Aurore Auteuil questionne la quête du bonheur avec « SAHAR ET JEREMY», la pièce qu’elle interprète actuellement au Petit Hébertot. Lui, c’est Jeremy, 17 ans au début de la pièce, sweat à capuche et baskets, une enfance difficile marquée par un père violent, adolescence chahutée, des excès d’alcool et de cocaïne, un job de garçon de café purement alimentaire, jusqu’à sa rencontre avec Sahar, une jeune femme « venue du pays du soleil » qui changera le cours de sa vie. Seule en scène, Aurore Auteuil interprète les 2 personnages à tour de rôle, d’abord son parcours à lui, puis leur vie à eux, leurs joies, leurs doutes, leurs espoirs pendant près de 15 ans. Le récit s’égrène ainsi de chapitre en chapitre avec en toile de fond la même question : peut-on oser croire au bonheur et le vivre quand on ne l’a jamais connu ?
Pour défendre cette histoire et relever le défi toujours difficile du « seul en scène », la comédienne se livre à 100% pendant une heure et parvient à rendre ses personnages attachants en transmettant de belles émotions dans les scènes de colère et de désespoir, davantage d’ailleurs que dans les passages narratifs. Dommage cependant de ne pas la voir interpréter davantage Sahar, très en retrait par rapport au personnage masculin. Côté mise en scène, de belles choses ! Aurore Auteuil évolue au milieu de trois grands panneaux de tissu transparents sur lesquels sont projetés textes et dessins stylisés. Jolie trouvaille du metteur en scène Ladislas Chollat qui apporte beaucoup de fraîcheur et de poésie à la pièce. Il faut noter aussi une très belle bande son, dont la reprise magique de With or without you de U2 au violon, qui ponctue judicieusement les temps forts de la pièce.
On imagine aisément qu’Aurore (Sahar en persan) Auteuil a livré de sa vie dans ce spectacle qu’elle s’est écrit sur mesure, tant son émotion était palpable mercredi dernier, au moment des applaudissements nourris du public.
C’est l’histoire vraie d’un amour pas comme les autres. Elle, George, une intellectuelle parisienne. Lui, Govain, un marin breton. Rien ne les prédestinait à se rencontrer, encore moins à s’aimer. Pourtant LES VAISSEAUX DU COEUR raconte cette passion là : leur rencontre à 18 ans, la révélation d’un désir charnel puissant, la naissance d’un amour véritable, les séparations temporaires (chacun se mariera et mènera sa vie de son côté), les retrouvailles toujours plus belles et plus intenses, des marchés africains aux plages seychelloises jusqu’aux littorals bretons pendant près de 30 ans. L’attirance qu’on croyait simplement physique laissera place au fil des décennies à un amour véritable, fort, fusionnel et aura raison des différences sociales, des distances lointaines, du temps qui passe. « Tu l’écriras, notre histoire ? » demanda un jour Govain à George. Elle a dit « non », et elle l’a écrite.
La pièce est l’adaptation d’un roman autobiographique de Benoîte Groult publié en 1988. Le livre marqua à l’époque les esprits par la crudité des mots pour évoquer l’amour physique. La comédienne Josiane Pinson, qui interprète le rôle de George, signe ici l’adaptation de la pièce . « J’ai lu Les Vaisseaux du coeur pour la première fois il y a quelques vingt cinq ans et le roman ne m’a plus quittée depuis ».
Pour évoquer cette histoire d’amour hors du commun, le metteur en scène Jean-Luc Tardieu a fait le choix d’un plateau dépouillé, blanc, aérien qui permet au spectateur de ne pas se disperser et de s’attacher au texte, rien qu’au texte. Le récit alterne moments de narration et moments d’actions, joliment illustrés par des lumières douces et des transitions sonores fluides. Sur scène, le duo Josiane Pinson/Serge Riaboukine fonctionne à merveille. Les deux comédiens, tout en complicité, incarnent, avec le même talent, toutes les facettes des émotions amoureuses : la puissance du désir, la tristesse des départs, la nostalgie des souvenirs heureux, la joie des retrouvailles. Au-delà de la qualité d’interprétation, le texte est l’une des grandes forces du spectacle : superbement écrit, drôle, émouvant et parfois (très) cru ! George appelle un chat un chat, ce qui crée d’ailleurs un contraste charmant avec l’élégance et le timbre suave de Josiane Pinson.
Bonjour David, vous avez créé Method Acting Center en 2002. Quelle est la vocation de l’école ? A qui s’adresse-t-elle ?
Je dirais de façon basique que l’école sert à former des acteurs de théâtre et de cinéma à leur métier, entendons-nous des acteurs réalistes qui répondent à des circonstances données de façon logique, crédible, quel que soit le contexte de jeu, aussi farfelu ou délirant soit-il. On travaille selon la méthode de Stanislavski, de l’Actor’s studio et de ses « disciples » : Michael Chekhov, Stella Adler, Lee Strasberg et le génialissime et pourtant étonnamment méconnu Robert Lewis (ndlr : l’un des trois fondateurs de l’Actor’s studio). Une centaine de comédiens suivent nos ateliers chaque année. On a environ un quart de professionnels, deux quarts de personnes qui veulent en faire leur métier et un dernier quart qui « essaye », soit au final 75% de personnes qui s’inscrivent dans une démarche professionnelle.
En quoi consiste votre travail de coach ?
Au départ, avant d’être coach, je suis d’abord un enseignant qui transmet une méthode, des techniques, un savoir-faire. Ensuite, si je fais bien mon travail, au bout d’un an, deux ans, je n’ai plus grand-chose à transmettre techniquement parlant et je glisse progressivement vers une activité de coach, c’est-à-dire quelqu’un qui, comme son nom l’indique, entraîne, aiguise les connaissances. Il y a certaines personnes que je coache par exemple depuis cinq, dix ans.
Quels sont les enseignements clés que vous transmettez à vos comédiens ?
Mon premier enseignement consiste à désacraliser le jeu, décensurer, mettre à l’aise, apprendre par l’erreur et par le plaisir. Le plaisir est un outil pédagogique fondamental. En supprimant les tensions, les souffrances, les peurs, on libère l’imaginaire, la créativité, on permet aux acteurs de se mettre dans une vraie aisance, de façon qu’organiquement, simplement, naturellement ils vont trouver leur propre expressivité. Deuxième enseignement : on ne joue pas le texte, on ne joue pas les émotions, on joue les actions. L’acteur doit avoir une approche 360° de son environnement (où je suis, comment je me sens, pourquoi je suis ici, quel est mon objectif,…). Les émotions et enfin le texte ne sont, en quelque sorte, que des produits dérivés de la situation.Mon rôle, c’est d’apprendre aux acteurs « à ne pas jouer »,c’est à dire à ne pas faire semblant, à ne pas être dans un art de représentation mais dans un art d’expériences véritables, qu’elles soient physiques, psychologiques ou émotionnelles.
N’est-ce pas dangereux justement pour un acteur de vivre une véritable expérience psychologique ou physique ?
Pas s’il y a des gardes fous ! Dans les ateliers, il y a trois règles : ne pas se faire mal ou faire mal à l’autre, respecter la personne physique, prendre du plaisir. Dans la méthode, il y a des moyens d’entrer dans des scènes mais il y a aussi des moyens d’en sortir. Si on utilise du vécu par exemple, on va utiliser du vécu qui est daté. Mais ceci étant dit, pour moi, le vrai risque, c’est justement de ne pas en prendre, de ne pas vivre d’expériences. Sinon, à quoi bon ? Comment nourrir son travail de comédien ? Raison pour laquelle on invite nos comédiens à vivre des expériences pour alimenter leur travail. Mais je veille toujours à faire la différence entre l’intime et le privé. Quand je lance une direction pour le travail d’une scène et que je demande à mes comédiens de chercher dans leur vécu, je ne vais jamais chercher à savoir à quoi, à qui ils pensent. Le privé doit rester privé.
Quelles qualités demandez-vous à vos comédiens ?
Sans hésiter, la capacité d’émerveillement et de curiosité. Je leur demande de « jouer le jeu », de sortir des 2 ennemis fondamentaux selon moi à toute créativité : être blasé et comme on dit familièrement « se la jouer ». « Se la jouer » en acting, c’est déjà créer une carapace entre le monde extérieur et soi-même, qui entrave la créativité, la fraîcheur, l’émerveillement. Et puis, bien sûr, je leur demande du travail, de la persévérance. Pour réussir, comme le disait Brando, 1% de talent, 99% de travail….
Et quelles sont les qualités d’un bon coach ?
A mon avis, il y en a 3. Un bon coach doit d’abord être capable d’inspirer, d’être évocateur, d’allumer chez l’autre l’étincelle de la créativité, en proposant, en séduisant l’imaginaire mais jamais, encore une fois, en imposant. Ensuite, il doit savoir donner de la confiance aux acteurs, s’inscrire dans une pédagogie enthousiaste, positive. Et puis, être honnête intellectuellement, c’est-à-dire avoir conscience que son rôle n’est pas de donner un avis personnel ou de rendre un jugement sur telle ou telle personne de manière subjective. Il faut être vigilant sur ce point car les frontières sont très poreuses dans ce métier. Je dirais enfin d’une manière plus générale qu’il est important pour un coach d’avoir « tâté de la scène » pour connaître les challenges, les problématiques qui se posent à un acteur et pouvoir ensuite transmettre en connaissance de cause. Il faut avoir été de façon organique à la place de l’acteur pour vraiment l’aider et l’accompagner.
Y-a-t-il une différence entre coacher des acteurs pour le cinéma et pour le théâtre ?
Non, on les coache de la même façon. La seule différence réside dans la projection de gestes et de la voix, autrement dit « sur-physicaliser » ou « sous-physicaliser » sa performance selon les contraintes spatiales, techniques données (taille d’une salle, extérieur/intérieur,…). Mais au final, le seul impératif pour un acteur, théâtre ou cinéma, c’est la recherche de la vérité, c’est d’être juste, c’est d’être connecté. La vérité intérieure a un goût unique qu’on ressent de la même façon au théâtre qu’au cinéma.
Qu’est-ce qui vous intéresse dans ce métier ? En quoi est-ce complémentaire de vos autres activités de scénariste/réalisateur/producteur ?
Je dirais que ce métier m’intéresse parce que l’humain m’intéresse. Dans le coaching, on est très profondément ancré dans l’humain. Et puis mon activité de coach me sert énormément dans mon activité de réalisateur. Le fait d’avoir une connaissance profonde, intime du travail de l’acteur me permet sur un tournage de me sentir en confiance avec eux, d’être à l’aise, de les faire travailler de manière à obtenir ce que je souhaite. A un niveau plus personnel, c’est agréable de pouvoir travailler avec des acteurs. Ça me permet de déconnecter un peu de mes univers, de me « rafraîchir ».
Parlez-nous de vous. Quel a été votre parcours ?
J’ai d’abord suivi des ateliers en France comme acteur. J’étais passionné par le coaching d’acteurs déjà à l’époque et j’ai participé un jour à Paris à un colloque sur « le siècle Stanislavski ». Déclic, je découvre cette méthode que je trouve ludique, accessible et très pragmatique et je décide de partir à New-York pour me former à la Méthode. Pendant 2 ans et demi, j’ai suivi les cours du Herbert Berghof Studio et du Michael Chekhov studio, tout en jouant sur la scène off de Broadway. Expérience phénoménale en termes d’apprentissage, de rencontres,… Je suis rentré en France et les choses se sont enchaînées assez naturellement, j’ai réalisé des courts et des moyens métrages qui ont été beaucoup diffusés et récompensés, j’ai créé un pool d’écriture de scenarii et j’ai commencé à coacher des acteurs en France qui étaient intéressés par mon expérience américaine. J’ai monté un atelier de coaching informel en 2000 qui est devenu Method Acting Center en 2002.
Que tirez-vous de cette expérience américaine ?
Ce que j’ai appris par-dessus-tout : l’amour et la passion d’un art se combinent parfaitement avec la désacralisation et l’irrévérence. Rien ne doit être figé, poussiéreux que l’on s’attaque à des contemporains ou des classiques. D’ailleurs Jouvet en parlait très bien « la tragédie, c’est du sport » les choses doivent être tangibles, physiques, ne rien mettre sur un piédestal.
Merci David. Et pour conclure, quels sont vos projets ?
Pas mal de choses ! Je suis en train de finir mon premier long métrage, qui a été tourné en Angleterre. J’ai aussi le projet de créer au sein de Method Acting Center avec les élèves de l’école un pôle production pour développer des projets cinéma et théâtre. Et puis l’écriture ! Je termine un livre sur l’acting, dont l’objectif est de compiler les enseignements de la Méthode Stanislavski, de les faire redécouvrir, de les rendre très accessibles et, encore et toujours, paradoxalement, de les démystifier pour mieux en maîtriser la magie. Tiens, à propos de démystification, le livre devrait s’intituler… « STAN » !
A l’occasion de la parution de son dernier roman « N’oublie pas les oiseaux » aux éditions Julliard, Murielle Magellan présentera son ouvrage à la librairie du théâtre du Rond-Point dimanche 9 mars à 17h. Les comédiennes Véronique Olmi et Audrey Dana liront quelques extraits, avant une séance de dédicaces et un verre de l’amitié.
Très, très déçue par ce spectacle qui m’avait pourtant séduite sur le papier. Certes, de l’enthousiasme et une belle énergie au sein de cette jeune compagnie « les Oracles imparfaits », qui propose une pièce méconnue du répertoire de Molière « La comtesse d’Escarbagnas », satire sur la société de province, où se croisent comtesse vaniteuse, valets incultes, jeune première, vicomte secrètement amoureux…. Malgré l’implication et le plaisir des jeunes comédiens à être sur scène, 1 heure 10 d’ennui total devant ce spectacle au final mal ficelé et peu abouti : interprétation poussive à la limite de la caricature, mise en scène simpliste, décor ultrarudimentaire. Pas convaincue hélas…
Emballée par le spectacle « RIEN NE SE PERD » hier soir au PETIT HEBERTOT !
RIEN NE SE PERD, ce sont 5 comédiens, tous plus talentueux les uns que les autres, qui « recyclent » les plus belles et plus célèbres répliques du théâtre classique au service d’une comédie sur vitaminée, pleine d’humour et forcément …décalée ! Tous les « ingrédients » du drame classique sont au départ réunis: la reine folle et toute puissante, une belle princesse à marier, le traître démoniaque, un prince charmant et loufoque, la coquette prête à tout. Aventure, chevauchée, passion contrariée, trahison, …L’amooouur finira-t-il par triompher ? Ce scénario revu et (légèrement !) corrigé pour l’occasion permet aux comédiens de déployer tout leur talent dans une succession de tableaux déjantés mais dont l’intrigue se suit parfaitement. Et comme rien ne se perd et qu’on ne se limite pas à recycler uniquement les textes des classiques, cartonnages, emballages alimentaires, produits d’entretien, boites à chaussures et même capsules chères à un certain George G. ont été mis à contribution pour confectionner de costumes….100% récup. Attention les yeux !
Au final, un spectacle très drôle, enlevé, rythmé, et ponctué par une bande son inspirée qui apporte beaucoup de charme et de peps à l’ensemble. La mise en scène de Béatrice de la Boulaye, est originale et créative mais toujours au service d’un spectacle parfaitement cohérent. Il faut souligner au passage la belle prouesse de faire enchaîner pendant une heure et demie les plus belles répliques de Molière, Goldoni, Shakespeare, Marivaux, Tchekhov et tant d’autres. Et puis, mention spéciale aux cinq comédiens (Cindy Doutres, Blandine Bury, Vincent Londez, Romain Vissol, Diana Lazlo) qui s’en donnent à cœur joie, aussi complices entre eux qu’avec le public. Frais et décomplexé !
Un grand BRAVO au collectif LA BOUEE, qui avait déjà rencontré le succès avec une belle adaptation de « L’écume des jours » en 2009.
Prenez deux comédiennes pleines de peps, ajoutez des textes ciselés, saupoudrez d’un zeste d’impertinence, secouez bien fort et servez frais ! Voici Déshabillez-mots 2, un spectacle réjouissant servi par un duo de comédiennes espiègles et complices, qu’on imagine très bonnes copines dans la vie ! Fortes du succès de leur premier opus en 2011, Léonore Chaix (la blonde) et Flore Lurienne (la brune) rempilent pour un nouveau spectacle à l’Européen dans lequel elles incarnent, illustrent, décortiquent des mots de la langue française comme de vrais personnages, en proie à des états d’âme. Passent ainsi à la moulinette du duo les mots improbables tels que : « politesse », « perfection », « exigence », « quiproquo », « lâcher-prise »… Mention spéciale au passage pour l’interprétation des signes de ponctuation (le point-virgule : un régal !). Mais chuttt ! N’en dévoilons pas trop… On feuillette en tout cas pendant une heure et demie les pages d’un dictionnaire virtuel avec gourmandise et délectation. Les différents tableaux du spectacle permettent à Léonore et Flore de déployer tout leur talent de comédiennes et leur don pour l’écriture. Il y a du Raymond Queneau dans l’air. Spectacle drôle, singulier, culotté ! Laissez le charme agir….
Après les facéties de Régis Mailhot, il me tardait d’aller voir LE MISANTHROPE mis en scène par Michel FAU au THÉÂTRE DE L’OEUVRE. C’est chose faite !
Le Misanthrope, c’est l’histoire d’Alceste et Célimène. Alceste haït la société des hommes, ses codes, son hypocrisie et ne rêve que de sincérité. Mais il est secrètement amoureux de Célimène, jeune coquette qui fait tourner le cœur des hommes et manie l’intrigue et l’hypocrisie à ravir. Lui n’est que noirceur et intransigeance. Elle n’est que préciosité et frivolité, emprisonnée dans les carcans de son époque. Deux âmes en souffrance qui s’aimeront, se confronteront jusqu’à la rupture et l’exil inévitable.
Michel Fau s’attaque au classique des classiques avec un parti pris scénographique et artistique qui séduira ou ne séduira pas mais ne laissera personne indifférent. « Il faut rêver le XVIIème siècle, profiter du style baroque de l’œuvre et exploiter l’alexandrin qui est le vers noble, pour mettre en lumière un monde décadent et raffiné, précieux et féroce » indique-t-il dans sa note de metteur en scène. Pari fort réussi de ce point de vue. Dès le lever du rideau, on est plongé dans une esthétique sophistiquée, saturée de couleurs, de rubans, de strass, un vrai « bling bling » Grand Siècle. Il faut noter le soin tout particulier apporté aux costumes, perruques et maquillages, tous plus superbes les uns que les autres et parfaitement sublimés par la lumière chaude et intimiste de Joël Fabing.
A ce régal des yeux s’ajoute celui des oreilles car Michel Fau aime la langue du XVIIème et le respect des 12 syllabes de l’alexandrin. Le texte est servi par un casting masculin remarquable, à commencer par Michel Fau/Alceste qui fait résonner les vers de manière résolument moderne et sait, d’un regard, d’une posture, d’un silence jouer toute la gamme d’émotions du sombre Alceste. J’ai trouvé Jean-Pierre Lorit très convaincant en sage et raisonnable Philinte (quelle voix, quelle diction !) ainsi que Roland Menou et Frédéric le Sacripan qui jouent leur partition de « petits marquis » avec beaucoup de talent, tout en préciosité et ridicule. Et puis coup de cœur personnel pour Jean-Paul Muel qui campe en Oronte un poète pédant surpoudré et surperruqué absolument irrésistible et déclenche les rires du public dès la pointe de son soulier posée sur scène. J’ai été sincèrement moins séduite par la distribution féminine. Je suis restée sur ma faim notamment pour les duels Célimène/Arsinoé, que j’attendais plus mordants et féroces.
Il ne manque pas de charme REGIS MAILHOT : sourire ravageur, œil pétillant, costume impeccable et débit bien rythmé, il nous fait passer un très bon moment avec son spectacle «REPRISE DES HOSTILITÉS», qu’il joue actuellement au THÉÂTRE DU PETIT SAINT-MARTIN. Seul en scène avec pour tout décor, pupitre, bureau, et piles de cartons, Régis Mailhot s’adonne à son exercice favori pendant une heure et demie: un regard sans concession sur notre société et ses contemporains. Et il s’en donne à cœur joie en appuyant généralement là où ça fait mal : les politiques, la religion, le mariage pour tous, le célibat, les femen, les profs, les grèves, le trou de la sécu,…le tout ponctué régulièrement par un « c’est un skeeeeetch….. ! » quand ça fait un peu trop grincer des dents. Au programme : impertinence, corrosion, esprit poil à gratter pour dire STOP à la bêtise et au politiquement correct.
Si vous aimez l’esprit chansonnier, allez-y. C’est jusqu’au 12 avril !
Bonjour Laurence, depuis combien de temps enseignez-vous le théâtre ? Comment avez-vous choisi cette voie ?
Je n’ai pas vraiment choisi, ca a été une évidence. J’ai été comédienne tout au long de ma vie. Je suis arrivée à un âge où j’ai eu envie de partager mes sensibilités, mes expériences et surtout écouter les autres… Donc je ne donne pas des cours de théâtre, je n’aime pas le mot cours, je ne suis pas un prof, je partage des émotions avec des gens qui ont envie d’en partager avec moi.
Qu’est ce qui vous gêne dans ce mot prof ?
C’est un peu présomptueux de dire :« je sais des choses que vous, vous ne savez pas ». C’est même prétentieux. Après avoir beaucoup lu, écouté, et regardé, à la Sorbonne et aussi dans de grandes écoles de théâtre, j’ai compris que ces méthodes pédagogiques souvent contraignantes et ennuyeuses, ne me convenaient pas, et qu’il fallait créer une pédagogie personnelle. J’adore les métaphores culinaires. Je fais donc « à la carte » et non pas « au menu » !
Qu’avez-vous envie de transmettre à vos élèves ?
Je n’aime pas le mot transmettre. Je préfère les mots donner, partager. Mes élèves vont d’abord découvrir des choses sur eux-mêmes, apprendre à s’accepter tels qu’ils sont, avec leurs qualités et leurs défauts, et faire si possible que leurs défauts deviennent des qualités. Je pense que le théâtre est un moyen d’apprivoiser son image, de prendre conscience de l’effet qu’on fait, d’appréhender le physique qu’on a, de faire avec. Moi, ce qui m’intéresse, c’est d’aider à mieux communiquer avec les autres, à mieux s’exprimer, à oser regarder les gens dans les yeux, à surtout contrôler, dominer et lâcher ses émotions.
Il y a une petite connotation thérapeutique dans ce que vous me dites !
Bien sûr ! Et ça coûte beaucoup moins cher qu’un psy ! (rire). Les progrès sont souvent rapides, et surtout, on rit et on ne s’ennuie pas ! Je n’oblige jamais quelqu’un qui n’a pas envie de faire un exercice, chacun est libre, on n’est pas au boulot ou à l’école ! J’ajoute que mes ateliers sont interactifs, et que chacun peut donner son sentiment, et pourquoi pas, faire des propositions… Pour moi, un cours de théâtre réussi, c’est quand on repart plus léger, plus heureux en partant qu’en arrivant.
Barré, complètement barré, je suis folle à lier ! (rire) Et je le revendique. Si on n’a pas un grain de folie dans la vie, quel ennui ! J’aime surprendre et être surprise. Mais en même temps, je sais exactement où je vais et ce que je veux, quitte à prendre des moyens détournés. Je suis très exigeante, je considère mes élèves amateurs comme des comédiens professionnels et je leur demande des choses a priori difficiles, mais en m’adaptant au niveau de chacun, pour que tout le monde progresse, tout en veillant à ce que les distributions soient équitables, et que personne ne se sente lésé. Je travaille beaucoup à l’instinct, à l’impulsion, à la passion. Le corps parle autant que les mots. Je fais beaucoup d’échauffement corporel et tout en musique, car la musique est un merveilleux vecteur d’émotions. Je joue avec mes groupes quelquefois. J’aime bien que mes élèves se moquent de moi (rire). Il faut être humble. Je pense qu’on ne crée de bons cours que si on est bon tous ensemble. La réciprocité, comme en amour !
Que viennent chercher les élèves dans vos cours selon vous ?
C’est jamais la même chose et c’est ça qui est formidable ! L’important est de créer un groupe, une dynamique de groupe. Généralement en début d’année, les personnes se jaugent, se jugent, Mais très vite, grâce à des impros rigolotes, cadrées, et ciblées, des exercices personnalisés, la mayonnaise prend…Quand on monte un spectacle, il faut que chacun soit heureux de sa partition et fier de son travail. Donc l’important pour moi, c’est zéro compétition, zéro jalousie mais de la bienveillance, par le biais du rire et de la confiance.
Quels auteurs, quels types de pièce aimez-vous travailler ?
Je suis sortie du Conservatoire il y a une trentaine d’années, à la grande époque de Vitez, Roussillon. Les apprentis acteurs font leurs armes sur les classiques. Les 2 premières années de mes ateliers, j’ai eu des velléités de me pencher sur du Molière, Marivaux, Musset, en les modernisant. Mais je me suis vite rendue compte que c’était compliqué à présenter en spectacle.
Pourquoi ?
Parce que le classique est difficile ! Je m’adresse à des amateurs, au sens noble du terme. Le classique requiert beaucoup de technique, ça prend trop de temps. Même si je travaille des classiques pendant l’année sur des textes courts, incisifs, je propose depuis un an plutôt des textes contemporains, accessibles, drôles, parfois crus, dérangeants. Je repique des scènes de film, si possible choisis par mes élèves. J’aime beaucoup faire découvrir de nouveaux auteurs, pas forcément des auteurs à la mode. J’aime travailler sur l’émotion. L’émotion, c’est vraiment mon fond de commerce ! Ca donne des spectacles surprenants, très borderline, comme le titre de notre spectacle cette année d’ailleurs !
Quelle est votre plus grande satisfaction en tant qu’enseignante ? Et plus grande frustration ?
La frustration, c’est le manque de temps, j’ai deux heures par semaine par groupe et c’est toujours un vrai défi de créer un bon spectacle avec 10 participants et seulement 2 heures de travail par semaine, même avec des heures sup ! La grande récompense, ce sont mes groupes qui chaque année font des spectacles formidables, donnent le meilleur d’eux-mêmes, se surprennent eux-mêmes et surtout surprennent ceux qui viennent les voir.
L’enseignement est-il complémentaire de votre métier de comédienne, que vous exercez parallèlement ?
Absolument ! Je pense que les deux sont complémentaires et j’adore ! J’ai joué un Giraudoux l’année dernière, j’ai tourné, et c’est fou comme, le fait de donner des cours m’a enrichie en tant que comédienne. Demander chaque semaine à mes élèves de faire telle ou telle chose me pousse toujours à me demander : est-ce que je serais capable de faire ce que je leur demande ? Donc, oui c’est formidablement complémentaire.
Vous enseignez, vous jouez et vous mettez en scène. En quoi tout cela se complète ou se différencie-t-il ?
C’est pareil ! Quand un participant n’arrive pas à jouer ce que je lui demande, je détourne la chose. Et généralement, ça marche. J’essaie de démécaniser, de faire réinventer, de casser une mécanique trop huilée… Vous savez, quand je mets en scène, je ne sais jamais où je vais à la base. Tout dépend de mes comédiens. C’est en m’inspirant d’eux que je trouve une scénographie adaptée.
Rien n’est jamais figé alors ?
Jamais !!! On doit s’adapter en permanence. Quand je décide de quelque chose, c’est le contraire qui se produit. Par exemple, moi qui suis une grande voyageuse et qui pars deux fois par an en Asie à l’aventure, je peux vous dire que tout ce que je prévois ne se passe jamais comme prévu, c’est tout le contraire qui se produit.
Parlez-nous de votre actualité, de vos projets.
En tant que comédienne, il y a des projets mais je n’en parle pas, par superstition ! (rire). Ca bouge pas mal mais il est encore trop tôt pour en parler. En tout cas, je crois beaucoup aux rencontres et les rencontres boules de neige, j’adore ça.
Merci Laurence ! Pour conclure, quel est le « mot théâtre » que vous préférez ?