COLORS – THÉÂTRE du GYMNASE

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J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour les spectacles d’impro, pour en avoir pas mal « tâté » pendant mes années théâtre et connaître la difficulté de l’exercice. Ces cinq petites lettres I M P R O qui génèrent encore une petite appréhension personnelle alors que tous mes profs me l’ont rabâché pendant des années : la clé de l’impro, c’est la détente, l’écoute et l’a-mu-se-ment ! En attendant, découverte de COLORS, un must du genre, sur la scène du petit Gymnase dimanche 18 janvier.

Dès l’arrivée, les spectateurs sont invités à écrire un thème sur un petit papier, dont on imagine bien le sort qui pourra lui être jeté pendant la soirée… Après une première partie animée par les élèves de l’EFIT (Ecole Française d’Improvisation Théâtrale) qui font leurs premières armes sur scène, place au show COLORS ! Le concept qui a fait ses preuves (le spectacle entame sa huitième saison) et somme toute simple et efficace. Sur scène, cinq comédiens et comédiennes, incarnant chacun(e)une couleur, piochent à tour de rôle les thèmes proposés par le public et imaginent un début d’histoire. Deux autres comédiens font le même exercice. Au public de choisir le meilleur teasing et donc de désigner qui de Mister Yellow, Mister Purple, Miss Bordeaux, Mister Blue et Miss Ruby se lancera dans l’impro. Ainsi se succèdent une dizaine de thème du plus basique au plus loufoque. Chaque dimanche soir, la troupe COLORS accueille un « guest », qui endossera le rôle de Miss ou Mister White et participera aux impros tout au long de la soirée avec la troupe. Ainsi se sont prêtés au jeu au fil des saisons des personnalités du monde du spectacle, comme Julien Courbet, Anne Roumanoff, Amandine Bourgeois,…

COLORS, c’est une vraie réussite! Les impros, qui gagnent en qualité au fur et à mesure de la soirée, sont extrêmement bien construites, drôles, enlevées, pleines de pep’s et de créativité. Les comédiens, tous ultra bien rodés à l’exercice, s’en donnent à cœur joie. Mention spéciale à Mister Purple -« 21 années d’impro au compteur » me confiera-t-il à la fin du spectacle -et Mister Yellow qui « font le job » avec un plaisir irrésistible et une aisance assez…déconcertante ! Le public, complice du spectacle, n’est ni oublié, ni trop sollicité, bien pensé ! Et puis, coup de cœur du show: le « quicky challenge », soit un duo d’improvisation débité à toute allure aussi bien dans le texte que dans les gestes, à partir d’un thème choisi au hasard. Bluffant !

Au final, une sortie parfaite pour chasser le blues du dimanche soir. Allez-y !

Le point de vue d’Elisabeth 

 

COLORS

Théâtre du Gymnase • 38 boulevard bonne nouvelle, 75010 Paris

Tous les dimanches soirs à 20h30

Site officiel d’ESTEBAN PERROY, comédien et fondateur de COLORS

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RENCONTRE AVEC L’ÉQUIPE ARTISTIQUE D’ANNA CHRISTIE -THÉATRE de L’ATELIER

Visuel affiche webMercredi 15 janvier, fin d’après-midi, nous sommes une petite dizaine de blogueurs à avoir le plaisir de rencontrer l’équipe artistique de la pièce Anna Christie, qui est à l’affiche du théâtre de l’Atelier depuis le 20 janvier. Après avoir fait rapidement connaissance (quel plaisir au passage de mettre des visages sur des adresses web et autres comptes twitter !), nous nous dirigeons vers la salle et nous nous installons aux premiers rangs, impatients que la conférence commence. Pour l’heure, le grand rideau de fer est baissé, impossible de jeter un œil indiscret aux décors de la pièce. Work in progress… Entrent alors sur le plateau le metteur en scène Jean-Louis Martinelli et les comédiens Mélanie Thierry, Féodor Atkine et Stanley Weber. Ils sortent de répétition et l’ambiance est pour le moins décontractée : Mélanie, un mug à la main, Stanley en chaussettes et Féodor encore en costume de scène (pull marin et bottes caoutchouc). Ils viennent tranquillement s’asseoir au bord de la scène.

Les carnets sont sortis et les stylos dégainés… Nous sommes fin prêts.

Jean-Louis Martinelli introduit la rencontre en nous présentant l’auteur de la pièce, Eugène O’Neill, dramaturge américain du début du XXe siècle, qui nous révèle avoir puisé son inspiration à la fois dans sa vie personnelle, douloureuse et tourmentée (alcoolisme, relations familiales violentes…) et dans le théâtre de Shakespeare et des tragiques grecs. Son théâtre, réaliste, questionne la quête du sens de l’existence et met généralement en scène des personnages en marge de la société qui luttent pour maintenir leurs espoirs et leurs aspirations. Jean-Louis Martinelli poursuit en résumant Anna Christie, l’une des premières pièces d’O’Neill. Années 20, dans un bar crasseux du port de New-York, un marin, Chris Christopherson (interprété par Féodor Atkine), émigré suédois aux États-Unis, retrouve sa fille Anna (Mélanie Thierry), qu’il a abandonnée quinze ans plus tôt, à la mort de sa femme. Il l’emmène en mer pour « qu’elle se repose ». Au cours de leur traversée, ils repêcheront en mer un jeune marin, Burke (Stanley Weber) qui, dès le premier regard, sera fasciné par Anna et désirera l’épouser : un coup de foudre ! Mais Anna, troublée par son passé de prostituée et en butte au refus de son père qu’elle épouse Burke, cherchera à gagner sa liberté et son indépendance. Au fond, résume J.-L. Martinelli, la pièce raconte « la recherche d’autonomie de cette femme, sa volonté d’exister en tant qu’individu » et rend hommage aux « femmes qui se battent pour gagner leur place ». Il nous rappelle que la pièce a été écrite dans les années 1920 à l’époque des grands mouvements féministes américains. Martinelli parle de la pièce comme d’un théâtre « âpre », rugueux, d’un « théâtre d’acteurs », sans « sous-texte » d’une grande simplicité narrative mais qui glisse progressivement vers une dimension onirique.

À la question de la naissance du projet, c’est au tour de Mélanie Thierry de prendre la parole car c’est bien elle qui en est à l’origine. Après avoir connu le succès et la reconnaissance de la profession avec Le Vieux Juif blonde en 2006 et Baby Doll en 2009, elle s’est lancée dans Anna Christie qu’elle a lue et aimée, une « belle pièce d’atmosphère » comme elle nous l’explique. Elle évoque Anna, son personnage, comme une femme qui méprise les hommes, au regard de son abandon et de son passé de prostituée, et qui a envie de garder la tête haute et de gagner sa place. Elle a été également touchée par le thème des retrouvailles père / fille et nous glisse au passage qu’il faut « accepter et aimer ses parents tels qu’ils sont ». Elle connaissait le travail de Jean-Louis Martinelli et avait envie de collaborer avec lui. « Il était obligé de me prendre », dit-elle en riant, à la question du choix des comédiens. Martinelli y répond en nous confiant qu’il s’est laissé guider par deux critères : le talent et la volonté de créer « une famille qui va bien vivre ensemble ».

Puis, c’est à Féodor Atkine de nous parler de son personnage Chris, le père d’Anna, un personnage complexe, ambigu, englué dans un sentiment de culpabilité, contraint de revenir vers ce qu’il a abandonné et qui biaise en permanence « en racontant ses propres vérités ». J’imagine parfaitement Féodor Atkine dans ce rôle de marin bourru et solitaire, avec sa belle voix de basse. Stanley Weber poursuit en nous décrivant également son personnage, Burke, qui lui offre l’opportunité d’interpréter un rôle fort et tranché : un homme qui sort d’un naufrage et qui rencontre le jour même l’amour de sa vie ! Un personnage plein de candeur, de naïveté et emporté par l’arrogance de sa jeunesse. Stanley Weber salue au passage le très beau travail de Jean-Louis Carrière qui a su traduire, selon lui, le texte avec beaucoup de finesse et de subtilité et a adapté la pièce en faisant des choix assez tranchés (suppression pure et simple de certains passages religieux dans l’acte 4 par exemple et de certains personnages).

Un mot des décors ? Nous apprendrons seulement qu’ils « baigneront » dans cet univers maritime, de ports, de toiles de bateaux, de phares, de brouillards. Nous sommes curieux également d’en savoir plus sur les costumes qui sont signés Camille Janbon. Mélanie, toujours très impliquée sur le choix de ses tenues, nous glisse que la costumière est venue assister quotidiennement aux quinze premiers jours de répétition. Elle pensait la voir arriver avec trois valises pour l’essayage. Mais non, au final, elle est venue avec trois tenues… et c’était parfait ! Travail remarquable auquel elle rend également hommage.

Et quid de l’état d’esprit de l’équipe à quelques jours de la première ? Rationnel et serein. « Si le travail a été bien fait, ça doit tenir debout », nous indique J.-L. Martinelli dans un sourire. Lui se dessaisit de son travail et laisse le plateau aux comédiens. Comme Stanley Weber le rappelle en conclusion : « Jean-Louis nous donne des rails, au sein desquels on peut s’amuser et rebondir. »

La rencontre touche à sa fin. Sentiment unanime : la pièce donne envie, très envie ! Rendez-vous le 30 janvier pour aller l’applaudir. On se quitte, le sourire aux lèvres, heureux d’avoir partagé ce moment convivial entre amoureux du théâtre.

Les billets des autres blogueurs présents ce soir-là :

http://www.legenoudeclaire.com/2015/01/16/rencontre-autour-de-la-piece-anna-christie-deugene-oneill-avec-melanie-thierry-feodor-atkine-stanley-weber/

http://www.esprit-paillettes.com/theatre-anna-christiea-quelques-jours-de-la-premiere/

http://isabelle.kevorkian.over-blog.com/2015/01/theatre-anna-christie-d-eugene-o-neill-au-theatre-de-l-atelier.html

http://www.onirik.net/Rencontre-avec-le-metteur-en-scene

ANNA CHRISTIE

Théâtre de l’Atelier, 1 place Charles Dullin • 75018 Paris

Jusqu’au 26 avril 2015

Du mardi au samedi 21h, matinées samedi 16h30 et dimanche 15h30

Crédit photos : Théâtre de l’Atelier

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PARIS DES FEMMES 2015 – THÉÂTRE des MATHURINS

image_19_1_Le théâtre des Mathurins a fait la part belle aux femmes les 9, 10 et 11 janvier 2015. Pour la 4e année consécutive (Élisabeth avait participé à l’édition 2014), Le Paris des Femmes, festival dédié aux auteures de théâtre, s’est mis en scène. Autour d’un même thème, cette année « Le Meilleur des Mondes », neuf auteures avec une plume et une sensibilité très différentes portent, sur les planches, une histoire courte pendant trente minutes. Deux prix – Bourse Durance-Paris des Femmes et Prix DSO-Paris des Femmes – sont alors décernés. Étaient à l’honneur durant ces trois jours : Nina Bouraoui, Sedef Ecer, Anne Giafferi, Stéphanie Janicot, Nathalie Kuperman, Amélie Nothomb, Lydie Salvayre, Samira Sedira et Lucy Whadam.

Feedback. Mardi 30 décembre 2014. Lançons la grande roue : vendredi, samedi ou dimanche… elle s’arrêtera sur le vendredi. Je m’y rendrai donc ce jour-là. 9 janvier 2015, 20h30. Je m’engage dans une rue située derrière l’Opéra. L’enseigne « MATHURINS » qui surplombe les portes rouges attire de loin mon attention. Idéalement installée près de la scène, je m’interroge : à quand remontent les premières auteures de théâtre ? Marguerite Duras, Sarraute… ? Bien avant… George Sand, et avant elle ? Et à quelle période, les pièces écrites par les femmes ont-elles été représentées sur scène ? Début du XXe siècle selon des premières sources… à creuser à l’occasion d’un prochain papier. La salle se remplit. J’ai hâte que cela commence. Michèle Fitoussi, Véronique Olmi et Anne Rotenberg, les trois fondatrices du Festival, montent sur scène pour présenter le spectacle. L’émotion est palpable. « L’art est une forme de résistance », concluront-elles en arborant des affichettes sur fond noir où la phrase « Je suis Charlie » se devine. Applaudissements.

Derrière chaque rideau qui encadre la scène, j’aperçois seulement le bout de grosses chaussures d’explorateurs et entends deux voix. L’une féminine (Sophie Rodrigues) et l’autre masculine (Jacques Lassale). Comment Ranger les Zumains ? Sur une terre imaginaire, nos deux acolytes – qui sortiront rapidement de leur cachette – vont tenter d’y répondre. Sans prendre la place d’un dieu quelconque, ils vont chercher à bâtir un Meilleur des Mondes possible pour l’Homme. Difficile de poser le socle d’une société surtout quand ce bipède manifeste de besoins élémentaires et éprouve des désirs inatteignables – que la société se plaît aussi volontairement à inventer pour lui. Une adéquation d’autant plus ardue à résoudre quand certains d’entre eux font de la résistance et aspirent à donner un véritable sens à leur vie. Heureusement pour ses organisateurs en herbe, il se compterait peu nombreux. Une analyse pertinente du fondement et du fonctionnement de notre société… pour qu’elle soit encore meilleure. Sophie Rodrigues était si présente et réceptive qu’elle donnait l’impression de répondre directement aux spectateurs. Ranger les Zumains, Stéphanie Janicot  

L’obscurité tombe. Soudain, en plein éclairage, sur fond de chanson titi parisienne, apparaissent lumineux et amoureux, Marianne Basler et William Nadylam, attablés à une terrasse de café que l’on devine dans la capitale. Lui : volubile, il se révèle d’entrée de jeu charmeur et spirituel. Mais, au fil des minutes, on le découvre macho, mégalo et parano – habité par Bouddha, Shiva, communiquant avec Steve Jobs, Néo… – n’ayant de cesse de nous convaincre à son projet d’une révolution mondiale qu’il va mettre en place, lui et encore lui. Ses réparties souvent monologiques et toujours décalées de la réalité déclenchent le rire. Elle… n’aura de cesse de le ramener à la réalité. Ni sa séduction indéniable, ni sa patience n’auront de raison. Un monde meilleur n’est pas pour demain avec lui : il franchit tous les interdits en pensée jusqu’à tuer éventuellement sa dulcinée. Elle n’est pas prête à le quitter pour autant ! Elle l’aime… et pour cela, elle continuera de l’accompagner jusque dans sa folie. Et si c’était encore l’amour qui, à travers les temps et en tous lieux, était le Meilleur des Mondes ? Un joli couple d’acteurs.  Apparition éclair de Jean-Philippe Puymartin, le serveur de café. Zone de non droit, Amélie Nothomb

Décollage garanti dès la première seconde, avec ce trio doté d’une telle énergie qu’il nous fait sauter de notre fauteuil et nous transporte en Mésopotamie. Sous les feux des projecteurs de la télévision, notre first lady (Agnès Jaoui), en pleine émission, se regarde le nombril ou presque en vérifiant ses hypothétiques rides. Qu’on ne vienne la déranger ! Elle n’en aurait l’idée quand ses deux conseillers (Jean-Christophe Barc et Saïd Amadis) de cette république bananière, Abdullah et Mous, tentent de lui annoncer le plus doucement mais le plus rapidement possible qu’une révolution est en marche et à quelques minutes du palais. Qu’à cela ne tienne, elle ira… nulle part : aucun pays n’est prêt à accueillir cette teigne sourde et au visage botoxé. Qu’importe, c’est elle qui conduira son peuple à bord de son vaisseau… et lui offrira alors un Monde encore Meilleur. Il lui suffit comme d’habitude de l’en persuader. Un regard plein d’humour sur la politique et le pouvoir. Un tiercé d’acteurs du feu de dieu. First Lady, Sedef Ecer

La mise en espace ce vendredi soir était signée Jean-Philippe Puymartin.

Trois sur neuf. Zut. Et les six autres pièces ? Frustrée, j’achète le livre Le Meilleur des Mondes* à la sortie. Je découvrirai au moins les textes de Nina Bouraoui, Anne Giafferi, Nathalie Kuperman, Lydie Salvayre, Samira Sedira, Lucy Wadham.

Rendez-vous l’année prochaine !

 

* Le Meilleur des Mondes,  neuf pièces courtes, collection les quatre-vents, éditions L’avant-scène théâtre (Parution décembre 2014)

SITE OFFICIEL PARIS DES FEMMES 

Crédit photos : Francesca Mantovani

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Ranger les zumains

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First Lady

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UN CAFÉ AVEC Marjorie Nakache, directrice artistique du Studio Théâtre de Stains

14032002NB-09BFDimanche 14 décembre après-midi, direction le Studio Théâtre de Stains en Seine-Saint-Denis pour le dernier CAFÉ AVEC de l’année 2014. J’ai le grand plaisir de rencontrer, ce jour-là, Marjorie Nakache, la cofondatrice et directrice artistique du lieu, sa deuxième « maison » comme elle me l’expliquera joliment au cours de notre entretien. Installée à Stains depuis le début des années 90, également comédienne et metteur en scène, Marjorie Nakache poursuit sans relâche un unique objectif : développer un théâtre de proximité et rendre la culture accessible. Rencontre lumineuse dans les loges du « Studio », avec une artiste et une citoyenne formidablement engagée.

 

Coup de théâtre · Bonjour Marjorie, merci de m’accueillir au Studio Théâtre de Stains. Si vous deviez définir ce lieu en trois mots, quels seraient-ils ?

Marjorie Nakache : En trois mots, je dirais d’abord « implantation » car on est au cœur de la ville de Stains en Seine-Saint-Denis, avec une volonté non pas d’enracinement mais d’implantation, c’est-à-dire l’envie de ne pas se limiter à la création de spectacles mais de faire un travail avec les populations et de créer la rencontre avec le public. En deuxième, je dirais « démocratie » car je pense que l’art en général, et le théâtre en particulier, ne sont pas du tout démocratisés même si on a beaucoup parlé de démocratisation culturelle, il y a quelques années. Je trouve que l’on rencontre encore aujourd’hui les mêmes catégories sociales dans les théâtres et globalement les lieux de culture. Ici, au Studio Théâtre de Stains, on travaille tous les jours à cette démocratisation. Enfin, en troisième, je dirais « convivialité » parce que l’on vit dans une société très froide, dans laquelle les gens s’enferment de plus en plus dans leurs difficultés, dans un individualisme forcené et nous, ici, on crée du commun, on crée la rencontre. Et tous ceux et celles qui travaillent à mes côtés sont investis de la même envie de partage et d’échange que moi. Venir ici, ce n’est pas seulement venir voir un spectacle, c’est aussi découvrir un lieu, découvrir une équipe, partager des moments. C’est Peter Brook qui définit le théâtre comme une maison dans laquelle on invite des gens ; je le conçois exactement comme cela.

historique3Avant de parler de toutes les actions que vous menez « ici et maintenant », ce théâtre a une vraie histoire.

M.N.: Oui, une vraie histoire que les Stanois connaissent bien d’ailleurs ! Au tout départ, le lieu appartenait à la famille Zanfretta, une famille d’origine italienne, qui dirigeait un très gros cirque ici à Stains. Le cirque est devenu une salle de cinéma puis a fermé. M Zanfretta est devenu entrepreneur de travaux publics et le lieu est devenu un hangar pour accumulateurs. Au début des années 1990, lorsque j’ai franchi les portes de ce lieu la première fois, c’était un vrai capharnaüm ! M Zanfretta a refusé beaucoup de propositions de promoteurs qui voulaient en faire un supermarché ou autre. Mais quand mon compagnon et moi-même lui avons soumis l’idée de le transformer en théâtre, il a tout de suite accepté ! À son décès, on a loué le lieu, la municipalité de Stains a acheté le terrain. On l’a transformé en une salle pouvant recevoir du public. Tout de suite, on s’y est senti bien, on s’est senti à notre place. C’est important de poser ses valises quelque part.

Quelle est la vocation du Studio Théâtre de Stains ?

M.N. : Notre vocation, c’est tout simplement de faire un théâtre pour tous, c’est-à-dire de donner envie à tout le monde, sans distinction d’âge, de milieu social, de niveau d’études, de franchir les portes de ce lieu et de partager des moments de théâtre avec nous. Je crois profondément qu’il y a encore aujourd’hui beaucoup de personnes qui n’osent pas aller au théâtre, qui s’autocensurent, qui pensent qu’ils n’ont pas les codes, qu’ils ne sont pas assez intelligents, cultivés, qui pensent que c’est cher, etc. De ce point de vue, je m’inscris totalement dans l’ambition de Jean Vilar à son époque et son objectif de démocratisation culturelle dont je parlais à l’instant, c’est-à-dire de faire en sorte que toutes les classes sociales, y compris les plus défavorisées, aient accès à la culture. Et puis, au-delà, notre envie, c’est que les personnes qui viennent jusqu’à nous se sentent bien, qu’elles aient aimé ou non le spectacle. On ne souhaite pas jouer les artistes « dans leur bulle » qui disparaissent en coulisses, une fois le rideau tombé. Je trouve que c’est important dès lors que les personnes ont fait le chemin jusqu’à nous, de pouvoir discuter, échanger et, en somme « faire tomber les barrières ». Ici, on est sur un territoire particulier avec un public très mélangé, qui nécessite une attention spécifique et qui a envie d’être dans un rapport quasi affectif. Vous avez vu tout à l’heure, je fais la bise à beaucoup de monde ! (rire).

historique8-300x199Cette volonté de démocratisation culturelle prend une dimension particulière ici à Stains, où l’on parle davantage de misère, de crise et de chômage que d’action culturelle.

M.N.: Oui, c’est certain. Il y a beaucoup d’étiquettes en France, sur les gens, sur les territoires. On segmente, on ghettoïse, on stigmatise constamment les personnes qui vivent ici parce qu’il y a quelques petits délinquants qui brûlent des voitures. C’est une réalité qu’on ne peut pas nier mais vous savez, il faut aller au-delà des stéréotypes : ce n’est pas parce qu’on est jeune à Stains qu’on n’a pas envie d’aller à l’opéra ou de lire du Shakespeare. Il y a plein d’artistes formidables ici, des plasticiens, des musiciens… un véritable « vivier » qui mérite d’être découvert et soutenu. Mais malheureusement, il y a aussi un manque total de curiosité à venir jusqu’à nous et se rendre compte de cette réalité.

Quel est votre projet d’artiste et de citoyenne à travers la direction d’un théâtre comme celui-ci ?  

M.N. : Depuis son origine, le théâtre est un miroir, un reflet de la société ; chez les Grecs, les citoyens venaient à l’Agora pour donner leurs avis, critiquer la société, etc. Le théâtre est un formidable espace pour faire réfléchir, pour poser des questions, dénoncer que notre société n’est pas juste. Il le peut encore aujourd’hui : c’est ça qui m’intéresse. Mais ce travail n’est possible que dans un rapport « donnant donnant » entre le comédien et le spectateur qui est, au final, un partenaire : moi, sur scène, je te dis un texte et toi, dans la salle, tu me donnes ton écoute. C’est un va-et-vient et chaque représentation est reçue différemment chaque fois. Ce qui m’anime, c’est l’action qu’on mène ici. Je n’ai pas d’ambition personnelle, je n’ai qu’une ambition de projet.

demarche3-300x195Le Studio Théâtre de Stains n’est pas réservé qu’au théâtre…

M.N. : Non, il faut d’abord préciser qu’on est un lieu de création avant d’être un lieu de diffusion. Grâce aux différentes subventions dont nous bénéficions, nous avons réussi à mettre en place des passerelles pour accueillir des artistes issus d’autres disciplines (danse, chant, cirque, vidéo..) qui viennent ici en résidence pour travailler à l’ébauche ou l’élaboration d’un spectacle. L’idée, c’est de créer un « vivier » de disciplines en proposant toute l’année des ateliers ou des stages pratiques, qui s’adressent aussi bien aux enfants qu’aux adultes, à des tarifs très accessibles, Concrètement, il est possible de faire un stage de marionnettes, de trapèze, de chant, de tango au STS. C’est important de pouvoir interconnecter différentes expressions artistiques.

Quel regard portez-vous sur la politique culturelle aujourd’hui ?

M.N. : Vous savez, la culture, on en parle à « longueur de discours » politique depuis des décennies, quel que le soit le pouvoir en place : il faut construire des bibliothèques, il faut aller au théâtre, il faut encourager la création, soutenir le spectacle vivant… Mais, dans la réalité, la culture est systématiquement pénalisée dans les contextes économiques difficiles. Et c’est d’autant plus dramatique que lire un livre, découvrir une œuvre dans un musée, aller voir une pièce, c’est aussi important que d’engager des travaux sur la voirie. La culture représente ce qu’il y a de plus important dans notre société, elle permet de construire sa personnalité, d’aiguiser son sens critique, son imaginaire, sa créativité. Elle permet de se donner des outils pour prendre sa vie en mains. Si vous n’avez pas les livres, si vous n’avez pas les auteurs, si vous n’avez pas les œuvres, si vous n’allez pas voir les musées, vous êtes sclérosé. Il faut se battre pour rendre la culture accessible à tous, ça ne doit pas être réservé à une élite. Je vois tous les jours l’impact qu’a une action artistique ou un projet culturel sur les jeunes. Je ne dis pas que ça va sauver tout le monde et la terre entière mais j’ai l’exemple de jeunes ici qui seraient aujourd’hui à la marge s’ils n’avaient pas franchi les portes de ce lieu. Par exemple, l’un de nos techniciens : je l’ai rencontré la première fois sur le pas de la porte, il y a 18 ans. Il taguait le mur du théâtre ce jour-là. On lui a ouvert la porte malgré tout et depuis, il n’est plus jamais reparti. Aujourd’hui, il a 30 ans et est devenu régisseur chez nous.

Quel a été votre parcours ?

M.N.: J’ai toujours voulu être comédienne. J’ai fait des études théâtrales, j’ai suivi les cours Florent et j’ai évolué dans ce métier quelques années. Mais à un moment, j’ai senti qu’il me manquait une dimension humaine dans ce que je faisais. Je trouvais notamment que la réinterprétation de certaines œuvres par des metteurs en scène super stars prenaient le pas sur le texte et les spectateurs en étaient presque oubliés. On allait voir davantage le Misanthrope de Chéreau que le Misanthrope de Molière. Et puis, je n’aimais pas en tant que comédienne attendre le désir des autres. J’avais besoin d’être dans l’action, d’exprimer des choses, de créer mes propres projets. J’avais besoin d’être cohérente entre ce que je pense en tant que citoyenne et ce que j’ai envie d’être en tant qu’artiste. Et cette cohérence, je l’ai trouvée ici entre ce que je pense, ce que je dis et ce que je fais.

Crédit :Benoîte Fanton

Crédit :Benoîte Fanton

Aujourd’hui, comment élaborez-vous votre saison ?

M.N. : Les projets arrivent souvent à moi. J’ai pas mal travaillé sur le témoignage vivant, sur les paroles de femmes, victimes de violence. On a fait des spectacles sur ces thèmes. J’ai monté également des classiques, mais je « rentre » généralement par une thématique, par un sujet. Cette année, j’avais envie de travailler sur l’enfance et sur l’adolescence parce que je trouve qu’on est dans une société où les enfants et les personnes âgées sont complètement marginalisés. Et une société qui méprise à ce point ses enfants et ses aînés est une société en péril. Je suis tombée sur le roman De Grandes Espérances de Charles Dickens. J’ai eu envie de partir de ce conte de fée, de cette belle histoire pour véhiculer des problématiques sociales importantes et toujours actuelles : quand on change de classe sociale, doit-on renier le milieu d’où l’on vient ? L’amour des siens n’est-il pas aussi important que la richesse matérielle que l’on peut acquérir ?

Quel metteur en scène êtes-vous ? Comment travaillez-vous au quotidien ?

M.N.: Personnellement, je ne peux travailler que dans une bonne ambiance. J’ai besoin d’être en osmose avec les gens, contrairement à certains metteurs en scène qui n’évoluent que dans le conflit. Moi, je ne fonctionne que dans l’amour, l’échange et la douceur. Je pense qu’on obtient beaucoup plus des autres quand ils sont en confiance. Raison pour laquelle je ne travaille qu’avec des personnes que j’ai choisies. C’est pour cela que je prends mon temps quand je fais les distributions et qu’à talent égal, je choisirais toujours la personne la plus ouverte et la plus constructive. C’est très important que les comédiens aient envie de travailler ici parce qu’on est sur un territoire particulier. Dans mon travail de mise en scène, c’est réellement formidable d’avoir des personnes « vivantes » devant vous et qui ont des choses à dire et à partager.

Crédit : Benoîte Fanton

Crédit : Benoîte Fanton

De quoi êtes-vous la plus fière dans ce lieu ?

M.N.: Ma plus grande fierté, c’est qu’un jour, ici, ont été assis côte à côte le président de la faculté de Paris 8 et une femme en boubou qui venait au théâtre pour la première fois. La réussite du Studio, je crois que c’est ça, c’est de réussir à mélanger des gens qui a priori n’étaient pas prédestinés à se rencontrer. Le théâtre, c’est le lieu de la réconciliation.

Merci Marjorie. Et pour conclure, votre mot de théâtre préféré ?

M.N.: Partage !

Propos recueillis par Elisabeth Donetti 

 

Pour aller plus loin :

Studio Théâtre de Stains, 19 rue Carnot · 93420 Stains

Tel : 01 48 23 06 61

www.studiotheatrestains.fr

Une navette gratuite aller/retour est stationnée au départ du métro Porte-de-la-Chapelle à 20h (15h15 le dimanche) et du métro Saint-Denis-Université à 20h15 (15h35 le dimanche).

Merci à Aurélie Platania, chargée de relations publiques du Studio-Théâtre de Stains, pour l’organisation de cette rencontre.

 

BONNE ANNÉE !

Chers lecteurs, lectrices et amis bloggeurs, nous vous souhaitons une très belle et très heureuse année 2015 !

Le blog entame donc sa deuxième année après une formidable année 2014 riche de découvertes et de belles rencontres.

Un MERCI tout particulier à celles et ceux qui ont pris le temps de prendre un café avec moi en 2014 : Laurence Jeanneret, David Barrouk, Delphine Robert et Elise Dubroca, Muriel Magellan, Nelly Le Grévellec, Serge Bourhis, Aurélie Féat et Valérie Roumanoff

LE TEMPS DES SURICATES – THÉÂTRE des BÉLIERS PARISIENS

Piece.1806.340x0Dernière chronique, je devrais dire dernier gros coup de cœur de l’année pour une pièce formidable qu’il est encore temps d’aller applaudir : « Le Temps des suricates » au théâtre des Béliers Parisiens qui offre, à travers le portait de deux acteurs de seconde zone, une touchante réflexion sur le théâtre et la condition du comédien.

Plantons le décor : Oyonnax, petite ville tranquille de l’Ain, accueille ce soir Hamlet en tournée. Dans la loge, les deux « petits » rôles, Mathieu et Édouard, attendent leur entrée sur scène, grâce au « retour plateau » du haut-parleur qui leur permet de suivre le déroulement de la pièce. Mais le temps est long et la conversation s’installe rapidement entre les deux. L’un, Mathieu/Marc Citti, n’ayant réussi qu’à décrocher qu’un simple emploi de figurant, enchaîne petit rôle sur petit rôle depuis des années. Frustré, amer et désabusé à l’encontre d’un métier qui ne l’a pas propulsé là où il l’aurait souhaité, il rêve encore à sa prochaine audition qui pourra peut-être relancer sa carrière. Face à lui, Édouard/Vincent Deniard, concentré et travailleur, a réussi à décrocher le rôle d’Horatio. Mais ce rôle lui permettra-t-il de redorer son blason de comédien alors qu’il est en plein doute sur ses compétences et son avenir ? Tels des suricates, ces petits animaux du désert, le cou toujours tendu à scruter l’horizon, Mathieu et Édouard, compagnons d’infortune, livreront leurs angoisses et leurs espoirs déçus, leurs frustrations et leurs rêves, le temps de cette soirée pas comme les autres.  

Courez applaudir ce spectacle, il est formidable ! D’abord un texte « vrai », juste, souvent drôle, parfois féroce (signé Marc Citti) qui sonne comme un véritable plaidoyer pour des centaines de comédiens talentueux, passés par la voie royale (le « Cons.») mais peu demandés, taraudés par un avenir incertain, nostalgiques d’un passé prometteur. Le texte est intelligemment servi par une mise en scène ingénieuse et rythmée (on ne voit pas l’heure passer !) qui nous permet de voyager à travers la vie et l’imaginaire des personnages, entre flashback nostalgiques, pastilles autobiographiques et réalité du plateau. La loge devient le réceptacle des fantômes de leurs passés, des visions de leurs avenirs ou des fantasmes de leur vie. Bien vu ! Et le duo Marc Citti/Vincent Deniard (vu dans Le Porteur d’Histoire) fonctionne à merveille ! Jouant leurs partitions avec une aisance et une complicité irrésistibles, ils offrent une prestation diablement efficace ! Ne manquez pas la dernière représentation parisienne qui aura lieu le 2 janvier. Le spectacle passera peut-être par Avignon l’été prochain.

Le point de vue d’Elisabeth 

LE TEMPS DES SURICATES

Théâtre des Béliers Parisiens • 14 rue Sainte-Isaure, 75018 Paris

DERNIÈRE : le vendredi 2 janvier à 19h

Crédit photos : Lisa Lesourd 

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JOYEUSES FÊTES !

L’équipe du blog COUP DE THÉÂTRE vous souhaite d’excellentes fêtes de fin d’année et vous donne rendez-vous en 2015 pour de nouvelles aventures théâtrales …

A bientôt !

Elisabeth et Carole

LISA – LA COMÉDIE SAINT-MICHEL

vz-b03ff740-ece4-40f1-88e6-4c590fcf491dVendredi 12 décembre, bras dessus bras dessous et sous la pluie, avec Élisabeth, non nous ne chantons pas « Singing in the rain » mais nous nous rendons joyeusement au théâtre La Bruyère à Notre-Dame-de-Lorette (9e). La représentation terminée, on s’engouffre dans une brasserie remplir notre estomac qui crie famine et échanger – comme à l’accoutumée – nos impressions sur la pièce. D’un mot à l’autre, d’une émotion à une autre, d’un regard à l’autre, une étincelle jaillit : oui nous aimons toutes deux le théâtre et si… et si je rejoignais Élisabeth sur Coup de Théâtre : « Tope là ! » Oui, c’est chose faite. À l’aube de cette nouvelle année, c’est donc avec plaisir que je vous livre ma première chronique : je me suis rendue hier à la Comédie Saint-Michel assister à la représentation « Lisa ». Il paraît qu’on a « revolé » la Joconde.

Lever de rideau.

On la connaissait pour son regard insistant et son sourire intriguant mais pas pour sa faconde. Oui, Lisa Mona parle… et son voleur, Francis Poussin – sans aucun lien avec Nicolas Poussin à la déception de Lisa –, en sera pour ses frais. Une Joconde bien vivante qui dépasse les bornes à défaut du cadre duquel elle voudrait s’échapper. Les dialogues à bâtons rompus, entre cette jolie icône décrochée tout droit du musée du Louvre et ce Lupin banlieusard accroché avant tout à la bière et la télé, laisseront place aussi à des questions philosophiques : quel lien tisse l’auteur avec son œuvre ? Quelle valeur attribuer à l’art mais aussi à la liberté ?  C’est aussi la rencontre de deux personnages pris dans l’étau de leurs préjugés que tout semble séparer quand l’un se vit dans une prison dorée et l’autre dans une prison sociale. C’est sans fard que les travers de notre société de consommation sont brossés. Plus vrai que nature, ce tableau mélange aussi les couleurs de la grande histoire et de la petite et nous révèle à l’oreille certains secrets. 

Aurélia Hascoat et ce soir-là Blaise Moulin – il joue en alternance avec Farid Zerzour – se donneront la réplique sur un ton si juste et si sensible qu’ils en sont attachants. Une comédie mais pas que. Les textes sont signés Fiona Leibgorin, sur une idée originale de Aurélia Hascoat ; la mise  en scène est de Cyrielle Buquet.

LISA 

La comédie Saint-Michel • 95 boulevard Saint-Michel, 75005 Paris

Le dimanche à 20h

Jusqu’au 3 mai 2015

En savoir sur le théâtre du Kalam 

 

SIGNÉ CAROLE !

5276eaba5af0c560bd3857a0e7a52f4dCher lecteurs et amis bloggeurs, le blog fête ce mois-ci son premier anniversaire et un petit bonheur ne venant jamais seul, une nouvelle rédactrice me rejoint ! Je suis ravie de partager désormais ma plume avec Carole, secrétaire de rédaction dans le domaine éditorial, qui chroniquera des pièces dans une nouvelle rubrique intitulée Signé Carole ! Sans être à proprement parler une technicienne du théâtre, Carole est une spectatrice avertie, cultivée, amoureuse des beaux textes et ultra-sensible au travail du comédien et à la composition des personnages. Toujours curieuse et enthousiaste à l’idée de découvrir de nouveaux spectacles, de nouvelles compagnies et de nouveaux lieux, elle apportera son regard frais, direct, sincère sur les pièces qu’elle se rejouit déjà d’aller applaudir ! L’idée d’un blog à quatre mains est née comme une évidence un soir d’après spectacle dans une brasserie du quartier Notre-Dame-de-Lorette. Pourquoi ? Parce qu’à deux, c’est deux fois plus de spectacles vus, deux fois plus de chroniques, pour rendre encore mieux compte de l’actualité théâtrale parisienne. Bienvenue Carole, ravie de t’accueillir sur Coup de théâtre !

 

QUATRE MINUTES – THÉÂTRE LA BRUYERE

afficheC’est l’histoire d’une rencontre entre deux femmes. Que rien ne devait réunir. Et que la musique sauvera. Allemagne, dans les années 80. Traude Krüger est une professeure de piano d’un certain âge, aux allures de vieille fille psychorigide et autoritaire, secrètement blessée par un passé qu’on devine douloureux. Elle dispense des cours de piano en prison, où elle rencontre Jenny Von Loeben, jeune taularde néo-punk de 20 ans écorchée vive, incontrôlable et accusée à tort du meurtre de son père qu’elle n’a pas commis. La professeure, d’abord réfractaire à éduquer musicalement la jeune femme, se prendra progressivement d’amitié pour cette rebelle, qui se révélera une musicienne surdouée. Elle donnera toute sa force et sa détermination à la préparer au concours des jeunes pianistes du Conservatoire. Une audition de quatre minutes qui pourra changer le cours de leurs vies. L’opportunité inespérée d’un nouveau départ ?

Deux femmes que tout oppose, deux parcours douloureux, deux résonnances à un passé inavouable. Mais une passion commune pour la musique qui leur permettra de s’affranchir du poids des secrets et de retrouver l’énergie de s’exprimer et la rage de vivre. Voilà en substance le sujet de la pièce Quatre Minutes, tirée du film allemand éponyme de Chris Kraus sorti sur les écrans français en 2008. 

Au-delà de la confrontation des deux femmes et du salut par la musique, et sans dévoiler plus avant l’intrigue, la pièce plonge également le spectateur au cœur de sujets plus lourds : régime nazi, homosexualité féminine, résistance face à la mort, au silence, à l’oubli… Comment surmonter le deuil ? Comment s’affranchir d’un passé encombrant ? Comment reconstruire sa vie ? La pièce y répond par un très beau message d’espoir. La mise en scène, signée Jean-Luc Revol, permet au spectateur de suivre la pièce comme un film, par le découpage très cinématographique des scènes et la variété des décors (coulissants… astucieux !), qui font «voyager» de l’établissement carcéral froid et austère, vers l’intérieur douillet de Madame Krüger en passant par les coulisses d’une grande salle de concert. Sur le plateau, aux côtés de comédiens expérimentés (Andréa Ferréol dans le rôle de Traude Krüger, Erick Deshors et Laurent Spielvogel incarnant respectivement un gardien de prison et le père adoptif de Jenny), la jeune comédienne Pauline Leprince dans le rôle de Jenny brûle littéralement les planches : assurément la révélation de la pièce ! Parfaitement juste dans la composition de son personnage, engagée physiquement à 100%, elle offre de belles prestations dans ses confrontations avec Andréa Ferréol – même si j’ai regretté son débit parfois un peu rapide -, aussi à l’aise dans les intentions de colère, de désespoir, d’espoir naissant ou de nostalgie. Assurément, du talent et de la générosité à revendre. Une comédienne à suivre. Au final, du bel ouvrage ! Dommage seulement que le titre de la pièce (et l’affiche) ne soit pas plus évocateur du thème central et des sujets pourtant nombreux de la pièce. A l’affiche jusqu’au 20 décembre.

Le point de vue d’Elisabeth

QUATRE MINUTES

Théâtre La Bruyère • 5 rue La Bruyère, 75009 Paris

Du mardi au samedi à 21h

Matinée samedi à 15h

Jusqu’au 20 décembre 2014