UN CAFE AVEC Delphine Robert et Elise Dubroca, compagnie de théâtre à domicile L’EFFET DU LOGIS

Delphine Robert

Delphine Robert

Elise Dubroca

Elise Dubroca

Coup de théâtre ! Bonjour Delphine et Elise, comment est née la compagnie L’EFFET DU LOGIS ?

Delphine Robert: Tout est parti d’une rencontre fin 2005. J’avais en tête l’idée de proposer un théâtre professionnel à domicile, proche du public. J’ai soumis le projet à une comédienne que je connaissais bien au niveau du jeu (ndlr : Valérie Français). Elle a accepté de se lancer dans l’aventure et la compagnie est née en 2006. On a commencé par concocter une pièce « Le vernis craque » qui traitait de la différence entre l’être et le paraître. On l’a beaucoup jouée à domicile puis est né un deuxième spectacle « Sans entracte » avec Elise qui, entre temps, avait rejoint la compagnie. Progressivement, on a eu envie de proposer des pièces personnalisées, inspirées des vraies vies de nos hôtes!

Elise Dubroca: C’est vrai qu’on a rencontré un beau succès avec « Sans entracte » dans lequel on insufflait déjà des allusions, des clins d’œil à la vie des gens. Ca nous a permis de roder en quelque sorte notre principe de pièce personnalisée. On sentait que le public réagissait très bien à ce concept.

Quel type de pièce proposez-vous à domicile ? Avez- vous plusieurs « formules » ?

Delphine: Oui, on propose trois types de pièce, généralement à l’occasion d’anniversaires, de fêtes surprises chez des particuliers. D’abord, des pièces « imposées » dont on parlait à l’instant, par exemple « Le vernis craque » (pièce composée de saynètes enlevées d’auteurs riches et variés autour du thème de l’être et du paraître), qui dure 50 minutes. C’est l’occasion de faire découvrir ou redécouvrir des auteurs talentueux et pas toujours connus. Ensuite, on propose des pièces « personnalisées » : on part généralement d’une trame commune dans laquelle on insuffle des pastilles, des clins d’œil liés à la vie des personnes. Ces pièces durent 40 à 50 minutes. L’idée, c’est vraiment « Et si votre histoire devenait une pièce de théâtre », racontez-nous des anecdotes, sur vous, votre famille, vos invités et nous en faisons une pièce unique ! Et puis, on fait des 100 % « sur mesure », qui sont des pièces uniques écrites de A à Z et qu’on ne joue qu’une seule fois !

Elise: On a également déjà répondu à des demandes venant d’entreprises qui souhaitent fédérer leur équipe autour d’une expérience théâtrale hors du commun. On crée alors un programme sur mesure, inattendu qui marque les participants !

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Comment préparez-vous les pièces personnalisées ? C’est un gros travail en amont j’imagine.

Elise: Oui, ça nécessite au départ un certain investissement. Quand on reçoit une demande, on rencontre les personnes de manière à recueillir des informations sur la personne pour qui nous jouons : personnalité, goûts, grandes étapes de vie, afin de nourrir notre inspiration pour l’écriture de la pièce. On essaye toujours de rencontrer plusieurs personnes de l’entourage (amis, famille,…) pour avoir des angles de vue différents. Après avoir interviewé un petit groupe mis dans la confidence, on écrit, on répète et on joue ! On est toujours vigilantes cependant sur les sujets « sensibles » qui pourraient blesser, rappeler des souvenirs douloureux ou dévoiler indirectement des secrets de famille.

Delphine: Ces interviews « préparatoires » sont très appréciés car ils permettent aux gens de parler, de s’ouvrir, de se livrer. Ils nous accordent beaucoup de confiance, ce qui est un confort de travail formidable pour nous ! On a de très beaux souvenirs de sur mesure. Je me rappelle d’une jeune femme qui fêtait son anniversaire et son mari nous avait confié qu’elle adorait les contes de fée. Du coup, on a joué « à fond » la carte du conte rocambolesque avec le soulier de Cendrillon dans l’escalier, l’aboyeur qui présente les invités, etc…

Concrètement, le jeu à domicile requiert-il des contraintes particulières ? Repérez-vous à l’avance les appartements par exemple ?

Elise: Non, on ne repère pas à l’avance. Généralement, les personnes nous décrivent la configuration des lieux par téléphone, ce qui nous suffit. On a déjà joué d’ailleurs dans des appartements très petits. En revanche, on ne joue pas devant moins de 15 personnes. En moyenne, le public, c’est 20/40 personnes. On répond même à une demande pour 60 personnes en ce moment.

Delphine: Mais on veille toujours, par le jeu des éclairages, à recréer une vraie scène, à maintenir une distance minimum avec le public, de manière à ne pas être trop intrusif, il est important de le laisser libre de ses réactions. On ne veut pas qu’il se sente piégé.

Justement, en quoi le rapport au public est-il différent dans le théâtre à domicile ?

Delphine: La grande différence, c’est qu’au théâtre classique, le public choisit d’aller voir une pièce alors qu’à domicile, il ne choisit pas. Nous ne sommes pas attendues ! Du coup, on se sert à fond de cet effet de surprise. On est encore plus actives pour être avec eux, les embarquer, les entraîner avec nous. Néanmoins, le fait que le public soit constitué d’amis, provoque une étonnante chaleur humaine et une écoute complice forte. On n’a jamais l’occasion de partager un spectacle, qui plus est personnalisé, avec 30 voir 50 de ses amis !

Elise: Il faut être très perméable, réactif à ce qui se passe. Personnellement, à domicile, je me sers davantage des réactions, des retours du public qui me permettent éventuellement de rebondir, de créer des mini improvisations, qui servent le spectacle, chose que je ne fais pas au théâtre « classique ».

En parlant public et rencontres, avez-vous des anecdotes savoureuses à ce sujet ?

Elise: Des anecdotes savoureuses, je ne sais pas, mais des moments très forts de communion, de partage, oui absolument ! Des personnes qui pleurent, qui ne veulent plus nous laisser partir, qui tombent amoureux (rires) ! La préparation des spectacles et les spectacles en eux-mêmes nous permettent de nouer une relation très forte de complicité, d’amitié, voir d’intimité car certaines personnes se livrent beaucoup pendant les interviews et partagent un moment unique avec nous pendant la représentation.

Delphine: C’est justement la vocation de la compagnie ! Tisser des liens forts et authentiques entre spectateurs et acteurs, rencontrer le public de cette manière là. J’ai toujours en tête et, c’est aussi une différence avec le classique, les gens qui, en fin de spectacle, nous regardent, qui auraient bien aimé nous parler, sans oser. A domicile, on a justement cette possibilité d’échanger avec le public et c’est toujours un moment un peu magique, pour eux comme pour nous. On garde d’ailleurs souvent contact avec des personnes chez qui on a joué et qui font fonctionner le bouche à oreille ! Et puis il y aussi ceux qui nous disent après la représentation « Moi je ne vais pas au théâtre mais là, vous m’avez donné envie d’y aller ! » et ça, c’est la plus belle récompense !

Valérie Français

Valérie Français

Comment vous répartissez-vous les tâches au sein de la compagnie (écriture, mise en scène,…) ?

Delphine: C’est avant tout un travail d’équipe : on se déplace, on rencontre nos futurs hôtes, on écrit les pièces et on joue ensemble. Mais je m’occupe généralement des premiers contacts téléphoniques. J’essaye de bien comprendre l’univers du public, ce qu’il attend et ce qu’on peut lui apporter en plus, tout cela pour proposer un spectacle adapté et insolite. Mais il faut aussi veiller à la faisabilité des choses.

Elise: Je suis un peu plus orientée écriture et mise en scène, en partant toujours de mon envie, « qu’est ce que moi j’aurais envie de voir ? ». Mais au final on se complète très bien toutes les 3 (ndlr : avec Valérie Français). Delphine et Valérie canalisent mes excès de créativité, mon petit grain de folie (rire) ! On est toutes très animées par l’envie de créer et d’inventer de nouvelles choses.

Et sinon, quels ont été vos parcours avant la compagnie ?

Elise: J’ai commencé le théâtre très jeune à l’âge de 7/8 ans avec une institutrice qui était passionnée de théâtre. Je me suis formée dans pas mal de clubs de théâtre à Paris et aux Etats-Unis à the American Academy of Dramatic Art. J’ai terminé ma formation à l’école de la rue Blanche. J’ai beaucoup joué dans du théâtre contemporain, qui est le type de théâtre qui m’intéresse le plus. J’estime que le théâtre est quelque chose qui doit être ancré dans son époque, relever du « ici et maintenant ». Aujourd’hui, j’ai beaucoup plus envie de créer, d’écrire, de mettre en scène.

Delphine : Je ne viens pas du tout d’un milieu artistique au départ. Mais dès l’école primaire, j’ai senti tout de suite un déclic, une évidence, un bonheur énorme de jouer. Et l’envie de devenir comédienne ne m’a plus jamais quittée. J’ai fait une école de commerce tout en suivant le cours Simon. J’ai joué beaucoup par la suite, aussi bien dans le théâtre classique que contemporain. Aujourd’hui, parallèlement au théâtre à domicile, je fais de la formation en art oratoire pour les médecins et les avocats. J’interviens aussi en tant que comédienne et scénariste sur le thème de la relation médecin/malade en collaboration avec des membres talentueux de la Société Française de psycho oncologie. C’est passionnant, on se sent utiles !

Merci ! Quels sont les projets de la compagnie ?

Delphine: On a le projet de travailler avec une galerie d’art qui combine art pictural et art culinaire et qui souhaiterait nous associer à des soirées événementielles. L’idée est d’écrire une pièce pour des personnes qui sont à table et qui, par un procédé original et malicieux sont amenées à entendre la conversation de la table d’à côté … Nous envisageons de corréler le texte à la cuisine proposée. On n’en dit pas plus pour le moment, on est en pleine création. Mais c’est un chantier passionnant !

Propos recueillis par Elisabeth Donetti

Compagnie L’EFFET DU LOGIS
www.leffetdulogis.com
Tel : 06 10 30 68 48
Mail : contact@leffetdulogis.com

LE CERCLE DES ILLUSIONNISTES – THÉÂTRE LA PEPINIERE

Piece.1549Tu vas voir, tu vas adorer. Ca me rappelle quelque chose…. Une fois, deux fois, trois fois, adjugé. Direction le théâtre La Pépinière mercredi dernier pour découvrir « Le cercle des illusionnistes », la deuxième création d’Alexis Michalik, après le succès du spectacle « Le porteur d’histoire ». Et j’ai A-DO-RE la pièce parce qu’Alexis Michalik raconte les histoires comme personne. Ce jeune et talentueux metteur en scène a définitivement trouvé un style, une signature théâtrale, une manière bien à lui d’embarquer le public dans des récits à tiroirs originaux, formidablement construits, de les faire se combiner, s’enchaîner, se répondre à travers les époques et les lieux, tout en suivant le fil d’une histoire unique. On retrouve ici l’équation gagnante qui a fait le succès du Porteur d’histoire : six comédiens « caméléons » ultra talentueux portés par une mise en scène fluide, rythmée et très inventive.

Dans « Le cercle des illusionnistes » cette fois-ci, il est question de magie, d’inventeurs fous, de cinéma, de théâtre, d’amour. Alexis Michalik nous invite à découvrir, des plaines italiennes à la cour de Russie, de Londres à Paris, les destins méconnus et passionnants de Jean-Eugène Robert-Houdin (1805 – 1871) horloger, magicien, créateur d’automates et de Georges Méliès (1861 – 1938), héritier d’un fabricant de chaussures, industriel, inventeur des premiers « effets spéciaux » du cinéma. Ils ne se rencontreront jamais mais leurs destins respectifs se noueront au cœur d’une salle de théâtre parisienne, aujourd’hui disparue, devenue à l’époque la première salle de cinéma moderne. Mais la pièce commence en juin 1984. Alors que la France vibre pour le championnat d’Europe de football, Décembre vole un sac dans le métro. Dans le sac, il trouve la photo d’Avril jolie et décide la revoir…

Après chut !! C’est parti pour 1 heure 30, de rêve, d’émerveillement, de rire. Le bonheur tout simple de retomber en enfance.

Le point de vue d’Elisabeth 

LE CERCLE DES ILLUSIONNISTES

Jusqu’au 29 juin

Théâtre La Pépinière, 7 rue Louis le Grand, 75002 Paris

Du mardi au samedi à 20h30

Matinée samedi à 16h

NOUVEAU : Reprise au théâtre de la Pépinière à partir du 27 mai 2017

Mardi au samedi à 20h30, matinée le samedi à 16h00

 

SAHAR ET JEREMY – THÉÂTRE du PETIT HEBERTOT

Sahar-ET-Jeremy-PH-WEB1-682x1024Aurore Auteuil questionne la quête du bonheur avec « SAHAR ET JEREMY», la pièce qu’elle interprète actuellement au Petit Hébertot.  Lui, c’est Jeremy, 17 ans au début de la pièce, sweat à capuche et baskets, une enfance difficile marquée par un père violent, adolescence chahutée, des excès d’alcool et de cocaïne, un job de garçon de café purement alimentaire, jusqu’à sa rencontre avec Sahar, une jeune femme « venue du pays du soleil » qui changera le cours de sa vie. Seule en scène, Aurore Auteuil interprète les 2 personnages à tour de rôle, d’abord son parcours à lui, puis leur vie à eux, leurs joies, leurs doutes, leurs espoirs pendant près de 15 ans. Le récit s’égrène ainsi de chapitre en chapitre avec en toile de fond la même question : peut-on oser croire au bonheur et le vivre quand on ne l’a jamais connu ?  

Pour défendre cette histoire et relever le défi toujours difficile du « seul en scène », la comédienne se livre à 100% pendant une heure et parvient à rendre ses personnages attachants en transmettant de belles émotions dans les scènes de colère et de désespoir, davantage d’ailleurs que dans les passages narratifs. Dommage cependant de ne pas la voir interpréter davantage Sahar, très en retrait par rapport au personnage masculin. Côté mise en scène, de belles choses ! Aurore Auteuil évolue au milieu de trois grands panneaux de tissu transparents sur lesquels sont projetés textes et dessins stylisés. Jolie trouvaille du metteur en scène Ladislas Chollat qui  apporte beaucoup de fraîcheur et de poésie à la pièce. Il faut noter aussi une très belle bande son, dont la reprise magique de With or without you de U2 au violon, qui ponctue judicieusement les temps forts de la pièce.

On imagine aisément qu’Aurore (Sahar en persan) Auteuil a livré de sa vie dans ce spectacle qu’elle s’est écrit sur mesure, tant son émotion était  palpable mercredi dernier, au moment des applaudissements nourris du public.

Le point de vue d’Elisabeth

SAHAR ET JEREMY

Jusqu’au 19 avril

Théâtre du Petit Hébertot

78 bis boulevard des Batignolles, 75017 Paris

Du mercredi au samedi à 20h

 

LES VAISSEAUX DU CŒUR – THÉÂTRE du PETIT MONTPARNASSE

Les-Vaisseaux-du-coeur-afficheC’est l’histoire vraie d’un amour pas comme les autres. Elle, George, une intellectuelle parisienne. Lui, Govain, un marin breton. Rien ne les prédestinait à se rencontrer, encore moins à s’aimer. Pourtant LES VAISSEAUX DU COEUR raconte cette passion là : leur rencontre à 18 ans, la révélation d’un désir charnel puissant, la naissance d’un amour véritable, les séparations temporaires (chacun se mariera et mènera sa vie de son côté), les retrouvailles toujours plus belles et plus intenses, des marchés africains aux plages seychelloises jusqu’aux littorals bretons pendant près de 30 ans. L’attirance qu’on croyait simplement physique laissera place au fil des décennies à un amour véritable, fort, fusionnel et aura raison des différences sociales, des distances lointaines, du temps qui passe. « Tu l’écriras, notre histoire ? » demanda un jour Govain à George. Elle a dit « non », et elle l’a écrite.

La pièce est l’adaptation d’un roman autobiographique de Benoîte Groult publié en 1988. Le livre marqua à l’époque les esprits par la crudité des mots pour évoquer l’amour physique. La comédienne Josiane Pinson, qui interprète le rôle de George, signe ici l’adaptation de la pièce . « J’ai lu Les Vaisseaux du coeur pour la première fois il y a quelques vingt cinq ans et le roman ne m’a plus quittée depuis ».   

Pour évoquer cette histoire d’amour hors du commun, le metteur en scène Jean-Luc Tardieu a fait le choix d’un plateau dépouillé, blanc, aérien qui permet au spectateur de ne pas se disperser et de s’attacher au texte, rien qu’au texte. Le récit alterne moments de narration et moments d’actions, joliment illustrés par des lumières douces et des transitions sonores fluides. Sur scène, le duo Josiane Pinson/Serge Riaboukine fonctionne à merveille. Les deux comédiens, tout en complicité, incarnent, avec le même talent, toutes les facettes des émotions amoureuses : la puissance du désir, la tristesse des départs, la nostalgie des souvenirs heureux, la joie des retrouvailles. Au-delà de la qualité d’interprétation, le texte est l’une des grandes forces du spectacle : superbement écrit, drôle, émouvant et parfois (très) cru !  George appelle un chat un chat, ce qui crée d’ailleurs un contraste charmant avec l’élégance et le timbre suave de Josiane Pinson.

Le point de vue d’Elisabeth 

THÉÂTRE DU PETIT MONTPARNASSE 

DERNIÈRE MINUTE : Prolongations jusqu’à fin mai 2014 !

31 rue de la Gaité, 75014 Paris

Du mardi au samedi à 19h

Le dimanche à 17h

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UN CAFÉ AVEC David Barrouk, coach d’acteurs, Method Acting Center (Paris)

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Bonjour David, vous avez créé Method Acting Center en 2002. Quelle est la vocation de l’école ? A qui s’adresse-t-elle ?

Je dirais de façon basique que l’école sert à former des acteurs de théâtre et de cinéma à leur métier, entendons-nous des acteurs réalistes qui répondent à des circonstances données de façon logique, crédible, quel que soit le contexte de jeu, aussi farfelu ou délirant soit-il. On travaille selon la méthode de Stanislavski, de l’Actor’s studio et de ses « disciples » : Michael Chekhov, Stella Adler, Lee Strasberg et le génialissime et pourtant étonnamment méconnu Robert Lewis (ndlr : l’un des trois fondateurs de l’Actor’s studio). Une centaine de comédiens suivent nos ateliers chaque année. On a environ un quart de professionnels, deux quarts de personnes qui veulent en faire leur métier et un dernier quart qui « essaye », soit au final 75% de personnes qui s’inscrivent dans une démarche professionnelle.

En quoi consiste votre travail de coach ?

Au départ, avant d’être coach, je suis d’abord un enseignant qui transmet une méthode, des techniques, un savoir-faire. Ensuite, si je fais bien mon travail, au bout d’un an, deux ans, je n’ai plus grand-chose à transmettre techniquement parlant et je glisse progressivement vers une activité de coach, c’est-à-dire quelqu’un qui, comme son nom l’indique, entraîne, aiguise les connaissances. Il y a certaines personnes que je coache par exemple depuis cinq, dix ans.

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Quels sont les enseignements clés que vous transmettez à vos comédiens ?

Mon premier enseignement consiste à désacraliser le jeu, décensurer, mettre à l’aise, apprendre par l’erreur et par le plaisir. Le plaisir est un outil pédagogique fondamental. En supprimant les tensions, les souffrances, les peurs, on libère l’imaginaire, la créativité, on permet aux acteurs de se mettre dans une vraie aisance, de façon qu’organiquement, simplement, naturellement ils vont trouver leur propre expressivité. Deuxième enseignement : on ne joue pas le texte, on ne joue pas les émotions, on joue les actions. L’acteur doit avoir une approche 360° de son environnement (où je suis, comment je me sens, pourquoi je suis ici, quel est mon objectif,…). Les émotions et enfin le texte ne sont, en quelque sorte, que des produits dérivés de la situation.Mon rôle, c’est d’apprendre aux acteurs « à ne pas jouer »,c’est à dire à ne pas faire semblant, à ne pas être dans un art de représentation mais dans un art d’expériences véritables, qu’elles soient physiques, psychologiques ou émotionnelles.

N’est-ce pas dangereux justement pour un acteur de vivre une véritable expérience psychologique ou physique ?

Pas s’il y a des gardes fous ! Dans les ateliers, il y a trois règles : ne pas se faire mal ou faire mal à l’autre, respecter la personne physique, prendre du plaisir. Dans la méthode, il y a des moyens d’entrer dans des scènes mais il y a aussi des moyens d’en sortir. Si on utilise du vécu par exemple, on va utiliser du vécu qui est daté. Mais ceci étant dit, pour moi, le vrai risque, c’est justement de ne pas en prendre, de ne pas vivre d’expériences. Sinon, à quoi bon ? Comment nourrir son travail de comédien ? Raison pour laquelle on invite nos comédiens à vivre des expériences pour alimenter leur travail. Mais je veille toujours à faire la différence entre l’intime et le privé. Quand je lance une direction pour le travail d’une scène et que je demande à mes comédiens de chercher dans leur vécu, je ne vais jamais chercher à savoir à quoi, à qui ils pensent. Le privé doit rester privé.

Quelles qualités demandez-vous à vos comédiens ?

Sans hésiter, la capacité d’émerveillement et de curiosité. Je leur demande de « jouer le jeu », de sortir des 2 ennemis fondamentaux selon moi à toute créativité : être blasé et comme on dit familièrement « se la jouer ». « Se la jouer » en acting, c’est déjà créer une carapace entre le monde extérieur et soi-même, qui entrave la créativité, la fraîcheur, l’émerveillement. Et puis, bien sûr, je leur demande du travail, de la persévérance. Pour réussir, comme le disait Brando, 1% de talent, 99% de travail….

Et quelles sont les qualités d’un bon coach ?

A mon avis, il y en a 3. Un bon coach doit d’abord être capable d’inspirer, d’être évocateur, d’allumer chez l’autre l’étincelle de la créativité, en proposant, en séduisant l’imaginaire mais jamais, encore une fois, en imposant. Ensuite, il doit savoir donner de la confiance aux acteurs, s’inscrire dans une pédagogie enthousiaste, positive. Et puis, être honnête intellectuellement, c’est-à-dire avoir conscience que son rôle n’est pas de donner un avis personnel ou de rendre un jugement sur telle ou telle personne de manière subjective. Il faut être vigilant sur ce point car les frontières sont très poreuses dans ce métier. Je dirais enfin d’une manière plus générale qu’il est important pour un coach d’avoir « tâté de la scène » pour connaître les challenges, les problématiques qui se posent à un acteur et pouvoir ensuite transmettre en connaissance de cause. Il faut avoir été de façon organique à la place de l’acteur pour vraiment l’aider et l’accompagner.

Y-a-t-il une différence entre coacher des acteurs pour le cinéma et pour le théâtre ?1891237_716567785050281_143719052_n

Non, on les coache de la même façon. La seule différence réside dans la projection de gestes et de la voix, autrement dit « sur-physicaliser » ou « sous-physicaliser » sa performance selon les contraintes spatiales, techniques données (taille d’une salle, extérieur/intérieur,…). Mais au final, le seul impératif pour un acteur, théâtre ou cinéma, c’est la recherche de la vérité, c’est d’être juste, c’est d’être connecté. La vérité intérieure a un goût unique qu’on ressent de la même façon au théâtre qu’au cinéma.

Qu’est-ce qui vous intéresse dans ce métier ? En quoi est-ce complémentaire de vos autres activités de scénariste/réalisateur/producteur ?

Je dirais que ce métier m’intéresse parce que l’humain m’intéresse. Dans le coaching, on est très profondément ancré dans l’humain. Et puis mon activité de coach me sert énormément dans mon activité de réalisateur. Le fait d’avoir une connaissance profonde, intime du travail de l’acteur me permet sur un tournage de me sentir en confiance avec eux, d’être à l’aise, de les faire travailler de manière à obtenir ce que je souhaite. A un niveau plus personnel, c’est agréable de pouvoir travailler avec des acteurs. Ça me permet de déconnecter un peu de mes univers, de me « rafraîchir ».

Parlez-nous de vous. Quel a été votre parcours ?

J’ai d’abord suivi des ateliers en France comme acteur. J’étais passionné par le coaching d’acteurs déjà à l’époque et j’ai participé un jour à Paris à un colloque sur « le siècle Stanislavski ». Déclic, je découvre cette méthode que je trouve ludique, accessible et très pragmatique et je décide de partir à New-York pour me former à la Méthode. Pendant 2 ans et demi, j’ai suivi les cours du Herbert Berghof Studio et du Michael Chekhov studio, tout en jouant sur la scène off de Broadway. Expérience phénoménale en termes d’apprentissage, de rencontres,… Je suis rentré en France et les choses se sont enchaînées assez naturellement, j’ai réalisé des courts et des moyens métrages qui ont été beaucoup diffusés et récompensés, j’ai créé un pool d’écriture de scenarii et j’ai commencé à coacher des acteurs en France qui étaient intéressés par mon expérience américaine. J’ai monté un atelier de coaching informel en 2000 qui est devenu Method Acting Center en 2002.

Que tirez-vous de cette expérience américaine ?

Ce que j’ai appris par-dessus-tout : l’amour et la passion d’un art se combinent parfaitement avec la désacralisation et l’irrévérence. Rien ne doit être figé, poussiéreux que l’on s’attaque à des contemporains ou des classiques. D’ailleurs Jouvet en parlait très bien « la tragédie, c’est du sport » les choses doivent être tangibles, physiques, ne rien mettre sur un piédestal.

Merci David. Et pour conclure, quels sont vos projets ?

Pas mal de choses ! Je suis en train de finir mon premier long métrage, qui a été tourné en Angleterre. J’ai aussi le projet de créer au sein de Method Acting Center avec les élèves de l’école un pôle production pour développer des projets cinéma et théâtre. Et puis l’écriture ! Je termine un livre sur l’acting, dont l’objectif est de compiler les enseignements de la Méthode Stanislavski, de les faire redécouvrir, de les rendre très accessibles et, encore et toujours, paradoxalement, de les démystifier pour mieux en maîtriser la magie. Tiens, à propos de démystification, le livre devrait s’intituler… « STAN » !

Propos recueillis par Elisabeth Donetti 

Pour aller plus loin :

www.methodacting.fr

www.davidbarrouk.com

 

 

 

Lecture – rencontre Murielle MAGELLAN le 9 mars

LECTURE – RENCONTRE dimanche 9 mars à 17h

A l’occasion de la parution de son dernier roman « N’oublie pas les oiseaux » aux éditions Julliard, Murielle Magellan présentera son ouvrage à la librairie du théâtre du Rond-Point dimanche 9 mars à 17h. Les comédiennes Véronique Olmi et Audrey Dana liront quelques extraits, avant une séance de dédicaces et un verre de l’amitié.

Rencontre 9 mars

Librairie du théâtre du Rond-Point

2 bis avenue Franklin Roosevelt

75008 Paris

www.librairiedurondpoint.fr

LA COMTESSE D’ESCARBAGNAS – Le FUNAMBULE MONTMARTRE

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Très, très déçue par ce spectacle qui m’avait pourtant séduite sur le papier. Certes, de l’enthousiasme et une belle énergie au sein de cette jeune compagnie « les Oracles imparfaits », qui propose une pièce méconnue du répertoire de Molière « La comtesse d’Escarbagnas », satire sur la société de province, où se croisent comtesse vaniteuse, valets incultes, jeune première, vicomte secrètement amoureux…. Malgré l’implication et le plaisir des jeunes comédiens à être sur scène, 1 heure 10 d’ennui total devant ce spectacle au final mal ficelé et peu abouti : interprétation poussive à la limite de la caricature, mise en scène simpliste, décor ultrarudimentaire. Pas convaincue hélas…

Le point de vue d’Elisabeth 

http://www.funambule-montmartre.com/

RIEN NE SE PERD – LE PETIT HEBERTOT

RNSP-WEBEmballée par le spectacle « RIEN NE SE PERD » hier soir au PETIT HEBERTOT !

RIEN NE SE PERD, ce sont 5 comédiens, tous plus talentueux les uns que les autres, qui « recyclent » les plus belles et plus célèbres répliques du théâtre classique au service d’une comédie sur vitaminée, pleine d’humour et forcément …décalée ! Tous les « ingrédients » du drame classique sont au départ réunis: la reine folle et toute puissante, une belle princesse à marier, le traître démoniaque, un prince charmant et loufoque, la coquette prête à tout. Aventure, chevauchée, passion contrariée, trahison, …L’amooouur finira-t-il par triompher ? Ce scénario revu et (légèrement !) corrigé pour l’occasion permet aux comédiens de déployer tout leur talent dans une succession de tableaux déjantés mais dont l’intrigue se suit parfaitement. Et comme rien ne se perd et qu’on ne se limite pas à recycler uniquement les textes des classiques, cartonnages, emballages alimentaires, produits d’entretien, boites à chaussures et même capsules chères à un certain George G. ont été mis à contribution pour confectionner de costumes….100% récup. Attention les yeux !

Au final, un spectacle très drôle, enlevé, rythmé, et ponctué par une bande son inspirée qui apporte beaucoup de charme et de peps à l’ensemble. La mise en scène de Béatrice de la Boulaye, est originale et créative mais toujours au service d’un spectacle parfaitement cohérent. Il faut souligner au passage la belle prouesse de faire enchaîner pendant une heure et demie les plus belles répliques de Molière, Goldoni, Shakespeare, Marivaux, Tchekhov et tant d’autres. Et puis, mention spéciale aux cinq comédiens (Cindy Doutres, Blandine Bury, Vincent Londez, Romain Vissol, Diana Lazlo) qui s’en donnent à cœur joie, aussi complices entre eux qu’avec le public. Frais et décomplexé !

Un grand BRAVO au collectif LA BOUEE, qui avait déjà rencontré le succès avec une belle adaptation de « L’écume des jours » en 2009.

Allez les applaudir !

Le point de vue d’Elisabeth 

RIEN NE SE PERD

Théâtre du Petit Hebertot 78 bis boulevard des Batignolles, 75017 Paris

Du mercredi au samedi 21h30 jusqu’au 26 avril

Copyright visuels ©labouee

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DÉSHABILLEZ-MOTS 2 – L’EUROPÉEN

affiche-déshabillez-mots-n-2Prenez deux comédiennes pleines de peps, ajoutez des textes ciselés, saupoudrez d’un zeste d’impertinence, secouez bien fort et servez frais !  Voici  Déshabillez-mots 2, un spectacle réjouissant servi par un duo de comédiennes espiègles et complices, qu’on imagine très bonnes copines dans la vie ! Fortes du succès de leur premier opus en 2011, Léonore Chaix (la blonde) et Flore Lurienne (la brune) rempilent pour un nouveau spectacle à l’Européen dans lequel elles incarnent, illustrent, décortiquent des mots de la langue française comme de vrais personnages, en proie à des états d’âme. Passent ainsi à la moulinette du duo les mots improbables tels que : « politesse », « perfection », « exigence », « quiproquo », « lâcher-prise »… Mention spéciale au passage pour l’interprétation des signes de ponctuation (le point-virgule : un régal !). Mais chuttt ! N’en dévoilons pas trop… On feuillette en tout cas pendant une heure et demie les pages d’un dictionnaire virtuel avec gourmandise et délectation. Les différents tableaux du spectacle permettent à Léonore et Flore de déployer tout leur talent de comédiennes et leur don pour l’écriture. Il y a du Raymond Queneau dans l’air. Spectacle drôle, singulier, culotté ! Laissez le charme agir….

Le point de vue d’Elisabeth 

DERNIÈRE MINUTE : Nouvelles représentations du 16 octobre 2014 au 4 janvier 2015

L’EUROPÉEN,  5 rue Biot, 75017 Paris

Site officiel DÉSHABILLEZ-MOTS 2

LE MISANTHROPE – THÉÂTRE de L’OEUVRE

misanthrope-affiche-largeAprès les facéties de Régis Mailhot, il me tardait d’aller voir LE MISANTHROPE mis en scène par Michel FAU au THÉÂTRE DE L’OEUVRE. C’est chose faite !

Le Misanthrope, c’est l’histoire d’Alceste et Célimène. Alceste haït la société des hommes, ses codes, son hypocrisie et ne rêve que de sincérité. Mais il est secrètement amoureux de Célimène, jeune coquette qui fait tourner le cœur des hommes et manie l’intrigue et l’hypocrisie à ravir. Lui n’est que noirceur et intransigeance. Elle n’est que préciosité et frivolité, emprisonnée dans les carcans de son époque. Deux âmes en souffrance qui s’aimeront, se confronteront jusqu’à la rupture et l’exil inévitable.

Michel Fau s’attaque au classique des classiques avec un parti pris scénographique et artistique qui séduira ou ne séduira pas mais ne laissera personne indifférent. « Il faut rêver le XVIIème siècle, profiter du style baroque de l’œuvre et exploiter l’alexandrin qui est le vers noble, pour mettre en lumière un monde décadent et raffiné, précieux et féroce » indique-t-il dans sa note de metteur en scène. Pari fort réussi de ce point de vue. Dès le lever du rideau, on est plongé dans une esthétique sophistiquée, saturée de couleurs, de rubans, de strass, un vrai « bling bling » Grand Siècle. Il faut noter le soin tout particulier apporté aux costumes, perruques et maquillages, tous plus superbes les uns que les autres et parfaitement sublimés par la lumière chaude et intimiste de Joël Fabing.

A ce régal des yeux s’ajoute celui des oreilles car Michel Fau aime la langue du XVIIème et le respect des 12 syllabes de l’alexandrin. Le texte est servi par un casting masculin remarquable, à commencer par Michel Fau/Alceste qui fait résonner les vers de manière résolument moderne et sait, d’un regard, d’une posture, d’un silence jouer toute la gamme d’émotions du sombre Alceste. J’ai trouvé Jean-Pierre Lorit très convaincant en sage et raisonnable Philinte (quelle voix, quelle diction !) ainsi que Roland Menou et Frédéric le Sacripan qui jouent leur partition de « petits marquis » avec beaucoup de talent, tout en préciosité et ridicule. Et puis coup de cœur personnel pour Jean-Paul Muel qui campe en Oronte un poète pédant surpoudré et surperruqué absolument irrésistible et déclenche les rires du public dès la pointe de son soulier posée sur scène. J’ai été sincèrement moins séduite par la distribution féminine. Je suis restée sur ma faim notamment pour les duels Célimène/Arsinoé, que j’attendais plus mordants et féroces.

Du bel ouvrage dans tous les cas!

Le point de vue d’Elisabeth 

 

LE MISANTHROPE, jusqu’au 9 mars 2014

Théâtre de l’Œuvre, 55 rue de Clichy (Paris 9ème)

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