RÉSISTER C’EST EXISTER – STUDIO HEBERTOT

resister%20affiche♥♥♥♥A partir de témoignages de ‘‘sans grade’’ issus de la vie ordinaire découverts au Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon, Alain Guyard a écrit un texte remarquable de vérité autant que d’authenticité.

Pour lui donner vie, il a confié l’interprétation de sa vingtaine de personnages à François Bourcier, un mime au talent rare. Il est tour à tour le proviseur qui s’efforce de calmer le zèle de l’un de ses professeurs par ailleurs milicien ; le mineur en grève ; le gendarme qui sauve un enfant juif ; l’agriculteur qui coupe des fils téléphoniques ; cette jeune maman qui transporte des armes ; cet homme qui joue les boîtes aux lettres ; Joseph Kessel, co-auteur du chant des partisans… Tous ces « soutiers de la gloire » issus de la Résistance Populaire qui, par de petits gestes et au risque de leur propre vie, ont fait basculer l’histoire et capituler l’ennemi. François Bourcier enfile ses costumes aussi brillamment que ses rôles et l’on reste bouche bée devant autant de virtuosité. Quelques fripes, un ou deux accessoires, trois ou quatre notes symphoniques de Beethoven et il est médecin, commerçant, maman, paysan… dans la langue, le geste, l’attitude.

Quant à la scénographie d’Isabelle Starkier, elle est d’une ingéniosité si prodigieuse que je vous laisse le plaisir de la découvrir.

Si l’interprétation, la mise en scène comme le texte sont d’une qualité rare, la thématique – résister contre la barbarie et l’oppression pour exister – est plus que d’actualité. Voilà deux bonnes raisons pour ne surtout pas manquer ce spectacle captivant, riche d’enseignements et d’humanité.

Le regard d’Isabelle

RÉSISTER C’EST EXISTER

Studio Hébertot, 78 bis boulevard des Batignolles, 75017 Paris (métro Villiers)

Du mardi au samedi à 19h00, dimanche à 17h00

Du 10 janvier au 19 mars 2017

Séances scolaires (14h30) : – Mardis 24 et 31 janvier / 28 février / 7 et 14 mars 2017 – Jeudis 26 janvier / 2 février / 2, 9 et 16 mars 2017

Durée : 1h25

Crédits photos : Emilie Génaédig & Caroline Coste

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MOI, CARAVAGE – LE LUCERNAIRE

affiche-moi-caravage♥♥♥♥Le Caravage est le peintre controversé du XVIIème siècle : son œuvre est autant d’un réalisme brutal que d’un érotisme troublant. Artiste rebelle dévoré par des passions amoureuses ténébreuses, il devint le maître du clair-obscur.

Cesare Capitani, très inspiré par la biographie rédigée par Dominique Fernandez (« La Course à l’abîme » éditée chez Grasset), met à nu sa vie sulfureuse avec un talent remarquable. Bien entendu, je pourrai vous la conter par le détail. Je préfère sans tarder vous inviter à rencontrer Caravage en personne au Lucernaire car Caravage, c’est lui, c’est Cesare Capitani. Sa force d’interprétation atteint le summum de l’exceptionnel.

Quant à la mise en scène de Stanislas Grassian, elle est stupéfiante de beauté et de réalisme : les tableaux du maître naissent fugacement sous nos yeux. Laetitia Favart, qui joue tour à tour une multitude de personnages, est talentueuse à souhait. Quant aux jeux de lumière, ils sont sublimes de magnificence.

« Moi, Caravage » est une œuvre d’art à l’état pur. Ex-cel-lent ! A voir absolument par les amateurs d’art comme par les amoureux du théâtre… Un des meilleurs spectacles du moment.

Le regard d’Isabelle 

MOI, CARAVAGE

Le Lucernaire, 56 rue Notre Dame des Champs, 75006 Paris (métro : Vavin, Notre Dame des Champs)

Du mardi au samedi à 18h30 jusqu’au 12 mars 2017  (en italien les mardis)

Crédit photos : B. Cruvellier  

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L’ÉVEIL DU CHAMEAU-THÉÂTRE DE L’ATELIER

eveil-du-chameau-affiche♥♥ Maryse a des principes : elle ne supporte pas que sa fille de 18 ans attende un enfant d’un jeune homme, Simon, qui s’est fait la malle. Pour Maryse, Simon doit faire face à ses responsabilités. Elle va donc résolument rendre visite au père de ce dernier, Mickaël, pour le contraindre à jouer son rôle de père en incitant Simon à assumer le sien.

Sauf que Mickaël n’a jamais reconnu ce fils qu’il a eu par accident, et n’a pas vu grandir. Il refuse les obligations morales qu’on lui oppose et qu’il a toujours fuies. Et lui, n’a aucun principe !

Comédie de Murielle Magellan dont l’intrigue est traitée avec une grande banalité. Ici ou là des bonnes répliques qui font sourire tout au plus. Les apartés un rien hystériques de Barbara Schulz ralentissent le rythme d’une mise en scène d’Anouche Setbon sans surprise. Valérie Decobert a bien du mal à trouver sa place. Par contre, coup de chapeau pour l’interprétation de Pascal Elbé et au joli décor signé par Oria Puppo.

Bref, on peut passer son chemin, rien de vraiment remarquable à retranscrire. Le chameau ne nous a pas éveillé.

Le regard d’Isabelle

L’ÉVEIL DU CHAMEAU

Théâtre de l’Atelier, 1, place Charles Dullin- 75018 Paris – Téléphone : 01 46 06 49 24 (Métro Pigalle ou Anvers).

Jusqu’au 31 décembre, du mardi au vendredi à 21h – samedi à 17h30 et 21h.

Trois exceptions : le jeudi 8 décembre à 19h, le samedi 24 décembre à 19h (pas de matinée), le samedi 31 décembre à 21h (pas de matinée).

Crédits photos : Chantal Depagne Palazon et Hugo Cohen

ICI LES AUBES SONT PLUS DOUCES – THÉÂTRE DOUZE

cache_2473534229-jpg♥♥♥ 1942. Un petit dépôt de chemin de fer dans un coin perdu de l’URSS est sous le commandement de Vaskov, adjudant-chef vieillissant et dévasté par les bleus de l’existence. Il vit désormais conditionné par le règlement militaire. Un jour, on remplace ses soldats trop bons vivants par des soldates : un peloton de jeunes filles âgées de 16 à 22 ans, pleines de vie et d’insouciance, très attachées à des préoccupations bien féminines en ces temps de guerre. Un jour, une patrouille allemande rôde dans les parages…

Roman de Boris Vassiliev, « Ici les aubes sont plus douces », est un classique de la littérature russe du XXe siècle. C’est une chronique douce amère sur l’engagement des femmes sur le front russe pendant la Seconde Guerre mondiale. Pour la première fois, il est adapté sur les scènes françaises de théâtre.

Si on regrette que le texte manque de consistance et de rebondissements avec néanmoins de beaux moments de grâce et d’émotion, la mise en scène de Marie Lauricella et Olivia Combes est originale, sobre et dynamique mêlant avec grâce et virtuosité vidéos, chants et chorégraphies. Les lumières judicieuses de Denis Koransky enveloppent avec magnificence le superbe décor de Lou Pfaffmann et soulignent les heures et les jours qui s’écoulent. Tous les acteurs – Guy Vouillot (en alternance avec Antoine Lelandais), Olivia Combes, Fanny De Rivoyre, Marie Lauricella, Claire Le Fouler, Anaïs Nicolas, Julie Martigny, Sabine Laurent et Philippe Caubère (voix off) – sont talentueux et authentiques dans la tragique cruauté du destin de ces combattants de l’ombre.

Voilà un spectacle hors norme ne ressemblant à aucun autre. A voir pour découvrir tous les arts de la scène et pour ne jamais oublier que les femmes ont depuis toujours joué un rôle marquant dans la grande Histoire.

Le regard d’Isabelle

ICI LES AUBES SONT PLUS DOUCES

Théâtre Douze – Maurice Ravel, 6 avenue Maurice Ravel – 75012 Paris

Jusqu’au 11 décembre 2016 du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 15h30.

Durée 1h30.

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POUR UN OUI OU POUR UN NON – THÉÂTRE DE POCHE-MONTPARNASSE

aff-pour-un-oui3 C’est une histoire de mots. Une histoire d’amis. C’est l’histoire de trois syllabes qui détruisent deux amis. L’un se rend chez son ami : cela fait longtemps qu’ils ne se sont plus vus, eux qui sont amis depuis l’enfance, qui sont l’un pour l’autre des frères. Il voudrait une explication. Il obtiendra après insistance son explication : un jour, en lui parlant, il a dit quelque chose… il a employé une certaine expression… il a parlé sur un ton déplaisant… C’est de cela qu’ils parlent : de trois syllabes qui détruisent une amitié. Et ils parlent… Et ils s’affrontent. Ils se sont brouillés « pour un oui ou pour un non ». Rancœurs. Reproches. Et ils parlent encore… Vexations. Et ils parlent encore et encore…

Comment expliquer cette si grande différence d’âge (du moins apparente) entre les deux acteurs alors qu’ils se disent amis d’enfance ? Comment peut-on rester amis de longue date lorsqu’on a cumulé autant de rancœur l’un envers l’autre ? Comment une amitié peut battre en éclat pour un mot malheureux ? Et puis pourquoi un décor si blême alors que l’on devait se retrouver dans un intérieur ?

Dans la salle, malaise, ennui, rire (trois ou quatre spectateurs, pas plus). Décor blanc et lisse de Massimo Troncanetti, aussi glacial et austère que les étranges dialogues de Nathalie Sarraute mis en scène de Léonie Simaga de la Comédie-Française. Si Nicolas Briançon joue juste, Nicolas Vaude a des gestes désordonnés et des mimiques incompréhensibles. Quant à Roxana Carrara, son rôle lui fait quitter heureusement pour elle très vite la scène…

Sans doute n’avons-nous pas saisi la subtilité de la langue de Nathalie Sarraute. On a très vite décroché. Comme beaucoup de spectateurs d’ailleurs. Cela ne se dit pas. Désolée, nous aimons les beaux textes de théâtre mais certainement pas se prendre la tête « pour un oui ou pour un non ». Non cérébraux s’abstenir.

Le regard d’Isabelle

POUR UN OUI OU POUR UN NON 

Théâtre de Poche-Montparnasse, 75, boulevard du Montparnasse – 75006 Paris

Jusqu’au 26 février 2017.

Du mardi au samedi à 19h, dimanche 17h30.

Relâches exceptionnelles les 24 décembre 2016 et 1er janvier 2017.

Durée : 1h10

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NATURELLEMENT BELLE – STUDIO HEBERTOT

affiche-naturellement-belle-studio-hebertot-web♥♥♥ Dans un monde superficiel et standardisé, deux employés (Rachel Pignot et Raphaël Callandreau) travaillent pour une agence dont l’objectif est d’embellir à tout prix « La Star ». Alors que tout les oppose, ils se voient confier une mission spéciale dont dépend leur avenir… Ils l’accompliront avec plus ou moins de zèle.

Avec humour et légèreté, « Naturellement Belle » aborde les thèmes du travail en entreprise, sa déshumanisation, la recherche effrénée d’une beauté absolue comme la quête artificielle du bonheur, le tout en chansons et duos aux couleurs des films de Jacques Demy.

On peut regretter l’absence d’un soupçon plus déjanté dans la mise en scène des différents tableaux mais on salue les brins de voix des deux comédiens et les paroles acidulées des chansons de cette véritable pépite théâtrale et musicale à l’ambiance un peu kitsch et décalée.

Mieux qu’une cure de jouvence, une vague de légèreté et de fraîcheur, d’optimisme et de talent souffle sur le Studio Hébertot. Courrez-y avant 1er janvier 2017 : à la sortie, vous vous sentirez naturellement bien !

Le regard d’Isabelle

NATURELLEMENT BELLE

Studio Hébertot, 78 Bis Boulevard des Batignolles, 75017 Paris.

Jusqu’au 1er janvier 2017.

Samedi à 17h, dimanche à 19h.

Durée : 1h15

POMPON VOLTAIRE – STUDIO HÉBERTOT

f227a9_4f0ec21062c4497ba5efc8497d103415-mv2♥♥♥« Pompon » est l’adorable sobriquet dont l’honorable Voltaire (Yvan Varco) affuble sa bouillante maîtresse, la très érudite Émilie du Châtelet (Anne Deleuze).

Pompon et Voltaire, voilà le couple le plus brillant, le plus intelligent, le plus drôle, le plus torride du XVIIIe siècle. Une liaison scandaleuse mais reconnue, acceptée par l’opinion publique comme par le Roi car scellée par le génie. Ces deux belles âmes ne pouvaient que se rencontrer, se confronter, s’adorer sur l’autel des Lumières et le lit de l’amour pendant plus de quinze ans. Assistons au feu d’artifice de leur esprit et intelligence dans l’intimité de leurs conversations nourries d’affection amoureuse réciproque.

Voilà une pièce pétillante, pleine de drôlerie et d’esprit, qui nous est servie par une sobre mise en scène d’Anne Bourgeois, dans un décor quelque peu hétéroclite, mais interprétée par des comédiens bourrés de talent et de bonne humeur. On sort grandi et heureux du bonheur qui nous a été si généreusement offert lors de cette joute savante autour de… la recherche du bonheur. Dans le salon du château de Cirey, on découvre la complicité de ce célèbre couple, Voltaire au quotidien et Emilie du Châtelet à la personnalité sulfureuse et libre de toute attache mais surtout l’étendue de son savoir scientifique, son combat pour l’égalité des droits civiques et intellectuels des femmes et des hommes. Le public peut regretter de perdre parfois le fil de leur débat un peu trop philosophique aux dialogues trop denses, faisant allusion à de nombreuses controverses (Rousseau et autres).

Une petite pépite de théâtre à déguster sans modération jusqu’au 13 novembre 2016 au Studio Hébertot.

Le regard d’Isabelle

POMPON VOLTAIRE

Studio Hébertot, 78 bis boulevard des Batignolles, 75017 Paris (métro Rome, Villiers)

Du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 15h

Jusqu’au 13 novembre 2016

Durée : 1h15

LES ANCIENNES ODEURS – THÉÂTRE DU MARAIS

img_9911Luc (Samuel Charle), acteur et Jean-Marc (Yannick Debain), professeur de français, ont été amants. Sept ans de bonheur, de passion, de tendresse, d’habitudes, d’odeurs familières, d’ambiguïtés, de joies et de déception. Ce soir, ils vont se retrouver et se souvenir de leur histoire d’amour, leur passion puis leur séparation dans une mise en scène sobre et intimiste de Richard Guedj.

Michel Tremblay imagine un couple en tête-à-tête. Il s’agit d’un couple d’hommes. L’intrigue est vieille comme le monde : ils se sont aimés, ils se sont séparés, ils se retrouvent un soir et évoquent le passé. Les phrases sont limpides, sensibles, mordantes parfois. Les monologues sont denses, les échanges en tension, les silences émouvants… et l’interprétation des comédiens sans faille. Cependant, nous n’avons pas été convaincus par ce texte mélo parfois, pathos souvent, monocorde régulièrement. Rien ne vient relancer l’intrigue et dès la première demi-heure, nous commencions à nous demander où l’auteur voulait nous mener sinon nous décrire les affres du quotidien des couples homosexuels identiques à ceux des couples hétérosexuels. Bref, si le théâtre gay est rare, ce texte manque de force, de punch et de souffle.

Le regard d’Isabelle

LES ANCIENNES ODEURS 

Théâtre du Marais, 37, rue Volta, 75003 Paris (Métro Arts et Métiers)

Les samedis à 21h30, les dimanches à 15h00.

 

HUGO, DE PÈRE EN FILLES – ÉPÉE DE BOIS | CARTOUCHERIE DE VINCENNES

vz-eea2a320-209d-4392-8f7e-214c7637b336 Librement inspiré de l’œuvre de Victor Hugo et de la vie de ses deux filles, « Hugo, de père en filles », écrit et mis en scène par Filip Forgeau, donne la parole à Adèle (Laurianne Baudouin), devenue folle et enfermée dans un asile, et à Léopoldine (Soizic Gourvil), morte noyée à dix-neuf ans.

Dans l’austère demeure familiale des Hugo dans l’île de Jersey, hantée de souvenirs, Léopoldine et Adèle jouent à cache-cache (beaucoup trop longuement), se délectent à savourer leur soupe (quelle lenteur inutile), font des séances de spiritisme (pas franchement passionnantes), déclament des textes et des textes et des textes sur la vie et la mort, l’amour et la tragédie, la passion et l’abandon, le poète et père vénéré (voix de Daniel Mesguich).

Jamais le public ne sait exactement où Filip Fargeau désire le mener : biographie des filles Hugo ? Analyse de l’œuvre de leur père ? Entretiens sur la folie, le deuil, la solitude ou l’écriture ? Comment le savoir ? Les dialogues sont sans saveur, toute dramaturgie est absente… Quel bel ennui, bien réussi celui-là.

En conclusion, nous n’avons pas du tout, mais alors pas du tout été convaincues par ce spectacle. A éviter, votre année théâtrale n’y verra absolument aucun ombrage.

Le regard d’Isabelle

HUGO, DE PÈRE EN FILLES

Théâtre de l’Épée de Bois, Cartoucherie – Route du Champ de Manœuvre – 75012 Paris

Du 11 au 23 octobre 2016.

Du mardi au samedi à 20h30, le samedi et dimanche à 16h.

Crédit photo : Cie du Désordre

LE ROMAN DE MONSIEUR MOLIÈRE – LE LUCERNAIRE

AFFICHE Le roman de Molière.indd♥♥♥♥ Voici le récit légendaire de Mikhaïl Boulgakov à propos de la troupe de Molière ballottée entre les succès et les revers. Sa version adaptée à la scène est pleinement extraordinaire. Entrecoupée de scènes de Molière, de lettres de ses ennemis et de pièces de Lully (interprétées divinement au piano par Olivier Mazal), le spectateur assiste aux débuts chaotiques de l’Illustre Théâtre sillonnant les routes de France à la recherche de son public jusqu’à son ascension fulgurante, ses déboires (querelles du Tartuffe et de Dom Juan) et ses revers (sentimentaux et autres) jusqu’à la fin solitaire de son directeur.

Sur scène, seulement deux comédiens endossent tour en tour une multitude de personnages : François Kergourlay (1), Boulgakov / Molière (en alternance avec Ronan Rivière (2) et Michaël Cohen, Poquelin père / Joseph Béjart / Gros-René / Mascarille / Monsieur / Louis XIV/ Les Marquis et les dévots /Philinte. Et pourtant, toute la troupe revit sous nos yeux grâce à cette adaptation fort réussie par Ronan Rivière de l’œuvre de Boulgakov ; la narration captivante de François Kergourlay ; l’économie de moyens déployée dans la mise en scène ; les changements à vue des quelques éléments de décor ; les savoureuses respirations musicales… Et les spectateurs sont à leurs côtés des chemins boueux de la Provence jusqu’au château de Versailles. Avec eux, ils rient, ils exaltent, ils pleurent, ils exultent, ils respirent avec toute la troupe. La symbiose est parfaite car rien n’est à soustraire, rien n’est à ajouter de ce spectacle absolument magnifique, à l’interprétation magistrale. C’est du pur bonheur théâtral, voire un enchantement comme il en existe rarement. A ne manquer sous aucun prétexte même si on n’apprécie pas ses classiques !

Le regard d’Isabelle

(1) Le 13 octobre, du 25 au 30 octobre, les 1er et 2 novembre, du 22 au 27 novembre.

(2) Du 14 au 23 octobre, du 3 au 20 novembre.

LE ROMAN DE MONSIEUR MOLIÈRE 

Le Lucernaire, 53, rue Notre des Champs – 75006 Paris – Métro Vavin ou Notre Dame des Champs.

Du 12 octobre au 27 novembre 2016.

Du mardi au samedi à 18h30, dimanche 16h.

Rencontre avec l’équipe artistique à l’issue de la représentation du vendredi 21 octobre.