L’ÉCHANGE – THÉÂTRE AKTEON

echangeWork addicted depuis début août mais je te retrouve mon cher blog ! Plaisir toujours intact de découvrir une nouvelle salle, d’écouter les bavardages très discrets des spectateurs du soir à 10 minutes du lever de rideau, de plonger progressivement dans cette douce et chaude pénombre qui nous offrira cette intimité magique avec celles et ceux qui s’offrent aux regards. Le plateau s’éclaire, une silhouette s’avance à petits pas sur la scène et je me souhaite intérieurement une « bonne rentrée »… La pièce s’appelle « L’ECHANGE », elle a écrite par Paul Claudel en 1894 et raconte l’histoire de Marthe, une jeune femme qui a quitté la France pour suivre aux Etats-Unis l’homme qu’elle aime, Louis, un homme épris de liberté et d’indépendance. Ils font la connaissance d’un couple en tout point opposé à eux : Thomas Pollock, riche homme d’affaires, vénal, et cupide, et sa femme, la ténébreuse Lechy, une actrice aux mœurs libres… Louis, qui travaille pour Pollock, vendra par appât du gain, sa douce et vertueuse épouse pour quelques dollars tandis qu’il la trompera avec Lechy. Une perte des idéaux insupportable pour la vertueuse Marthe qui ne sera d’ailleurs pas la seule victime de ce quatuor destructeur. L’histoire éternelle d’hommes et de femmes en proie au doute, à la tentation, à la corruption et aux désillusions. Un plateau fort dépouillé, des effets lumière réduits au minimum, pas d’accompagnement musical : ne cherchez pas ici de mise en scène sophistiquée ou de quelconques artifices  susceptibles de nous plonger sur la côte ouest américaine du XIXème siècle. Le texte, encore le texte, rien que le TEXTE et….le souci des comédiens de « délivrer » la prose claudélienne au plus juste. Et dans l’exercice, Margaux Lecolier, dans le rôle de Marthe, offre de bout en bout une prestation remarquable qui surclasse, à mon avis, ses partenaires : un timbre doux, une diction parfaite et une capacité à transmettre ses émotions avec une rare intensité. 2 à 3 moments de grâce sur un plateau presque nu. Un grand bravo à elle.

Le point de vue d’Elisabeth 

L’ECHANGE

Théâtre Aktéon · 11 rue du Général Blaise, 75011 Paris

Mercredi et jeudi à 21h30 jusqu’au 2 octobre

Découvrir le site de la compagnie BossKapok

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LES AMNÉSIQUES N’ONT RIEN VÉCU D’INOUBLIABLE – LE LUCERNAIRE

vz-7b7f4206-5830-4d82-8ac1-cb6723d0a8bbDes bulles de savon qui s’élèvent et disparaissent dans la lumière des projecteurs sur le Femmes, je vous aime de Julien Clerc, une baignoire débordante de mousse, un tapis de salle de bain, un WC à l’avant-scène. Et nos protagonistes du soir : LUI, grand dégingandé, se prélassant égoïstement dans son bain, occupé à quelques lectures intéressantes. ELLE, silhouette affûtée dans un maillot deux-pièces, lunettes de piscine, bonnet de bain fifties, occupée à deviner ses pensées à lui. Alors elle l’interroge par la même et sempiternelle question pour cerner celui qu’elle aime: à quoi tu penses ? Dans cette salle de bains, comme le lieu de l’intimité propice à la complicité et aux confidences amoureuses, se noue ainsi pendant 1 heure et demie, un séduisant tête-à-tête, le dialogue éternel des hommes et des femmes sur le mystère de la séduction, le temps qui passe, l’absurdité de la vie, la peur de vieillir… Face à l’interrogatoire serré, lui se dévoile peu à peu à travers ses souvenirs, fulgurances, aphorismes, blagues, malentendus, …en naviguant entre sincérité, petites lâchetés, mégalomanie, égoïsme, mélancolie, lucidité, jusqu’au dénouement de leur histoire à  eux. D’abord perplexe par la « mécanique » binaire de la pièce, je me suis laissée progressivement séduire par ce duo aquatique (!), notamment grâce à la très belle composition de la comédienne Isabelle Cagnat qui réalise un tour de force en transmettant une grande palette d’émotions dans un texte ultra tenu. La mise en scène, habilement ponctuée d’une bande-son inspirée, joue fort bien la carte de l’intimité en jouant notamment sur l’élément eau, tour à tour régressif, sensuel, ludique, fil rouge original de ce dialogue amoureux. Au final, une vision rafraîchissante et attachante de l’homme et du couple. A l’affiche tout l’été, plongez-y !

Le point de vue d’Elisabeth 

LES AMNESIQUES N’ONT RIEN VECU D’INOUBLIABLE

Le Lucernaire • 53 rue Notre-Dame des Champs, 75006 Paris 

Du 11 juin au 30 août 2014

Du mardi au samedi à 20h

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LE BEL INDIFFÉRENT – THÉÂTRE des FEUX DE LA RAMPE

vz-DC190EE4-AE41-44B9-BECF-11F49EB6D083Sans militantisme aucun, j’ai toujours plaisir à soutenir le spectacle vivant et aller applaudir des pièces qui ne bénéficient d’aucune promo particulière. Ce spectacle là, je ne sais même plus comment je l’ai déniché, en surfant sûrement dans les confins du web, à la recherche d’une salle à 20 mn du bureau avec un titre et un auteur qui donne envie. Equation gagnante (ça, c’est Paris !) avec « Le Bel indifférent », une pièce en 1 acte écrite par Jean Cocteau, dont on fête le cinquantième anniversaire de la disparition, et jouée actuellement au théâtre Les feux de la rampe.  Les années 40, Paris, la nuit, une chambre d’hôtel. Sur scène, une jeune femme, dont on ne saura jamais le prénom, décide de rappeler à l’ordre son amant, Émile, parce qu’il fréquente d’autres femmes. Mais Emile ne répondra pas, ne répondra plus car il est parti pour de bon et laisse sa douce amie en proie au plus cruel des désespoirs d’amour. La pièce est ce monologue tour à tour hystérique, doucereux, sardonique, véhément, face à l’absent, indifférent au désespoir qu’il a causé. Pendant près d’1 heure, la jeune comédienne Crystal V Lessler brûle les planches et offre toute l’étendue de son talent à cette pièce (trop) peu connue que Cocteau a écrite en 1940 pour la comédienne Edith Piaf. Joli minois, sourire lumineux, regard pétillant,  elle offre une très belle composition en offrant avec beaucoup de générosité toutes les émotions du désespoir amoureux : de l’hystérie à la cajolerie, de la rouerie à la violence, de la nostalgie à la colère. Assurément, un très beau potentiel ! Le décor rend hommage à l’univers de Cocteau, la bande-son à Edith Piaf. Soutien au spectacle vivant et découverte de nouveaux talents, allez applaudir ce spectacle. Il est à l’affiche tout l’été et au-delà.

Le point de vue d’Elisabeth 

LE BEL INDIFFÉRENT

Théâtre Les feux de la rampe • 2 rue Saulnier, 75009 Paris

Tous les lundis soirs 20h

www.lebelindifferentspectacle.com

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DENISE JARDINIERE VOUS INVITE CHEZ ELLE – LES BLONDES OGRESSES

AFFICHE sans robertEn longeant la rue Etex, à deux encablures du métro Guy Môquet, un jeune homme vous interpelle au pied d’un immeuble, pointe votre nom sur un A4, vous confirme que c’est bien ici Denise Jardinière …. Je fais semblant d’être à l’aise mais je ne sais pas ce que je fabrique ici, à quoi rime ce spectacle. Une dame installée derrière un petit guéridon nous attend dans le hall et nous invite à entrer dans l’appartement rez-de-chaussée droite. Une vieille gouvernante vient nous ouvrir. Léger malaise d’entrée en voyant cet homme grimé en vieille femme qui s’efface pour nous laisser passer. J’évite de croiser son regard, dès fois qu’il/elle le ferait, et je file directement m’asseoir au fond de la salle, l’air qui en a vu d’autre, dans le genre alternatif. Mais dès les premières secondes, l’atmosphère sépulcrale me fait oublier ce que j’ai fait hier, ma journée de boulot, le 18ème arrondissement de Paris. Bien calée dans un fauteuil, coussin à l’appui, je regarde où je suis : un appartement bric et broc, un rideau de velours (histoire de), des chaises disparates, des affiches de promo, des lampes, des portes-bougies, des casseroles qui fument au fond dans la cuisine, et cette vieille bonne femme pas commode qui s’affaire mais risque de me fixer d’un instant à l’autre. Alors je ne la regarde pas, c’est plus simple même si j’ai bien vu : chemise crème, tablier de soubrette, collants noirs, ballerines, catogan auburn, rouge à lèvre qui a dérapé, yeux écarquillés, rictus sévère. Je sens que je vais en rêver cette nuit. Et les spectateurs qui arrivent petit à petit et à chaque fois, le même cérémonial, elle va ouvrir et les installe. J’hésite à leur dire bonsoir aux nouveaux, petit sourire en coin et regard complice (bienvenue mais bienvenue où ?). On est enfin au complet et la gouvernante appelle Madame qui tarde à venir. Alors on va devoir patienter. Et il y a le fils de Madame qui n’arrive pas à s’endormir dans un coin de la pièce. Alors la gouvernante, en le bordant, lui raconte une étrange histoire: « La légende de Paul, le prince solitaire ». La suite, c’est elle…et nous qui la construisons ensemble, à travers un moment de théâtre inclassable, une succession de mini-événements qui nous permettent progressivement de tisser une relation avec elle, d’apprendre à la découvrir, à la connaître, à presque s’attacher, jusqu’à lever le mystère lors d’un final saisissant.

Spectacle interactif, totalement atypique, singulier, indéfinissable ! Ni pièce, ni one man show, ni performance, une expérience théâtrale inclassable, poétique, magique, suspendue, qui échappe à toutes les règles du genre. Il en faut de l’audace et du talent pour se lancer dans cette aventure. Elle est née de l’imagination de Thibaut Boidin, connu pour avoir incarné Peter Pan avec succès en 2005 au théâtre des Variétés …qui compose son personnage avec une vérité et une justesse saisissantes. « J’avais envie d’interpréter un personnage opposé en tous points à Peter Pan. Je l’ai cherché un peu partout et je ne l’ai pas trouvé, je l’ai donc inventé ! Voilà comment est née cette vieille gouvernante, poisseuse et menaçante. Je l’ai voulu un peu comme une « Tatie Danièle » aux longs cheveux de sorcière, fragile comme une brindille de verre » confie-t-il. Bravo à lui, ce spectacle a quelque chose d’indéfinissable.

Le point de vue d’Elisabeth 

DENISE JARDINIERE VOUS INVITE CHEZ ELLE

Les Blondes Ogresses • 28 rue Etex, 75018 Paris

Tous les lundis 21h30 à partir du 22 septembre 2014

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QUAND HENRI RENCONTRE CHARLIE – THÉÂTRE du PETIT HEBERTOT

charte-PH-WEB_QHRC1-682x1024Le 5 juillet, journée théâtre avec un grand T : sur les planches l’après-midi dans BORDERLINE conçu et mis en scène par Laurence Jeanneret (merci au public chaleureux, à la troupe pour ces beaux moments on et off stage !) et spectatrice le soir au Petit Hébertot pour « Quand Henri rencontre Charlie ». Aucune publicité pour la pièce si ce n’est le bouche à oreille d’amis d’amis des comédiens (merci Elisabeth B, elle se reconnaîtra). Ce spectacle, c’est la rencontre improbable entre Henri, jeune gay de bonne famille à la conquête de Paris et Charlie, trentenaire parisienne, travaillant dans la pub mais rêvant de «changer de vie». A travers une succession de mini-tableaux et de chansons « live », on suit le récit de leur colocation entre rires, larmes, espoirs, rêves brisés, coup de gueule, coups de cœur… Spectacle frais, décomplexé, bien ancré dans son époque (drague 2.0, Pékin-Express, stage de développement personnel, vacances dans un ashram en Inde,…) on s’attache aux personnages fort bien campés, désarmants de naturel et servis par une mise en scène rythmée. Last but not least, les 2 comédiens, Agathe Mentzer et Jean-David Jacoby, qui ont co-écrit la pièce, sont non professionnels alors chapeau ! La dernière a eu lieu le 6 juillet. J’espère que leur aventure théâtrale continuera… En attendant, plongez-vous dans l’ambiance du spectacle en écoutant ça !

Le point de vue d’Elisabeth 

 

 

Sur les planches le 5 juillet !

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LE RÉCITAL EMPHATIQUE – THÉÂTRE de L’OEUVRE

recital-affiche-largeIRRÉSISTIBLE ! Un  petit bijou de spectacle qui ne ressemble à aucun autre ! J’ai été littéralement scotchée par Le Récital Emphatique de et avec Michel Fau, au théâtre de l’œuvre mercredi dernier. Michel Fau, je l’avais découvert cet hiver dans Le Misanthrope. Mais pour ce Récital, il troque les habits du sombre et tourmenté Alceste pour incarner une diva-tragédienne baroque, fantasque, déglinguée – mix improbable de Bianca Castafiore, Sarah Bernard et Montserrat Caballé réunies ! – et offrir un tour de chant burlesque et décadent.  On l’aura compris, le spectacle est un hommage vibrant et jubilatoire aux cantatrices d’opéra et aux tragédiennes disparues, qui ont toujours fasciné M. Fau. « Je me moque, certes, mais ce spectacle est aussi une cérémonie funèbre, un hommage à des femmes disparues » souligne-t-il. Et pour faire revivre le mythe de la Diva Assoluta, Michel Fau ne lésine pas : drapé d’une robe lamée or, juché sur des escarpins aiguille, choucroute brushingée, cils XXL et eyeliner outrancier, il est méconnaissable et irrésistible !  Seul, ou plutôt seule en scène, avec son pianiste (le parfait Mathieu El Fassi), il revisite pendant 1 heure 30 monologues tragiques et airs célèbres avec une saveur, un humour et un sens de la scène incomparables! Déclinaison de la tirade célébrissime de Phèdre sous 4 interprétations (boulevard, tragédie, vieux françois, ..) qui illustre au passage tout son talent de comédien – parodie d’un texte durassien (Mékong B4), reprise du Summertime de Gershwin, Je veux de Zaz et Comme un ouragan d’une célèbre princesse monégasque, entre autres  surprises. C’est jubilatoire ! Michel Fau ne s’interdit rien, s’en donne à cœur joie et fait mouche à chaque fois. Cela aurait pu virer grotesque mais avec son talent, il peut tout se permettre. Il lui suffit d’une œillade tragique, d’un entrechat, d’un soupir éploré, d’un tremolo ou d’une roucoulade suggestive pour déclencher les rires. L’air de ne pas y toucher,  il en met des tonnes et nous fait passer une soirée exquise. On aurait aimé qu’elle se prolonge jusqu’au bout de la nuit….

Le point de vue d’Elisabeth 

LE RÉCITAL EMPHATIQUE 

Théâtre de l’Œuvre • 55 rue de Clichy, 75009 Paris

Du mardi au samedi à 21h30

Jusqu’au 19 juillet 

 

 

RHINOCÉROS – THÉÂTRE de la VILLE

Sans titreC’est l’affiche dans le métro qui m’a donné envie d’y aller …et le simple mot rhinocéros qui résonne toujours en moi comme une madeleine de Proust théâtrale. Premières émotions d’une toute jeune spectatrice lors d’une sortie scolaire au théâtre de Neuilly-sur-Seine il y a bien longtemps…Trois décennies plus tard, plaisir et émotion de redécouvrir la pièce au Théâtre de la Ville mardi dernier.

La pièce raconte l’irruption inattendue et brutale de rhinocéros dans une petite ville française imaginaire. Face à l’envahissement des animaux, les hommes et les femmes éprouvent d’abord incompréhension et peur, avant de s’abrutir, se soumettre et se transformer progressivement en rhinocéros un à un. Tous sauf un. Béranger. Lui, l’homme de la résistance, du non embrigadement, le seul encore capable d’agir et de penser « Je suis le dernier homme, je le resterai jusqu’au bout ! Je ne capitule pas ! ».Dans Rhinocéros, Eugène Ionesco dénonce la montée des totalitarismes en Europe à l’aube de la seconde guerre mondiale, lui le franco-roumain qui a connu l’ascension du nazisme en Roumanie puis l’arrivée au pouvoir des communistes. Texte culte du théâtre de l’absurde, la pièce a connu mille mises en scène et celle d’Emmanuel Demarcy-Mota fera date à mon avis ! Pourquoi ? Parce qu’elle illustre à merveille toutes les facettes de l’œuvre de Ionesco : l’hystérie collective, la résignation face à l’oppresseur, l’aliénation des hommes, l’inexorabilité des destins, …. Baignant dans un climat à mi chemin entre réel et fantastique, le spectacle tire sa force d’un mélange de grandiose et d’intimiste. Les séquences collectives sont d’une rare beauté et magnifiquement chorégraphiées – l’acte 1, tel un ballet de Pina Bausch, est d’une beauté à couper le souffle – Il faut dire qu’E.Demarcy-Mota dispose de moyens assez considérables pour donner corps à ses idées à l’instar de l’immense construction de blocs telle une boîte à outils géante sur lesquels évoluent les 13 comédiens pour incarner le bureau de Béranger de l’acte 2. Les scènes épurées sur un plateau volontairement dépouillé donnent à entendre le texte avec une rare intensité (départ Daisy), même si la scène de Jean se transformant en rhinocéros n’est pas la plus convaincante, malgré le talent du comédien Hugues Quester. L’autre point fort incontestable du spectacle tient à la qualité d’interprétation au premier rang desquels le comédien Serge Maggiani qui interprète un Béranger, tout en fragilité et en humanité, l’antihéros un peu lunaire passant de la révolte tranquille au refus d’obtempérer, quitte à perdre la femme qu’il aime. Solidement entouré par des comédiens très expérimentés, il « délivre » le texte avec une vérité et une justesse formidable.

La troupe du Théâtre de la Ville revient d’une tournée internationale de 2 ans qui leur a permis de présenter la pièce  (en français !) aux quatre coins du globe (Los Angeles, Londres, Santiago du Chili, Istanbul, Athènes,…). Ils ont posé leurs valises à Paris du 2 au 10 juin avant de repartir en tournée à travers le monde. 

Le point de vue d’Elisabeth 

Crédit photo : ©Karsten Moran/The New York Times-REDUX-REA

Theatre. Repetition du "Rhinoceros", piece de Eugene Ionesco, dans une production du Theatre de la Ville, a New York

Theatre. Repetition du "Rhinoceros", piece de Eugene Ionesco, dans une production du Theatre de la Ville, a New YorkTheatre. Repetition du "Rhinoceros", piece de Eugene Ionesco, dans une production du Theatre de la Ville, a New YorkTheatre. Repetition du "Rhinoceros", piece de Eugene Ionesco, dans une production du Theatre de la Ville, a New YorkTheatre. Repetition du "Rhinoceros", piece de Eugene Ionesco, dans une production du Theatre de la Ville, a New York

Theatre. Repetition du "Rhinoceros", piece de Eugene Ionesco, dans une production du Theatre de la Ville, a New YorkTheatre. Repetition du "Rhinoceros", piece de Eugene Ionesco, dans une production du Theatre de la Ville, a New York

RACINE PAR LA RACINE – ESSAÏON THÉÂTRE

vz-7dd7f01b-fb8c-465e-9a0c-65a612e5b746Salle comble mercredi dernier au théâtre Essaïon (dont beaucoup de lycéens à l’approche du bac français j’imagine !) pour applaudir « Racine par la racine » qui enchaîne sa 4ème saison après avoir triomphé au OFF d’Avignon l’année dernière. Le  spectacle a été écrit et mis en scène par Serge Bourhis, le directeur de la compagnie Alcandre, qui a signé entre autre Molieratus.

L’affiche annonce la couleur : « les onze tragédies de Jean Racine telles que vous ne les avez jamais vues« . Objectif : dé-dra-ma-ti-ser la tragédie racinienne et « amener le public à voir du classique à travers une comédie drôle, dynamique, joyeuse, impertinente tout en respectant l’œuvre » comme le souligne Serge Bourhis. Et assurément, pari tenu : ce spectacle facétieux, bourré d’humour et de créativité est une vraie réussite ! Pendant 1 heure, le répertoire racinien est revisité à travers 11 tableaux tous plus originaux et décalés les uns que les autres. Un peu à la manière de (ceux qui ont fait de l’impro me comprendront !), Athalie devient un film d’horreur, Iphigénie se transforme en film muet, Britannicus est « pitché »par Jean Racine sur un plateau télé en 1669,… On rit, on redécouvre, on démonte la mécanique ! Tout est fort bien réalisé et s’enchaîne à un rythme soutenu qui ne laisse pas le temps de s’ennuyer une seconde. D’autant plus que Serge Bourhis a choisi de construire sa mise en scène en tenant toujours le public dans la confidence grâce aux apartés des comédiens. Fort bien vu !  Amoureux des textes raciniens, vous ne serez pas en reste car le dernier tableau dédié à Phèdre offre à l’un des comédiens de la compagnie, Alberto Lombardo, l’opportunité de donner une superbe interprétation de la célébrissime tirade d’aveu (« je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue …un trouble s’éleva dans mon âme éperdue»), que j’ai personnellement trouvée fort bien exécutée. Racine restera toujours Racine. Néophyte ou connaisseur, vous serez séduit pas cette pièce au rythme diaboliquement efficace, servi par un casting impeccable, et soucieuse de délivrer au passage quelques faits historiques sur la vie de Racine (rivalité avec Pierre Corneille, son mépris pour Molière,..).   

J’ai eu le plaisir d’échanger quelques mots avec Serge Bourhis juste avant le spectacle. Le rendez-vous est pris pour un prochain « Café avec… ». En attendant, il nous parle de « Racine par la racine » dans cette mini interview.

Le point de vue d’Elisabeth 

RACINE PAR LA RACINE

ESSAION THÉÂTRE • 6 rue Pierre au lard, 75004 Paris

Jusqu’au 19 juillet 2014

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LE ROI SE MEURT – THÉÂTRE HEBERTOT

40x60-leroisemeurt_def2.inddFoule des grands soirs au théâtre Hébertot samedi 10 mai pour la dernière du « Roi se meurt ». L’occasion ou jamais de voir Michel Bouquet se glisser dans ce rôle mythique qui lui avait valu le Molière du meilleur comédien en 2005. Acteur légendaire pour pièce légendaire donc ! Et le public ne s’y est pas trompé en accueillant les comédiens par des applaudissements très nourris dès leur entrée en scène.

Le roi Béranger 1er, vieux souverain d’un royaume imaginaire en proie au chaos et à l’agonie, apprend qu’il est malade et qu’il va bientôt mourir. Entouré d’une cour bigarrée (ses deux premières épouses, son médecin, son garde et sa femme de chambre), le vieux roi, manteau pourpre, couronne de pacotille et sceptre en main, veut pourtant s’accrocher au pouvoir et à la vie. Ainsi commencera son long cheminement – refus, révolte puis résignation – avant l’inexorable issue. Dans « Le roi se meurt », Eugène Ionesco questionne l’angoisse de chacun d’entre nous face à la mort et explore l’absurdité de la vie et le tragi-comique de la condition humaine. « J’ai toujours été obsédé par la mort. La mort, c’est la condition inadmissible de l’existence », confiait Ionesco qui avait d’ailleurs échappé de peu à la mort en 1962, peu avant l’écriture de la pièce. Une manière peut-être d’exorciser ses angoisses, « d’apprivoiser la mort », comme le souligne Michel Bouquet.

Quelle belle soirée théâtre dans tous les cas ! Le texte est superbe et l’interprétation, faut-il même le souligner, remarquable. Michel Bouquet, 88 ans, offre une prestation de bout en bout exceptionnelle dans cette pièce qu’il juge au passage « très dure à cause du chahut des sensations différentes par lesquelles l’acteur est obligé de passer, du plus comique au tragique pur ». Mention spéciale également à la comédienne Juliette Carré qui, dans la peau de la perfide reine Marguerite, parvient presque à voler la vedette à son Michel Bouquet de mari. Notons également le grand soin apporté aux costumes et au travail des découpes lumineuses qui illustrent avec beaucoup de pertinence les temps forts de la pièce. La baisse progressive de la lumière sur le visage du vieux roi jusqu’à l’obscurité totale pendant les 30 dernières secondes du spectacle est à ce titre une pure merveille. Plus besoin de texte, tout est dit par le seul jeu des lumières pour symboliser le passage vers l’au-delà.

Une émotion particulière traversa la salle au moment des saluts. Michel Bouquet, petit pas, yeux à moitié clos par la lumière puissante des projecteurs et sourire formidable aux lèvres venait dire adieu à un rôle de légende.

Le point de vue d’Elisabeth

THEATRE HEBERTOT • 78 bis boulevard des Batignolles 75017 Paris

DERNIERE MINUTE : NOUVELLES REPRESENTATIONS AU THEATRE HEBERTOT jusqu’au 25 octobre 2014

Crédit photo ©Laurencine Lot

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