L’ELIXIR D’AMOUR – THÉÂTRE RIVE GAUCHE

vz-c8637c10-4929-40a1-9086-2cbe7067c2c0L’Elixir d’amour : un bien joli titre pour un doux secret que tout le monde aimerait percer…C’est aussi le thème d’une pièce, écrite et co-interprétée par Éric-Emmanuel Schmitt, actuellement à l’affiche du Théâtre Rive Gauche. La pièce décrit la relation épistolaire (email-laire !) d’Adam et Louise, anciens amants, aujourd’hui séparés. Après leur rupture, lui, psychanalyste et séducteur impénitent, est resté vivre à Paris. Elle, brillante avocate dans un cabinet international, s’est installée à Montréal pour faire le deuil cette relation. Malgré la distance et les années qui ont passé, ils continuent de s’écrire frénétiquement, cherchant à suivre le fil de leur vie. Mais alors qu’Adam semble fort à son aise dans une vie sentimentale très libre, Louise, plus sage, lui lance le défi de trouver l’élixir d’amour, capable de rendre n’importe quelle femme amoureuse. Envie de vengeance ou désir de reconquête inconscient d’un homme qu’elle n’a jamais cessé d’aimer ? Il faudra attendre l’épilogue (fort réussi d’ailleurs) pour le découvrir.

Pendant 75 minutes, on assiste ainsi à ce dialogue piquant savoureux entre provocations mouchetées, règlements de compte et petites ruses, qui permet à Éric-Emmanuel Schmitt d’explorer délicieusement des thèmes universels qu’il affectionne : les méandres de la passion amoureuse, les mystères de la séduction, la lassitude de l’amour. Le texte est beau, les mots sonnent juste. « J’espère que le spectacle apportera un juste miroir de nos ambiguïtés amoureuses, tragiques et comiques à la fois », indique-t-il dans sa note d’auteur. 

Au final, une charmante pièce qui ne manque pas d’atouts, à commencer par la très belle présence scénique d’Éric-Emmanuel Schmitt qui, rappelons-le, n’est pas comédien professionnel. Pour en être l’auteur, il maîtrise son texte à la perfection qu’il goûte avec une aisance et un plaisir exquis. Tiré à quatre épingles, l’œil malicieux, la voix suave, un brin goguenard, il navigue avec beaucoup de fluidité dans les états d’âme de son personnage, tout aussi convaincant dans la palette des sentiments qu’il interprète (mélancolie, déception, ruse ou ironie). À ses côtés, Marie-Claude Pietragalla, ex-danseuse étoile de l’Opéra de Paris, fait ici ses tout premiers pas de comédienne. Certes le ton est plus emprunté et le trac palpable, mais elle campe honorablement son personnage. Côté mise en scène, même si je l’ai trouvée un peu trop statique, de jolies trouvailles, comme l’idée pour les comédiens de dialoguer sans jamais croiser une seule fois leurs regards. La pièce est aussi très élégamment ponctuée de belles parenthèses musicales sur fond d’opéra italien qui permettent à Marie-Claude Pietragalla de dévoiler sa magnifique gestuelle de danseuse étoile : magie immédiate !

Le point de vue d’Elisabeth 

L’ELIXIR D’AMOUR

Théâtre Rive Gauche, 6 rue de la Gaieté, 75014 Paris

Jusqu’au 15 mars 2015

JEUX DE PLANCHES – Le FUNAMBULE MONTMARTRE

jeux-de-planches-72Envie de partager avec vous, chers lecteurs et lectrices de ce blog, une formidable histoire de théâtre et d’amitié. L’histoire vraie de deux jeunes comédiennes, Sophie Imbeaux et Alexandra Desloires, qui se sont lancées un jour dans une formidable aventure: monter une pièce qui raconte leur passion du théâtre et leur envie dévorante de faire ce métier, envers et contre tout.

Pas de réels moyens financiers au départ mais l’essentiel au fond: une amitié à toute épreuve, du cœur à l’ouvrage et la volonté d’aller au bout de leurs rêves. Elles se sont donné 147 jours exactement pour monter ce projet et, jolie trouvaille au passage, elles ont partagé leur quotidien et l’avancée de leur projet sur les réseaux sociaux. Étape après étape, elles ont contacté l’auteur du texte originel pour obtenir son soutien, cherché un metteur en scène, un chargé de diffusion, une chorégraphe, une costumière, un théâtre, … Elles ont répété, souffert, douté, elles ont ri, elles ont pleuré, et finalement, elles ont gagné leur pari : leur pièce Jeux de planches est née ! Les premières représentations ont commencé en octobre 2014 au théâtre Galabru à Paris pour trois soirées puis à Madagascar pour une série de spectacles. Et ce mois ci, le duo se produit au Funambule Montmartre pour une dizaine de dates !

Jeux de planches, c’est un spectacle formidable qu’il faut soutenir et aller applaudir ! Pendant une heure, la pièce retrace les parcours de Sophie et d’Alexandra pour devenir comédiennes. Entre espoirs et désillusions, galères et coups de cafard, solitudes et égarements pour réussir dans ce métier qu’elles ont dans la peau et auquel elles se dévouent corps et âme, elles se racontent à travers une succession de tableaux poétiques, émouvants, déjantés,… Le plateau devient progressivement le reflet de leurs âmes. La mise en scène ultra créative leur permet de s’illustrer dans de nombreuses disciplines (chant, danse, mime, combat de catch accessoirement !) et de dévoiler une belle palette de talents. Le texte, bien écrit même si inégal, sonne juste et participe à la belle émotion qui se dégage de l’ensemble. Le propos est fort, lucide et sans concession mais ne vire jamais à l’atermoiement, la frustration, ou la revendication car la pièce n’a pas d’autre ambition que de raconter une tranche de vie, leur tranche de vie – « Cette pièce, c’est vraiment nous, c’est notre vie, on y a tout mis » m’ont-elles confié après le spectacle.  Au final, un spectacle singulier et ultra attachant qui « transpire » la générosité, l’énergie, la fraîcheur, le plaisir d’être sur scène et la vraie amitié. Je leur souhaite le meilleur pour la suite, avec toujours plus de projets et de passion intacte pour le théâtre et la scène. Pour l’heure, l’aventure se poursuit sur le net où Sophie et Alexandra continuent de raconter leur histoire dans la web série « Do it yourself, être comédienne » publiée sur YouTube et hébergée par www.aufeminin.com. Belle et longue carrière à elles deux !

Le point de vue d’Elisabeth

JEUX DE PLANCHES

Le Funambule Montmartre • 53 rue des Saules, 75018 Paris

Les 16, 17, 23 et 24 février à 20h

Pour suivre l’aventure Jeux de planches sur les réseaux sociaux:

https://www.facebook.com/147jourspouratteindrelesplanches/timeline

@JeuxDePlanches

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COLORS – THÉÂTRE du GYMNASE

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J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour les spectacles d’impro, pour en avoir pas mal « tâté » pendant mes années théâtre et connaître la difficulté de l’exercice. Ces cinq petites lettres I M P R O qui génèrent encore une petite appréhension personnelle alors que tous mes profs me l’ont rabâché pendant des années : la clé de l’impro, c’est la détente, l’écoute et l’a-mu-se-ment ! En attendant, découverte de COLORS, un must du genre, sur la scène du petit Gymnase dimanche 18 janvier.

Dès l’arrivée, les spectateurs sont invités à écrire un thème sur un petit papier, dont on imagine bien le sort qui pourra lui être jeté pendant la soirée… Après une première partie animée par les élèves de l’EFIT (Ecole Française d’Improvisation Théâtrale) qui font leurs premières armes sur scène, place au show COLORS ! Le concept qui a fait ses preuves (le spectacle entame sa huitième saison) et somme toute simple et efficace. Sur scène, cinq comédiens et comédiennes, incarnant chacun(e)une couleur, piochent à tour de rôle les thèmes proposés par le public et imaginent un début d’histoire. Deux autres comédiens font le même exercice. Au public de choisir le meilleur teasing et donc de désigner qui de Mister Yellow, Mister Purple, Miss Bordeaux, Mister Blue et Miss Ruby se lancera dans l’impro. Ainsi se succèdent une dizaine de thème du plus basique au plus loufoque. Chaque dimanche soir, la troupe COLORS accueille un « guest », qui endossera le rôle de Miss ou Mister White et participera aux impros tout au long de la soirée avec la troupe. Ainsi se sont prêtés au jeu au fil des saisons des personnalités du monde du spectacle, comme Julien Courbet, Anne Roumanoff, Amandine Bourgeois,…

COLORS, c’est une vraie réussite! Les impros, qui gagnent en qualité au fur et à mesure de la soirée, sont extrêmement bien construites, drôles, enlevées, pleines de pep’s et de créativité. Les comédiens, tous ultra bien rodés à l’exercice, s’en donnent à cœur joie. Mention spéciale à Mister Purple -« 21 années d’impro au compteur » me confiera-t-il à la fin du spectacle -et Mister Yellow qui « font le job » avec un plaisir irrésistible et une aisance assez…déconcertante ! Le public, complice du spectacle, n’est ni oublié, ni trop sollicité, bien pensé ! Et puis, coup de cœur du show: le « quicky challenge », soit un duo d’improvisation débité à toute allure aussi bien dans le texte que dans les gestes, à partir d’un thème choisi au hasard. Bluffant !

Au final, une sortie parfaite pour chasser le blues du dimanche soir. Allez-y !

Le point de vue d’Elisabeth 

 

COLORS

Théâtre du Gymnase • 38 boulevard bonne nouvelle, 75010 Paris

Tous les dimanches soirs à 20h30

Site officiel d’ESTEBAN PERROY, comédien et fondateur de COLORS

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BONNE ANNÉE !

Chers lecteurs, lectrices et amis bloggeurs, nous vous souhaitons une très belle et très heureuse année 2015 !

Le blog entame donc sa deuxième année après une formidable année 2014 riche de découvertes et de belles rencontres.

Un MERCI tout particulier à celles et ceux qui ont pris le temps de prendre un café avec moi en 2014 : Laurence Jeanneret, David Barrouk, Delphine Robert et Elise Dubroca, Muriel Magellan, Nelly Le Grévellec, Serge Bourhis, Aurélie Féat et Valérie Roumanoff

LE TEMPS DES SURICATES – THÉÂTRE des BÉLIERS PARISIENS

Piece.1806.340x0Dernière chronique, je devrais dire dernier gros coup de cœur de l’année pour une pièce formidable qu’il est encore temps d’aller applaudir : « Le Temps des suricates » au théâtre des Béliers Parisiens qui offre, à travers le portait de deux acteurs de seconde zone, une touchante réflexion sur le théâtre et la condition du comédien.

Plantons le décor : Oyonnax, petite ville tranquille de l’Ain, accueille ce soir Hamlet en tournée. Dans la loge, les deux « petits » rôles, Mathieu et Édouard, attendent leur entrée sur scène, grâce au « retour plateau » du haut-parleur qui leur permet de suivre le déroulement de la pièce. Mais le temps est long et la conversation s’installe rapidement entre les deux. L’un, Mathieu/Marc Citti, n’ayant réussi qu’à décrocher qu’un simple emploi de figurant, enchaîne petit rôle sur petit rôle depuis des années. Frustré, amer et désabusé à l’encontre d’un métier qui ne l’a pas propulsé là où il l’aurait souhaité, il rêve encore à sa prochaine audition qui pourra peut-être relancer sa carrière. Face à lui, Édouard/Vincent Deniard, concentré et travailleur, a réussi à décrocher le rôle d’Horatio. Mais ce rôle lui permettra-t-il de redorer son blason de comédien alors qu’il est en plein doute sur ses compétences et son avenir ? Tels des suricates, ces petits animaux du désert, le cou toujours tendu à scruter l’horizon, Mathieu et Édouard, compagnons d’infortune, livreront leurs angoisses et leurs espoirs déçus, leurs frustrations et leurs rêves, le temps de cette soirée pas comme les autres.  

Courez applaudir ce spectacle, il est formidable ! D’abord un texte « vrai », juste, souvent drôle, parfois féroce (signé Marc Citti) qui sonne comme un véritable plaidoyer pour des centaines de comédiens talentueux, passés par la voie royale (le « Cons.») mais peu demandés, taraudés par un avenir incertain, nostalgiques d’un passé prometteur. Le texte est intelligemment servi par une mise en scène ingénieuse et rythmée (on ne voit pas l’heure passer !) qui nous permet de voyager à travers la vie et l’imaginaire des personnages, entre flashback nostalgiques, pastilles autobiographiques et réalité du plateau. La loge devient le réceptacle des fantômes de leurs passés, des visions de leurs avenirs ou des fantasmes de leur vie. Bien vu ! Et le duo Marc Citti/Vincent Deniard (vu dans Le Porteur d’Histoire) fonctionne à merveille ! Jouant leurs partitions avec une aisance et une complicité irrésistibles, ils offrent une prestation diablement efficace ! Ne manquez pas la dernière représentation parisienne qui aura lieu le 2 janvier. Le spectacle passera peut-être par Avignon l’été prochain.

Le point de vue d’Elisabeth 

LE TEMPS DES SURICATES

Théâtre des Béliers Parisiens • 14 rue Sainte-Isaure, 75018 Paris

DERNIÈRE : le vendredi 2 janvier à 19h

Crédit photos : Lisa Lesourd 

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JOYEUSES FÊTES !

L’équipe du blog COUP DE THÉÂTRE vous souhaite d’excellentes fêtes de fin d’année et vous donne rendez-vous en 2015 pour de nouvelles aventures théâtrales …

A bientôt !

Elisabeth et Carole

QUATRE MINUTES – THÉÂTRE LA BRUYERE

afficheC’est l’histoire d’une rencontre entre deux femmes. Que rien ne devait réunir. Et que la musique sauvera. Allemagne, dans les années 80. Traude Krüger est une professeure de piano d’un certain âge, aux allures de vieille fille psychorigide et autoritaire, secrètement blessée par un passé qu’on devine douloureux. Elle dispense des cours de piano en prison, où elle rencontre Jenny Von Loeben, jeune taularde néo-punk de 20 ans écorchée vive, incontrôlable et accusée à tort du meurtre de son père qu’elle n’a pas commis. La professeure, d’abord réfractaire à éduquer musicalement la jeune femme, se prendra progressivement d’amitié pour cette rebelle, qui se révélera une musicienne surdouée. Elle donnera toute sa force et sa détermination à la préparer au concours des jeunes pianistes du Conservatoire. Une audition de quatre minutes qui pourra changer le cours de leurs vies. L’opportunité inespérée d’un nouveau départ ?

Deux femmes que tout oppose, deux parcours douloureux, deux résonnances à un passé inavouable. Mais une passion commune pour la musique qui leur permettra de s’affranchir du poids des secrets et de retrouver l’énergie de s’exprimer et la rage de vivre. Voilà en substance le sujet de la pièce Quatre Minutes, tirée du film allemand éponyme de Chris Kraus sorti sur les écrans français en 2008. 

Au-delà de la confrontation des deux femmes et du salut par la musique, et sans dévoiler plus avant l’intrigue, la pièce plonge également le spectateur au cœur de sujets plus lourds : régime nazi, homosexualité féminine, résistance face à la mort, au silence, à l’oubli… Comment surmonter le deuil ? Comment s’affranchir d’un passé encombrant ? Comment reconstruire sa vie ? La pièce y répond par un très beau message d’espoir. La mise en scène, signée Jean-Luc Revol, permet au spectateur de suivre la pièce comme un film, par le découpage très cinématographique des scènes et la variété des décors (coulissants… astucieux !), qui font «voyager» de l’établissement carcéral froid et austère, vers l’intérieur douillet de Madame Krüger en passant par les coulisses d’une grande salle de concert. Sur le plateau, aux côtés de comédiens expérimentés (Andréa Ferréol dans le rôle de Traude Krüger, Erick Deshors et Laurent Spielvogel incarnant respectivement un gardien de prison et le père adoptif de Jenny), la jeune comédienne Pauline Leprince dans le rôle de Jenny brûle littéralement les planches : assurément la révélation de la pièce ! Parfaitement juste dans la composition de son personnage, engagée physiquement à 100%, elle offre de belles prestations dans ses confrontations avec Andréa Ferréol – même si j’ai regretté son débit parfois un peu rapide -, aussi à l’aise dans les intentions de colère, de désespoir, d’espoir naissant ou de nostalgie. Assurément, du talent et de la générosité à revendre. Une comédienne à suivre. Au final, du bel ouvrage ! Dommage seulement que le titre de la pièce (et l’affiche) ne soit pas plus évocateur du thème central et des sujets pourtant nombreux de la pièce. A l’affiche jusqu’au 20 décembre.

Le point de vue d’Elisabeth

QUATRE MINUTES

Théâtre La Bruyère • 5 rue La Bruyère, 75009 Paris

Du mardi au samedi à 21h

Matinée samedi à 15h

Jusqu’au 20 décembre 2014

GUSTAVE – THÉÂTRE de L’ATELIER

zoom_affiche20141016172234Dès son entrée en scène dans la demi-obscurité du plateau de l’Atelier vendredi dernier, le charisme de Jacques Weber agit irrésistiblement : une présence physique incontestable, une diction parfaite, une puissance vocale qui interpellent à la première réplique et nous font instantanément comprendre que l’on va assister à un grand moment de théâtre. A l’occasion de 30 représentations exceptionnelles, le comédien se glisse pendant une heure et demie dans la peau de Gustave Flaubert et nous fait découvrir dans un soliloque grandiose et puissant non pas l’écrivain mais l’homme intime, insoumis, anarchiste, libre jouisseur, combattant des petits-bourgeois et de l’étroitesse d’esprit de ses contemporains. Le verbe est haut, les mots souvent crus, la parole libre sur une succession de thèmes variés et d’une formidable actualité : le pouvoir, les femmes, l’amour, la postérité, les honneurs… Un formidable texte signé Arnaud Bédouet et librement inspiré de la correspondance de Flaubert. Car l’auteur de Madame Bovary a laissé une impressionnante correspondance dans laquelle il se laissait aller à une écriture plus libre, plus personnelle, plus truculente sans crainte de l’interdit ni des jugements de son époque et offrait son regard ironique et pessimiste sur l’humanité.

Jacques Weber travaille ses gammes dans ce rôle qui lui va comme un gant. Il est vrai qu’il fréquente sur scène depuis plus de vingt ans l’écrivain normand et plonge régulièrement dans les pages flamboyantes de la correspondance de Flaubert, dont il est un grand admirateur. Le comédien joue le texte avec une intelligence, une acuité et une délectation jubilatoire. Aussi à l’aise dans les indignations que les désespérances, les tourments que les insoumissions (formidable scène de l’Académie française), le comédien excelle. Du grand art devant un public proprement ébloui. Une réussite.

Le point de vue d’Elisabeth 

 

GUSTAVE

Théâtre de l’Atelier • 1 place Charles-Dullin, 75018 Paris

Du mardi au samedi à 20h30 et le dimanche à 15h30

Jusqu’au 31 décembre 2014

Crédit photos : Kim Weber

Photo GustaveGustave - Kim Weber

PAS UN KOPECK – THÉÂTRE DOUZE

Visuel-Pas-un-Kopeck-theatre-douze-213x300De Tchekhov, je confesse humblement que je ne connaissais que les pièces cultes, Les Trois Sœurs, La Mouette, La Cerisaie…terrain de jeux de tous les metteurs en scène français depuis la fin des années 50. Mais Anton Tchekhov s’est commis également dans de courtes comédies, largement moins connues, dont le but était le simple divertissement ! Trois d’entre elles, La demande en mariage, Les méfaits du tabac et l’Ours, sont actuellement à l’affiche du Théâtre Douze, proposées et mises en scène par la compagnie Alcandre, que j’avais eu l’occasion de mieux connaître à l’occasion d’ UN CAFE AVEC son directeur Serge Bourhis en juin dernier. Bien installée dans la très jolie salle du théâtre Douze, je plonge avec plaisir dans la première pièce, La demande en mariage, dont l’intrigue est on ne peut plus simple : Lomov vient demander une jeune fille en mariage, Natalia Stepanovna. Il est reçu par le père, Stepan Stepanovitch, qui marque son enthousiasme, et va chercher sa fille. La question de l’appartenance du pré aux vaches fait dégénérer cette demande en mariage. Mais Natalia défaille quand elle apprend que le voisin était venu demander sa main. L’éconduit revient, elle souhaite présenter ses excuses mais se dispute à nouveau à propos du prix d’un chien de chasse. Le prétendant s’évanouit. On le croit mort. Ils se marieront… en se disputant. Les trois comédiens, à commencer par Vincent Remoissenet (déjà vu dans Molieratus et Racine par la racine) s’en donnent à cœur joie, n’hésitant pas à grossir le trait à la limite de caricature, mais toujours avec justesse et générosité.

Dans la scène monologue Les méfaits du tabac, le comédien Sylvain Porcher prête ses traits au personnage de Nioukhine, la cinquantaine, qui doit faire une conférence à la demande de sa femme sur les méfaits du tabac dans un cercle de province. On comprend rapidement que le pauvre homme est littéralement tyrannisé par sa femme et qu’il profite de cet espace de liberté pour se lamenter sur son sort. Soyons sincère, le texte est mineur dans l’œuvre de Tchekhov et n’offre pas d’intérêt particulier. Mais Sylvain Porcher, formidable comédien, tantôt goguenard, roublard, ou complice, offre toute l’étendue de son talent à servir ce texte, et nous fait passer un moment savoureux. Bravo à lui. Puis vient L’Ours, farce en 1 acte qui met en scène Elena Popova, une jeune veuve qui s’est retirée du monde depuis la mort de son mari, Grigori Smirnov, un propriétaire terrien et Louka, le vieux valet d’Elena. Smirnov, homme brutal et grossier vient réclamer le paiement de la dette contractée par le défunt mari d’Elena. S’ensuit une violente joute verbale entre les deux protagonistes qui n’aura d’issue que le meurtre …ou l’amour ! Encore une fois Sylvain Porcher est extrêmement convaincant dans ce rôle d’homme grossier, volcanique, brutal, prêt à tout et soudain fragilisé et ému par la découverte d’un sentiment amoureux insoupconné…

Au final, un spectacle fort réussi, bien rythmé et solidement interprété ! Allez applaudir ce beau trio d’acteurs dans un répertoire « tchekhovien » pour le moins inattendu. Car ici point d’envolées lyriques, de silences nourris, illustrant l’âme slave et la richesse intérieure de personnages en proie aux affres tourments de destinées tragiques. On se divertit seulement à voir ces personnages, profondément humains, se débattre dans des situations cocasses ou absurdes. Le spectacle est à l’affiche jusqu’au 30 novembre dans la très belle et confortable salle du théâtre Douze. Courez-y !

Le point de vue d’Elisabeth 

PAS UN KOPECK !

Théâtre Douze • 6 rue Maurice Ravel, 75012 Paris

Du mardi au samedi à 20h30 et le dimanche à 15h30

Jusqu’au 30 novembre 2014

A partir de 10 ans

En savoir plus : La compagnie Alcandre 

 

Crédits photo : La compagnie Alcandre

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JE NE SERAI PLUS JAMAIS VIEILLE – THÉÂTRE des MATHURINS

image_219_1_Seule sur la scène des Mathurins, la comédienne Christine Citti défend un texte fort, brutal, sans détour sur le harcèlement moral à l’intérieur du couple et la violence faite aux femmes. Elle incarne Adèle, la quarantaine, architecte, mariée à Guillaume, architecte lui aussi. On imagine le milieu privilégié, cultivé, aisé mais l’illusion s’arrête là car Adèle est une femme battue, violée par son mari qui la réduit à l’état d’objet, use et abuse d’elle à sa guise. Elle est une victime qui, depuis plusieurs années, s’est enfermée progressivement dans un internement moral, intellectuel et sexuel. L’histoire pourrait s’arrêter là, mais une main se tend, celle de Luba, la femme de ménage « spectatrice », qui a compris sa détresse, lui fera prendre conscience du cauchemar qu’elle vit éveillée, l’aidera à se relever et à se battre. Mise en scène minimaliste (signée Jean-Louis Martinelli) pour donner encore plus de relief aux mots, à ce texte coup de poing sur un problème de société (encore) trop méconnu. Christine Citti, engagée à 100%, offre une prestation très convaincante dans l’exercice toujours périlleux du monologue, notamment dans les passages relatifs à la violence physique, à l’humiliation, à la souffrance du corps (passage du viol). Mais il ne faut pas réduire ce texte au seul désespoir. C’est aussi un très beau monologue sur la solidarité, l’amitié, les rencontres salvatrices, «Je voulais que ce texte soit autant une prise de conscience qu’un remerciement à la vie, aux autres rencontrés, qui vous donnent à nouveau la lumière » comme le souligne l’auteure Fabienne Périneau, lauréate du Festival Paris des Femmes 2014, pour lequel elle a écrit ce texte. Bref, ne jamais baisser les bras, on est bien d’accord là-dessus. Une très jolie pièce à découvrir cet automne. Allez-y.

Le point de vue d’Elisabeth 

  

JE NE SERAI PLUS JAMAIS VIEILLE

Théâtre des Mathurins  • 36 rue des Mathurins 75008 Paris

Du mardi au vendredi  à 21h & samedi à 17h

 Tarif : 20 €

Crédit photo : PASCAL VICTOR/ ARTCOMART

JE NE SERAI PLUS JAMAIS VIEILLE (Jean Louis MARTINELLI) 2014

JE NE SERAI PLUS JAMAIS VIEILLE (Jean Louis MARTINELLI) 2014