UN CAFÉ AVEC Murielle Magellan, dramaturge, romancière, scénariste

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Coup de théâtre • Bonjour Murielle, comment êtes-vous « née » au théâtre et à l’écriture théâtrale ?

J’ai découvert le théâtre très jeune au Club de théâtre amateur de Montauban, où j’ai grandi. J’ai joué pendant toute mon adolescence et à  17 ans, je suis partie à Paris pour suivre les cours d’une école de chansons « Le studio des variétés », parce que j’écrivais des chansons également à l’époque. Puis je me suis inscrite en fac de lettres et j’ai été reçue comme élève comédienne à l’Ecole du Théâtre national de Chaillot. C’est à cette époque que j’ai commencé à écrire des petits textes, des petites scènes. A la sortie de Chaillot, j’ai eu du mal à travailler comme comédienne et l’idée m’est venue d’écrire mes propres pièces pour m’offrir des rôles. J’ai écrit une première pièce qui s’appelait La saveur subtile des dinosaures, dans laquelle j’ai joué. La pièce racontait l’histoire d’une femme tiraillée entre plusieurs hommes, c’est-à-dire en réalité entre plusieurs schémas de vie. J’explorais déjà mes thèmes de prédilection: où est la vérité ? Où est le bon schéma ? Y-a-t-il un bon chemin, un mode d’emploi ? J’ai eu de très bons retours sur le texte et très vite, j’ai réalisé que j’avais un rapport très passionnel, très vif à l’écriture, beaucoup plus qu’au jeu d’ailleurs. Le chemin s’est ouvert, j’ai écrit par la suite Pierre et Papillon et les choses se sont enchaînées.

Comment naît une pièce chez vous ? Quel est le déclic ?

Le déclic, c’est souvent une addition de sensation ou d’observation de la vie, qui passe en moi régulièrement et qui, à un moment donné, va trouver une forme dramaturgique. Au départ, c’est du vécu : j’observe quelque chose en moi, je ressens quelque chose du monde, qui d’ailleurs ne fait pas tout de suite idée ou récit. Et tout à coup, les choses s’incarnent, s’illustrent, se formalisent. Ca devient une idée de pièce, puis l’idée devient un désir de raconter. Et quand ce désir persiste, cela veut dire qu’il faut y aller !

Pourquoi, à un moment donné, faire le choix d’écrire une pièce plutôt qu’un roman par exemple ?

Je pense que le sujet induit la forme. Comme je suis un auteur multiforme, je suis très à l’écoute de ce que l’idée porte en elle comme forme. Par exemple, mon deuxième roman Un refrain sur les murs raconte l’histoire d’une femme de manière très introspective. Au théâtre, il aurait été compliqué de décrire cette intériorité, alors que le roman l’appelle en quelque sorte. C’est un peu la même chose pour N’oublie pas les oiseaux (ndlr : dernier roman de Murielle Magellan) qui raconte 15 ans de vie et porte quelque chose d’épique, de romanesque. Le roman se prête davantage à l’histoire. Si je n’étais que dramaturge, je me serais certainement posée la question du « comment faire » pour raconter cette histoire sous forme de pièce, de scénario ou de chanson mais c’est l’avantage d’être un auteur pluriforme!

Vous êtes comédienne de formation. Cela vous aide-t-il dans le processus d’écriture ?

Oui, indéniablement même si c’est avant tout une histoire de goût. Moi qui aime un théâtre vivant, un théâtre « ici et maintenant », un théâtre qui m’émeut, qui me transporte, c’est un plus. Car le fait d’avoir été comédienne permet de savoir accéder à ses émotions, de les identifier et bien sûr de ressentir et connaître la vie du plateau. Molière est un grand exemple de ça ! Le dramaturge qui n’a jamais été comédien risque  peut-être de produire un théâtre un peu théorique, un peu didactique.

Pierre et papillon

Quand vous écrivez une pièce, vous projetez-vous déjà dans une idée de mise en scène ou vous attachez-vous prioritairement à l’écriture et au propos ? 

Je suis quelqu’un de plutôt concentré sur le propos, les personnages et l’écriture. Je n’aime pas, par exemple, avoir des comédiens en tête parce que j’aime être libre avec mes personnages, j’aime les faire exister en tant que tels, les comédiens ne viennent qu’après. De la même façon, je ne me projette pas dans une mise en scène, j’aime l’idée qu’un metteur en scène vienne s’emparer de mon texte pour y mettre son univers.

Pourtant, en vous lisant, on trouve beaucoup de didascalies très précises.

Oui, c’est vrai parce qu’au fond je sais où j’ai envie d’aller. Les didascalies servent à donner un éclairage au texte. Ceci étant, le metteur en scène est libre d’en tenir compte ou pas. J’ai eu de très bonnes surprises d’ailleurs sur Pierre et Papillon.

Traits d'unionEst-ce important de confier la mise en scène à un proche (ndlr Bernard Murat pour Traits d’Union) ou du moins, à quelqu’un dont vous connaissez le travail ?

Pour une toute première création, c’est important pour moi de connaître le metteur en scène, c’est-à-dire de sentir qu’il est sensible à mon univers et qu’il l’a bien identifié. Encore une fois, j’aime bien l’idée qu’un metteur en scène apporte son univers au mien. En revanche, je n’aime pas l’idée qu’il se serve de mon texte seulement comme de la matière. C’est comme un mariage au final, ce sont deux personnalités qui se rencontrent, qui se complètent mais qui ne doivent pas se posséder. Ceci étant, une fois que la pièce est créée, je trouve qu’elle ne m’appartient plus, qu’elle appartient au public et qui veut la monte. C’est là la véritable récompense ! En parlant de Bernard Murat, j’ai une histoire particulière avec lui.Quand j’étais toute jeune, j’ai été sa seconde assistante. Puis les années ont passé, on s’est complètement perdu de vue. Quand Pierre et Papillon a commencé à avoir du succès à Avignon et à Paris, j’ai appris à l’époque que le théâtre des Mathurins, que dirigeait Bernard, était intéressé par la pièce. Au final, il a pris la pièce. Le jour de la Première, je suis montée le voir dans son bureau et je lui ai dit Murielle Magellan, c’est moi, j’avais changé de nom entre temps ! Il était très ému, il m’avait quitté jeune assistante, il me revoyait auteure ! Du coup, il a demandé si j’avais d’autres pièces, il a lu Traits d’Union, il a aimé et il l’a montée !

Participez-vous au travail de mise en scène ou laissez-vous « carte blanche » ?

Généralement, je laisse le metteur en scène travailler même s’il m’est arrivé d’intervenir. Pour la création de Pierre et Papillon par exemple, j’étais assez impliquée, j’ai dit des choses, qui ont été retenues ou pas, c’est normal. Lorsque Bernard Murat justement a monté Traits d’Union, j’ai pu assister aux répétions mais je ne suis pas beaucoup intervenue parce que c’était bien tout simplement. Pour la petite histoire, il m’est arrivée aussi de mettre en scène, notamment l’une des soirées du Paris des Femmes  2013 mais j’évite d’échanger trop avec les auteurs. J’aime qu’on se fasse confiance mutuellement. En revanche, je n’ai jamais mis en scène l’une de mes pièces. Ca ne me tente pas pour l’instant, ça viendra peut-être plus tard.

Quelles sont, ou ont été, vos influences théâtrales ?

Chez les auteurs, les classiques, je suis une grande amoureuse de Racine par exemple. Plus proche de nous, j’aime beaucoup Tennessee Williams qui a apporté une grande modernité dans l’écriture théâtrale. J’ai beaucoup lu Peter Brook également – ce qu’il dit de la vie au plateau est passionnant – Antonin Arthaud, Stanislavski et la méthode de l’Actor’s Studio. Je me suis construite en essayant d’explorer beaucoup de formes de théâtre, même si le théâtre que j’écris est un théâtre très contemporain, très doux-amer, grinçant, sur le fil. J’aime bien écrire en creux, de manière très suggérée, très pointilliste, ce qui ne veut pas dire que les thèmes que j’explore ne sont pas graves ou lourds.

Quel type de théâtre aimez-vous voir aujourd’hui ?

Quand je vais au théâtre, ce qui est devenu plus rare par manque de temps, je vais au Rond-Point, au théâtre de l’Œuvre, au théâtre de l’Atelier. Je vais également dans des « petites » salles pour découvrir de nouveaux auteurs, on y découvre des « perles » de temps à temps, comme Le mec de la tombe d’à côté qui a rencontré un beau succès. Dans tous les cas, je vais voir un théâtre qui m’émeut, me touche, qui parle à mon cœur avant de parler à ma tête en quelque sorte, qui m’apporte aussi un regard ou un éclairage. En revanche, je n’aime pas un théâtre qui veut m’expliquer quelque chose, me donner à penser, me faire une démonstration de quoi que ce soit.

Parlons de votre actualité. Vous avez publié en janvier un roman autobiographique « N’oublie pas les oiseaux » et venez de cosigner le scénario d’un film avec la comédienne Audrey Dana.

Oui, j’ai coécrit avec Audrey le scénario d’un film qui va sortir le 4 juin et qui s’appelle Sous les jupes des filles. C’est une expérience formidable, très joyeuse. Le sujet -les femmes dans tous leurs états – nous plaisait beaucoup à toutes les deux. Je ne connaissais pas Audrey mais j’ai appris à la connaître en écrivant et je l’ai même dirigée dans deux des pièces du Paris des Femmes 2013. On est très différentes l’une de l’autre mais on a la même envie d’une parole libre, honnête, qui n’a pas peur de nommer les choses. On s’est vraiment reconnues artistiquement et humainement. Une très belle rencontre qui va nous porter peut-être vers des projets théâtre ! Concernant mon roman d’ailleurs, j’écrivais le matin N’oublie pas les oiseaux et l’après-midi le scénario avec Audrey ! Des journées chargées mais qui se complétaient bien au final puisque j’explorais mon histoire de femme à moi le matin et des histoires de femmes l’après-midi. Au fur et à mesure de l’écriture, je me suis aperçue que je ne faisais rien d’autre que d’écrire la même chose ! (rire). Audrey a d’ailleurs été l’une de mes premières lectrices. C’était précieux car elle a validé l’audace qui consistait à montrer cet amour nu, à le raconter « au scalpel ». Dans N’oublie pas les oiseaux, je raconte une histoire d’amour sur 15 ans avec ses bonheurs et ses souffrances. C’est l’éducation sentimentale d’une jeune femme un peu naïve, curieuse, et qui a le goût du risque, avec un homme Don Juan, plus âgé qu’elle, flamboyant et ombrageux. Au travers de cet amour mouvementé, elle devient femme et artiste, elle se construit.

Merci Murielle. Et pour conclure, le mot « théâtre » que vous préférez ?

La coulisse. Normal pour un auteur ! (rire)

Propos recueillis par Elisabeth Donetti 

POUR ALLER PLUS LOIN :

Suivre l’actualité de Murielle Magellan sur twitter et facebook 

Retrouvez l’interview de Murielle dans La Grande Librairie le 6 mars 2013

vz-1da2c96e-b4a8-4208-a5b3-6c7f861c4351PIERRE ET PAPILLON de Murielle Magellan

Théâtre de Ménilmontant, 15 rue du retrait, 75020 Paris

Les 26 avril,3 mai à 20h30

 

20667116SOUS LES JUPES DES FILLES d’Audrey Dana

Scénario Audrey Dana et Murielle Magellan

Sortie le 4 juin 2014

 

 

SLEEPING BEAUTY – THÉÂTRE DUNOIS

sleeping_beauty2J’ai envie de partager un gros coup de cœur pour SLEEPING BEAUTY, un spectacle écrit, mis en scène et interprété par la comédienne et marionnettiste anglaise Colette Garrigan. La pièce a été présentée du 2 au 4 avril au THEATRE DUNOIS, dans le cadre du cycle « Once upon a time in Liverpool ».

Comme tous les contes de fée, SLEEPING BEAUTY raconte l’histoire d’une princesse. Mais la princesse de Colette Garrigan est née dans la banlieue de Liverpool, où règnent misère sociale et chômage. Ici, les junkies ont remplacé les princes charmants, le carrosse s’est transformé en voiture de police, le bal est devenu rave-party et les quenouilles ont fait place à des seringues empoisonnées. Notre jeune princesse, livrée à elle-même, tracera sa route, entre espoirs et dérives, jusqu’à la veille de ses 16 ans, où elle se piquera à la pointe d’une aiguille et tombera dans un coma profond. Se réveillera-t-elle sous le doux baiser de son prince? Wait and see pour connaître the (happy) end.

On l’aura compris, SLEEPING BEAUTY a l’art et la manière de dézinguer en flèche les contes de fées pour dénoncer la dureté des années Thatcher et les désillusions d’une jeunesse paumée et désabusée. Au-delà du propos, le spectacle séduit par l’originalité d’une mise en scène très visuelle. Pour accompagner et illustrer le récit, Colette Garrigan utilise et détourne quantités d’objets et d’accessoires par la magie des ombres chinoises. Ainsi, des morceaux de sucre offrent la vision une tempête de neige, le porte toast symbolise les barreaux d’une prison, les fourchettes plantent le décor d’une forêt silencieuse… « L’écriture est étroitement liée au plateau, c’est une écriture scénique » résume Colette, qui rappelle ainsi la vocation d’AKSELERE, la compagnie qu’elle a fondée en 1999 et qui est spécialisée dans le domaine de la marionnette et des arts associés. Au-delà de cette performance scénique, la comédienne séduit par une interprétation just perfect, jouant délicieusement au passage de sa double culture franco-britannique. De toute façon, à la fin du spectacle, si vous avez aimé, sortez votre plus bel anglais et rejoignez Colette sur scène qui attend tranquillement qu’on vienne lui dire un petit mot. So charming !

Amoureux des univers décalés et de la culture british, allez applaudir ce spectacle ! Cet été, la compagnie AKSELERE sera au FRINGE FESTIVAL D’EDIMBOURG pour 23 représentations de SLEEPING BEAUTY du 1er au 25 août 2014.

Le point de vue d’Elisabeth 

Découvrir LA COMPAGNIE AKSELERE

THÉÂTRE DUNOIS
7 rue Louis Weiss
75013 PARIS

Crédit photos © Philippe Moulin

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LA LISTE DE MES ENVIES – THÉÂTRE des BÉLIERS PARISIENS

LA-LISTE-DE-MES-ENVIES-TDBP-WEB-666x1000Ceux qui ont lu le roman de Grégoire Delacourt connaissent l’histoire de « LA LISTE DE MES ENVIES », qui se joue actuellement au théâtre des Béliers Parisiens. Jocelyne Guerbette, 47 ans, est mercière à Arras. Délaissée par son mari Jocelyn qui ne l’aime plus, mère de deux grands enfants, orpheline de mère, un père atteint d’Alzheimer et des rêves de jeunesse désormais loin derrière elle, elle s’est finalement habituée à son destin modeste et tranquille. Mais sa vie bascule du jour au lendemain, lorsqu’elle gagne 18 millions d’euros au loto. Jocelyne ne mettra pas longtemps à dresser la liste de ses envies, de ses besoins, de ses folies. Mais rêve ou cauchemar ? Départ d’une nouvelle vie ou perte des repères ? La pièce au final questionne la quête du bonheur, le pouvoir de l’argent, la hiérarchie des valeurs. « Nous tâcherons de donner à voir et à entendre les conséquences de l’irruption de l’extraordinaire dans l’ordinaire » résume la metteur en scène Anne Bouvier.

Seul en scène, le comédien Mikaël Chirinian, qui a cosigné l’adaptation théâtrale, offre une très belle performance en incarnant les 6 personnages de la pièce. Et quel contremploi ! Avec son crane rasé et sa barbe fournie, on l’imagine a priori difficilement dans des rôles féminins. Mais gilet de tricot sur les épaules, talonnettes au pied,  et fleurs vahiné à l’oreille,  Mikaël Chirinian nous bluffe ! Tour à tour, émouvant(e) dans le rôle de Jocelyne, cocasse dans la peau des jumelles Danielle et Françoise, violent dans le sombre et désespéré Jocelyn, le comédien glisse d’un personnage à l’autre avec beaucoup d’aisance, de justesse et sans jamais tomber dans la caricature. Dommage que son débit soit un peu rapide parfois. Il parvient dans le même temps à occuper l’espace avec beaucoup de fluidité dans un décor au passage tout tricot !

Après l’adaptation théâtrale, le livre de Grégoire Delacourt a été porté au cinéma par Didier le Pêcheur. Sortie sur les écrans le 28 mai prochain.

Le point de vue d’Elisabeth 

LA LISTE DE MES ENVIES

Jusqu’au 30 avril 2014

THEATRE DES BELIERS PARISIENS

14 bis rue Sainte-Isaure, 75018 Paris

Metro : Jules Joffrin (ligne 12) ou Simplon (ligne 4)

 

UN CAFE AVEC Delphine Robert et Elise Dubroca, compagnie de théâtre à domicile L’EFFET DU LOGIS

Delphine Robert

Delphine Robert

Elise Dubroca

Elise Dubroca

Coup de théâtre ! Bonjour Delphine et Elise, comment est née la compagnie L’EFFET DU LOGIS ?

Delphine Robert: Tout est parti d’une rencontre fin 2005. J’avais en tête l’idée de proposer un théâtre professionnel à domicile, proche du public. J’ai soumis le projet à une comédienne que je connaissais bien au niveau du jeu (ndlr : Valérie Français). Elle a accepté de se lancer dans l’aventure et la compagnie est née en 2006. On a commencé par concocter une pièce « Le vernis craque » qui traitait de la différence entre l’être et le paraître. On l’a beaucoup jouée à domicile puis est né un deuxième spectacle « Sans entracte » avec Elise qui, entre temps, avait rejoint la compagnie. Progressivement, on a eu envie de proposer des pièces personnalisées, inspirées des vraies vies de nos hôtes!

Elise Dubroca: C’est vrai qu’on a rencontré un beau succès avec « Sans entracte » dans lequel on insufflait déjà des allusions, des clins d’œil à la vie des gens. Ca nous a permis de roder en quelque sorte notre principe de pièce personnalisée. On sentait que le public réagissait très bien à ce concept.

Quel type de pièce proposez-vous à domicile ? Avez- vous plusieurs « formules » ?

Delphine: Oui, on propose trois types de pièce, généralement à l’occasion d’anniversaires, de fêtes surprises chez des particuliers. D’abord, des pièces « imposées » dont on parlait à l’instant, par exemple « Le vernis craque » (pièce composée de saynètes enlevées d’auteurs riches et variés autour du thème de l’être et du paraître), qui dure 50 minutes. C’est l’occasion de faire découvrir ou redécouvrir des auteurs talentueux et pas toujours connus. Ensuite, on propose des pièces « personnalisées » : on part généralement d’une trame commune dans laquelle on insuffle des pastilles, des clins d’œil liés à la vie des personnes. Ces pièces durent 40 à 50 minutes. L’idée, c’est vraiment « Et si votre histoire devenait une pièce de théâtre », racontez-nous des anecdotes, sur vous, votre famille, vos invités et nous en faisons une pièce unique ! Et puis, on fait des 100 % « sur mesure », qui sont des pièces uniques écrites de A à Z et qu’on ne joue qu’une seule fois !

Elise: On a également déjà répondu à des demandes venant d’entreprises qui souhaitent fédérer leur équipe autour d’une expérience théâtrale hors du commun. On crée alors un programme sur mesure, inattendu qui marque les participants !

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Comment préparez-vous les pièces personnalisées ? C’est un gros travail en amont j’imagine.

Elise: Oui, ça nécessite au départ un certain investissement. Quand on reçoit une demande, on rencontre les personnes de manière à recueillir des informations sur la personne pour qui nous jouons : personnalité, goûts, grandes étapes de vie, afin de nourrir notre inspiration pour l’écriture de la pièce. On essaye toujours de rencontrer plusieurs personnes de l’entourage (amis, famille,…) pour avoir des angles de vue différents. Après avoir interviewé un petit groupe mis dans la confidence, on écrit, on répète et on joue ! On est toujours vigilantes cependant sur les sujets « sensibles » qui pourraient blesser, rappeler des souvenirs douloureux ou dévoiler indirectement des secrets de famille.

Delphine: Ces interviews « préparatoires » sont très appréciés car ils permettent aux gens de parler, de s’ouvrir, de se livrer. Ils nous accordent beaucoup de confiance, ce qui est un confort de travail formidable pour nous ! On a de très beaux souvenirs de sur mesure. Je me rappelle d’une jeune femme qui fêtait son anniversaire et son mari nous avait confié qu’elle adorait les contes de fée. Du coup, on a joué « à fond » la carte du conte rocambolesque avec le soulier de Cendrillon dans l’escalier, l’aboyeur qui présente les invités, etc…

Concrètement, le jeu à domicile requiert-il des contraintes particulières ? Repérez-vous à l’avance les appartements par exemple ?

Elise: Non, on ne repère pas à l’avance. Généralement, les personnes nous décrivent la configuration des lieux par téléphone, ce qui nous suffit. On a déjà joué d’ailleurs dans des appartements très petits. En revanche, on ne joue pas devant moins de 15 personnes. En moyenne, le public, c’est 20/40 personnes. On répond même à une demande pour 60 personnes en ce moment.

Delphine: Mais on veille toujours, par le jeu des éclairages, à recréer une vraie scène, à maintenir une distance minimum avec le public, de manière à ne pas être trop intrusif, il est important de le laisser libre de ses réactions. On ne veut pas qu’il se sente piégé.

Justement, en quoi le rapport au public est-il différent dans le théâtre à domicile ?

Delphine: La grande différence, c’est qu’au théâtre classique, le public choisit d’aller voir une pièce alors qu’à domicile, il ne choisit pas. Nous ne sommes pas attendues ! Du coup, on se sert à fond de cet effet de surprise. On est encore plus actives pour être avec eux, les embarquer, les entraîner avec nous. Néanmoins, le fait que le public soit constitué d’amis, provoque une étonnante chaleur humaine et une écoute complice forte. On n’a jamais l’occasion de partager un spectacle, qui plus est personnalisé, avec 30 voir 50 de ses amis !

Elise: Il faut être très perméable, réactif à ce qui se passe. Personnellement, à domicile, je me sers davantage des réactions, des retours du public qui me permettent éventuellement de rebondir, de créer des mini improvisations, qui servent le spectacle, chose que je ne fais pas au théâtre « classique ».

En parlant public et rencontres, avez-vous des anecdotes savoureuses à ce sujet ?

Elise: Des anecdotes savoureuses, je ne sais pas, mais des moments très forts de communion, de partage, oui absolument ! Des personnes qui pleurent, qui ne veulent plus nous laisser partir, qui tombent amoureux (rires) ! La préparation des spectacles et les spectacles en eux-mêmes nous permettent de nouer une relation très forte de complicité, d’amitié, voir d’intimité car certaines personnes se livrent beaucoup pendant les interviews et partagent un moment unique avec nous pendant la représentation.

Delphine: C’est justement la vocation de la compagnie ! Tisser des liens forts et authentiques entre spectateurs et acteurs, rencontrer le public de cette manière là. J’ai toujours en tête et, c’est aussi une différence avec le classique, les gens qui, en fin de spectacle, nous regardent, qui auraient bien aimé nous parler, sans oser. A domicile, on a justement cette possibilité d’échanger avec le public et c’est toujours un moment un peu magique, pour eux comme pour nous. On garde d’ailleurs souvent contact avec des personnes chez qui on a joué et qui font fonctionner le bouche à oreille ! Et puis il y aussi ceux qui nous disent après la représentation « Moi je ne vais pas au théâtre mais là, vous m’avez donné envie d’y aller ! » et ça, c’est la plus belle récompense !

Valérie Français

Valérie Français

Comment vous répartissez-vous les tâches au sein de la compagnie (écriture, mise en scène,…) ?

Delphine: C’est avant tout un travail d’équipe : on se déplace, on rencontre nos futurs hôtes, on écrit les pièces et on joue ensemble. Mais je m’occupe généralement des premiers contacts téléphoniques. J’essaye de bien comprendre l’univers du public, ce qu’il attend et ce qu’on peut lui apporter en plus, tout cela pour proposer un spectacle adapté et insolite. Mais il faut aussi veiller à la faisabilité des choses.

Elise: Je suis un peu plus orientée écriture et mise en scène, en partant toujours de mon envie, « qu’est ce que moi j’aurais envie de voir ? ». Mais au final on se complète très bien toutes les 3 (ndlr : avec Valérie Français). Delphine et Valérie canalisent mes excès de créativité, mon petit grain de folie (rire) ! On est toutes très animées par l’envie de créer et d’inventer de nouvelles choses.

Et sinon, quels ont été vos parcours avant la compagnie ?

Elise: J’ai commencé le théâtre très jeune à l’âge de 7/8 ans avec une institutrice qui était passionnée de théâtre. Je me suis formée dans pas mal de clubs de théâtre à Paris et aux Etats-Unis à the American Academy of Dramatic Art. J’ai terminé ma formation à l’école de la rue Blanche. J’ai beaucoup joué dans du théâtre contemporain, qui est le type de théâtre qui m’intéresse le plus. J’estime que le théâtre est quelque chose qui doit être ancré dans son époque, relever du « ici et maintenant ». Aujourd’hui, j’ai beaucoup plus envie de créer, d’écrire, de mettre en scène.

Delphine : Je ne viens pas du tout d’un milieu artistique au départ. Mais dès l’école primaire, j’ai senti tout de suite un déclic, une évidence, un bonheur énorme de jouer. Et l’envie de devenir comédienne ne m’a plus jamais quittée. J’ai fait une école de commerce tout en suivant le cours Simon. J’ai joué beaucoup par la suite, aussi bien dans le théâtre classique que contemporain. Aujourd’hui, parallèlement au théâtre à domicile, je fais de la formation en art oratoire pour les médecins et les avocats. J’interviens aussi en tant que comédienne et scénariste sur le thème de la relation médecin/malade en collaboration avec des membres talentueux de la Société Française de psycho oncologie. C’est passionnant, on se sent utiles !

Merci ! Quels sont les projets de la compagnie ?

Delphine: On a le projet de travailler avec une galerie d’art qui combine art pictural et art culinaire et qui souhaiterait nous associer à des soirées événementielles. L’idée est d’écrire une pièce pour des personnes qui sont à table et qui, par un procédé original et malicieux sont amenées à entendre la conversation de la table d’à côté … Nous envisageons de corréler le texte à la cuisine proposée. On n’en dit pas plus pour le moment, on est en pleine création. Mais c’est un chantier passionnant !

Propos recueillis par Elisabeth Donetti

Compagnie L’EFFET DU LOGIS
www.leffetdulogis.com
Tel : 06 10 30 68 48
Mail : contact@leffetdulogis.com

LE CERCLE DES ILLUSIONNISTES – THÉÂTRE LA PEPINIERE

Piece.1549Tu vas voir, tu vas adorer. Ca me rappelle quelque chose…. Une fois, deux fois, trois fois, adjugé. Direction le théâtre La Pépinière mercredi dernier pour découvrir « Le cercle des illusionnistes », la deuxième création d’Alexis Michalik, après le succès du spectacle « Le porteur d’histoire ». Et j’ai A-DO-RE la pièce parce qu’Alexis Michalik raconte les histoires comme personne. Ce jeune et talentueux metteur en scène a définitivement trouvé un style, une signature théâtrale, une manière bien à lui d’embarquer le public dans des récits à tiroirs originaux, formidablement construits, de les faire se combiner, s’enchaîner, se répondre à travers les époques et les lieux, tout en suivant le fil d’une histoire unique. On retrouve ici l’équation gagnante qui a fait le succès du Porteur d’histoire : six comédiens « caméléons » ultra talentueux portés par une mise en scène fluide, rythmée et très inventive.

Dans « Le cercle des illusionnistes » cette fois-ci, il est question de magie, d’inventeurs fous, de cinéma, de théâtre, d’amour. Alexis Michalik nous invite à découvrir, des plaines italiennes à la cour de Russie, de Londres à Paris, les destins méconnus et passionnants de Jean-Eugène Robert-Houdin (1805 – 1871) horloger, magicien, créateur d’automates et de Georges Méliès (1861 – 1938), héritier d’un fabricant de chaussures, industriel, inventeur des premiers « effets spéciaux » du cinéma. Ils ne se rencontreront jamais mais leurs destins respectifs se noueront au cœur d’une salle de théâtre parisienne, aujourd’hui disparue, devenue à l’époque la première salle de cinéma moderne. Mais la pièce commence en juin 1984. Alors que la France vibre pour le championnat d’Europe de football, Décembre vole un sac dans le métro. Dans le sac, il trouve la photo d’Avril jolie et décide la revoir…

Après chut !! C’est parti pour 1 heure 30, de rêve, d’émerveillement, de rire. Le bonheur tout simple de retomber en enfance.

Le point de vue d’Elisabeth 

LE CERCLE DES ILLUSIONNISTES

Jusqu’au 29 juin

Théâtre La Pépinière, 7 rue Louis le Grand, 75002 Paris

Du mardi au samedi à 20h30

Matinée samedi à 16h

NOUVEAU : Reprise au théâtre de la Pépinière à partir du 27 mai 2017

Mardi au samedi à 20h30, matinée le samedi à 16h00

 

SAHAR ET JEREMY – THÉÂTRE du PETIT HEBERTOT

Sahar-ET-Jeremy-PH-WEB1-682x1024Aurore Auteuil questionne la quête du bonheur avec « SAHAR ET JEREMY», la pièce qu’elle interprète actuellement au Petit Hébertot.  Lui, c’est Jeremy, 17 ans au début de la pièce, sweat à capuche et baskets, une enfance difficile marquée par un père violent, adolescence chahutée, des excès d’alcool et de cocaïne, un job de garçon de café purement alimentaire, jusqu’à sa rencontre avec Sahar, une jeune femme « venue du pays du soleil » qui changera le cours de sa vie. Seule en scène, Aurore Auteuil interprète les 2 personnages à tour de rôle, d’abord son parcours à lui, puis leur vie à eux, leurs joies, leurs doutes, leurs espoirs pendant près de 15 ans. Le récit s’égrène ainsi de chapitre en chapitre avec en toile de fond la même question : peut-on oser croire au bonheur et le vivre quand on ne l’a jamais connu ?  

Pour défendre cette histoire et relever le défi toujours difficile du « seul en scène », la comédienne se livre à 100% pendant une heure et parvient à rendre ses personnages attachants en transmettant de belles émotions dans les scènes de colère et de désespoir, davantage d’ailleurs que dans les passages narratifs. Dommage cependant de ne pas la voir interpréter davantage Sahar, très en retrait par rapport au personnage masculin. Côté mise en scène, de belles choses ! Aurore Auteuil évolue au milieu de trois grands panneaux de tissu transparents sur lesquels sont projetés textes et dessins stylisés. Jolie trouvaille du metteur en scène Ladislas Chollat qui  apporte beaucoup de fraîcheur et de poésie à la pièce. Il faut noter aussi une très belle bande son, dont la reprise magique de With or without you de U2 au violon, qui ponctue judicieusement les temps forts de la pièce.

On imagine aisément qu’Aurore (Sahar en persan) Auteuil a livré de sa vie dans ce spectacle qu’elle s’est écrit sur mesure, tant son émotion était  palpable mercredi dernier, au moment des applaudissements nourris du public.

Le point de vue d’Elisabeth

SAHAR ET JEREMY

Jusqu’au 19 avril

Théâtre du Petit Hébertot

78 bis boulevard des Batignolles, 75017 Paris

Du mercredi au samedi à 20h

 

LES VAISSEAUX DU CŒUR – THÉÂTRE du PETIT MONTPARNASSE

Les-Vaisseaux-du-coeur-afficheC’est l’histoire vraie d’un amour pas comme les autres. Elle, George, une intellectuelle parisienne. Lui, Govain, un marin breton. Rien ne les prédestinait à se rencontrer, encore moins à s’aimer. Pourtant LES VAISSEAUX DU COEUR raconte cette passion là : leur rencontre à 18 ans, la révélation d’un désir charnel puissant, la naissance d’un amour véritable, les séparations temporaires (chacun se mariera et mènera sa vie de son côté), les retrouvailles toujours plus belles et plus intenses, des marchés africains aux plages seychelloises jusqu’aux littorals bretons pendant près de 30 ans. L’attirance qu’on croyait simplement physique laissera place au fil des décennies à un amour véritable, fort, fusionnel et aura raison des différences sociales, des distances lointaines, du temps qui passe. « Tu l’écriras, notre histoire ? » demanda un jour Govain à George. Elle a dit « non », et elle l’a écrite.

La pièce est l’adaptation d’un roman autobiographique de Benoîte Groult publié en 1988. Le livre marqua à l’époque les esprits par la crudité des mots pour évoquer l’amour physique. La comédienne Josiane Pinson, qui interprète le rôle de George, signe ici l’adaptation de la pièce . « J’ai lu Les Vaisseaux du coeur pour la première fois il y a quelques vingt cinq ans et le roman ne m’a plus quittée depuis ».   

Pour évoquer cette histoire d’amour hors du commun, le metteur en scène Jean-Luc Tardieu a fait le choix d’un plateau dépouillé, blanc, aérien qui permet au spectateur de ne pas se disperser et de s’attacher au texte, rien qu’au texte. Le récit alterne moments de narration et moments d’actions, joliment illustrés par des lumières douces et des transitions sonores fluides. Sur scène, le duo Josiane Pinson/Serge Riaboukine fonctionne à merveille. Les deux comédiens, tout en complicité, incarnent, avec le même talent, toutes les facettes des émotions amoureuses : la puissance du désir, la tristesse des départs, la nostalgie des souvenirs heureux, la joie des retrouvailles. Au-delà de la qualité d’interprétation, le texte est l’une des grandes forces du spectacle : superbement écrit, drôle, émouvant et parfois (très) cru !  George appelle un chat un chat, ce qui crée d’ailleurs un contraste charmant avec l’élégance et le timbre suave de Josiane Pinson.

Le point de vue d’Elisabeth 

THÉÂTRE DU PETIT MONTPARNASSE 

DERNIÈRE MINUTE : Prolongations jusqu’à fin mai 2014 !

31 rue de la Gaité, 75014 Paris

Du mardi au samedi à 19h

Le dimanche à 17h

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UN CAFÉ AVEC David Barrouk, coach d’acteurs, Method Acting Center (Paris)

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Bonjour David, vous avez créé Method Acting Center en 2002. Quelle est la vocation de l’école ? A qui s’adresse-t-elle ?

Je dirais de façon basique que l’école sert à former des acteurs de théâtre et de cinéma à leur métier, entendons-nous des acteurs réalistes qui répondent à des circonstances données de façon logique, crédible, quel que soit le contexte de jeu, aussi farfelu ou délirant soit-il. On travaille selon la méthode de Stanislavski, de l’Actor’s studio et de ses « disciples » : Michael Chekhov, Stella Adler, Lee Strasberg et le génialissime et pourtant étonnamment méconnu Robert Lewis (ndlr : l’un des trois fondateurs de l’Actor’s studio). Une centaine de comédiens suivent nos ateliers chaque année. On a environ un quart de professionnels, deux quarts de personnes qui veulent en faire leur métier et un dernier quart qui « essaye », soit au final 75% de personnes qui s’inscrivent dans une démarche professionnelle.

En quoi consiste votre travail de coach ?

Au départ, avant d’être coach, je suis d’abord un enseignant qui transmet une méthode, des techniques, un savoir-faire. Ensuite, si je fais bien mon travail, au bout d’un an, deux ans, je n’ai plus grand-chose à transmettre techniquement parlant et je glisse progressivement vers une activité de coach, c’est-à-dire quelqu’un qui, comme son nom l’indique, entraîne, aiguise les connaissances. Il y a certaines personnes que je coache par exemple depuis cinq, dix ans.

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Quels sont les enseignements clés que vous transmettez à vos comédiens ?

Mon premier enseignement consiste à désacraliser le jeu, décensurer, mettre à l’aise, apprendre par l’erreur et par le plaisir. Le plaisir est un outil pédagogique fondamental. En supprimant les tensions, les souffrances, les peurs, on libère l’imaginaire, la créativité, on permet aux acteurs de se mettre dans une vraie aisance, de façon qu’organiquement, simplement, naturellement ils vont trouver leur propre expressivité. Deuxième enseignement : on ne joue pas le texte, on ne joue pas les émotions, on joue les actions. L’acteur doit avoir une approche 360° de son environnement (où je suis, comment je me sens, pourquoi je suis ici, quel est mon objectif,…). Les émotions et enfin le texte ne sont, en quelque sorte, que des produits dérivés de la situation.Mon rôle, c’est d’apprendre aux acteurs « à ne pas jouer »,c’est à dire à ne pas faire semblant, à ne pas être dans un art de représentation mais dans un art d’expériences véritables, qu’elles soient physiques, psychologiques ou émotionnelles.

N’est-ce pas dangereux justement pour un acteur de vivre une véritable expérience psychologique ou physique ?

Pas s’il y a des gardes fous ! Dans les ateliers, il y a trois règles : ne pas se faire mal ou faire mal à l’autre, respecter la personne physique, prendre du plaisir. Dans la méthode, il y a des moyens d’entrer dans des scènes mais il y a aussi des moyens d’en sortir. Si on utilise du vécu par exemple, on va utiliser du vécu qui est daté. Mais ceci étant dit, pour moi, le vrai risque, c’est justement de ne pas en prendre, de ne pas vivre d’expériences. Sinon, à quoi bon ? Comment nourrir son travail de comédien ? Raison pour laquelle on invite nos comédiens à vivre des expériences pour alimenter leur travail. Mais je veille toujours à faire la différence entre l’intime et le privé. Quand je lance une direction pour le travail d’une scène et que je demande à mes comédiens de chercher dans leur vécu, je ne vais jamais chercher à savoir à quoi, à qui ils pensent. Le privé doit rester privé.

Quelles qualités demandez-vous à vos comédiens ?

Sans hésiter, la capacité d’émerveillement et de curiosité. Je leur demande de « jouer le jeu », de sortir des 2 ennemis fondamentaux selon moi à toute créativité : être blasé et comme on dit familièrement « se la jouer ». « Se la jouer » en acting, c’est déjà créer une carapace entre le monde extérieur et soi-même, qui entrave la créativité, la fraîcheur, l’émerveillement. Et puis, bien sûr, je leur demande du travail, de la persévérance. Pour réussir, comme le disait Brando, 1% de talent, 99% de travail….

Et quelles sont les qualités d’un bon coach ?

A mon avis, il y en a 3. Un bon coach doit d’abord être capable d’inspirer, d’être évocateur, d’allumer chez l’autre l’étincelle de la créativité, en proposant, en séduisant l’imaginaire mais jamais, encore une fois, en imposant. Ensuite, il doit savoir donner de la confiance aux acteurs, s’inscrire dans une pédagogie enthousiaste, positive. Et puis, être honnête intellectuellement, c’est-à-dire avoir conscience que son rôle n’est pas de donner un avis personnel ou de rendre un jugement sur telle ou telle personne de manière subjective. Il faut être vigilant sur ce point car les frontières sont très poreuses dans ce métier. Je dirais enfin d’une manière plus générale qu’il est important pour un coach d’avoir « tâté de la scène » pour connaître les challenges, les problématiques qui se posent à un acteur et pouvoir ensuite transmettre en connaissance de cause. Il faut avoir été de façon organique à la place de l’acteur pour vraiment l’aider et l’accompagner.

Y-a-t-il une différence entre coacher des acteurs pour le cinéma et pour le théâtre ?1891237_716567785050281_143719052_n

Non, on les coache de la même façon. La seule différence réside dans la projection de gestes et de la voix, autrement dit « sur-physicaliser » ou « sous-physicaliser » sa performance selon les contraintes spatiales, techniques données (taille d’une salle, extérieur/intérieur,…). Mais au final, le seul impératif pour un acteur, théâtre ou cinéma, c’est la recherche de la vérité, c’est d’être juste, c’est d’être connecté. La vérité intérieure a un goût unique qu’on ressent de la même façon au théâtre qu’au cinéma.

Qu’est-ce qui vous intéresse dans ce métier ? En quoi est-ce complémentaire de vos autres activités de scénariste/réalisateur/producteur ?

Je dirais que ce métier m’intéresse parce que l’humain m’intéresse. Dans le coaching, on est très profondément ancré dans l’humain. Et puis mon activité de coach me sert énormément dans mon activité de réalisateur. Le fait d’avoir une connaissance profonde, intime du travail de l’acteur me permet sur un tournage de me sentir en confiance avec eux, d’être à l’aise, de les faire travailler de manière à obtenir ce que je souhaite. A un niveau plus personnel, c’est agréable de pouvoir travailler avec des acteurs. Ça me permet de déconnecter un peu de mes univers, de me « rafraîchir ».

Parlez-nous de vous. Quel a été votre parcours ?

J’ai d’abord suivi des ateliers en France comme acteur. J’étais passionné par le coaching d’acteurs déjà à l’époque et j’ai participé un jour à Paris à un colloque sur « le siècle Stanislavski ». Déclic, je découvre cette méthode que je trouve ludique, accessible et très pragmatique et je décide de partir à New-York pour me former à la Méthode. Pendant 2 ans et demi, j’ai suivi les cours du Herbert Berghof Studio et du Michael Chekhov studio, tout en jouant sur la scène off de Broadway. Expérience phénoménale en termes d’apprentissage, de rencontres,… Je suis rentré en France et les choses se sont enchaînées assez naturellement, j’ai réalisé des courts et des moyens métrages qui ont été beaucoup diffusés et récompensés, j’ai créé un pool d’écriture de scenarii et j’ai commencé à coacher des acteurs en France qui étaient intéressés par mon expérience américaine. J’ai monté un atelier de coaching informel en 2000 qui est devenu Method Acting Center en 2002.

Que tirez-vous de cette expérience américaine ?

Ce que j’ai appris par-dessus-tout : l’amour et la passion d’un art se combinent parfaitement avec la désacralisation et l’irrévérence. Rien ne doit être figé, poussiéreux que l’on s’attaque à des contemporains ou des classiques. D’ailleurs Jouvet en parlait très bien « la tragédie, c’est du sport » les choses doivent être tangibles, physiques, ne rien mettre sur un piédestal.

Merci David. Et pour conclure, quels sont vos projets ?

Pas mal de choses ! Je suis en train de finir mon premier long métrage, qui a été tourné en Angleterre. J’ai aussi le projet de créer au sein de Method Acting Center avec les élèves de l’école un pôle production pour développer des projets cinéma et théâtre. Et puis l’écriture ! Je termine un livre sur l’acting, dont l’objectif est de compiler les enseignements de la Méthode Stanislavski, de les faire redécouvrir, de les rendre très accessibles et, encore et toujours, paradoxalement, de les démystifier pour mieux en maîtriser la magie. Tiens, à propos de démystification, le livre devrait s’intituler… « STAN » !

Propos recueillis par Elisabeth Donetti 

Pour aller plus loin :

www.methodacting.fr

www.davidbarrouk.com

 

 

 

Lecture – rencontre Murielle MAGELLAN le 9 mars

LECTURE – RENCONTRE dimanche 9 mars à 17h

A l’occasion de la parution de son dernier roman « N’oublie pas les oiseaux » aux éditions Julliard, Murielle Magellan présentera son ouvrage à la librairie du théâtre du Rond-Point dimanche 9 mars à 17h. Les comédiennes Véronique Olmi et Audrey Dana liront quelques extraits, avant une séance de dédicaces et un verre de l’amitié.

Rencontre 9 mars

Librairie du théâtre du Rond-Point

2 bis avenue Franklin Roosevelt

75008 Paris

www.librairiedurondpoint.fr

LA COMTESSE D’ESCARBAGNAS – Le FUNAMBULE MONTMARTRE

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Très, très déçue par ce spectacle qui m’avait pourtant séduite sur le papier. Certes, de l’enthousiasme et une belle énergie au sein de cette jeune compagnie « les Oracles imparfaits », qui propose une pièce méconnue du répertoire de Molière « La comtesse d’Escarbagnas », satire sur la société de province, où se croisent comtesse vaniteuse, valets incultes, jeune première, vicomte secrètement amoureux…. Malgré l’implication et le plaisir des jeunes comédiens à être sur scène, 1 heure 10 d’ennui total devant ce spectacle au final mal ficelé et peu abouti : interprétation poussive à la limite de la caricature, mise en scène simpliste, décor ultrarudimentaire. Pas convaincue hélas…

Le point de vue d’Elisabeth 

http://www.funambule-montmartre.com/