JE NE SERAI PLUS JAMAIS VIEILLE – THÉÂTRE des MATHURINS

image_219_1_Seule sur la scène des Mathurins, la comédienne Christine Citti défend un texte fort, brutal, sans détour sur le harcèlement moral à l’intérieur du couple et la violence faite aux femmes. Elle incarne Adèle, la quarantaine, architecte, mariée à Guillaume, architecte lui aussi. On imagine le milieu privilégié, cultivé, aisé mais l’illusion s’arrête là car Adèle est une femme battue, violée par son mari qui la réduit à l’état d’objet, use et abuse d’elle à sa guise. Elle est une victime qui, depuis plusieurs années, s’est enfermée progressivement dans un internement moral, intellectuel et sexuel. L’histoire pourrait s’arrêter là, mais une main se tend, celle de Luba, la femme de ménage « spectatrice », qui a compris sa détresse, lui fera prendre conscience du cauchemar qu’elle vit éveillée, l’aidera à se relever et à se battre. Mise en scène minimaliste (signée Jean-Louis Martinelli) pour donner encore plus de relief aux mots, à ce texte coup de poing sur un problème de société (encore) trop méconnu. Christine Citti, engagée à 100%, offre une prestation très convaincante dans l’exercice toujours périlleux du monologue, notamment dans les passages relatifs à la violence physique, à l’humiliation, à la souffrance du corps (passage du viol). Mais il ne faut pas réduire ce texte au seul désespoir. C’est aussi un très beau monologue sur la solidarité, l’amitié, les rencontres salvatrices, «Je voulais que ce texte soit autant une prise de conscience qu’un remerciement à la vie, aux autres rencontrés, qui vous donnent à nouveau la lumière » comme le souligne l’auteure Fabienne Périneau, lauréate du Festival Paris des Femmes 2014, pour lequel elle a écrit ce texte. Bref, ne jamais baisser les bras, on est bien d’accord là-dessus. Une très jolie pièce à découvrir cet automne. Allez-y.

Le point de vue d’Elisabeth 

  

JE NE SERAI PLUS JAMAIS VIEILLE

Théâtre des Mathurins  • 36 rue des Mathurins 75008 Paris

Du mardi au vendredi  à 21h & samedi à 17h

 Tarif : 20 €

Crédit photo : PASCAL VICTOR/ ARTCOMART

JE NE SERAI PLUS JAMAIS VIEILLE (Jean Louis MARTINELLI) 2014

JE NE SERAI PLUS JAMAIS VIEILLE (Jean Louis MARTINELLI) 2014

L’ÉCHANGE – THÉÂTRE AKTEON

echangeWork addicted depuis début août mais je te retrouve mon cher blog ! Plaisir toujours intact de découvrir une nouvelle salle, d’écouter les bavardages très discrets des spectateurs du soir à 10 minutes du lever de rideau, de plonger progressivement dans cette douce et chaude pénombre qui nous offrira cette intimité magique avec celles et ceux qui s’offrent aux regards. Le plateau s’éclaire, une silhouette s’avance à petits pas sur la scène et je me souhaite intérieurement une « bonne rentrée »… La pièce s’appelle « L’ECHANGE », elle a écrite par Paul Claudel en 1894 et raconte l’histoire de Marthe, une jeune femme qui a quitté la France pour suivre aux Etats-Unis l’homme qu’elle aime, Louis, un homme épris de liberté et d’indépendance. Ils font la connaissance d’un couple en tout point opposé à eux : Thomas Pollock, riche homme d’affaires, vénal, et cupide, et sa femme, la ténébreuse Lechy, une actrice aux mœurs libres… Louis, qui travaille pour Pollock, vendra par appât du gain, sa douce et vertueuse épouse pour quelques dollars tandis qu’il la trompera avec Lechy. Une perte des idéaux insupportable pour la vertueuse Marthe qui ne sera d’ailleurs pas la seule victime de ce quatuor destructeur. L’histoire éternelle d’hommes et de femmes en proie au doute, à la tentation, à la corruption et aux désillusions. Un plateau fort dépouillé, des effets lumière réduits au minimum, pas d’accompagnement musical : ne cherchez pas ici de mise en scène sophistiquée ou de quelconques artifices  susceptibles de nous plonger sur la côte ouest américaine du XIXème siècle. Le texte, encore le texte, rien que le TEXTE et….le souci des comédiens de « délivrer » la prose claudélienne au plus juste. Et dans l’exercice, Margaux Lecolier, dans le rôle de Marthe, offre de bout en bout une prestation remarquable qui surclasse, à mon avis, ses partenaires : un timbre doux, une diction parfaite et une capacité à transmettre ses émotions avec une rare intensité. 2 à 3 moments de grâce sur un plateau presque nu. Un grand bravo à elle.

Le point de vue d’Elisabeth 

L’ECHANGE

Théâtre Aktéon · 11 rue du Général Blaise, 75011 Paris

Mercredi et jeudi à 21h30 jusqu’au 2 octobre

Découvrir le site de la compagnie BossKapok

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UN CAFÉ AVEC Aurélie Féat, coordinatrice du festival LES TRÉTEAUX NOMADES

1920_42778997831_6483_nC’est en feuilletant le magazine A PARIS que je suis tombée sur « Les Tréteaux Nomades », un festival de théâtre parisien programmé à la fin de l’été. Intérêt immédiat (!) et donc email envoyé le jour même à la compagnie organisatrice. Réponse positive reçue le lendemain d’Aurélie Féat, qui assure la promotion du festival depuis 2 ans et prépare activement l’organisation de cette 15ème édition. Le rendez-vous est fixé un samedi matin place Denfert-Rochereau autour d’un expresso. Jolie rencontre au cœur de l’été, à deux semaines du lancement des festivités.

Coup de théâtre • Bonjour Aurélie, comment est né le festival « Les Tréteaux Nomades » ?

Aurélie Féat : Le festival est né en 1999 et a été créé par La Compagnie du Mystère Bouffe, spécialisée dans la transmission, la création et la diffusion de la Commedia dell’arte. L’idée est d’offrir chaque année un festival populaire, festif, ludique au cœur de lieux insolites ou historiques et qui s’adresse à tous les publics. C’est devenu au fil des années le rendez-vous théâtre incontournable de la fin de l’été à Paris. En 15 ans, nous avons attiré près de 90 000 spectateurs et offert plus de 400 représentations ! La prochaine édition aura lieu du 25 août au 7 septembre, c’est la dernière ligne droite dans l’organisation et la logistique avant le jour J … 

Quelles sont les valeurs et la vocation du festival ?

A.F.: Notre vocation, c’est d’abord de remettre le théâtre au cœur de la cité en développant une vraie proximité avec le public. Pour résumer les choses, ce n’est pas le public qui vient au théâtre, c’est le théâtre qui va au public! D’ailleurs, dans la tradition de la Commedia, les comédiens font des parades dans la rue une heure avant de monter sur scène pour attirer des spectateurs. Ensuite, notre souhait à travers ce festival, c’est de perpétuer un véritable théâtre populaire, animé par un esprit « tréteaux », saltimbanque comme il existait à l’époque de Molière. Enfin, l’envie de se produire dans des lieux historiques de Paris, qui entrent en résonnance et font écho à l’art de la Commedia. Nous avons toujours beaucoup de plaisir à les faire découvrir aux spectateurs.  

C’est vrai que le festival investit des lieux souvent méconnus des parisiens…

A.F. :Oui, absolument, par exemple, l’hôtel particulier de Beauvais qui abrite la cour administrative d’appel de Paris et offre un cadre somptueux aux spectacles présentés. Les autres lieux offrent des ambiances très différentes : l’aspect collectif et populaire des Arènes de Montmartre, la convivialité de la place Sainte-Marthe et l’esprit « air du temps » de la Bellevilloise, seul espace de jeu en intérieur. En 15 années, nous avons joué dans une dizaine de lieux différents et nous sommes d’ailleurs toujours en recherche de nouveaux, à la fois esthétiques, susceptibles d’accueillir du public et dont nous pouvons obtenir l’autorisation d’y jouer sans trop de difficultés !

Quelle sera la programmation de la prochaine édition ?

A.F.: Cette année, nous présentons 6 pièces en billetterie dans 3 lieux différents – les arènes de Montmartre (18ème), la cour de l’hôtel de Beauvais (4ème) et la Bellevilloise (20ème) – et des scènes ouvertes gratuites sur la place Sainte-Marthe (10ème). Nous essayons de varier les univers et les genres : des pièces du répertoire classique (Les deux gentilshommes de Vérone, Les fourberies de Scapin), du théâtre contemporain (La cour des miracles) et des créations comme D’Artagnan hors-la-loi, qui est un vrai spectacle de cape et d’épée ou Petit Pierre qui raconte l’histoire vraie et émouvante d’un homme simple qui a traversé tout le XXème siècle en construisant un manège merveilleux ; 2 comédiens sur scène racontent cette petite histoire dans la grande. Nous proposons également des pièces jeune public comme Cendrillon s’en va-t’en guerre, une version complètement revisitée du conte de fée, assez engagée, délurée, voire féministe ! (rire), qui séduira autant les petits que les grands. Les scènes ouvertes sont quant à elles accessibles aux amateurs comme aux professionnels désirant partager leurs créations : théâtre, clown, improvisation,…Dans tous les cas, un seul mot d’ordre : le plaisir !

De quel théâtre vous sentez-vous les héritiers : commedia dell’arte, théâtre forain, théâtre burlesque  … ?

A.F.: Sans hésiter, de la Commedia dell’arte ! C’est vraiment l’ADN de la compagnie et du festival. D’ailleurs, quand nous présentons en première semaine des pièces du répertoire classique (Molière, Shakespeare, ..), nous les revisitons toujours dans un esprit Commedia en réunissant tous les ingrédients du genre : chant, danse, improvisation, acrobatie, pantomime, combat artistique, jeu masqué. Tous les comédiens de la compagnie ont d’ailleurs été formés à cet art pluridisciplinaire.

Quel est votre public ? Evolue-t-il d’année en année ?

A.F.: Notre public est avant tout parisien et francilien. Mais nous avons chaque année beaucoup de touristes surtout pour les spectacles programmés aux Arènes de Montmartre. Les touristes sont d’ailleurs un public formidable, très réactif et enthousiaste à cette expérience théâtrale en plein Paris !

La programmation part-elle en tournée, une fois le festival parisien terminé ?

A.F.: C’est plutôt en amont que les choses se passent. Certains spectacles ont été « rodés » à Avignon ou au festival d’Aurillac (ndlr : festival de théâtre de rue).En revanche, le fait de jouer à Paris permet d’attirer des programmateurs qui sont susceptibles d’acheter des spectacles et de les faire « tourner » sur d’autres scènes françaises.

Comment souhaiteriez-vous faire évoluer le festival ? Quels sont vos projets ?

A.F.: Notre souhait, c’est tout simplement grandir, augmenter le nombre de spectacles, allonger la durée du festival, investir de nouveaux lieux originaux et continuer à les faire découvrir à notre public. Nous aimerions également inviter des compagnies étrangères à se produire avec nous et à collaborer à l’organisation du festival.

La Compagnie du Mystère Bouffe a-t-elle d’autres activités ?

A.F.: Oui, en plus de la création de pièces et l’organisation du festival, nous proposons des stages et des ateliers de Commedia, dans nos locaux au Pré Saint-Gervais aussi bien aux enfants qu’aux adultes. Nous privilégions l’apprentissage des compositions de personnages et de leurs correspondances modernes, des techniques d’improvisation et des disciplines complémentaires (danse, combat, pantomime, chant,..). En point d’orgue, nos élèves se produisent en public pendant le festival ! Nous avons à cœur également de dispenser nos cours auprès de personnes en difficulté, comme des collégiens en échec scolaire ou des résidents de centre Emmaüs. La Commedia offre l’avantage d’être pratiquée sans avoir nécessairement une bonne connaissance de la langue française, par exemple. C’est un engagement fort de la Compagnie.

Merci et bon festival ! Pour conclure le mot « théâtre » que vous préférez ?

A.F.: Je dirais …troupe !

Propos recueillis par Elisabeth Donetti 

Pour en savoir plus, les Tréteaux Nomades dans LIBERATION du 22 août 2014 

FESTIVAL LES TRETEAUX NOMADES

Du 25 août au 7 septembre 2014

http://www.lestreteauxnomades.com

http://www.mysterebouffe.com

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LES AMNÉSIQUES N’ONT RIEN VÉCU D’INOUBLIABLE – LE LUCERNAIRE

vz-7b7f4206-5830-4d82-8ac1-cb6723d0a8bbDes bulles de savon qui s’élèvent et disparaissent dans la lumière des projecteurs sur le Femmes, je vous aime de Julien Clerc, une baignoire débordante de mousse, un tapis de salle de bain, un WC à l’avant-scène. Et nos protagonistes du soir : LUI, grand dégingandé, se prélassant égoïstement dans son bain, occupé à quelques lectures intéressantes. ELLE, silhouette affûtée dans un maillot deux-pièces, lunettes de piscine, bonnet de bain fifties, occupée à deviner ses pensées à lui. Alors elle l’interroge par la même et sempiternelle question pour cerner celui qu’elle aime: à quoi tu penses ? Dans cette salle de bains, comme le lieu de l’intimité propice à la complicité et aux confidences amoureuses, se noue ainsi pendant 1 heure et demie, un séduisant tête-à-tête, le dialogue éternel des hommes et des femmes sur le mystère de la séduction, le temps qui passe, l’absurdité de la vie, la peur de vieillir… Face à l’interrogatoire serré, lui se dévoile peu à peu à travers ses souvenirs, fulgurances, aphorismes, blagues, malentendus, …en naviguant entre sincérité, petites lâchetés, mégalomanie, égoïsme, mélancolie, lucidité, jusqu’au dénouement de leur histoire à  eux. D’abord perplexe par la « mécanique » binaire de la pièce, je me suis laissée progressivement séduire par ce duo aquatique (!), notamment grâce à la très belle composition de la comédienne Isabelle Cagnat qui réalise un tour de force en transmettant une grande palette d’émotions dans un texte ultra tenu. La mise en scène, habilement ponctuée d’une bande-son inspirée, joue fort bien la carte de l’intimité en jouant notamment sur l’élément eau, tour à tour régressif, sensuel, ludique, fil rouge original de ce dialogue amoureux. Au final, une vision rafraîchissante et attachante de l’homme et du couple. A l’affiche tout l’été, plongez-y !

Le point de vue d’Elisabeth 

LES AMNESIQUES N’ONT RIEN VECU D’INOUBLIABLE

Le Lucernaire • 53 rue Notre-Dame des Champs, 75006 Paris 

Du 11 juin au 30 août 2014

Du mardi au samedi à 20h

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LE BEL INDIFFÉRENT – THÉÂTRE des FEUX DE LA RAMPE

vz-DC190EE4-AE41-44B9-BECF-11F49EB6D083Sans militantisme aucun, j’ai toujours plaisir à soutenir le spectacle vivant et aller applaudir des pièces qui ne bénéficient d’aucune promo particulière. Ce spectacle là, je ne sais même plus comment je l’ai déniché, en surfant sûrement dans les confins du web, à la recherche d’une salle à 20 mn du bureau avec un titre et un auteur qui donne envie. Equation gagnante (ça, c’est Paris !) avec « Le Bel indifférent », une pièce en 1 acte écrite par Jean Cocteau, dont on fête le cinquantième anniversaire de la disparition, et jouée actuellement au théâtre Les feux de la rampe.  Les années 40, Paris, la nuit, une chambre d’hôtel. Sur scène, une jeune femme, dont on ne saura jamais le prénom, décide de rappeler à l’ordre son amant, Émile, parce qu’il fréquente d’autres femmes. Mais Emile ne répondra pas, ne répondra plus car il est parti pour de bon et laisse sa douce amie en proie au plus cruel des désespoirs d’amour. La pièce est ce monologue tour à tour hystérique, doucereux, sardonique, véhément, face à l’absent, indifférent au désespoir qu’il a causé. Pendant près d’1 heure, la jeune comédienne Crystal V Lessler brûle les planches et offre toute l’étendue de son talent à cette pièce (trop) peu connue que Cocteau a écrite en 1940 pour la comédienne Edith Piaf. Joli minois, sourire lumineux, regard pétillant,  elle offre une très belle composition en offrant avec beaucoup de générosité toutes les émotions du désespoir amoureux : de l’hystérie à la cajolerie, de la rouerie à la violence, de la nostalgie à la colère. Assurément, un très beau potentiel ! Le décor rend hommage à l’univers de Cocteau, la bande-son à Edith Piaf. Soutien au spectacle vivant et découverte de nouveaux talents, allez applaudir ce spectacle. Il est à l’affiche tout l’été et au-delà.

Le point de vue d’Elisabeth 

LE BEL INDIFFÉRENT

Théâtre Les feux de la rampe • 2 rue Saulnier, 75009 Paris

Tous les lundis soirs 20h

www.lebelindifferentspectacle.com

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DENISE JARDINIERE VOUS INVITE CHEZ ELLE – LES BLONDES OGRESSES

AFFICHE sans robertEn longeant la rue Etex, à deux encablures du métro Guy Môquet, un jeune homme vous interpelle au pied d’un immeuble, pointe votre nom sur un A4, vous confirme que c’est bien ici Denise Jardinière …. Je fais semblant d’être à l’aise mais je ne sais pas ce que je fabrique ici, à quoi rime ce spectacle. Une dame installée derrière un petit guéridon nous attend dans le hall et nous invite à entrer dans l’appartement rez-de-chaussée droite. Une vieille gouvernante vient nous ouvrir. Léger malaise d’entrée en voyant cet homme grimé en vieille femme qui s’efface pour nous laisser passer. J’évite de croiser son regard, dès fois qu’il/elle le ferait, et je file directement m’asseoir au fond de la salle, l’air qui en a vu d’autre, dans le genre alternatif. Mais dès les premières secondes, l’atmosphère sépulcrale me fait oublier ce que j’ai fait hier, ma journée de boulot, le 18ème arrondissement de Paris. Bien calée dans un fauteuil, coussin à l’appui, je regarde où je suis : un appartement bric et broc, un rideau de velours (histoire de), des chaises disparates, des affiches de promo, des lampes, des portes-bougies, des casseroles qui fument au fond dans la cuisine, et cette vieille bonne femme pas commode qui s’affaire mais risque de me fixer d’un instant à l’autre. Alors je ne la regarde pas, c’est plus simple même si j’ai bien vu : chemise crème, tablier de soubrette, collants noirs, ballerines, catogan auburn, rouge à lèvre qui a dérapé, yeux écarquillés, rictus sévère. Je sens que je vais en rêver cette nuit. Et les spectateurs qui arrivent petit à petit et à chaque fois, le même cérémonial, elle va ouvrir et les installe. J’hésite à leur dire bonsoir aux nouveaux, petit sourire en coin et regard complice (bienvenue mais bienvenue où ?). On est enfin au complet et la gouvernante appelle Madame qui tarde à venir. Alors on va devoir patienter. Et il y a le fils de Madame qui n’arrive pas à s’endormir dans un coin de la pièce. Alors la gouvernante, en le bordant, lui raconte une étrange histoire: « La légende de Paul, le prince solitaire ». La suite, c’est elle…et nous qui la construisons ensemble, à travers un moment de théâtre inclassable, une succession de mini-événements qui nous permettent progressivement de tisser une relation avec elle, d’apprendre à la découvrir, à la connaître, à presque s’attacher, jusqu’à lever le mystère lors d’un final saisissant.

Spectacle interactif, totalement atypique, singulier, indéfinissable ! Ni pièce, ni one man show, ni performance, une expérience théâtrale inclassable, poétique, magique, suspendue, qui échappe à toutes les règles du genre. Il en faut de l’audace et du talent pour se lancer dans cette aventure. Elle est née de l’imagination de Thibaut Boidin, connu pour avoir incarné Peter Pan avec succès en 2005 au théâtre des Variétés …qui compose son personnage avec une vérité et une justesse saisissantes. « J’avais envie d’interpréter un personnage opposé en tous points à Peter Pan. Je l’ai cherché un peu partout et je ne l’ai pas trouvé, je l’ai donc inventé ! Voilà comment est née cette vieille gouvernante, poisseuse et menaçante. Je l’ai voulu un peu comme une « Tatie Danièle » aux longs cheveux de sorcière, fragile comme une brindille de verre » confie-t-il. Bravo à lui, ce spectacle a quelque chose d’indéfinissable.

Le point de vue d’Elisabeth 

DENISE JARDINIERE VOUS INVITE CHEZ ELLE

Les Blondes Ogresses • 28 rue Etex, 75018 Paris

Tous les lundis 21h30 à partir du 22 septembre 2014

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QUAND HENRI RENCONTRE CHARLIE – THÉÂTRE du PETIT HEBERTOT

charte-PH-WEB_QHRC1-682x1024Le 5 juillet, journée théâtre avec un grand T : sur les planches l’après-midi dans BORDERLINE conçu et mis en scène par Laurence Jeanneret (merci au public chaleureux, à la troupe pour ces beaux moments on et off stage !) et spectatrice le soir au Petit Hébertot pour « Quand Henri rencontre Charlie ». Aucune publicité pour la pièce si ce n’est le bouche à oreille d’amis d’amis des comédiens (merci Elisabeth B, elle se reconnaîtra). Ce spectacle, c’est la rencontre improbable entre Henri, jeune gay de bonne famille à la conquête de Paris et Charlie, trentenaire parisienne, travaillant dans la pub mais rêvant de «changer de vie». A travers une succession de mini-tableaux et de chansons « live », on suit le récit de leur colocation entre rires, larmes, espoirs, rêves brisés, coup de gueule, coups de cœur… Spectacle frais, décomplexé, bien ancré dans son époque (drague 2.0, Pékin-Express, stage de développement personnel, vacances dans un ashram en Inde,…) on s’attache aux personnages fort bien campés, désarmants de naturel et servis par une mise en scène rythmée. Last but not least, les 2 comédiens, Agathe Mentzer et Jean-David Jacoby, qui ont co-écrit la pièce, sont non professionnels alors chapeau ! La dernière a eu lieu le 6 juillet. J’espère que leur aventure théâtrale continuera… En attendant, plongez-vous dans l’ambiance du spectacle en écoutant ça !

Le point de vue d’Elisabeth 

 

 

Sur les planches le 5 juillet !

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UN CAFÉ AVEC Serge Bourhis, auteur, metteur en scène, directeur de la compagnie Alcandre

Photo-Serge-AvignonUn heureux hasard m’a fait croiser Serge Bourhis un soir de mai à l’Essaïon Théâtre. Serge Bourhis dirige la compagnie ALCANDRE depuis 2008 et remporte actuellement un beau succès à Paris avec deux pièces qu’il a écrites et mises en scène Racine par la racine et Molieratus. Une proposition d’interview et quelques mails plus tard, la rencontre a lieu dans un café des Batignolles par une belle matinée ensoleillée. Radio Nova en fond sonore, quelques habitués attablés et la conversation s’engage autour d’un café et d’un cappuccino maison.

 

Coup de théâtre · Bonjour Serge, comment est née la compagnie Alcandre ? Quelle est sa « mission » artistique aujourd’hui ?

La compagnie est née en 2008 d’une rencontre avec des comédiens que j’avais engagés pour monter l’une de mes premières pièces qui s’intitulait Et on créa la femme et qui s’était jouée à Paris et au festival off d’Avignon 2009. Au départ, je n’avais pas de ligne artistique préconçue pour la compagnie. Les choses se sont faites au fur et à mesure, même si j’ai toujours été passionné par la direction d’acteurs et très attaché au théâtre écrit par et pour des comédiens. Aujourd’hui, artistiquement, nous défendons un théâtre de texte à destination d’un large public.

Comment définiriez-vous votre compagnie : un clan, une famille, une association ?

Le terme de famille me paraît le mieux convenir. Comme dans toute famille, les liens entre les membres peuvent parfois être passionnels. Monter plusieurs projets ensemble et vivre plusieurs Avignon (ce sera notre 4ème cette année) n’est pas une mince affaire. Une troupe de théâtre est une association de personnes autour d’un ou plusieurs projets. Nous vivons ensemble des moments très exaltants mais le métier de comédien a ceci de particulier qu’il touche à l’intime et les désaccords professionnels sonnent aussi parfois comme des remises en question de l’individu. Idéalement, je préfère travailler dans la durée avec des comédiens mais ce n’est pas toujours possible. Les nouveaux venus apportent aussi du sang neuf et régénérant pour le groupe.

Qu’est ce que vous aimez dans l’idée d’une troupe ?

J’aime l’idée que le groupe prime sur l’individu, qu’on dépasse les égos pour travailler pour un intérêt collectif. Même si j’écris les textes et que je mets en scène, le travail se fait beaucoup en commun, pendant les répétitions ; on trouve des idées ensemble et j’adore quand les comédiens proposent des choses. On vit des émotions ensemble qui sont très fortes. Je suis sensible aux valeurs de solidarité au sein de la troupe, de respect de ses partenaires, de sens du bien commun.

Comment choisissez-vous vos comédiens ?

Généralement, je passe une annonce sur un site spécialisé et j’auditionne les comédiens dont le profil me paraît correspondre à la personne que je recherche. Je rencontre alors une première fois le comédien ou la comédienne et si la rencontre se passe bien, j’organise une rencontre avec le reste de la troupe et une séance de travail. Mais recruter un comédien relève du pari. On se trompe parfois grossièrement et dans ce cas, il faut vite réparer l’erreur. Disons qu’avec le temps et l’expérience, on apprend à avoir plus de discernement, même si on n’est jamais assuré de rien.

Vous êtes auteur et metteur en scène. Comment nait une pièce chez vous ? Quelles sont les grandes étapes de création et d’élaboration d’un spectacle ?

Pour un auteur dramatique, c’est évidemment une chance que de pouvoir mettre en scène ses propres textes.Le processus de création est différent selon les spectacles. Pour certaines pièces, je pense d’abord à des comédiens ou à des personnages de romans, comme le personnage de Lilith dans la nouvelle de Primo Levi  qui m’a inspiré pour Et on créa la femme. Pour Racine par la racine, l’idée est venue d’un spectacle anglais que j’avais vu à Avignon en 2004 qui s’appelait Shakespeare le défi, une comédie un peu loufoque, très drôle avec 3 comédiens qui jouaient tout Shakespeare en 80 minutes. J’avais envie de travailler sur Racine et j’ai pensé qu’il serait intéressant de l’aborder sous un angle inhabituel. J’ai écrit une première version de la pièce en 3 semaines ; on l’a travaillée pendant 3 à 4 mois. La création du spectacle devient alors un laboratoire pour la gestation du texte. J’écris généralement un premier état du texte qui subit de très nombreuses métamorphoses au fil des répétitions. Certaines répliques écrites ne deviendront jamais audibles sur un plateau. Le travail consiste donc souvent à amputer, à renoncer, à rogner…comme dans tout travail d’écriture. Au fil du temps, le texte des pièces subit parfois de très profondes modifications. Ca a été particulièrement vrai pour le spectacle sur Racine.

Vous destinez de nombreuses pièces à un jeune public. Pourquoi vouloir précisément s’adresser aux jeunes ? Quelles actions mettez-vous en place pour les sensibiliser ?

Quand j’ai écrit « Racine par la racine » en 2009, je ne l’ai pas conçu à l’origine comme un spectacle pour la jeunesse. Ce n’est qu’au bout de quelques représentations que des spectateurs m’ont dit qu’il serait formidable de le jouer devant des lycéens. Peu à peu, nous avons donc commencé à le jouer dans de nombreux établissements scolaires de Paris, de banlieue et même de province. Le spectacle suivant, Je veux de l’amour et du hasard a été, lui, conçu et monté pour être joué dans des lycées. Quant à Molieratus, il s’agit d’une commande du théâtre Gérard Philippe de Meaux où notre compagnie a été en résidence en début 2013. Nous avons pour habitude, lorsque nous jouons devant des publics de scolaires, de faire suivre le spectacle d’un débat avec la troupe. Ca me paraît important pour le théâtre aujourd’hui de ne pas se couper du public des adolescents, faute de quoi il deviendra un loisir de personnes d’âge mûr. Rien de plus triste que d’aller assister à des spectacles dans des théâtres qui ressemblent à des maisons de retraite bourgeoises. Les adolescents d’aujourd’hui sont le public de demain et le théâtre a tout à gagner à jouer devant un public de jeunes, à aller à la rencontre de publics variés.

A l’approche du Festival d’Avignon, quel rôle joue le OFF pour une compagnie comme la vôtre ?

Pour une « jeune » compagnie comme la nôtre, le festival off est à la fois un très coûteux investissement et une opportunité pour diffuser et vendre nos spectacles. Certaines compagnies se ruinent et « explosent » au festival, d’autres se soudent et grandissent. Il faut avoir une grande confiance dans les personnes avec qui on tente l’aventure (car c’en est une !) et bien se préparer physiquement et psychologiquement.Je pense que la première fois qu’on a fait Avignon, on n’avait pas complètement conscience des enjeux et des risques ! (rire) C’est vraiment le bouche à oreille qui donne la chance aux « petits » spectacles. Pour Racine l’an dernier, on a commencé à jouer et le bouche à oreille a fonctionné, comme en 2010. On a affiché complet dès la quatrième soir et on  a ensuite refusé des spectateurs jusqu’à la fin du festival ! On y retourne cet été.

Comment souhaitez-vous faire évoluer la compagnie ? Quels sont vos projets ?

Il faut plusieurs années pour qu’une compagnie commence à devenir viable pour ses membres. La nôtre progresse chaque année, on travaille beaucoup, on franchit des caps ; il nous en reste encore beaucoup. Le problème est celui du financement des projets. En ce sens, nous aimerions pouvoir trouver des sources de financement pérennes qui nous permettront de travailler avec d’autres artistes : décorateurs, musiciens, créateurs lumière. Une autre question est celle de la recherche d’un lieu de travail. Concernant le travail artistique proprement dit, nous continuerons à créer des spectacles pour des publics adolescents et adultes, pourquoi pas pour enfants ? Et puis, j’ai commencé à écrire une comédie noire que j’aimerais monter la saison prochaine. J’ai aussi un projet ancien qui me tient à cœur depuis de nombreuses années. On nous réclame désormais un spectacle sur Corneille pour compléter la trilogie… et j’ai dans mes cartons informatiques des dizaines de maquettes de pièces dont certaines verront peut-être bientôt le jour…

Quel théâtre allez-vous voir aujourd’hui ? Quel spectateur êtes-vous ?

Je n’ai guère le temps ces temps-ci d’aller au théâtre et je suis un peu frustré de voir dans le théâtre contemporain le public se déplacer pour voir le travail d’un metteur en scène plus que pour découvrir des pièces ou pour voir des comédiens. Mais j’ai des metteurs en scène de prédilection comme Peter Brook qui est pour moi un modèle de grand et beau théâtre populaire ou Declan Donnellan. Il y a aussi des endroits que j’affectionne comme Les Bouffes du Nord. Je suis un spectateur très « difficile » mais en même temps très indulgent car je sais toute la difficulté de cet art si exigeant qu’est le théâtre. J’ai le souvenir d’un formidable spectacle à l’Odéon: l’illusion comique monté par Giorgio Strehler. Tout était magique : les comédiens, la lumière… Il y a un autre spectacle magnifique qui me revient en mémoire : 4.48 psychose, le texte de Sarah Kane monté par Claude Régy aux Bouffes du Nord avec Isabelle Huppert, seule en scène milieu plateau sans bouger pendant 2 heures. Un spectacle extatique !

Et pour conclure, le mot « théâtre » que vous préférez

Sous et sur le grill ! (rire)

Propos recueillis par Elisabeth Donetti 

Site web : http://www.lacompagniealcandre.com

Actuellement à l’ESSAION THÉÂTRE :

RACINE PAR LA RACINE

Chaque mercredi à 20h jusqu’à fin juin 2014

Du mercredi au samedi du 3 au 19 juillet 2014 à 20h (11 représentations)

Et au festival Off d’Avignon 2014 du 4 au 25 juillet à l’Essaïon Avignon

 

MOLIERATUS

Du jeudi au samedi à 20h jusqu’au 28 juin 2014

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LE RÉCITAL EMPHATIQUE – THÉÂTRE de L’OEUVRE

recital-affiche-largeIRRÉSISTIBLE ! Un  petit bijou de spectacle qui ne ressemble à aucun autre ! J’ai été littéralement scotchée par Le Récital Emphatique de et avec Michel Fau, au théâtre de l’œuvre mercredi dernier. Michel Fau, je l’avais découvert cet hiver dans Le Misanthrope. Mais pour ce Récital, il troque les habits du sombre et tourmenté Alceste pour incarner une diva-tragédienne baroque, fantasque, déglinguée – mix improbable de Bianca Castafiore, Sarah Bernard et Montserrat Caballé réunies ! – et offrir un tour de chant burlesque et décadent.  On l’aura compris, le spectacle est un hommage vibrant et jubilatoire aux cantatrices d’opéra et aux tragédiennes disparues, qui ont toujours fasciné M. Fau. « Je me moque, certes, mais ce spectacle est aussi une cérémonie funèbre, un hommage à des femmes disparues » souligne-t-il. Et pour faire revivre le mythe de la Diva Assoluta, Michel Fau ne lésine pas : drapé d’une robe lamée or, juché sur des escarpins aiguille, choucroute brushingée, cils XXL et eyeliner outrancier, il est méconnaissable et irrésistible !  Seul, ou plutôt seule en scène, avec son pianiste (le parfait Mathieu El Fassi), il revisite pendant 1 heure 30 monologues tragiques et airs célèbres avec une saveur, un humour et un sens de la scène incomparables! Déclinaison de la tirade célébrissime de Phèdre sous 4 interprétations (boulevard, tragédie, vieux françois, ..) qui illustre au passage tout son talent de comédien – parodie d’un texte durassien (Mékong B4), reprise du Summertime de Gershwin, Je veux de Zaz et Comme un ouragan d’une célèbre princesse monégasque, entre autres  surprises. C’est jubilatoire ! Michel Fau ne s’interdit rien, s’en donne à cœur joie et fait mouche à chaque fois. Cela aurait pu virer grotesque mais avec son talent, il peut tout se permettre. Il lui suffit d’une œillade tragique, d’un entrechat, d’un soupir éploré, d’un tremolo ou d’une roucoulade suggestive pour déclencher les rires. L’air de ne pas y toucher,  il en met des tonnes et nous fait passer une soirée exquise. On aurait aimé qu’elle se prolonge jusqu’au bout de la nuit….

Le point de vue d’Elisabeth 

LE RÉCITAL EMPHATIQUE 

Théâtre de l’Œuvre • 55 rue de Clichy, 75009 Paris

Du mardi au samedi à 21h30

Jusqu’au 19 juillet