L’Elixir d’amour : un bien joli titre pour un doux secret que tout le monde aimerait percer…C’est aussi le thème d’une pièce, écrite et co-interprétée par Éric-Emmanuel Schmitt, actuellement à l’affiche du Théâtre Rive Gauche. La pièce décrit la relation épistolaire (email-laire !) d’Adam et Louise, anciens amants, aujourd’hui séparés. Après leur rupture, lui, psychanalyste et séducteur impénitent, est resté vivre à Paris. Elle, brillante avocate dans un cabinet international, s’est installée à Montréal pour faire le deuil cette relation. Malgré la distance et les années qui ont passé, ils continuent de s’écrire frénétiquement, cherchant à suivre le fil de leur vie. Mais alors qu’Adam semble fort à son aise dans une vie sentimentale très libre, Louise, plus sage, lui lance le défi de trouver l’élixir d’amour, capable de rendre n’importe quelle femme amoureuse. Envie de vengeance ou désir de reconquête inconscient d’un homme qu’elle n’a jamais cessé d’aimer ? Il faudra attendre l’épilogue (fort réussi d’ailleurs) pour le découvrir.
Pendant 75 minutes, on assiste ainsi à ce dialogue piquant savoureux entre provocations mouchetées, règlements de compte et petites ruses, qui permet à Éric-Emmanuel Schmitt d’explorer délicieusement des thèmes universels qu’il affectionne : les méandres de la passion amoureuse, les mystères de la séduction, la lassitude de l’amour. Le texte est beau, les mots sonnent juste. « J’espère que le spectacle apportera un juste miroir de nos ambiguïtés amoureuses, tragiques et comiques à la fois », indique-t-il dans sa note d’auteur.
Au final, une charmante pièce qui ne manque pas d’atouts, à commencer par la très belle présence scénique d’Éric-Emmanuel Schmitt qui, rappelons-le, n’est pas comédien professionnel. Pour en être l’auteur, il maîtrise son texte à la perfection qu’il goûte avec une aisance et un plaisir exquis. Tiré à quatre épingles, l’œil malicieux, la voix suave, un brin goguenard, il navigue avec beaucoup de fluidité dans les états d’âme de son personnage, tout aussi convaincant dans la palette des sentiments qu’il interprète (mélancolie, déception, ruse ou ironie). À ses côtés, Marie-Claude Pietragalla, ex-danseuse étoile de l’Opéra de Paris, fait ici ses tout premiers pas de comédienne. Certes le ton est plus emprunté et le trac palpable, mais elle campe honorablement son personnage. Côté mise en scène, même si je l’ai trouvée un peu trop statique, de jolies trouvailles, comme l’idée pour les comédiens de dialoguer sans jamais croiser une seule fois leurs regards. La pièce est aussi très élégamment ponctuée de belles parenthèses musicales sur fond d’opéra italien qui permettent à Marie-Claude Pietragalla de dévoiler sa magnifique gestuelle de danseuse étoile : magie immédiate !
Le point de vue d’Elisabeth
Théâtre Rive Gauche, 6 rue de la Gaieté, 75014 Paris
Jusqu’au 15 mars 2015
Envie de partager avec vous, chers lecteurs et lectrices de ce blog, une formidable histoire de théâtre et d’amitié. L’histoire vraie de deux jeunes comédiennes, Sophie Imbeaux et Alexandra Desloires, qui se sont lancées un jour dans une formidable aventure: monter une pièce qui raconte leur passion du théâtre et leur envie dévorante de faire ce métier, envers et contre tout.










Dernière chronique, je devrais dire dernier gros coup de cœur de l’année pour une pièce formidable qu’il est encore temps d’aller applaudir : « Le Temps des suricates » au théâtre des Béliers Parisiens qui offre, à travers le portait de deux acteurs de seconde zone, une touchante réflexion sur le théâtre et la condition du comédien.




C’est l’histoire d’une rencontre entre deux femmes. Que rien ne devait réunir. Et que la musique sauvera. Allemagne, dans les années 80. Traude Krüger est une professeure de piano d’un certain âge, aux allures de vieille fille psychorigide et autoritaire, secrètement blessée par un passé qu’on devine douloureux. Elle dispense des cours de piano en prison, où elle rencontre Jenny Von Loeben, jeune taularde néo-punk de 20 ans écorchée vive, incontrôlable et accusée à tort du meurtre de son père qu’elle n’a pas commis. La professeure, d’abord réfractaire à éduquer musicalement la jeune femme, se prendra progressivement d’amitié pour cette rebelle, qui se révélera une musicienne surdouée. Elle donnera toute sa force et sa détermination à la préparer au concours des jeunes pianistes du Conservatoire. Une audition de quatre minutes qui pourra changer le cours de leurs vies. L’opportunité inespérée d’un nouveau départ ?
Dès son entrée en scène dans la demi-obscurité du plateau de l’Atelier vendredi dernier, le charisme de Jacques Weber agit irrésistiblement : une présence physique incontestable, une diction parfaite, une puissance vocale qui interpellent à la première réplique et nous font instantanément comprendre que l’on va assister à un grand moment de théâtre. A l’occasion de 30 représentations exceptionnelles, le comédien se glisse pendant une heure et demie dans la peau de Gustave Flaubert et nous fait découvrir dans un soliloque grandiose et puissant non pas l’écrivain mais l’homme intime, insoumis, anarchiste, libre jouisseur, combattant des petits-bourgeois et de l’étroitesse d’esprit de ses contemporains. Le verbe est haut, les mots souvent crus, la parole libre sur une succession de thèmes variés et d’une formidable actualité : le pouvoir, les femmes, l’amour, la postérité, les honneurs… Un formidable texte signé Arnaud Bédouet et librement inspiré de la correspondance de Flaubert. Car l’auteur de Madame Bovary a laissé une impressionnante correspondance dans laquelle il se laissait aller à une écriture plus libre, plus personnelle, plus truculente sans crainte de l’interdit ni des jugements de son époque et offrait son regard ironique et pessimiste sur l’humanité.

De Tchekhov, je confesse humblement que je ne connaissais que les pièces cultes, Les Trois Sœurs, La Mouette, La Cerisaie…terrain de jeux de tous les metteurs en scène français depuis la fin des années 50. Mais Anton Tchekhov s’est commis également dans de courtes comédies, largement moins connues, dont le but était le simple divertissement ! Trois d’entre elles, La demande en mariage, Les méfaits du tabac et l’Ours, sont actuellement à l’affiche du Théâtre Douze, proposées et mises en scène par la compagnie Alcandre, que j’avais eu l’occasion de mieux connaître à l’occasion d’ 




Seule sur la scène des Mathurins, la comédienne 
