UN CAFÉ AVEC Laurence Jeanneret, comédienne, professeur de théâtre aux Ateliers Seguin (Paris)

Laurence Jeanneret - Cpyright visuel Emmanuel Louis

Copyright visuel Emmanuel Louis

Bonjour Laurence, depuis combien de temps enseignez-vous le théâtre ? Comment avez-vous choisi cette voie ? 

Je n’ai pas vraiment choisi, ca a été une évidence. J’ai été comédienne tout au long de ma vie. Je suis arrivée à un âge où j’ai eu envie de partager mes sensibilités, mes expériences et surtout écouter les autres… Donc je ne donne pas des cours de théâtre, je n’aime pas le mot cours, je ne suis pas un prof, je partage des émotions avec des gens qui ont envie d’en partager avec moi.

Qu’est ce qui vous gêne dans ce mot prof ?

C’est un peu présomptueux de dire :« je sais des choses que vous, vous ne savez pas ». C’est même prétentieux. Après avoir beaucoup lu, écouté, et regardé, à la Sorbonne et aussi dans de grandes écoles de théâtre, j’ai compris que ces méthodes pédagogiques souvent contraignantes et ennuyeuses,  ne me convenaient pas, et qu’il fallait créer une pédagogie personnelle. J’adore les métaphores culinaires. Je fais donc « à la carte » et non pas «  au menu » !

Qu’avez-vous envie de transmettre à vos élèves ?

Je n’aime pas le mot transmettre. Je préfère les mots donner, partager. Mes élèves vont d’abord découvrir des choses sur eux-mêmes, apprendre à s’accepter tels qu’ils sont, avec leurs qualités et leurs défauts, et faire si possible que leurs défauts deviennent des qualités. Je pense que le théâtre est un moyen d’apprivoiser son image, de prendre conscience de l’effet qu’on fait, d’appréhender le physique qu’on a, de faire avec. Moi, ce qui m’intéresse, c’est d’aider à mieux communiquer avec les autres, à mieux s’exprimer, à oser regarder les gens dans les yeux, à surtout contrôler, dominer et lâcher ses émotions.

Il y a une petite connotation thérapeutique dans ce que vous me dites !

Bien sûr ! Et ça coûte beaucoup moins cher qu’un psy ! (rire). Les progrès sont souvent rapides, et surtout, on rit et on ne s’ennuie pas ! Je n’oblige jamais quelqu’un qui n’a pas envie de faire un exercice, chacun est libre, on n’est pas au boulot ou à l’école ! J’ajoute que mes ateliers sont interactifs, et que chacun peut donner son sentiment, et pourquoi pas, faire des propositions… Pour moi, un cours de théâtre réussi, c’est quand on repart plus léger, plus heureux en partant qu’en arrivant.

Si vous deviez définir votre « style », vous diriez quoi ?

Barré, complètement barré, je suis folle à lier ! (rire) Et je le revendique. Si on n’a pas un grain de folie dans la vie, quel ennui ! J’aime surprendre et être surprise. Mais en même temps, je sais exactement où je vais et ce que je veux, quitte à prendre des moyens détournés. Je suis très exigeante, je considère mes élèves amateurs comme des comédiens professionnels et je leur demande des choses a priori difficiles, mais en m’adaptant au niveau de chacun, pour que tout le monde progresse, tout en veillant à ce que les distributions soient équitables, et que personne ne se sente lésé. Je travaille beaucoup à l’instinct, à l’impulsion, à la passion. Le corps parle autant que les mots. Je fais beaucoup d’échauffement corporel et tout en musique,  car la musique est un merveilleux vecteur d’émotions. Je joue avec mes groupes quelquefois. J’aime bien que mes élèves se moquent de moi (rire). Il faut être humble. Je pense qu’on ne crée de bons cours que si on est bon tous ensemble.  La réciprocité, comme en amour !

Que viennent chercher les élèves dans vos cours selon vous ?

C’est jamais la même chose et c’est ça qui est formidable ! L’important est de créer un groupe, une dynamique de groupe. Généralement en début d’année, les personnes se jaugent,  se jugent, Mais très vite, grâce à des impros rigolotes, cadrées, et ciblées, des exercices personnalisés, la mayonnaise prend…Quand on monte un spectacle, il faut que chacun soit heureux de sa partition et fier de son travail. Donc l’important pour moi, c’est zéro compétition, zéro jalousie mais de la bienveillance, par le biais du rire et de la confiance.

Quels auteurs, quels types de pièce aimez-vous travailler ?

Je suis sortie du Conservatoire il y a une trentaine d’années, à la grande époque de Vitez, Roussillon. Les apprentis acteurs font leurs armes sur les classiques.  Les 2 premières années de mes ateliers, j’ai eu  des velléités de me pencher sur du Molière, Marivaux, Musset, en les modernisant. Mais je me suis vite rendue compte que c’était compliqué à présenter en spectacle.

Pourquoi ?

Parce que le classique est difficile ! Je m’adresse à des amateurs, au sens noble du terme. Le classique requiert beaucoup de technique, ça prend trop de temps. Même si je travaille des classiques pendant l’année sur des textes courts, incisifs, je propose depuis un an plutôt des textes contemporains, accessibles, drôles, parfois crus, dérangeants. Je repique des scènes de film, si possible choisis par mes élèves.  J’aime beaucoup faire découvrir de nouveaux auteurs,  pas forcément des auteurs à la mode. J’aime travailler sur l’émotion. L’émotion, c’est vraiment mon fond de commerce ! Ca donne des spectacles surprenants, très borderline, comme le titre de notre spectacle cette année d’ailleurs !

Quelle est votre plus grande satisfaction en tant qu’enseignante ? Et plus grande frustration ?

La frustration, c’est le manque de temps, j’ai deux heures par semaine  par groupe et c’est toujours un vrai défi de créer un bon spectacle avec 10 participants et seulement 2 heures de travail par semaine, même avec des heures sup ! La grande récompense, ce sont mes groupes qui chaque année font des spectacles formidables, donnent le meilleur d’eux-mêmes, se surprennent eux-mêmes et surtout surprennent ceux qui viennent les voir. 

L’enseignement est-il complémentaire de votre métier de comédienne, que vous exercez parallèlement ?

Absolument ! Je pense que les deux sont complémentaires et j’adore ! J’ai joué un Giraudoux l’année dernière, j’ai tourné, et c’est fou comme, le fait de donner des cours m’a enrichie en tant que comédienne. Demander chaque semaine à mes élèves de faire telle ou telle chose me pousse toujours à me demander : est-ce que je serais capable de faire ce que je leur demande ? Donc, oui c’est formidablement complémentaire.

Vous enseignez, vous jouez et vous mettez en scène. En quoi tout cela se complète ou se différencie-t-il ?  

C’est pareil ! Quand un participant n’arrive pas à jouer ce que je lui demande,  je détourne la chose. Et généralement, ça marche. J’essaie de démécaniser, de faire réinventer, de casser une mécanique trop huilée… Vous savez, quand je mets en scène, je ne sais jamais où je vais à la base. Tout dépend de mes comédiens. C’est en m’inspirant d’eux que je trouve une scénographie adaptée.

Rien n’est jamais figé alors ?

Jamais !!! On doit s’adapter en permanence. Quand je décide de quelque chose, c’est le contraire qui se produit. Par exemple, moi qui suis une grande voyageuse et qui pars deux fois par an en Asie à l’aventure, je peux vous dire que tout ce que je prévois ne se passe jamais comme prévu, c’est tout le contraire qui se produit.

Parlez-nous de votre actualité, de vos projets.

En tant que comédienne, il y a des projets mais je n’en parle pas, par superstition ! (rire). Ca bouge pas mal mais il est encore trop tôt pour en parler. En tout cas, je crois beaucoup aux rencontres et les rencontres boules de neige, j’adore ça.

Merci Laurence ! Pour conclure, quel est le « mot théâtre » que vous préférez ?

Public …et passion !!!!!!

Propos recueillis par Elisabeth Donetti 

Site web de Laurence Jeanneret, c’est ici

 

 

 

 

 

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