de sa naissance, des lectures d’Annie Ernaux, de Frédéric Bloch et de beaucoup d’autres qui scanderont les midis et les débuts de soirée du festival. Parallèlement, les élèves de la compagnie présenteront leurs travaux.

 

Quels sont les projets du festival ?

Déjà continuer à exister même si on est ravies de fêter les 10 ans! Notre projet, c’est de continuer à s’ouvrir, à proposer une programmation de qualité, variée, et toujours dans un esprit de convivialité et de partage. Et puis, on souhaite continuer à sensibiliser un jeune public aux livres, aux textes, à la lecture à voix haute. On vient d’ailleurs d’entamer un partenariat avec le lycée Jacques Decour dans le 9ème.

Merci !

 

Programme complet sur http://rencontresdelanuit.free.fr/festival.html

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LE ROI SE MEURT – THÉÂTRE HEBERTOT

40x60-leroisemeurt_def2.inddFoule des grands soirs au théâtre Hébertot samedi 10 mai pour la dernière du « Roi se meurt ». L’occasion ou jamais de voir Michel Bouquet se glisser dans ce rôle mythique qui lui avait valu le Molière du meilleur comédien en 2005. Acteur légendaire pour pièce légendaire donc ! Et le public ne s’y est pas trompé en accueillant les comédiens par des applaudissements très nourris dès leur entrée en scène.

Le roi Béranger 1er, vieux souverain d’un royaume imaginaire en proie au chaos et à l’agonie, apprend qu’il est malade et qu’il va bientôt mourir. Entouré d’une cour bigarrée (ses deux premières épouses, son médecin, son garde et sa femme de chambre), le vieux roi, manteau pourpre, couronne de pacotille et sceptre en main, veut pourtant s’accrocher au pouvoir et à la vie. Ainsi commencera son long cheminement – refus, révolte puis résignation – avant l’inexorable issue. Dans « Le roi se meurt », Eugène Ionesco questionne l’angoisse de chacun d’entre nous face à la mort et explore l’absurdité de la vie et le tragi-comique de la condition humaine. « J’ai toujours été obsédé par la mort. La mort, c’est la condition inadmissible de l’existence », confiait Ionesco qui avait d’ailleurs échappé de peu à la mort en 1962, peu avant l’écriture de la pièce. Une manière peut-être d’exorciser ses angoisses, « d’apprivoiser la mort », comme le souligne Michel Bouquet.

Quelle belle soirée théâtre dans tous les cas ! Le texte est superbe et l’interprétation, faut-il même le souligner, remarquable. Michel Bouquet, 88 ans, offre une prestation de bout en bout exceptionnelle dans cette pièce qu’il juge au passage « très dure à cause du chahut des sensations différentes par lesquelles l’acteur est obligé de passer, du plus comique au tragique pur ». Mention spéciale également à la comédienne Juliette Carré qui, dans la peau de la perfide reine Marguerite, parvient presque à voler la vedette à son Michel Bouquet de mari. Notons également le grand soin apporté aux costumes et au travail des découpes lumineuses qui illustrent avec beaucoup de pertinence les temps forts de la pièce. La baisse progressive de la lumière sur le visage du vieux roi jusqu’à l’obscurité totale pendant les 30 dernières secondes du spectacle est à ce titre une pure merveille. Plus besoin de texte, tout est dit par le seul jeu des lumières pour symboliser le passage vers l’au-delà.

Une émotion particulière traversa la salle au moment des saluts. Michel Bouquet, petit pas, yeux à moitié clos par la lumière puissante des projecteurs et sourire formidable aux lèvres venait dire adieu à un rôle de légende.

Le point de vue d’Elisabeth

THEATRE HEBERTOT • 78 bis boulevard des Batignolles 75017 Paris

DERNIERE MINUTE : NOUVELLES REPRESENTATIONS AU THEATRE HEBERTOT jusqu’au 25 octobre 2014

Crédit photo ©Laurencine Lot

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MOLIERATUS – ESSAÏON THÉÂTRE

grd_562Je ne sais pas vous mais à l’évocation des dernières heures de la vie de Molière, je pense à la scène d’ouverture du film inoubliable d’Ariane Mnouchkine, au panthéon de mes films cultes ! On y voit Philippe Caubert/Jean-Baptiste Poquelin incarnant un Argan, affaibli, visage ciré de blanc, s’égosillant clochette en main à répéter son texte dans sa loge avant ce qui sera sa toute dernière entrée sur scène. Ainsi démarre MOLIERATUS, la pièce écrite et mise en scène par Serge Bourhis de la compagnie Alcandre, actuellement à l’ESSAïON THEATRE. Nous sommes le 17 février 1673, dans les coulisses du Théâtre du Palais Royal, avant la 4ème représentation du Malade Imaginaire. Molière, 51 ans, très malade, se prépare à entrer en scène mais la troupe, inquiète, s’affaire autour de lui. Son état de santé lui permettra-t-il de jouer ? La troupe lui survivra-t-elle s’il arrivait malheur ? Et, pour l’heure, comme si la situation n’était déjà pas si préoccupante, Molière doit affronter des tourments plus personnels : la rivalité entre la comédienne Catherine de Brie et sa jeune épouse Armande Béjart (dont beaucoup ne cesseront de la considérer comme sa propre fille et donc d’accuser Molière d’inceste), l’infidélité d’Armande avec un jeune comédien de la troupe, la visite inopinée d’un créancier importun et de celle de Mademoiselle de Scudéry, qui inspira à Molière les précieuses ridicules.

Dès lors, la pièce alterne le récit de ses heures critiques avec les extraits des plus beaux textes de Molière, de Tartuffe au Misanthrope, de Dom Juan aux Fourberies de Scapin. Une élégante et astucieuse manière de faire découvrir ou redécouvrir le répertoire moliéresque en confondant habilement la vie de l’auteur avec celle de ses œuvres, comme le souligne Serge Bourhis : « Je suis parti des zones d’ombres de la vie personnelle de Molière pour créer un spectacle à la frontière de son œuvre et de sa vie ». Ainsi Moliératus répond fidèlement à la vocation pédagogique de la compagnie Alcandre : proposer un théâtre populaire de qualité, notamment à destination d’un jeune public.

Au final, ni complètement séduite, ni tout à fait déçue par MOLIERATUS. L’idée de départ est originale et les comédiens tous très convaincants mais j’ai été moins convaincue par une mise en scène à mon avis inégale, tantôt inspirée, inventive et rythmée (citons les jolies scènes du cauchemar des médecins corbeaux ou du spectre de Madeleine Béjart) tantôt un peu lente (scène de Dom Juan ou des ultimes moments de Molière sur scène vécues par la troupe depuis les coulisses), qui fait s’essouffler par moment l’ensemble.

Dans le même souci pédagogique, Serge Bouhris a signé un autre spectacle dédié aux grandes tragédies de Racine, joliment intitulé « Racine par la Racine ». On m’en a dit beaucoup de bien. Même troupe, même heure, même lieu, le rendez-vous est pris.

Le point de vue d’Elisabeth 

MOLIERATUS 

ESSAÏON THÉÂTRE • 6 rue Pierre au lard, 75004 Paris

Jusqu’au 28 juin 2014 • Du jeudi au samedi à 20h

Découvir la compagnie ALCANDRE

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UN CAFÉ AVEC Murielle Magellan, dramaturge, romancière, scénariste

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Coup de théâtre • Bonjour Murielle, comment êtes-vous « née » au théâtre et à l’écriture théâtrale ?

J’ai découvert le théâtre très jeune au Club de théâtre amateur de Montauban, où j’ai grandi. J’ai joué pendant toute mon adolescence et à  17 ans, je suis partie à Paris pour suivre les cours d’une école de chansons « Le studio des variétés », parce que j’écrivais des chansons également à l’époque. Puis je me suis inscrite en fac de lettres et j’ai été reçue comme élève comédienne à l’Ecole du Théâtre national de Chaillot. C’est à cette époque que j’ai commencé à écrire des petits textes, des petites scènes. A la sortie de Chaillot, j’ai eu du mal à travailler comme comédienne et l’idée m’est venue d’écrire mes propres pièces pour m’offrir des rôles. J’ai écrit une première pièce qui s’appelait La saveur subtile des dinosaures, dans laquelle j’ai joué. La pièce racontait l’histoire d’une femme tiraillée entre plusieurs hommes, c’est-à-dire en réalité entre plusieurs schémas de vie. J’explorais déjà mes thèmes de prédilection: où est la vérité ? Où est le bon schéma ? Y-a-t-il un bon chemin, un mode d’emploi ? J’ai eu de très bons retours sur le texte et très vite, j’ai réalisé que j’avais un rapport très passionnel, très vif à l’écriture, beaucoup plus qu’au jeu d’ailleurs. Le chemin s’est ouvert, j’ai écrit par la suite Pierre et Papillon et les choses se sont enchaînées.

Comment naît une pièce chez vous ? Quel est le déclic ?

Le déclic, c’est souvent une addition de sensation ou d’observation de la vie, qui passe en moi régulièrement et qui, à un moment donné, va trouver une forme dramaturgique. Au départ, c’est du vécu : j’observe quelque chose en moi, je ressens quelque chose du monde, qui d’ailleurs ne fait pas tout de suite idée ou récit. Et tout à coup, les choses s’incarnent, s’illustrent, se formalisent. Ca devient une idée de pièce, puis l’idée devient un désir de raconter. Et quand ce désir persiste, cela veut dire qu’il faut y aller !

Pourquoi, à un moment donné, faire le choix d’écrire une pièce plutôt qu’un roman par exemple ?

Je pense que le sujet induit la forme. Comme je suis un auteur multiforme, je suis très à l’écoute de ce que l’idée porte en elle comme forme. Par exemple, mon deuxième roman Un refrain sur les murs raconte l’histoire d’une femme de manière très introspective. Au théâtre, il aurait été compliqué de décrire cette intériorité, alors que le roman l’appelle en quelque sorte. C’est un peu la même chose pour N’oublie pas les oiseaux (ndlr : dernier roman de Murielle Magellan) qui raconte 15 ans de vie et porte quelque chose d’épique, de romanesque. Le roman se prête davantage à l’histoire. Si je n’étais que dramaturge, je me serais certainement posée la question du « comment faire » pour raconter cette histoire sous forme de pièce, de scénario ou de chanson mais c’est l’avantage d’être un auteur pluriforme!

Vous êtes comédienne de formation. Cela vous aide-t-il dans le processus d’écriture ?

Oui, indéniablement même si c’est avant tout une histoire de goût. Moi qui aime un théâtre vivant, un théâtre « ici et maintenant », un théâtre qui m’émeut, qui me transporte, c’est un plus. Car le fait d’avoir été comédienne permet de savoir accéder à ses émotions, de les identifier et bien sûr de ressentir et connaître la vie du plateau. Molière est un grand exemple de ça ! Le dramaturge qui n’a jamais été comédien risque  peut-être de produire un théâtre un peu théorique, un peu didactique.

Pierre et papillon

Quand vous écrivez une pièce, vous projetez-vous déjà dans une idée de mise en scène ou vous attachez-vous prioritairement à l’écriture et au propos ? 

Je suis quelqu’un de plutôt concentré sur le propos, les personnages et l’écriture. Je n’aime pas, par exemple, avoir des comédiens en tête parce que j’aime être libre avec mes personnages, j’aime les faire exister en tant que tels, les comédiens ne viennent qu’après. De la même façon, je ne me projette pas dans une mise en scène, j’aime l’idée qu’un metteur en scène vienne s’emparer de mon texte pour y mettre son univers.

Pourtant, en vous lisant, on trouve beaucoup de didascalies très précises.

Oui, c’est vrai parce qu’au fond je sais où j’ai envie d’aller. Les didascalies servent à donner un éclairage au texte. Ceci étant, le metteur en scène est libre d’en tenir compte ou pas. J’ai eu de très bonnes surprises d’ailleurs sur Pierre et Papillon.

Traits d'unionEst-ce important de confier la mise en scène à un proche (ndlr Bernard Murat pour Traits d’Union) ou du moins, à quelqu’un dont vous connaissez le travail ?

Pour une toute première création, c’est important pour moi de connaître le metteur en scène, c’est-à-dire de sentir qu’il est sensible à mon univers et qu’il l’a bien identifié. Encore une fois, j’aime bien l’idée qu’un metteur en scène apporte son univers au mien. En revanche, je n’aime pas l’idée qu’il se serve de mon texte seulement comme de la matière. C’est comme un mariage au final, ce sont deux personnalités qui se rencontrent, qui se complètent mais qui ne doivent pas se posséder. Ceci étant, une fois que la pièce est créée, je trouve qu’elle ne m’appartient plus, qu’elle appartient au public et qui veut la monte. C’est là la véritable récompense ! En parlant de Bernard Murat, j’ai une histoire particulière avec lui.Quand j’étais toute jeune, j’ai été sa seconde assistante. Puis les années ont passé, on s’est complètement perdu de vue. Quand Pierre et Papillon a commencé à avoir du succès à Avignon et à Paris, j’ai appris à l’époque que le théâtre des Mathurins, que dirigeait Bernard, était intéressé par la pièce. Au final, il a pris la pièce. Le jour de la Première, je suis montée le voir dans son bureau et je lui ai dit Murielle Magellan, c’est moi, j’avais changé de nom entre temps ! Il était très ému, il m’avait quitté jeune assistante, il me revoyait auteure ! Du coup, il a demandé si j’avais d’autres pièces, il a lu Traits d’Union, il a aimé et il l’a montée !

Participez-vous au travail de mise en scène ou laissez-vous « carte blanche » ?

Généralement, je laisse le metteur en scène travailler même s’il m’est arrivé d’intervenir. Pour la création de Pierre et Papillon par exemple, j’étais assez impliquée, j’ai dit des choses, qui ont été retenues ou pas, c’est normal. Lorsque Bernard Murat justement a monté Traits d’Union, j’ai pu assister aux répétions mais je ne suis pas beaucoup intervenue parce que c’était bien tout simplement. Pour la petite histoire, il m’est arrivée aussi de mettre en scène, notamment l’une des soirées du Paris des Femmes  2013 mais j’évite d’échanger trop avec les auteurs. J’aime qu’on se fasse confiance mutuellement. En revanche, je n’ai jamais mis en scène l’une de mes pièces. Ca ne me tente pas pour l’instant, ça viendra peut-être plus tard.

Quelles sont, ou ont été, vos influences théâtrales ?

Chez les auteurs, les classiques, je suis une grande amoureuse de Racine par exemple. Plus proche de nous, j’aime beaucoup Tennessee Williams qui a apporté une grande modernité dans l’écriture théâtrale. J’ai beaucoup lu Peter Brook également – ce qu’il dit de la vie au plateau est passionnant – Antonin Arthaud, Stanislavski et la méthode de l’Actor’s Studio. Je me suis construite en essayant d’explorer beaucoup de formes de théâtre, même si le théâtre que j’écris est un théâtre très contemporain, très doux-amer, grinçant, sur le fil. J’aime bien écrire en creux, de manière très suggérée, très pointilliste, ce qui ne veut pas dire que les thèmes que j’explore ne sont pas graves ou lourds.

Quel type de théâtre aimez-vous voir aujourd’hui ?

Quand je vais au théâtre, ce qui est devenu plus rare par manque de temps, je vais au Rond-Point, au théâtre de l’Œuvre, au théâtre de l’Atelier. Je vais également dans des « petites » salles pour découvrir de nouveaux auteurs, on y découvre des « perles » de temps à temps, comme Le mec de la tombe d’à côté qui a rencontré un beau succès. Dans tous les cas, je vais voir un théâtre qui m’émeut, me touche, qui parle à mon cœur avant de parler à ma tête en quelque sorte, qui m’apporte aussi un regard ou un éclairage. En revanche, je n’aime pas un théâtre qui veut m’expliquer quelque chose, me donner à penser, me faire une démonstration de quoi que ce soit.

Parlons de votre actualité. Vous avez publié en janvier un roman autobiographique « N’oublie pas les oiseaux » et venez de cosigner le scénario d’un film avec la comédienne Audrey Dana.

Oui, j’ai coécrit avec Audrey le scénario d’un film qui va sortir le 4 juin et qui s’appelle Sous les jupes des filles. C’est une expérience formidable, très joyeuse. Le sujet -les femmes dans tous leurs états – nous plaisait beaucoup à toutes les deux. Je ne connaissais pas Audrey mais j’ai appris à la connaître en écrivant et je l’ai même dirigée dans deux des pièces du Paris des Femmes 2013. On est très différentes l’une de l’autre mais on a la même envie d’une parole libre, honnête, qui n’a pas peur de nommer les choses. On s’est vraiment reconnues artistiquement et humainement. Une très belle rencontre qui va nous porter peut-être vers des projets théâtre ! Concernant mon roman d’ailleurs, j’écrivais le matin N’oublie pas les oiseaux et l’après-midi le scénario avec Audrey ! Des journées chargées mais qui se complétaient bien au final puisque j’explorais mon histoire de femme à moi le matin et des histoires de femmes l’après-midi. Au fur et à mesure de l’écriture, je me suis aperçue que je ne faisais rien d’autre que d’écrire la même chose ! (rire). Audrey a d’ailleurs été l’une de mes premières lectrices. C’était précieux car elle a validé l’audace qui consistait à montrer cet amour nu, à le raconter « au scalpel ». Dans N’oublie pas les oiseaux, je raconte une histoire d’amour sur 15 ans avec ses bonheurs et ses souffrances. C’est l’éducation sentimentale d’une jeune femme un peu naïve, curieuse, et qui a le goût du risque, avec un homme Don Juan, plus âgé qu’elle, flamboyant et ombrageux. Au travers de cet amour mouvementé, elle devient femme et artiste, elle se construit.

Merci Murielle. Et pour conclure, le mot « théâtre » que vous préférez ?

La coulisse. Normal pour un auteur ! (rire)

Propos recueillis par Elisabeth Donetti 

POUR ALLER PLUS LOIN :

Suivre l’actualité de Murielle Magellan sur twitter et facebook 

Retrouvez l’interview de Murielle dans La Grande Librairie le 6 mars 2013

vz-1da2c96e-b4a8-4208-a5b3-6c7f861c4351PIERRE ET PAPILLON de Murielle Magellan

Théâtre de Ménilmontant, 15 rue du retrait, 75020 Paris

Les 26 avril,3 mai à 20h30

 

20667116SOUS LES JUPES DES FILLES d’Audrey Dana

Scénario Audrey Dana et Murielle Magellan

Sortie le 4 juin 2014

 

 

SLEEPING BEAUTY – THÉÂTRE DUNOIS

sleeping_beauty2J’ai envie de partager un gros coup de cœur pour SLEEPING BEAUTY, un spectacle écrit, mis en scène et interprété par la comédienne et marionnettiste anglaise Colette Garrigan. La pièce a été présentée du 2 au 4 avril au THEATRE DUNOIS, dans le cadre du cycle « Once upon a time in Liverpool ».

Comme tous les contes de fée, SLEEPING BEAUTY raconte l’histoire d’une princesse. Mais la princesse de Colette Garrigan est née dans la banlieue de Liverpool, où règnent misère sociale et chômage. Ici, les junkies ont remplacé les princes charmants, le carrosse s’est transformé en voiture de police, le bal est devenu rave-party et les quenouilles ont fait place à des seringues empoisonnées. Notre jeune princesse, livrée à elle-même, tracera sa route, entre espoirs et dérives, jusqu’à la veille de ses 16 ans, où elle se piquera à la pointe d’une aiguille et tombera dans un coma profond. Se réveillera-t-elle sous le doux baiser de son prince? Wait and see pour connaître the (happy) end.

On l’aura compris, SLEEPING BEAUTY a l’art et la manière de dézinguer en flèche les contes de fées pour dénoncer la dureté des années Thatcher et les désillusions d’une jeunesse paumée et désabusée. Au-delà du propos, le spectacle séduit par l’originalité d’une mise en scène très visuelle. Pour accompagner et illustrer le récit, Colette Garrigan utilise et détourne quantités d’objets et d’accessoires par la magie des ombres chinoises. Ainsi, des morceaux de sucre offrent la vision une tempête de neige, le porte toast symbolise les barreaux d’une prison, les fourchettes plantent le décor d’une forêt silencieuse… « L’écriture est étroitement liée au plateau, c’est une écriture scénique » résume Colette, qui rappelle ainsi la vocation d’AKSELERE, la compagnie qu’elle a fondée en 1999 et qui est spécialisée dans le domaine de la marionnette et des arts associés. Au-delà de cette performance scénique, la comédienne séduit par une interprétation just perfect, jouant délicieusement au passage de sa double culture franco-britannique. De toute façon, à la fin du spectacle, si vous avez aimé, sortez votre plus bel anglais et rejoignez Colette sur scène qui attend tranquillement qu’on vienne lui dire un petit mot. So charming !

Amoureux des univers décalés et de la culture british, allez applaudir ce spectacle ! Cet été, la compagnie AKSELERE sera au FRINGE FESTIVAL D’EDIMBOURG pour 23 représentations de SLEEPING BEAUTY du 1er au 25 août 2014.

Le point de vue d’Elisabeth 

Découvrir LA COMPAGNIE AKSELERE

THÉÂTRE DUNOIS
7 rue Louis Weiss
75013 PARIS

Crédit photos © Philippe Moulin

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LA LISTE DE MES ENVIES – THÉÂTRE des BÉLIERS PARISIENS

LA-LISTE-DE-MES-ENVIES-TDBP-WEB-666x1000Ceux qui ont lu le roman de Grégoire Delacourt connaissent l’histoire de « LA LISTE DE MES ENVIES », qui se joue actuellement au théâtre des Béliers Parisiens. Jocelyne Guerbette, 47 ans, est mercière à Arras. Délaissée par son mari Jocelyn qui ne l’aime plus, mère de deux grands enfants, orpheline de mère, un père atteint d’Alzheimer et des rêves de jeunesse désormais loin derrière elle, elle s’est finalement habituée à son destin modeste et tranquille. Mais sa vie bascule du jour au lendemain, lorsqu’elle gagne 18 millions d’euros au loto. Jocelyne ne mettra pas longtemps à dresser la liste de ses envies, de ses besoins, de ses folies. Mais rêve ou cauchemar ? Départ d’une nouvelle vie ou perte des repères ? La pièce au final questionne la quête du bonheur, le pouvoir de l’argent, la hiérarchie des valeurs. « Nous tâcherons de donner à voir et à entendre les conséquences de l’irruption de l’extraordinaire dans l’ordinaire » résume la metteur en scène Anne Bouvier.

Seul en scène, le comédien Mikaël Chirinian, qui a cosigné l’adaptation théâtrale, offre une très belle performance en incarnant les 6 personnages de la pièce. Et quel contremploi ! Avec son crane rasé et sa barbe fournie, on l’imagine a priori difficilement dans des rôles féminins. Mais gilet de tricot sur les épaules, talonnettes au pied,  et fleurs vahiné à l’oreille,  Mikaël Chirinian nous bluffe ! Tour à tour, émouvant(e) dans le rôle de Jocelyne, cocasse dans la peau des jumelles Danielle et Françoise, violent dans le sombre et désespéré Jocelyn, le comédien glisse d’un personnage à l’autre avec beaucoup d’aisance, de justesse et sans jamais tomber dans la caricature. Dommage que son débit soit un peu rapide parfois. Il parvient dans le même temps à occuper l’espace avec beaucoup de fluidité dans un décor au passage tout tricot !

Après l’adaptation théâtrale, le livre de Grégoire Delacourt a été porté au cinéma par Didier le Pêcheur. Sortie sur les écrans le 28 mai prochain.

Le point de vue d’Elisabeth 

LA LISTE DE MES ENVIES

Jusqu’au 30 avril 2014

THEATRE DES BELIERS PARISIENS

14 bis rue Sainte-Isaure, 75018 Paris

Metro : Jules Joffrin (ligne 12) ou Simplon (ligne 4)

 

UN CAFE AVEC Delphine Robert et Elise Dubroca, compagnie de théâtre à domicile L’EFFET DU LOGIS

Delphine Robert

Delphine Robert

Elise Dubroca

Elise Dubroca

Coup de théâtre ! Bonjour Delphine et Elise, comment est née la compagnie L’EFFET DU LOGIS ?

Delphine Robert: Tout est parti d’une rencontre fin 2005. J’avais en tête l’idée de proposer un théâtre professionnel à domicile, proche du public. J’ai soumis le projet à une comédienne que je connaissais bien au niveau du jeu (ndlr : Valérie Français). Elle a accepté de se lancer dans l’aventure et la compagnie est née en 2006. On a commencé par concocter une pièce « Le vernis craque » qui traitait de la différence entre l’être et le paraître. On l’a beaucoup jouée à domicile puis est né un deuxième spectacle « Sans entracte » avec Elise qui, entre temps, avait rejoint la compagnie. Progressivement, on a eu envie de proposer des pièces personnalisées, inspirées des vraies vies de nos hôtes!

Elise Dubroca: C’est vrai qu’on a rencontré un beau succès avec « Sans entracte » dans lequel on insufflait déjà des allusions, des clins d’œil à la vie des gens. Ca nous a permis de roder en quelque sorte notre principe de pièce personnalisée. On sentait que le public réagissait très bien à ce concept.

Quel type de pièce proposez-vous à domicile ? Avez- vous plusieurs « formules » ?

Delphine: Oui, on propose trois types de pièce, généralement à l’occasion d’anniversaires, de fêtes surprises chez des particuliers. D’abord, des pièces « imposées » dont on parlait à l’instant, par exemple « Le vernis craque » (pièce composée de saynètes enlevées d’auteurs riches et variés autour du thème de l’être et du paraître), qui dure 50 minutes. C’est l’occasion de faire découvrir ou redécouvrir des auteurs talentueux et pas toujours connus. Ensuite, on propose des pièces « personnalisées » : on part généralement d’une trame commune dans laquelle on insuffle des pastilles, des clins d’œil liés à la vie des personnes. Ces pièces durent 40 à 50 minutes. L’idée, c’est vraiment « Et si votre histoire devenait une pièce de théâtre », racontez-nous des anecdotes, sur vous, votre famille, vos invités et nous en faisons une pièce unique ! Et puis, on fait des 100 % « sur mesure », qui sont des pièces uniques écrites de A à Z et qu’on ne joue qu’une seule fois !

Elise: On a également déjà répondu à des demandes venant d’entreprises qui souhaitent fédérer leur équipe autour d’une expérience théâtrale hors du commun. On crée alors un programme sur mesure, inattendu qui marque les participants !

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Comment préparez-vous les pièces personnalisées ? C’est un gros travail en amont j’imagine.

Elise: Oui, ça nécessite au départ un certain investissement. Quand on reçoit une demande, on rencontre les personnes de manière à recueillir des informations sur la personne pour qui nous jouons : personnalité, goûts, grandes étapes de vie, afin de nourrir notre inspiration pour l’écriture de la pièce. On essaye toujours de rencontrer plusieurs personnes de l’entourage (amis, famille,…) pour avoir des angles de vue différents. Après avoir interviewé un petit groupe mis dans la confidence, on écrit, on répète et on joue ! On est toujours vigilantes cependant sur les sujets « sensibles » qui pourraient blesser, rappeler des souvenirs douloureux ou dévoiler indirectement des secrets de famille.

Delphine: Ces interviews « préparatoires » sont très appréciés car ils permettent aux gens de parler, de s’ouvrir, de se livrer. Ils nous accordent beaucoup de confiance, ce qui est un confort de travail formidable pour nous ! On a de très beaux souvenirs de sur mesure. Je me rappelle d’une jeune femme qui fêtait son anniversaire et son mari nous avait confié qu’elle adorait les contes de fée. Du coup, on a joué « à fond » la carte du conte rocambolesque avec le soulier de Cendrillon dans l’escalier, l’aboyeur qui présente les invités, etc…

Concrètement, le jeu à domicile requiert-il des contraintes particulières ? Repérez-vous à l’avance les appartements par exemple ?

Elise: Non, on ne repère pas à l’avance. Généralement, les personnes nous décrivent la configuration des lieux par téléphone, ce qui nous suffit. On a déjà joué d’ailleurs dans des appartements très petits. En revanche, on ne joue pas devant moins de 15 personnes. En moyenne, le public, c’est 20/40 personnes. On répond même à une demande pour 60 personnes en ce moment.

Delphine: Mais on veille toujours, par le jeu des éclairages, à recréer une vraie scène, à maintenir une distance minimum avec le public, de manière à ne pas être trop intrusif, il est important de le laisser libre de ses réactions. On ne veut pas qu’il se sente piégé.

Justement, en quoi le rapport au public est-il différent dans le théâtre à domicile ?

Delphine: La grande différence, c’est qu’au théâtre classique, le public choisit d’aller voir une pièce alors qu’à domicile, il ne choisit pas. Nous ne sommes pas attendues ! Du coup, on se sert à fond de cet effet de surprise. On est encore plus actives pour être avec eux, les embarquer, les entraîner avec nous. Néanmoins, le fait que le public soit constitué d’amis, provoque une étonnante chaleur humaine et une écoute complice forte. On n’a jamais l’occasion de partager un spectacle, qui plus est personnalisé, avec 30 voir 50 de ses amis !

Elise: Il faut être très perméable, réactif à ce qui se passe. Personnellement, à domicile, je me sers davantage des réactions, des retours du public qui me permettent éventuellement de rebondir, de créer des mini improvisations, qui servent le spectacle, chose que je ne fais pas au théâtre « classique ».

En parlant public et rencontres, avez-vous des anecdotes savoureuses à ce sujet ?

Elise: Des anecdotes savoureuses, je ne sais pas, mais des moments très forts de communion, de partage, oui absolument ! Des personnes qui pleurent, qui ne veulent plus nous laisser partir, qui tombent amoureux (rires) ! La préparation des spectacles et les spectacles en eux-mêmes nous permettent de nouer une relation très forte de complicité, d’amitié, voir d’intimité car certaines personnes se livrent beaucoup pendant les interviews et partagent un moment unique avec nous pendant la représentation.

Delphine: C’est justement la vocation de la compagnie ! Tisser des liens forts et authentiques entre spectateurs et acteurs, rencontrer le public de cette manière là. J’ai toujours en tête et, c’est aussi une différence avec le classique, les gens qui, en fin de spectacle, nous regardent, qui auraient bien aimé nous parler, sans oser. A domicile, on a justement cette possibilité d’échanger avec le public et c’est toujours un moment un peu magique, pour eux comme pour nous. On garde d’ailleurs souvent contact avec des personnes chez qui on a joué et qui font fonctionner le bouche à oreille ! Et puis il y aussi ceux qui nous disent après la représentation « Moi je ne vais pas au théâtre mais là, vous m’avez donné envie d’y aller ! » et ça, c’est la plus belle récompense !

Valérie Français

Valérie Français

Comment vous répartissez-vous les tâches au sein de la compagnie (écriture, mise en scène,…) ?

Delphine: C’est avant tout un travail d’équipe : on se déplace, on rencontre nos futurs hôtes, on écrit les pièces et on joue ensemble. Mais je m’occupe généralement des premiers contacts téléphoniques. J’essaye de bien comprendre l’univers du public, ce qu’il attend et ce qu’on peut lui apporter en plus, tout cela pour proposer un spectacle adapté et insolite. Mais il faut aussi veiller à la faisabilité des choses.

Elise: Je suis un peu plus orientée écriture et mise en scène, en partant toujours de mon envie, « qu’est ce que moi j’aurais envie de voir ? ». Mais au final on se complète très bien toutes les 3 (ndlr : avec Valérie Français). Delphine et Valérie canalisent mes excès de créativité, mon petit grain de folie (rire) ! On est toutes très animées par l’envie de créer et d’inventer de nouvelles choses.

Et sinon, quels ont été vos parcours avant la compagnie ?

Elise: J’ai commencé le théâtre très jeune à l’âge de 7/8 ans avec une institutrice qui était passionnée de théâtre. Je me suis formée dans pas mal de clubs de théâtre à Paris et aux Etats-Unis à the American Academy of Dramatic Art. J’ai terminé ma formation à l’école de la rue Blanche. J’ai beaucoup joué dans du théâtre contemporain, qui est le type de théâtre qui m’intéresse le plus. J’estime que le théâtre est quelque chose qui doit être ancré dans son époque, relever du « ici et maintenant ». Aujourd’hui, j’ai beaucoup plus envie de créer, d’écrire, de mettre en scène.

Delphine : Je ne viens pas du tout d’un milieu artistique au départ. Mais dès l’école primaire, j’ai senti tout de suite un déclic, une évidence, un bonheur énorme de jouer. Et l’envie de devenir comédienne ne m’a plus jamais quittée. J’ai fait une école de commerce tout en suivant le cours Simon. J’ai joué beaucoup par la suite, aussi bien dans le théâtre classique que contemporain. Aujourd’hui, parallèlement au théâtre à domicile, je fais de la formation en art oratoire pour les médecins et les avocats. J’interviens aussi en tant que comédienne et scénariste sur le thème de la relation médecin/malade en collaboration avec des membres talentueux de la Société Française de psycho oncologie. C’est passionnant, on se sent utiles !

Merci ! Quels sont les projets de la compagnie ?

Delphine: On a le projet de travailler avec une galerie d’art qui combine art pictural et art culinaire et qui souhaiterait nous associer à des soirées événementielles. L’idée est d’écrire une pièce pour des personnes qui sont à table et qui, par un procédé original et malicieux sont amenées à entendre la conversation de la table d’à côté … Nous envisageons de corréler le texte à la cuisine proposée. On n’en dit pas plus pour le moment, on est en pleine création. Mais c’est un chantier passionnant !

Propos recueillis par Elisabeth Donetti

Compagnie L’EFFET DU LOGIS
www.leffetdulogis.com
Tel : 06 10 30 68 48
Mail : contact@leffetdulogis.com

LE CERCLE DES ILLUSIONNISTES – THÉÂTRE LA PEPINIERE

Piece.1549Tu vas voir, tu vas adorer. Ca me rappelle quelque chose…. Une fois, deux fois, trois fois, adjugé. Direction le théâtre La Pépinière mercredi dernier pour découvrir « Le cercle des illusionnistes », la deuxième création d’Alexis Michalik, après le succès du spectacle « Le porteur d’histoire ». Et j’ai A-DO-RE la pièce parce qu’Alexis Michalik raconte les histoires comme personne. Ce jeune et talentueux metteur en scène a définitivement trouvé un style, une signature théâtrale, une manière bien à lui d’embarquer le public dans des récits à tiroirs originaux, formidablement construits, de les faire se combiner, s’enchaîner, se répondre à travers les époques et les lieux, tout en suivant le fil d’une histoire unique. On retrouve ici l’équation gagnante qui a fait le succès du Porteur d’histoire : six comédiens « caméléons » ultra talentueux portés par une mise en scène fluide, rythmée et très inventive.

Dans « Le cercle des illusionnistes » cette fois-ci, il est question de magie, d’inventeurs fous, de cinéma, de théâtre, d’amour. Alexis Michalik nous invite à découvrir, des plaines italiennes à la cour de Russie, de Londres à Paris, les destins méconnus et passionnants de Jean-Eugène Robert-Houdin (1805 – 1871) horloger, magicien, créateur d’automates et de Georges Méliès (1861 – 1938), héritier d’un fabricant de chaussures, industriel, inventeur des premiers « effets spéciaux » du cinéma. Ils ne se rencontreront jamais mais leurs destins respectifs se noueront au cœur d’une salle de théâtre parisienne, aujourd’hui disparue, devenue à l’époque la première salle de cinéma moderne. Mais la pièce commence en juin 1984. Alors que la France vibre pour le championnat d’Europe de football, Décembre vole un sac dans le métro. Dans le sac, il trouve la photo d’Avril jolie et décide la revoir…

Après chut !! C’est parti pour 1 heure 30, de rêve, d’émerveillement, de rire. Le bonheur tout simple de retomber en enfance.

Le point de vue d’Elisabeth 

LE CERCLE DES ILLUSIONNISTES

Jusqu’au 29 juin

Théâtre La Pépinière, 7 rue Louis le Grand, 75002 Paris

Du mardi au samedi à 20h30

Matinée samedi à 16h

NOUVEAU : Reprise au théâtre de la Pépinière à partir du 27 mai 2017

Mardi au samedi à 20h30, matinée le samedi à 16h00