DENISE JARDINIERE VOUS INVITE CHEZ ELLE – LES BLONDES OGRESSES

AFFICHE sans robertEn longeant la rue Etex, à deux encablures du métro Guy Môquet, un jeune homme vous interpelle au pied d’un immeuble, pointe votre nom sur un A4, vous confirme que c’est bien ici Denise Jardinière …. Je fais semblant d’être à l’aise mais je ne sais pas ce que je fabrique ici, à quoi rime ce spectacle. Une dame installée derrière un petit guéridon nous attend dans le hall et nous invite à entrer dans l’appartement rez-de-chaussée droite. Une vieille gouvernante vient nous ouvrir. Léger malaise d’entrée en voyant cet homme grimé en vieille femme qui s’efface pour nous laisser passer. J’évite de croiser son regard, dès fois qu’il/elle le ferait, et je file directement m’asseoir au fond de la salle, l’air qui en a vu d’autre, dans le genre alternatif. Mais dès les premières secondes, l’atmosphère sépulcrale me fait oublier ce que j’ai fait hier, ma journée de boulot, le 18ème arrondissement de Paris. Bien calée dans un fauteuil, coussin à l’appui, je regarde où je suis : un appartement bric et broc, un rideau de velours (histoire de), des chaises disparates, des affiches de promo, des lampes, des portes-bougies, des casseroles qui fument au fond dans la cuisine, et cette vieille bonne femme pas commode qui s’affaire mais risque de me fixer d’un instant à l’autre. Alors je ne la regarde pas, c’est plus simple même si j’ai bien vu : chemise crème, tablier de soubrette, collants noirs, ballerines, catogan auburn, rouge à lèvre qui a dérapé, yeux écarquillés, rictus sévère. Je sens que je vais en rêver cette nuit. Et les spectateurs qui arrivent petit à petit et à chaque fois, le même cérémonial, elle va ouvrir et les installe. J’hésite à leur dire bonsoir aux nouveaux, petit sourire en coin et regard complice (bienvenue mais bienvenue où ?). On est enfin au complet et la gouvernante appelle Madame qui tarde à venir. Alors on va devoir patienter. Et il y a le fils de Madame qui n’arrive pas à s’endormir dans un coin de la pièce. Alors la gouvernante, en le bordant, lui raconte une étrange histoire: « La légende de Paul, le prince solitaire ». La suite, c’est elle…et nous qui la construisons ensemble, à travers un moment de théâtre inclassable, une succession de mini-événements qui nous permettent progressivement de tisser une relation avec elle, d’apprendre à la découvrir, à la connaître, à presque s’attacher, jusqu’à lever le mystère lors d’un final saisissant.

Spectacle interactif, totalement atypique, singulier, indéfinissable ! Ni pièce, ni one man show, ni performance, une expérience théâtrale inclassable, poétique, magique, suspendue, qui échappe à toutes les règles du genre. Il en faut de l’audace et du talent pour se lancer dans cette aventure. Elle est née de l’imagination de Thibaut Boidin, connu pour avoir incarné Peter Pan avec succès en 2005 au théâtre des Variétés …qui compose son personnage avec une vérité et une justesse saisissantes. « J’avais envie d’interpréter un personnage opposé en tous points à Peter Pan. Je l’ai cherché un peu partout et je ne l’ai pas trouvé, je l’ai donc inventé ! Voilà comment est née cette vieille gouvernante, poisseuse et menaçante. Je l’ai voulu un peu comme une « Tatie Danièle » aux longs cheveux de sorcière, fragile comme une brindille de verre » confie-t-il. Bravo à lui, ce spectacle a quelque chose d’indéfinissable.

Le point de vue d’Elisabeth 

DENISE JARDINIERE VOUS INVITE CHEZ ELLE

Les Blondes Ogresses • 28 rue Etex, 75018 Paris

Tous les lundis 21h30 à partir du 22 septembre 2014

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QUAND HENRI RENCONTRE CHARLIE – THÉÂTRE du PETIT HEBERTOT

charte-PH-WEB_QHRC1-682x1024Le 5 juillet, journée théâtre avec un grand T : sur les planches l’après-midi dans BORDERLINE conçu et mis en scène par Laurence Jeanneret (merci au public chaleureux, à la troupe pour ces beaux moments on et off stage !) et spectatrice le soir au Petit Hébertot pour « Quand Henri rencontre Charlie ». Aucune publicité pour la pièce si ce n’est le bouche à oreille d’amis d’amis des comédiens (merci Elisabeth B, elle se reconnaîtra). Ce spectacle, c’est la rencontre improbable entre Henri, jeune gay de bonne famille à la conquête de Paris et Charlie, trentenaire parisienne, travaillant dans la pub mais rêvant de «changer de vie». A travers une succession de mini-tableaux et de chansons « live », on suit le récit de leur colocation entre rires, larmes, espoirs, rêves brisés, coup de gueule, coups de cœur… Spectacle frais, décomplexé, bien ancré dans son époque (drague 2.0, Pékin-Express, stage de développement personnel, vacances dans un ashram en Inde,…) on s’attache aux personnages fort bien campés, désarmants de naturel et servis par une mise en scène rythmée. Last but not least, les 2 comédiens, Agathe Mentzer et Jean-David Jacoby, qui ont co-écrit la pièce, sont non professionnels alors chapeau ! La dernière a eu lieu le 6 juillet. J’espère que leur aventure théâtrale continuera… En attendant, plongez-vous dans l’ambiance du spectacle en écoutant ça !

Le point de vue d’Elisabeth 

 

 

Sur les planches le 5 juillet !

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LE RÉCITAL EMPHATIQUE – THÉÂTRE de L’OEUVRE

recital-affiche-largeIRRÉSISTIBLE ! Un  petit bijou de spectacle qui ne ressemble à aucun autre ! J’ai été littéralement scotchée par Le Récital Emphatique de et avec Michel Fau, au théâtre de l’œuvre mercredi dernier. Michel Fau, je l’avais découvert cet hiver dans Le Misanthrope. Mais pour ce Récital, il troque les habits du sombre et tourmenté Alceste pour incarner une diva-tragédienne baroque, fantasque, déglinguée – mix improbable de Bianca Castafiore, Sarah Bernard et Montserrat Caballé réunies ! – et offrir un tour de chant burlesque et décadent.  On l’aura compris, le spectacle est un hommage vibrant et jubilatoire aux cantatrices d’opéra et aux tragédiennes disparues, qui ont toujours fasciné M. Fau. « Je me moque, certes, mais ce spectacle est aussi une cérémonie funèbre, un hommage à des femmes disparues » souligne-t-il. Et pour faire revivre le mythe de la Diva Assoluta, Michel Fau ne lésine pas : drapé d’une robe lamée or, juché sur des escarpins aiguille, choucroute brushingée, cils XXL et eyeliner outrancier, il est méconnaissable et irrésistible !  Seul, ou plutôt seule en scène, avec son pianiste (le parfait Mathieu El Fassi), il revisite pendant 1 heure 30 monologues tragiques et airs célèbres avec une saveur, un humour et un sens de la scène incomparables! Déclinaison de la tirade célébrissime de Phèdre sous 4 interprétations (boulevard, tragédie, vieux françois, ..) qui illustre au passage tout son talent de comédien – parodie d’un texte durassien (Mékong B4), reprise du Summertime de Gershwin, Je veux de Zaz et Comme un ouragan d’une célèbre princesse monégasque, entre autres  surprises. C’est jubilatoire ! Michel Fau ne s’interdit rien, s’en donne à cœur joie et fait mouche à chaque fois. Cela aurait pu virer grotesque mais avec son talent, il peut tout se permettre. Il lui suffit d’une œillade tragique, d’un entrechat, d’un soupir éploré, d’un tremolo ou d’une roucoulade suggestive pour déclencher les rires. L’air de ne pas y toucher,  il en met des tonnes et nous fait passer une soirée exquise. On aurait aimé qu’elle se prolonge jusqu’au bout de la nuit….

Le point de vue d’Elisabeth 

LE RÉCITAL EMPHATIQUE 

Théâtre de l’Œuvre • 55 rue de Clichy, 75009 Paris

Du mardi au samedi à 21h30

Jusqu’au 19 juillet 

 

 

RHINOCÉROS – THÉÂTRE de la VILLE

Sans titreC’est l’affiche dans le métro qui m’a donné envie d’y aller …et le simple mot rhinocéros qui résonne toujours en moi comme une madeleine de Proust théâtrale. Premières émotions d’une toute jeune spectatrice lors d’une sortie scolaire au théâtre de Neuilly-sur-Seine il y a bien longtemps…Trois décennies plus tard, plaisir et émotion de redécouvrir la pièce au Théâtre de la Ville mardi dernier.

La pièce raconte l’irruption inattendue et brutale de rhinocéros dans une petite ville française imaginaire. Face à l’envahissement des animaux, les hommes et les femmes éprouvent d’abord incompréhension et peur, avant de s’abrutir, se soumettre et se transformer progressivement en rhinocéros un à un. Tous sauf un. Béranger. Lui, l’homme de la résistance, du non embrigadement, le seul encore capable d’agir et de penser « Je suis le dernier homme, je le resterai jusqu’au bout ! Je ne capitule pas ! ».Dans Rhinocéros, Eugène Ionesco dénonce la montée des totalitarismes en Europe à l’aube de la seconde guerre mondiale, lui le franco-roumain qui a connu l’ascension du nazisme en Roumanie puis l’arrivée au pouvoir des communistes. Texte culte du théâtre de l’absurde, la pièce a connu mille mises en scène et celle d’Emmanuel Demarcy-Mota fera date à mon avis ! Pourquoi ? Parce qu’elle illustre à merveille toutes les facettes de l’œuvre de Ionesco : l’hystérie collective, la résignation face à l’oppresseur, l’aliénation des hommes, l’inexorabilité des destins, …. Baignant dans un climat à mi chemin entre réel et fantastique, le spectacle tire sa force d’un mélange de grandiose et d’intimiste. Les séquences collectives sont d’une rare beauté et magnifiquement chorégraphiées – l’acte 1, tel un ballet de Pina Bausch, est d’une beauté à couper le souffle – Il faut dire qu’E.Demarcy-Mota dispose de moyens assez considérables pour donner corps à ses idées à l’instar de l’immense construction de blocs telle une boîte à outils géante sur lesquels évoluent les 13 comédiens pour incarner le bureau de Béranger de l’acte 2. Les scènes épurées sur un plateau volontairement dépouillé donnent à entendre le texte avec une rare intensité (départ Daisy), même si la scène de Jean se transformant en rhinocéros n’est pas la plus convaincante, malgré le talent du comédien Hugues Quester. L’autre point fort incontestable du spectacle tient à la qualité d’interprétation au premier rang desquels le comédien Serge Maggiani qui interprète un Béranger, tout en fragilité et en humanité, l’antihéros un peu lunaire passant de la révolte tranquille au refus d’obtempérer, quitte à perdre la femme qu’il aime. Solidement entouré par des comédiens très expérimentés, il « délivre » le texte avec une vérité et une justesse formidable.

La troupe du Théâtre de la Ville revient d’une tournée internationale de 2 ans qui leur a permis de présenter la pièce  (en français !) aux quatre coins du globe (Los Angeles, Londres, Santiago du Chili, Istanbul, Athènes,…). Ils ont posé leurs valises à Paris du 2 au 10 juin avant de repartir en tournée à travers le monde. 

Le point de vue d’Elisabeth 

Crédit photo : ©Karsten Moran/The New York Times-REDUX-REA

Theatre. Repetition du "Rhinoceros", piece de Eugene Ionesco, dans une production du Theatre de la Ville, a New York

Theatre. Repetition du "Rhinoceros", piece de Eugene Ionesco, dans une production du Theatre de la Ville, a New YorkTheatre. Repetition du "Rhinoceros", piece de Eugene Ionesco, dans une production du Theatre de la Ville, a New YorkTheatre. Repetition du "Rhinoceros", piece de Eugene Ionesco, dans une production du Theatre de la Ville, a New YorkTheatre. Repetition du "Rhinoceros", piece de Eugene Ionesco, dans une production du Theatre de la Ville, a New York

Theatre. Repetition du "Rhinoceros", piece de Eugene Ionesco, dans une production du Theatre de la Ville, a New YorkTheatre. Repetition du "Rhinoceros", piece de Eugene Ionesco, dans une production du Theatre de la Ville, a New York

RACINE PAR LA RACINE – ESSAÏON THÉÂTRE

vz-7dd7f01b-fb8c-465e-9a0c-65a612e5b746Salle comble mercredi dernier au théâtre Essaïon (dont beaucoup de lycéens à l’approche du bac français j’imagine !) pour applaudir « Racine par la racine » qui enchaîne sa 4ème saison après avoir triomphé au OFF d’Avignon l’année dernière. Le  spectacle a été écrit et mis en scène par Serge Bourhis, le directeur de la compagnie Alcandre, qui a signé entre autre Molieratus.

L’affiche annonce la couleur : « les onze tragédies de Jean Racine telles que vous ne les avez jamais vues« . Objectif : dé-dra-ma-ti-ser la tragédie racinienne et « amener le public à voir du classique à travers une comédie drôle, dynamique, joyeuse, impertinente tout en respectant l’œuvre » comme le souligne Serge Bourhis. Et assurément, pari tenu : ce spectacle facétieux, bourré d’humour et de créativité est une vraie réussite ! Pendant 1 heure, le répertoire racinien est revisité à travers 11 tableaux tous plus originaux et décalés les uns que les autres. Un peu à la manière de (ceux qui ont fait de l’impro me comprendront !), Athalie devient un film d’horreur, Iphigénie se transforme en film muet, Britannicus est « pitché »par Jean Racine sur un plateau télé en 1669,… On rit, on redécouvre, on démonte la mécanique ! Tout est fort bien réalisé et s’enchaîne à un rythme soutenu qui ne laisse pas le temps de s’ennuyer une seconde. D’autant plus que Serge Bourhis a choisi de construire sa mise en scène en tenant toujours le public dans la confidence grâce aux apartés des comédiens. Fort bien vu !  Amoureux des textes raciniens, vous ne serez pas en reste car le dernier tableau dédié à Phèdre offre à l’un des comédiens de la compagnie, Alberto Lombardo, l’opportunité de donner une superbe interprétation de la célébrissime tirade d’aveu (« je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue …un trouble s’éleva dans mon âme éperdue»), que j’ai personnellement trouvée fort bien exécutée. Racine restera toujours Racine. Néophyte ou connaisseur, vous serez séduit pas cette pièce au rythme diaboliquement efficace, servi par un casting impeccable, et soucieuse de délivrer au passage quelques faits historiques sur la vie de Racine (rivalité avec Pierre Corneille, son mépris pour Molière,..).   

J’ai eu le plaisir d’échanger quelques mots avec Serge Bourhis juste avant le spectacle. Le rendez-vous est pris pour un prochain « Café avec… ». En attendant, il nous parle de « Racine par la racine » dans cette mini interview.

Le point de vue d’Elisabeth 

RACINE PAR LA RACINE

ESSAION THÉÂTRE • 6 rue Pierre au lard, 75004 Paris

Jusqu’au 19 juillet 2014

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LE ROI SE MEURT – THÉÂTRE HEBERTOT

40x60-leroisemeurt_def2.inddFoule des grands soirs au théâtre Hébertot samedi 10 mai pour la dernière du « Roi se meurt ». L’occasion ou jamais de voir Michel Bouquet se glisser dans ce rôle mythique qui lui avait valu le Molière du meilleur comédien en 2005. Acteur légendaire pour pièce légendaire donc ! Et le public ne s’y est pas trompé en accueillant les comédiens par des applaudissements très nourris dès leur entrée en scène.

Le roi Béranger 1er, vieux souverain d’un royaume imaginaire en proie au chaos et à l’agonie, apprend qu’il est malade et qu’il va bientôt mourir. Entouré d’une cour bigarrée (ses deux premières épouses, son médecin, son garde et sa femme de chambre), le vieux roi, manteau pourpre, couronne de pacotille et sceptre en main, veut pourtant s’accrocher au pouvoir et à la vie. Ainsi commencera son long cheminement – refus, révolte puis résignation – avant l’inexorable issue. Dans « Le roi se meurt », Eugène Ionesco questionne l’angoisse de chacun d’entre nous face à la mort et explore l’absurdité de la vie et le tragi-comique de la condition humaine. « J’ai toujours été obsédé par la mort. La mort, c’est la condition inadmissible de l’existence », confiait Ionesco qui avait d’ailleurs échappé de peu à la mort en 1962, peu avant l’écriture de la pièce. Une manière peut-être d’exorciser ses angoisses, « d’apprivoiser la mort », comme le souligne Michel Bouquet.

Quelle belle soirée théâtre dans tous les cas ! Le texte est superbe et l’interprétation, faut-il même le souligner, remarquable. Michel Bouquet, 88 ans, offre une prestation de bout en bout exceptionnelle dans cette pièce qu’il juge au passage « très dure à cause du chahut des sensations différentes par lesquelles l’acteur est obligé de passer, du plus comique au tragique pur ». Mention spéciale également à la comédienne Juliette Carré qui, dans la peau de la perfide reine Marguerite, parvient presque à voler la vedette à son Michel Bouquet de mari. Notons également le grand soin apporté aux costumes et au travail des découpes lumineuses qui illustrent avec beaucoup de pertinence les temps forts de la pièce. La baisse progressive de la lumière sur le visage du vieux roi jusqu’à l’obscurité totale pendant les 30 dernières secondes du spectacle est à ce titre une pure merveille. Plus besoin de texte, tout est dit par le seul jeu des lumières pour symboliser le passage vers l’au-delà.

Une émotion particulière traversa la salle au moment des saluts. Michel Bouquet, petit pas, yeux à moitié clos par la lumière puissante des projecteurs et sourire formidable aux lèvres venait dire adieu à un rôle de légende.

Le point de vue d’Elisabeth

THEATRE HEBERTOT • 78 bis boulevard des Batignolles 75017 Paris

DERNIERE MINUTE : NOUVELLES REPRESENTATIONS AU THEATRE HEBERTOT jusqu’au 25 octobre 2014

Crédit photo ©Laurencine Lot

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MOLIERATUS – ESSAÏON THÉÂTRE

grd_562Je ne sais pas vous mais à l’évocation des dernières heures de la vie de Molière, je pense à la scène d’ouverture du film inoubliable d’Ariane Mnouchkine, au panthéon de mes films cultes ! On y voit Philippe Caubert/Jean-Baptiste Poquelin incarnant un Argan, affaibli, visage ciré de blanc, s’égosillant clochette en main à répéter son texte dans sa loge avant ce qui sera sa toute dernière entrée sur scène. Ainsi démarre MOLIERATUS, la pièce écrite et mise en scène par Serge Bourhis de la compagnie Alcandre, actuellement à l’ESSAïON THEATRE. Nous sommes le 17 février 1673, dans les coulisses du Théâtre du Palais Royal, avant la 4ème représentation du Malade Imaginaire. Molière, 51 ans, très malade, se prépare à entrer en scène mais la troupe, inquiète, s’affaire autour de lui. Son état de santé lui permettra-t-il de jouer ? La troupe lui survivra-t-elle s’il arrivait malheur ? Et, pour l’heure, comme si la situation n’était déjà pas si préoccupante, Molière doit affronter des tourments plus personnels : la rivalité entre la comédienne Catherine de Brie et sa jeune épouse Armande Béjart (dont beaucoup ne cesseront de la considérer comme sa propre fille et donc d’accuser Molière d’inceste), l’infidélité d’Armande avec un jeune comédien de la troupe, la visite inopinée d’un créancier importun et de celle de Mademoiselle de Scudéry, qui inspira à Molière les précieuses ridicules.

Dès lors, la pièce alterne le récit de ses heures critiques avec les extraits des plus beaux textes de Molière, de Tartuffe au Misanthrope, de Dom Juan aux Fourberies de Scapin. Une élégante et astucieuse manière de faire découvrir ou redécouvrir le répertoire moliéresque en confondant habilement la vie de l’auteur avec celle de ses œuvres, comme le souligne Serge Bourhis : « Je suis parti des zones d’ombres de la vie personnelle de Molière pour créer un spectacle à la frontière de son œuvre et de sa vie ». Ainsi Moliératus répond fidèlement à la vocation pédagogique de la compagnie Alcandre : proposer un théâtre populaire de qualité, notamment à destination d’un jeune public.

Au final, ni complètement séduite, ni tout à fait déçue par MOLIERATUS. L’idée de départ est originale et les comédiens tous très convaincants mais j’ai été moins convaincue par une mise en scène à mon avis inégale, tantôt inspirée, inventive et rythmée (citons les jolies scènes du cauchemar des médecins corbeaux ou du spectre de Madeleine Béjart) tantôt un peu lente (scène de Dom Juan ou des ultimes moments de Molière sur scène vécues par la troupe depuis les coulisses), qui fait s’essouffler par moment l’ensemble.

Dans le même souci pédagogique, Serge Bouhris a signé un autre spectacle dédié aux grandes tragédies de Racine, joliment intitulé « Racine par la Racine ». On m’en a dit beaucoup de bien. Même troupe, même heure, même lieu, le rendez-vous est pris.

Le point de vue d’Elisabeth 

MOLIERATUS 

ESSAÏON THÉÂTRE • 6 rue Pierre au lard, 75004 Paris

Jusqu’au 28 juin 2014 • Du jeudi au samedi à 20h

Découvir la compagnie ALCANDRE

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SLEEPING BEAUTY – THÉÂTRE DUNOIS

sleeping_beauty2J’ai envie de partager un gros coup de cœur pour SLEEPING BEAUTY, un spectacle écrit, mis en scène et interprété par la comédienne et marionnettiste anglaise Colette Garrigan. La pièce a été présentée du 2 au 4 avril au THEATRE DUNOIS, dans le cadre du cycle « Once upon a time in Liverpool ».

Comme tous les contes de fée, SLEEPING BEAUTY raconte l’histoire d’une princesse. Mais la princesse de Colette Garrigan est née dans la banlieue de Liverpool, où règnent misère sociale et chômage. Ici, les junkies ont remplacé les princes charmants, le carrosse s’est transformé en voiture de police, le bal est devenu rave-party et les quenouilles ont fait place à des seringues empoisonnées. Notre jeune princesse, livrée à elle-même, tracera sa route, entre espoirs et dérives, jusqu’à la veille de ses 16 ans, où elle se piquera à la pointe d’une aiguille et tombera dans un coma profond. Se réveillera-t-elle sous le doux baiser de son prince? Wait and see pour connaître the (happy) end.

On l’aura compris, SLEEPING BEAUTY a l’art et la manière de dézinguer en flèche les contes de fées pour dénoncer la dureté des années Thatcher et les désillusions d’une jeunesse paumée et désabusée. Au-delà du propos, le spectacle séduit par l’originalité d’une mise en scène très visuelle. Pour accompagner et illustrer le récit, Colette Garrigan utilise et détourne quantités d’objets et d’accessoires par la magie des ombres chinoises. Ainsi, des morceaux de sucre offrent la vision une tempête de neige, le porte toast symbolise les barreaux d’une prison, les fourchettes plantent le décor d’une forêt silencieuse… « L’écriture est étroitement liée au plateau, c’est une écriture scénique » résume Colette, qui rappelle ainsi la vocation d’AKSELERE, la compagnie qu’elle a fondée en 1999 et qui est spécialisée dans le domaine de la marionnette et des arts associés. Au-delà de cette performance scénique, la comédienne séduit par une interprétation just perfect, jouant délicieusement au passage de sa double culture franco-britannique. De toute façon, à la fin du spectacle, si vous avez aimé, sortez votre plus bel anglais et rejoignez Colette sur scène qui attend tranquillement qu’on vienne lui dire un petit mot. So charming !

Amoureux des univers décalés et de la culture british, allez applaudir ce spectacle ! Cet été, la compagnie AKSELERE sera au FRINGE FESTIVAL D’EDIMBOURG pour 23 représentations de SLEEPING BEAUTY du 1er au 25 août 2014.

Le point de vue d’Elisabeth 

Découvrir LA COMPAGNIE AKSELERE

THÉÂTRE DUNOIS
7 rue Louis Weiss
75013 PARIS

Crédit photos © Philippe Moulin

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LA LISTE DE MES ENVIES – THÉÂTRE des BÉLIERS PARISIENS

LA-LISTE-DE-MES-ENVIES-TDBP-WEB-666x1000Ceux qui ont lu le roman de Grégoire Delacourt connaissent l’histoire de « LA LISTE DE MES ENVIES », qui se joue actuellement au théâtre des Béliers Parisiens. Jocelyne Guerbette, 47 ans, est mercière à Arras. Délaissée par son mari Jocelyn qui ne l’aime plus, mère de deux grands enfants, orpheline de mère, un père atteint d’Alzheimer et des rêves de jeunesse désormais loin derrière elle, elle s’est finalement habituée à son destin modeste et tranquille. Mais sa vie bascule du jour au lendemain, lorsqu’elle gagne 18 millions d’euros au loto. Jocelyne ne mettra pas longtemps à dresser la liste de ses envies, de ses besoins, de ses folies. Mais rêve ou cauchemar ? Départ d’une nouvelle vie ou perte des repères ? La pièce au final questionne la quête du bonheur, le pouvoir de l’argent, la hiérarchie des valeurs. « Nous tâcherons de donner à voir et à entendre les conséquences de l’irruption de l’extraordinaire dans l’ordinaire » résume la metteur en scène Anne Bouvier.

Seul en scène, le comédien Mikaël Chirinian, qui a cosigné l’adaptation théâtrale, offre une très belle performance en incarnant les 6 personnages de la pièce. Et quel contremploi ! Avec son crane rasé et sa barbe fournie, on l’imagine a priori difficilement dans des rôles féminins. Mais gilet de tricot sur les épaules, talonnettes au pied,  et fleurs vahiné à l’oreille,  Mikaël Chirinian nous bluffe ! Tour à tour, émouvant(e) dans le rôle de Jocelyne, cocasse dans la peau des jumelles Danielle et Françoise, violent dans le sombre et désespéré Jocelyn, le comédien glisse d’un personnage à l’autre avec beaucoup d’aisance, de justesse et sans jamais tomber dans la caricature. Dommage que son débit soit un peu rapide parfois. Il parvient dans le même temps à occuper l’espace avec beaucoup de fluidité dans un décor au passage tout tricot !

Après l’adaptation théâtrale, le livre de Grégoire Delacourt a été porté au cinéma par Didier le Pêcheur. Sortie sur les écrans le 28 mai prochain.

Le point de vue d’Elisabeth 

LA LISTE DE MES ENVIES

Jusqu’au 30 avril 2014

THEATRE DES BELIERS PARISIENS

14 bis rue Sainte-Isaure, 75018 Paris

Metro : Jules Joffrin (ligne 12) ou Simplon (ligne 4)