UN MONDE ÉPATANT – BOUFFON THÉÂTRE

Affiche Un Monde EpatantChers lecteurs et amis blogueurs,

Nous voici de retour de vacances ! Avant de vous annoncer quelques jolies surprises pour le blog, nous sommes ravies de vous retrouver avec la première chronique de la rentrée. À la semaine prochaine…

Pinot, Pineau ou Pinaud (Thierry Nenez), il incarne son nom, accroché à sa bouteille, confortablement assis dans son fauteuil qu’il a investi dans un quartier pas tout à fait tranquille où « des racailles » viennent le déranger assez souvent. Oui, lui… il est pour le nouveau président qui le débarrasserait de tout ça : enfin un homme dans lequel il peut placer sa confiance. En attendant, il s’en fumerait bien une petite.

Costume trois-pièces, grand, bel homme, absorbé dans ses pensées, il (Philippe Saïd) profite de quelques minutes pour se reposer sur un banc quand Pinot l’y soustrait : « Eh vous n’avez pas une cigarette ? ». Une conversation d’une heure et vingt minutes va s’engager. Deux hommes que tout semble séparer si l’aventure de la vie ne les avait pas conduits dans les mêmes dédales. Enfin, presque, car le plus normatif n’est pas celui qu’on croit. D’ailleurs qui est cet homme sous son apparence « cadre bien sous tout rapport »  qui refuse de décliner son nom ?

Progressivement, Pinot et le « cadre bien sous tout rapport » vont confronter leur vision de la société, du monde, s’interrogeront sur eux-mêmes – leurs faiblesses, leur désespoir – mais aussi sur l’autre, l’étranger. Entre pulsions de vie et de mort, leurs destins se croiseront… jusqu’à la folie.

Sous la lumière tamisée d’un lampadaire, Thierry Nenez et Philippe Saïd dévoilent une maturité d’acteurs évidente et interprétent avec beaucoup de sensibilité le texte riche et grave de Jean-Louis Bourdon. Certains monologues sont cependant parfois trop longs, semblent se répéter et cassent un peu le rythme. Un duo « épatant » qui sait déclencher le rire, créer le suspense et susciter chez ceux qui les regardent interrogation face au monde.

À découvrir : le Bouffon Théâtre. À vocation interculturelle, il accueille des spectacles dans une ambiance chaleureuse et un cadre original – de grandes marches qui servent de gradins surplombent un plateau en vieux bois patiné qui fait office de scène.

Signé Carole !

UN MONDE ÉPATANT

Du 1 au 6 septembre 2015 : Théâtre Espace44, 44 rue Burdeau, 69001 LYON 

Du 24 au 27 septembre 2015 : Carré Rondelet Théâtre Montpellier, 14 rue de Belfort, 34000 MONTPELLIER 

Les 16, 17, 18 octobre 2015 et les 6, 7, 8, 20, 21, 22 novembre 2015 : Théâtre Bouffon, 26-28 rue de Meaux, 75019 PARIS 

SUMMER BREAK

1bb10fd5bc9ac8cece48b54f1b8458c1Chers lecteurs et amis blogueurs,

Après un premier semestre bien rempli, nous mettons entre parenthèses nos aventures théâtrales pour profiter du break estival. Nous vous donnons rendez-vous à la rentrée pour de nouvelles chroniques, de belles rencontres et …quelques surprises. 

D’ici là, nous vous souhaitons un très bel été, plein de soleil et d’évasion. 

Elisabeth & Carole

 

 

CELUI QUI TOMBE & LEAVING ROOM – COMPAGNIE YOANN BOURGEOIS

050Il est des spectacles qu’on n’oublie pas. C’est la dernière chronique de la saison avant le break estival et, tradition du blog oblige, je conclus par LE spectacle qui m’a littéralement conquise au cours des six mois écoulés. Petite entorse à notre terrain de jeu habituel, il ne s’agit pas de théâtre stricto sensu mais de deux spectacles inclassables relevant davantage des arts du cirque et signés par une compagnie grenobloise qui fait beaucoup parler d’elle depuis quelques années: la compagnie Yoann Bourgeois, du nom de son jeune fondateur. Acrobate, jongleur, danseur, trampoliniste et metteur en scène, Yoann Bourgeois se définit comme « un artiste de cirque mais joueur d’abord et sans spécialité ». Passé entre autres par l’École du cirque Plume, le Centre national des Arts de Chalons en Champagne et le Centre national de danse contemporaine d’Angers, il décide de créer sa propre compagnie en 2010, composée aujourd’hui d’une vingtaine de personnes. Son univers ? Des spectacles à la fois techniques et très visuels conçus à partir d’une réflexion sur les notions d’équilibre, d’apesanteur, de gravité et du refus de la chute. Avec en fil rouge une quête personnelle et perpétuelle du « point de suspension », ce point bien connu des artistes de cirque qui correspond à l’instant où les corps sont au plus haut de l’envol avant la chute. Comme une seconde d’éternité où le temps n’a plus de prise. Dans l’univers de Yoann Bourgeois, rien ne tient vraiment debout, on perd l’équilibre, on se suspend, on dégringole, on se rattrape au vol, on s’accroche aux branches et on se laisse aussi tomber parfois. Pour illustrer les rapports de force entre les corps et les éléments, le metteur en scène signe chacune de ses créations par l’utilisation d’objets ou de dispositifs variés, inattendus, éminemment graphiques, comme des cubes, balanciers, escaliers, trampolines invisibles,… Le comédien/acrobate n’est pas au centre de la scène (au propre comme au figuré) mais représente un élément en interaction permanente avec les objets qui l’entourent, avec les forces qui le guident. 

En juin dernier, j’ai pu découvrir « Celui qui tombe » au Théâtre de la Ville, l’une des créations les plus récentes de la Compagnie créée à l’occasion de la 16e Biennale de la Danse de Lyon en septembre 2014. Un spectacle véritablement saisissant! Dès les trente premières secondes, on est scotché. La scène est plongée dans l’obscurité totale quand soudain une grande plateforme en bois de six mètres carré suspendue par quatre filins descend des cintres. Elle oscille, s’incline, se penche dangereusement dans le vide : la descente, rythmée par le grincement du bois qui « travaille » semble mal engagée, laborieuse, périlleuse. Juchés sur cette plateforme, six personnages, trois hommes et trois femmes – une « petite humanité » comme le décrit Y. Bourgeois – sont soumis aux oscillations incertaines de ce balancier géant. Ils s’agrippent, s’accrochent, pour garder leur équilibre, ne pas glisser, ne pas tomber dans le vide. Individuellement ou ensemble, ils résisteront. Après, ce seront d’autres aventures qui les attendront dont celle, une fois la plateforme fixée au sol et mise en mouvement par un pivot, qui les emportera avec elle de plus en plus vite au son de « My way » les contraignant d’abord à marcher, puis courir, sauter, trébucher, s’unir pour certains, se séparer parfois, tomber.  Chercher à tenir debout quand les forces nous en empêchent, malgré les contraintes qui pèsent et s’exercent. Une métaphore de la condition humaine magnifiquement illustrée par les différents tableaux de ce spectacle inclassable, captivant, magnétique, à la chorégraphie millimétrée et désarmant de grâce et de poésie. On se surprend à sourire, rire, s’effrayer, s’émouvoir aux aventures de ces drôles de pantins soumis aux lois de l’équilibre et de la gravité.

Le spectacle « Leaving room » présenté au Carreau du Temple dans le cadre du festival Paris Quartier d’été est plus intimiste mais garde la signature « Bourgeois ». Il est 22h, il fait presque nuit dehors quand nous venons nous installer dans l’immense salle du Carreau. Question siège, c’est l’embarras du choix : chaises longues pour les plus chanceux, gradins ou tapis jonchés élégamment sur le sol pour les derniers retardataires. Les protagonistes du soir (Yoann Bourgeois, Marie Fonte et la harpiste Laure Brisa), installés au fond de la scène, nous attendent déjà en échangeant discrètement quelques mots avant de s’offrir aux regards, quand soudain un projecteur s’écrase au sol. Silence glacial dans les rangs du public. Et c’est parti pour 50 minutes de spectacle, composé de courtes pièces dans lesquelles Yoann Bourgeois fait ses gammes et explore les thèmes qu’il affectionne : chute, équilibre, pesanteur. En substance, la relation d’un homme et d’une femme, des conflits, des discussions, des séparations, des retrouvailles magnifiées par un dispositif « bourgeoisien » : une balance de Lévité, une table et deux chaises, un métronome et un trampoline invisible au pied d’un escalier, comme autant d’éléments susceptibles d’illustrer toutes les forces qui régissent les sentiments et les unions humaines. Un moment d’exception : les chutes et rebonds infiniment poétiques de Yoann Bourgeois de l’escalier au trampoline. La scène finale où les deux protagonistes tentent de trouver leur équilibre à quatre mains sur une planche surplombant un globe est d’une grâce infinie. La musicienne (la harpiste Laure Brisa) accompagne le duo par une bande son empruntant tout à la fois à Schubert, Philippe Grass, Bach. Singulier mais envoûtant. Encore une occasion de se régaler avant la dernière ligne droite des vacances: le spectacle « Cavale » est proposé demain gratuitement sur le parvis du Sacré Cœur. J’y serai pour clore ce mois de juillet en beauté …et en apesanteur.

Le point de vue d’Elisabeth 

CAVALE  – Compagnie Yoann Bourgeois 

Dimanche 26 et lundi 27 juillet à 21h (spectacle gratuit)

Parvis du Sacré Coeur

Pour en savoir plus sur la compagnie : http://cieyoannbourgeois.fr/

Crédits photo : Géraldine Aresteanu 

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TESTER L’ACTORS STUDIO CET ÉTÉ !

Si vous prenez des cours de théâtre et que vous vous intéressez à la célèbre méthode de l’Actors Studio, ce post est pour vous !

Méthode d’enseignement d’art dramatique de référence aux États-Unis, la méthode de l’Actors Studio a été créée par Constantin Stanislavski, un comédien, metteur en scène et professeur d’art dramatique russe (1863 – 1938) pour qui le jouer vrai, le jouer juste était une obsession. Le comédien, selon Stanislavski, doit savoir plonger dans sa propre mémoire sensorielle, affective et son vécu propre pour être le personnage et non pas faire semblant d’être le personnage.  La méthode consiste donc  à apprendre aux acteurs à ne pas être dans un art de représentation mais dans un art d’expériences véritables, qu’elles soient physiques, psychologiques ou émotionnelles.  Le texte n’est, en quelque sorte, qu’un produit dérivé de la situation. L’enseignement de Stanislavski a influencé le célèbre cours de théâtre new-yorkais Actors Studio.

J’avais eu l’occasion de me « frotter » à l’enseignement de la Méthode à l’occasion d’un stage de deux jours chez Method Acting Center, un cours de théâtre parisien qui fonde son enseignement sur la Méthode Stanislavski. Passionnant et très complémentaire des cours de théâtre « traditionnels » qui partent en priorité de la compréhension et de l’analyse des textes.

De juillet à septembre, Method Acting Center propose de faire découvrir cette méthode de jeu au cours de classes gratuites. Aucune inquiétude pour les débutants, pas besoin d’être acteur pour y participer ! Les exercices proposés sont simples et concrets et donnent un aperçu des premières bases de l’acting.

Les prochaines sessions gratuites sont programmées les samedis 8, 22 et 29 août et les samedis 5 et 19 septembre. 

Pour s’inscrire, c’est ici !

Bel été à toutes et tous !

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LES AMOUREUX DE MARIVAUX – THÉÂTRE LE RANELAGH

vz-b9a837a5-f702-4ae6-bac7-22ab1b36b018Si l’heure des grandes vacances n’a pas encore sonné pour vous, il est encore temps d’aller découvrir un joli spectacle musical créé par la compagnie « Les Mauvais Élèves » actuellement à l’affiche du théâtre du Ranelagh. A l’origine du projet, deux jeunes comédiennes, Elisa Benizio et Bérénice Coudy – auxquels se sont joints Guillaume Loublier et Valérian Béhar-Bonnet, tous issus du cours de Jean-Laurent Cochet – qui ont eu envie de rendre hommage à leur auteur classique préféré : Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux. Ainsi est né ce spectacle musical « Les amoureux de Marivaux », alternant les plus belles scènes d’amour du théâtre (parfois méconnu) du célèbre auteur du « Jeu de l’Amour et du Hasard » (La Méprise, L’heureux Stratagème, La Commère, …), et ponctué d’une dizaine de chansons du répertoire français du XXe siècle, de Serge Gainsbourg à Jane Birkin, de Sylvie Vartan à Michel Polnareff. Comme une jolie passerelle entre les siècles où les situations amoureuses se font écho. Sur le plateau, rien ou presque (2 chaises !), le spectacle ne repose uniquement que sur l’énergie et l’implication des quatre comédiens qui s’en donnent à cœur joie pendant une heure trente, aussi à l’aise dans l’art dramatique (ils se partagent une quinzaine de personnages), le chant a cappella, la danse que le …beat box, ravis de leur partition, complices avec le public. Bravo à eux de nous donner l’occasion de redécouvrir de belles scènes méconnues du répertoire classique et de faire sonner la langue et le théâtre de Marivaux – fin observateur des états d’âme amoureux – de manière si moderne ! La mise en scène est signée par le célèbre duo Shirley et Dino, qui a su insuffler malice, poésie et impertinence. A noter également le joli soin apporté aux costumes. Dommage peut-être de ne pas avoir accompagné le spectacle d’une bande son afin de donner encore plus de pétillance à l’ensemble.

Au final, un spectacle tout public, plein de générosité et déjà bien rodé (Comédie Nation, Théâtre du Poche Montparnasse, Festival d’Avignon 2014), à consommer bien frais dans le magnifique théâtre du Ranelagh jusqu’au 31 juillet ! Et petit clin d’œil, en fin de représentation, la compagnie « Les Mauvais Élèves » vous offre la possibilité d’envoyer une carte postale à la personne de votre choix en guise d’invitation au spectacle ! Faites tourner ….

Le point de vue d’Elisabeth 

LES AMOUREUX DE MARIVAUX

Théâtre Le Ranelagh, 5 rue des Vignes, 75016 Paris

Du mercredi au samedi à 21h

Le dimanche à 17h

Jusqu’au 31 juillet 2015

http://www.achilletonic.com/

TAILLEUR POUR DAMES – THÉÂTRE MONTPARNASSE

affiche_tailleur_pour_dames1886, l’actuelle salle du Théâtre Montparnasse est « bâtie ». 1886, Feydeau « se taille » un franc succès avec Tailleur pour Dames. Symbolisme des chiffres ?
C’est dans le droit fil de l’esprit de Feydeau qu’Agnès Boury a choisi de mettre en scène cette comédie dans ce théâtre. Tout est impeccablement assemblé. Du cousu main. Pas de mauvais plis… De fil en aiguille, la trame se tisse sous les éclats de rire incessants du public. Des comédiens sur mesure, haut en couleurs, à la hauteur de la pièce. Un coup de cœur particulier pour Guihem Pellegrin (le domestique). De la fraîcheur par cet été caniculaire.

Un peu d’eau à la bouche…

Le Docteur Moulineaux, loin de son confort coutumier, n’a pas passé la nuit chez lui. Épuisé, il rentre à l’aube et subit les reproches improbables de son domestique qui s’est rendu compte de son absence. Yvonne, sa jeune et jolie femme et plutôt naïve, qui avait surgi de sa propre chambre, lui demande de se justifier. Il s’embourbe alors dans une cascade de mensonges… ce n’est que le début !

Signé Carole !

TAILLEUR POUR DAMES 

Théâtre Montparnasse, 31 rue de la Gaîté, 75014 Paris 

Du mardi au samedi 20h30, matinée le samedi à 17h30.

Jusqu’au 29 août.

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D’AUTRES VIES QUE LA MIENNE – MANUFACTURE DES ABBESSES

D'autres vies que la mienneInstallé dans une vie confortable, l’écrivain Emmanuel Carrère, par le hasard du destin, sera cependant témoin à la même période de deux drames : une petite fille de quatre ans emportée par un tsunami au Sri Lanka, et l’agonie de Juliette sa belle-sœur, atteinte d’un cancer, qui laissera derrière elle Patrice et leurs trois enfants. La mort d’un enfant pour ses parents et celle d’une jeune femme pour ses enfants et son mari bouleverseront Emmanuel C. jusqu’à métamorphoser son regard sur le monde et son couple qui se délite alors. Une empathie nouvelle pour l’Autre qui décidera Emmanuel C. à continuer à lui donner souffle de vie sous sa plume avec son roman autobiographique « D’autres vies que la mienne ».

Deux histoires véridiques que le comédien, David Nathanson, a choisi de porter sur les planches à travers les yeux d’Emmanuel Carrère.

D’une voix cuivrée, métallique, David Nathanson nous fait vivre ces événements et nous transporte d’abord sur la côte asiatique, en plein séisme, au milieu des vagues déferlantes où la fillette se noie sans qu’Emmanuel puisse la sauver. On côtoie le désespoir des parents. De retour à Paris, le sort frappe à nouveau… À l’enterrement de Juliette, on fait la connaissance de Patrice, son mari, mais aussi d’Étienne, juge, collègue et ami de celle-ci, qui raconte comment à travers le temps s’est nouée entre eux une amitié tissée sur une sensibilité commune – tous deux atteints d’un handicap physique – et sur des valeurs partagées.

Sur un ton factuel qui rend l’émotion plus intense, David Nathanson nous donnera tous les détails de ces deux récits et nous révélera le combat de Juliette et d’Étienne pour défendre les plus démunis en proie à la Justice.

Quand la mort arrache la vie autour de soi… C’est aussi une prise de conscience de son propre bonheur quand le destin nous a préservés. « Pourvu que ça dure ! », conclut David Nathanson à la fin du spectacle, toujours glissé dans la peau d’Emmanuel Carrère qui mesure sa chance.

Une jolie énergie, un jeu d’acteur et un ton justes pour David Nathanson qui nous solidarise à la vie des autres. Sur le plan scénographique, certains jeux de lumière et effets (mots clés projetés sur écran) sont par moments superfétatoires quand la seule présence de David Nathanson suffit à occuper la scène.

Signé Carole !

D’AUTRES VIES QUE LA MIENNE 

Manufacture des Abbesses, 7, rue Véron, 75018 Paris
Lundi, mardi et mercredi à 21h. Dimanche à 20h
Jusqu’au 24 juin 2015

Crédit Annabelle Jouchoux

Crédit Annabelle Jouchoux

Crédit Annabelle Jouchoux

Crédit Annabelle Jouchoux


UN CAFÉ AVEC Vincent Deniard, comédien

 

Crédit : kaarl-photography.com

Crédit : kaarl-photography.com

Le rendez-vous est pris place de la Madeleine par une belle soirée de juin. J’ai le plaisir ce soir-là de rencontrer le comédien Vincent Deniard, qui s’est illustré aussi bien au théâtre (Sunderland, Le Porteur d’histoire, Le Temps des suricates …) qu’au cinéma ou à la télévision. D’une courtoisie extrême, Vincent Deniard m’a relaté son parcours et livré ses réflexions sur son métier et ses aspirations. Dans une brasserie tranquille de la rue Duphot, rencontre chaleureuse avec un comédien authentique, amoureux de son métier et dont l’unique moteur est le plaisir de jouer. Encore et encore.

Bonjour Vincent, devenir comédien, c’était un « rêve de gosse » ? 

Vincent Deniard : Absolument ! Le déclic a eu lieu à l’âge de 12 ans : notre professeur de musique de 4ème avait monté une adaptation de West Side Story pour la fête de fin d’année du collège et m’avait confié le rôle de Tony, le personnage principal masculin. Et à ce moment précis, j’ai eu une sorte de révélation, je suis tombé amoureux du théâtre, du jeu, des costumes, des applaudissements. J’ai commencé à m’intéresser à tout ce qui touchait à l’art dramatique, j’ai lu Stanislavski, je me suis renseigné sur les formations, les écoles, le Conservatoire, etc… A 15 ans, j’ai fait mon premier stage d’été au cours Florent. Puis, après une année d’hypokhâgne au lycée Champollion de Grenoble, je me suis installé à Paris et j’ai  intégré le Cours Florent à 18 ans.

Pouvez-vous nous décrire les grandes étapes de votre parcours ?

V.D. : Après la Classe Libre du Cours Florent en 2001, j’ai eu assez vite quelques expériences de tournages, de pièces sans pour autant vivre de mon métier, comme c’est souvent le cas. Et puis en 2003, j’ai eu la chance d’être choisi par le réalisateur Cédric Kahn comme second rôle masculin dans son film Feux rouges avec Jean-Pierre Darroussin et Carole Bouquet. Cela aurait pu être un tremplin mais le film n’a pas marché, et je suis reparti presque de zéro. J’ai continué à évoluer dans le métier, à rencontrer des gens, et petit à petit j’ai commencé à faire beaucoup de théâtre, dans des projets très différents. En 2004, je joue le rôle d’un garde du corps un peu cinglé dans Si j’étais diplomate d’Alain Sachs au théâtre Tristan Bernard ; deux ans plus tard, je travaille avec Joël Jouanneau pour Claire en affaires à la Cité Internationale. Je joue aussi dans des spectacles classiques ou historiques : Le Cid au Silvia Monfort ou Ravaillac dans le Henri IV de Daniel Colas en 2010 aux Mathurins. 2011 est une année importante pour moi puisque je suis choisi par Stéphane Hillel pour jouer au Petit Théâtre de Paris le rôle de Gaven, le hooligan au grand cœur, dans Sunderland, la pièce anglaise de l’auteur français Clément Koch. Une très belle aventure : j’ai joué ce spectacle presque 300 fois, de septembre 2011 à juin 2013 ! Dans tous les cas, ce que j’aime c’est naviguer entre plusieurs univers, passer d’un genre théâtral à un autre, passer également du théâtre à l’image et ne pas me cantonner à un type de rôle ou à un répertoire. Cela fait partie des raisons pour lesquelles je fais ce métier.

Le Porteur d'histoire Crédit : Alejandro Guerrero

Le Porteur d’histoire
Crédit : Alejandro Guerrero

Un mot sur une autre belle aventure : Le Porteur d’histoire. Comment êtes-vous arrivé sur le projet ?

V.D. : C’est moi qui suis allé au-devant d’Alexis Michalik (ndlr : l’auteur et metteur en scène). A l’époque où je jouais Sunderland, je ne le connaissais pas mais je l’avais invité à une représentation. Il était venu et avait beaucoup apprécié. Ensuite, j’ai eu la chance d’aller voir Le Porteur d’histoire à sa création au Studio des Champs-Élysées en février 2013. J’avais adoré le spectacle et je le lui ai écrit, tout simplement. Peu de temps après, par chance, il cherchait une alternance pour le rôle et j’ai été engagé.

Quelles ont été les retombées vous concernant ?

V.D. : C’est un grand plaisir de jouer Le Porteur car c’est un spectacle écrit pour les comédiens, contrairement à beaucoup d’autres pièces qui ont tendance à davantage faire la part belle aux metteurs en scène. Avec Alexis Michalik, ce n’est pas le cas : c’est d’abord un comédien qui écrit pour des comédiens. Il ne supporte pas par exemple l’idée qu’un acteur attende trente minutes en coulisses avant d’entrer scène. Dans cette pièce, on est tous sur le plateau pendant 1 heure 30 quasiment non stop ! On passe d’un personnage à un autre en changeant uniquement de costume, en ajoutant un accessoire, une moustache, une casquette, que sais-je… Personnellement, je me régale, d’autant que ma partition est celle qui contient le plus de personnages différents. J’aime ce défi, ce tour de force !

Comment expliquez-vous le succès que rencontre la pièce depuis 2013 ?

V.D. : Je crois que cela tient à quelque chose de très simple, je dirais même de primaire, d’instinctif, d’essentiel. On est transporté par une belle histoire qui se lit comme un conte, même si par moments il s’agit une histoire complexe. On ne se pose pas de questions, on se laisse seulement emporter ! C’est une écriture qui ne tombe pas dans les travers de notre époque que sont le cynisme ou l’ironie permanente. Et chez la grande majorité des spectateurs, l’émerveillement fonctionne à plein. On les voit à la fin du spectacle, tout le monde retrouve ses yeux d’enfant ! C’est la première pièce où  je constate que des spectateurs viennent, reviennent,  puis re-reviennent! J’ai même rencontré un jour un monsieur qui l’avait vue vingt fois (rire) ! C’est un spectacle qui a ses vrais fans et c’est une chose rare ! Aujourd’hui, la pièce est jouée simultanément à Paris, en province, et dans la francophonie (Tahiti, Liban…)

Vincent Deniard et Marc Citti dans Le Temps des suricates

Vincent Deniard et Marc Citti dans Le Temps des suricates

Autre beau succès, Le Temps des suricates que vous avez joué cet hiver aux Béliers Parisiens puis au Ciné 13. Comment est née cette pièce et votre collaboration avec l’auteur et votre partenaire sur scène, Marc Citti ?

V.D. : Marc et moi faisions partie de la seconde équipe du Porteur en septembre 2013. On a joué la pièce ensemble pendant plusieurs mois. Et puis un jour, il est venu avec un texte qu’il m’a demandé de lire. A l’époque, la pièce s’appelait Oyonnax blues, et j’ai adoré. C’est un texte par moments très autobiographique, qui nous montre deux acteurs dans leur loge pendant une représentation d’Hamlet, et qui nous raconte leurs frustrations et leurs espoirs. La pièce transpire d’une grande honnêteté, ce qui se dit sur le métier est très vrai, parfois cruel. On a eu quelques collègues comédiens qui sont venus voir la pièce et qui ont pu ressentir les choses de façon violente parce que c’est dur par moments ce qui se dit sur le métier. Mais en même temps, c’est très drôle ! Il y a une grande lumière, une grande force dans les personnages, à travers leurs espérances et leurs rêves d’enfants. Et c’est à mon avis quelque chose de très important dans notre métier. Continuer à avoir les yeux qui brillent,  garder sa part d’enfance.

Et quel est votre regard sur le sujet de la pièce, la condition parfois ingrate, cruelle du métier de comédien ?

V.D. : Edouard mon personnage n’est pas un mauvais comédien, c’est un comédien qui ne s’est pas entendu avec son metteur en scène, comme cela arrive parfois, et qui est en doute, en souffrance, en perte de confiance. Cette relation metteur en scène-comédien est précieuse, il faut que ça se passe bien. Personnellement, je ne peux pas travailler dans le conflit, j’ai besoin de travailler dans une bienveillance, une générosité voire un sorte de douceur. La grande différence entre Edouard et moi, c’est qu’il n’est pas dans le plaisir. Moi, je fais ce métier tout simplement parce que c’est mon plaisir de jouer sur scène, de jouer devant une caméra, de réinventer, de revisiter un texte chaque soir. Vous savez, je crois que si on n’aime pas profondément ce que l’on fait, on peut très vite être malheureux et frustré dans ce métier, se dire qu’on n’est pas là où l’on devrait être. C’est quelque chose qui peut être douloureux. Dieu merci, je n’en suis pas du tout là ! (rires)  

Il y a une scène très drôle dans Le Temps des suricates dans laquelle vous manquez votre entrée sur scène. Et dans la vie, jamais de couac sur scène ?

V.D. : Non très rarement, heureusement ! Je suis quelqu’un de plutôt anxieux, du coup très à l’écoute de ce qui se passe sur le plateau. Mais il est vrai qu’il peut arriver toutes sortes de mini-incidents au théâtre, comme ces trous de texte qui restent toujours quelque chose de terrifiant même après des années de métier. Dans Le Porteur d’histoire par exemple, j’ai un long monologue de sept minutes face public, pendant lequel je raconte une histoire plutôt très complexe à mon partenaire, que je ne vois d’ailleurs pas. Et bien même après 300 représentations, ce moment du spectacle reste toujours un point d’orgue, un moment périlleux !

Henri IV

Henri IV

Vous avez le trac avant d’entrer en scène ?

V.D. : Je suis toujours un peu fébrile oui…. D’ailleurs dans ce domaine je ne crois pas du tout à la citation célèbre qu’on attribue à Sarah Bernard qui, en réponse à une jeune comédienne qui se targuait de ne pas avoir le trac, lui aurait répondu « Vous verrez, ca viendra avec le talent ». Je pense au contraire qu’il faut tendre à atteindre une sorte de graal qui serait de ne plus du tout avoir le trac. Certains soirs j’y parviens -plus ou moins- ce qui est le signe d’une meilleure détente, d’une plus grande disponibilité avec les partenaires et le public. Avec le temps et l’expérience j’ai appris à mieux me détendre, mais la disparition complète du trac reste, comme je vous le disais, un graal absolu.

Quelles sont les qualités indispensables pour faire ce métier aujourd’hui ? Quels conseils donneriez-vous à un jeune comédien ?

V.D. : Je conseillerais de prendre des cours, mais de ne surtout pas attendre la fin de sa formation pour travailler, pour rencontrer des gens, pour monter ses projets. Parce que c’est un métier qui s’apprend en travaillant. Moi, je n’ai pas appris mon métier à l’école, je l’ai appris en jouant des spectacles 100, 200, 300 fois. Je l’ai appris en tournant dans des court-métrages, des téléfilms. C’est un métier qui requiert une certaine souplesse émotionnelle, physique même. Ne pas avoir peur d’être sur tous les fronts, de sortir, d’aller au théâtre, de voir ce qui se fait sur Internet parce qu’il y a des personnes qui y arrivent par ce biais. Et à un moment donné, faire un choix, savoir vers quelle « famille », quel genre se diriger par rapport à ses goûts personnels. C’est un métier où l’on apprend à se connaître tout simplement. Même si je n’aime pas me cantonner à un répertoire en particulier comme je l’expliquais plus tôt, mais je vois ce qui me correspond le plus avec les années. D’abord avec mon physique (NDLR : 1m98 pour 130 kilos) qui est à la fois une chance et un handicap, quelque chose qui me distingue, quelque chose qui me permet de donner une couleur à mes personnages. Je peux en jouer. Comme dans Le Temps des suricates, là je suis le grand géant qu’on ne voit pas, parce qu’Edouard n’assume pas son corps. C’est un métier qui demande d’être très connecté à son enfance, de garder un grain de folie, une certaine fantaisie et d’être dans une disponibilité d’esprit permanente.

Vous jouez également au cinéma et à la télévision. A choisir, que préférez-vous entre théâtre, cinéma ou télévision ?

V.D. : Je ne sais pas si je pourrais me passer de l’un ou de l’autre car j’aime la complémentarité ! J’ai la chance depuis quelques années de pouvoir naviguer entre théâtre et tournages. J’ai joué d’ailleurs récemment dans une série télévisée – Le Lac – avec un réalisateur que j’aime beaucoup, Jérôme Cornuau, qui m’a confié un très beau rôle. En ce moment, j’ai davantage envie de tourner car ces dernières années ont été très riches au théâtre.

Sunderland Crédit Pascal Gely

Sunderland
Crédit Pascal Gely

Quelles différences entre le jeu au théâtre et le jeu au cinéma ou à la télévision ?  

V.D. : Difficile à dire car c’est le même métier au final : on joue un texte, une situation, qu’on doit rendre vivants, et humains du mieux possible. Mais aujourd’hui, au cinéma ou à la télévision, on n’a matériellement plus le temps de faire 10, 15, 20 prises, on doit être bon tout de suite, être dans une immédiateté. J’aime cet aspect là du travail, se jeter à l’eau tout de suite. Au théâtre, certes, on travaille « sans filet » mais on a le temps pendant les semaines de répétitions de travailler un personnage et de continuer à le « polir » sur scène chaque soir. Les deux plaisirs sont différents.

Poursuivez-vous un objectif de carrière aujourd’hui ?

V.D. : Non, pas vraiment même si je suis quelqu’un d’ambitieux. Mais l’ambition dans ce métier, c’est compliqué car on est toujours dépendant du bon vouloir des autres.  Mon souhait finalement ce serait tout simplement de rester dans ce métier, ce qui n’est déjà pas simple, de continuer à en vivre, de continuer à faire de belles rencontres, de jouer des rôles de plus en plus complexes qui ne soient pas des utilités, des rôles où mon physique ne soit pas le critère déterminant.

Sinon, avez-vous le temps d’aller au théâtre ? Quel spectateur êtes-vous ?

V.D. : Je dois vous avouer que je vais peu au théâtre ! D’abord parce qu’avec mon gabarit on est mieux sur scène que dans la salle ! (rires) Et surtout quand on joue soi-même beaucoup, c’est très compliqué. Mais quand je peux, je vais voir des amis jouer. J’ai vu deux spectacles cette saison qui m’ont beaucoup plu : La Vénus à la fourrure avec Marie Gillain et Nicolas Briançon et The Servant avec mon camarade Maxime d’Aboville qui a reçu le Molière du meilleur comédien cette année. On s’est connu avec Maxime sur la pièce Henri IV, dans laquelle je jouais Ravaillac et Maxime le prince de Condé. On n’avait pas de scène ensemble mais on a sympathisé. J’ai vu également Des Fleurs pour Algernon avec Grégory Gadebois, un comédien que j’admire beaucoup pour son talent et son parcours. J’ai un souvenir de lui lorsque je passais le concours du Conservatoire vers 22/23 ans. Pendant que j’attendais mon tour sur le trottoir, j’ai vu arriver ce type en moto, un peu enrobé avec des cheveux longs et je me suis tout de suite dit « Lui il en impose ! » et c’était Gadebois !

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Le temps des suricates

Avez-vous un rêve théâtral ?

V.D. : J’aurais beaucoup aimé travailler avec Patrice Chéreau… Marc Citti m’en a beaucoup parlé, il vient d’ailleurs de publier un livre consacré à ses années avec Chéreau (NDLR : Les Enfants de Chéreau, ed. Actes Sud). J’adorerais jouer un jour aux Bouffes du Nord. Pour ce qui est des rôles, j’aime depuis toujours Cyrano de Bergerac, énorme texte, énorme rôle, j’adore le film avec Depardieu. J’aime aussi beaucoup le rôle de Stanley dans Un Tramway nommé désir. D’ailleurs l’univers de Tennessee Williams, cette moiteur du sud des Etats-Unis, c’est un répertoire que j’aimerais beaucoup explorer. On me parle aussi souvent du personnage de Lennie dans Des Souris et des hommes. On ne sait jamais, peut-être qu’un jour une autre adaptation du texte de Steinbeck se montera…

Quels sont vos projets, vos actualités ?

V.D. : Côté théâtre, nous reprenons avec Marc Citti Le Temps des Suricates au Festival Off d’Avignon du 4 au 26 juillet à 12h20 au Théâtre des Béliers. Sinon, je continue Le Porteur d’Histoire, toujours en alternance jusqu’en décembre 2015 au Studio des Champs-Elysées. Côté télévision, la série Le Lac avec Barbara Schulz sera bientôt diffusée sur Tf1. Et j’ai participé à un premier long métrage aux côtés de Melvil Poupaud, Le Grand jeu, qui sortira en fin d’année. Et puis je lis des textes, je passe des auditions, on verra bien !

Merci Vincent ! Et pour conclure, quel est votre « mot théâtre » préféré ?

V.D. : Eh bien excusez-moi Elisabeth mais je vais vous dire « merde » ! (rires) Tout simplement parce que c’est ce qu’on se dit tous les soirs avec les partenaires avant de rentrer sur scène, et pour moi c’est un très joli mot car c’est comme « action » ou « moteur » au cinéma : on est sur ligne de départ et c’est parti !

Propos recueillis par Elisabeth Donetti 

Pour en savoir plus

http://www.vincentdeniard.com

Le Temps des suricates au Festival d’Avignon du 4 au 26 juillet 2015

Le Porteur d’histoire au Studio des Champs-Élysées jusqu’en décembre 2015

LE RADEAU DE LA MÉDUSE – THÉÂTRE DE PARIS (spectacle en création)

RADEAU-ThParis-40X60Au centre de la scène, quelques planches assemblées par des cordages nous font penser à un radeau. Devant elles, un immense plastique déferle de toute sa longueur à l’instar des vagues, sous un brouillard confondu dans une fumée blanche qui laisse entrevoir une batterie (Jacques Di Donato), un saxo (Nicolas Nageotte), une guitare (Simon Henocq). Dans une cacophonie à nous étourdir, ils se mettent en branle. Une atmosphère chaotique s’empare de la salle. Puis la voix (Isabelle Duthoit) nous annonce que La Méduse, dirigée par le capitaine Chaumareys, qui naviguait trop près des côtes, vient de s’échouer sur un banc de sable après avoir passé le cap Blanc.

Elle tient son récit d’un certain Savigny, chirurgien du bord, qui avait embarqué, le 17 juin 1816 – nous sommes au début de la Seconde Restauration – , au bord de la frégate qui naviguait vers les comptoirs coloniaux du Sénégal.
La marée ne va pas renflouer la frégate qui s’enfonce progressivement dans les hauts-fonds. Si des chaloupes ont pris à leur bord des passagers « royaux », la voix nous hurle son indignation quand les sans-noblesse, les sans-grade, des soldats, des officiers républicains, victimes d’une liste ségrégationniste, s’entassent sur le Radeau de la Méduse, construit à la hâte. Ils côtoieront la faim, la soif, la terreur, la folie, le cannibalisme… jusqu’à la mort. Une géhenne qui durera treize jours, seule une dizaine de passagers survivra sur 150 embarqués.   

À l’origine de cette tragédie historique, l’incompétence mais aussi l’arrogance d’un officier de marine, enclin à servir avant tout son goût du pouvoir et son rapport à la monarchie. Un naufrage de l’âme humaine sur fond de scandale politique. Une volonté pour Ivan Morane, le metteur en scène, d’y établir clairement un parallèle avec l’actualité tragique de ces milliers de migrants qui perdent leur vie en Méditerranée, aux portes de l’Europe. 

Un spectacle qui s’offre à nous dans une scénographie résolument contemporaine (live painting, live vidéo). Isabelle Duthoit puise avec une énergie incroyable dans ses entrailles pour nous raconter jour après jour ce drame : hurlements, gémissements, lamentations, criailleries, jaillissent de sa bouche. « Médusant », insupportable. Mais qu’importe, l’ambition est de marquer les esprits et de percuter délibérément le spectateur pour qu’il « touche le fond ». De l’audace… Cela passe ou cela casse.

Un spectacle en cours de réalisation. Un temps de préparation qui permettra à Isabelle Duthoit de réajuster certains tons de voix dans la simple narration du récit pour une pièce qu’elle semble porter seule (dommage ?).

Signé Carole !

Lecture-spectacle Le Radeau de la Méduse 

Présenté le 8 juin 2015 au Théâtre de Paris, 15 rue Blanche, 75009 Paris 

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THE SERVANT – THÉÂTRE de POCHE MONTPARNASSE  

AFF-THE-SERVANT1-201x300Les excellentes critiques entendues ici et là et le Molière du meilleur comédien dans un spectacle de théâtre privé attribué à Maxime d’Aboville ont aiguisé ma curiosité à découvrir The Servant, la valeur sûre théâtrale de ce printemps ! Direction le théâtre de Poche Montparnasse par un dimanche après-midi de mai : salle pleine à craquer, le bouche à oreille semble fonctionner !

The Servant, roman écrit en 1948 par l’écrivain et scénariste britannique, Robin Maugham – et adapté au cinéma en 1963 – nous plonge dans les quartiers chics du Londres des années 50. Tony, jeune aristocrate un brin désinvolte et paresseux, emménage dans une grande maison vide, au retour d’un séjour en Afrique. À ses côtés, évoluent Richard, son meilleur ami et la jolie Sally avec qui il entretient une relation amour/amitié. Tony embauche un domestique à son service, Barrett, qui se révèle le « butler » parfait dans la plus pure tradition britannique : honnête, compétent, fiable, d’un professionnalisme sans faille. Barrett se montre rapidement indispensable et la confiance s’instaure entre les deux hommes. Mais derrière cette apparence d’ordre et de quiétude, les rôles insidieusement s’inversent. Barrett prend peu à peu le contrôle de la vie du jeune Tony, de la décoration des lieux jusqu’aux détails de sa vie privée. Tony devient l’esclave de ce « butler » énigmatique et vénéneux qui réussira à régenter la vie de son maître jusqu’à l’assujettir et le réduire à l’état de loque humaine.

Formidable pièce ! À la fois thriller, huis clos, et comédie des mœurs à l’humour grinçant, The Servant se suit comme un excellent polar ! Au-delà des nombreux thèmes explorés (lutte des classes, place des femmes dans la société, désir de pouvoir, frustrations sexuelles), The Servant brosse le portrait d’une Angleterre accrochée à ses traditions mais en quête de nouveaux repères. D’un point de vue strictement théâtral, une réussite incontestable : un casting vraiment irréprochable emmené par les deux rôles titres Maxime d’Aboville (Barrett) et Xavier Lafitte (Tony) – ainsi que la sémillante Roxane Bret (qui fait ici ses premiers pas sur les planches) –  des dialogues vifs, ciselés, alertes et une mise en scène (signée Thierry Harcourt) sobre, élégante et efficace malgré de modestes moyens. Car c’est mon seul regret : cette belle pièce d’atmosphère aurait mérité un plus grand plateau et des décors plus travaillés afin de plonger davantage le spectateur dans l’esthétique cossue et so british de cette maison londonienne des années 50. Un détail pour cette pièce très réussie, aussi savoureuse qu’un scone clotted cream à l’heure du teatime….

Le point de vue d’Elisabeth 

THE SERVANT

Théâtre de Poche Montparnasse, 75 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris

Du mardi au samedi à 19h

Dimanche à 17h30 

Jusqu’au 12 juillet 2015

Crédit : Victor Tonelli @Artcomart

Crédit : Victor Tonelli @Artcomart

Crédit : Brigitte Enguerand

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