LA DERNIÈRE BANDE – THÉÂTRE DE L’OEUVRE

derniere-bande-weber170Il est déjà sur scène quand le public s’installe. Alors que la salle s’éteint doucement et que les derniers chuchotements cessent, un halo de lumière d’une vieille lampe industrielle éclaire un homme avachi sur un bureau couvert d’un désordre de boîtes de métal. Il relève péniblement la tête pour se présenter à nous : le crâne dégarni, les cheveux blancs ébouriffés, les yeux à demi-clos par la lumière crue, le visage ridé, grimé de blanc, le nez rouge…Ce vieux clown pathétique et solitaire prêterait même à faire sourire mais l’émotion nous étreint déjà. Irrésistiblement. « La Dernière Bande » – écrit en 1958 – raconte l’histoire de ce vieil homme, Krapp, qui chaque année, le jour de son anniversaire, enregistre les souvenirs qui ont marqué son année écoulée. Mais ce soir-là, alors qu’il s’apprête à enregistrer, il va écouter une « dernière bande », celle-là même enregistrée trente ans plus tôt -alors qu’il avait 39 ans – et replonger dans les souvenirs de sa vie, faite de vaines illusions, de remords, de regrets, et d’un amour féminin définitivement perdu. Théâtre minimaliste par excellence, « La Dernière Bande » explore les thèmes chers à Beckett : la vieillesse et l’absurdité de l’existence.

Une heure de théâtre exceptionnelle ! Jacques Weber, méconnaissable, offre une interprétation d’une justesse et d’une densité remarquable. Les déplacements sont lents, les gestes précis, il faut voir le comédien occuper l’espace, se déplacer, tituber, s’écrouler, coller l’oreille à la baffe, les yeux noyés par l’émotion à l’écoute de sa vie passée. Mélange de burlesque et de grandeur, de quotidienneté et de sublime, il offre au personnage une profondeur inouïe, balloté entre son présent misérable et un passé fantasmé. Avec un dispositif scénique réduit au minimum (une lampe, un bureau, un magnétophone), le metteur en scène allemand Peter Stein propose une adaptation qui fera date et un grand moment de théâtre. 

Signé Elisabeth

LA DERNIÈRE BANDE

Théâtre de l’Œuvre, 55 rue de Clichy, Paris 9eme

Du mardi au samedi à 21h • samedi à 18h et le dimanche à 15h

Durée : 1 heure 

Crédit photos : Dunnara MERAS

derniere-bande-weber6g

derniere-bande-weber1gderniere-bande-weber4g

 derniere-bande-weber3g

MAZEL TOV, TOUT VA MAL ! – ESSAÏON THÉÂTRE

grd_690Quatre comédiens (Christian Abart, Sophie Accaoui, Francesca Congiu, René Hernandez, Yasmine Nadifi) font vivre les quinze personnages des trois pièces en un acte écrites par Jean-Henri Blumen. Si les deux premières (Le bon conseil – Le collège) ont été très librement inspirées par des nouvelles de Cholem Aleikhem, célèbre écrivain yiddish traduit en quarante langues, la troisième (Un client à la page) s’inspire des événements tragiques de Paris en janvier 2015.

Un grand Mazel tov (de l’hébreu, félicitations, bonne chance) pour les quatre comédiens qui se démènent un maximum pour donner un peu de vie à ce spectacle inconsistant.

Si la mise en scène de Mariana Araoz enchante le spectateur à la première pièce ; elle est redondante, ennuyeuse et sans surprise aux deux suivantes.

Quant au texte, on est à la recherche de l’humour perdu de Cholem Aleikhem dans les deux adaptations de Jean-Henri Blumen. Pas un grain, pas un embryon n’en subsiste. Pour la troisième composition sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur, elle frôle un antisémitisme certain. Tout va mal, vraiment mal pour Monsieur Blumen.

Le regard d’Isabelle

MAZEL TOV ! TOUT VA MAL 

Théâtre Essaïon, 6 Rue Pierre au Lard – 75004 Paris

Métro : Hôtel de Ville – Rambuteau

Du 21 avril au 18 juin 2016.

Les jeudis, vendredis, samedis à 19h30 et dimanche 18h en avril et mai.

Les jeudis, vendredis, samedis à 19h30 en juin.

 

 

OLD TIMES – THÉÂTRE DE L’ATELIER

v_14576061753787Hélas, 1h20 d’ennui presque total devant « Old Times » actuellement à l’affiche du théâtre de l’Atelier, pourtant l’une des pièces les plus célèbres et les plus jouées du dramaturge anglais. Rien n’y a fait ! Les minutes ont été longues, très longues devant ce huis clos oppressant qui évoque les chassés-croisés amoureux d’un couple avec une jeune femme troublante dans une maison de campagne anglaise au bord de mer. Une succession de monologues prétentieux, d’une totale vacuité et au final difficiles à suivre, une mise en scène insipide et vraiment à l’économie (les trois comédiens ne font que passer d’un canapé à l’autre et longer les murs – le dépouillement a ses limites), un casting très inégal (si Marianne Denicourt et Emmanuel Salinger tirent leur épingle du jeu, Adèle Haenel m’a semblé jouer extrêmement faux de sa première à sa dernière réplique et « plomber » complètement la pièce). Bref, quelques spectateurs sont partis, des ricanements ont fusé, des applaudissements timides et beaucoup de visages fatigués à la sortie. ..Je n’étais pas la seule à être malheureusement très déçue.  

Le point de vue d’Elisabeth 

OLD TIMES

Théâtre de l’Atelier, 1 place Charles Dullin, 75018 Paris

Du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 15h

Crédit photo : Pascal Victor/ArtComArt

OLD TIMES (Benoit GIROS) 2016

 OLD TIMES (Benoit GIROS) 2016

OLD TIMES (Benoit GIROS) 2016

 

GARDE BARRIÈRE ET GARDE FOUS – THÉÂTRE DE L’AQUARIUM

vz-f2289dd6-e98f-47a5-a419-590fcfac6275Deux femmes. Monique, garde-barrière SNCF, travaille de jour ; Myriam, infirmière en hôpital psychiatrique, travaille de nuit. Professions difficiles, mal rétribuées, sous-évaluées… Elles sont des millions dans la France d’aujourd’hui. Ce sont des vies normales, modestes, indispensables mais le plus souvent ignorées. Et pour une fois elles ont la parole. Elle nous dévoile leur quotidien de femmes simples, humaines et bouleversantes fait de petits riens mais si nécessaires pour tous ceux qui les entourent. 

Jean-Louis Benoit (texte et mise en scène) s’est directement inspiré de deux reportages diffusés sur France Culture  dans l’émission de Sonia Kronlund « les Pieds sur Terre »:

A la campagne, l’herbe est plus verte ? d’Olivier  Minot pour Monique garde-barrière (diffusée le 04/08/2014) ;

Les travailleurs de l’ombre 2 : Gardes fous, jusqu’au bout de la nuit d’Elodie Maillot (diffusée le 16/01/2007)

Même si Léna Bréban leur prête corps et voix avec talent, ces deux entretiens radiophoniques n’étaient pas destinés à la scène. Aussi exemplaires soient les existences de Monique et Myriam, leurs interview font-ils un spectacle ? Là est toute la question. 

Le regard d’Isabelle 

GARDE BARRIERE ET GARDE FOUS (Cycle Paroles de Femmes)

Théâtre de l’Aquarium – La Cartoucherie – route du champ de manœuvre – 75012 Paris

Les mercredis, jeudis, vendredis et samedis à 21h et les dimanches à 17h.

Jusqu’au 26 mars 2016

6641a6af1b63d6eb81390904139b02a8

Léna Brabant – Crédit Frédéric Fontenoy

 

 

SACRÉ, SUCRÉ, SALÉ – THÉÂTRE DE L’AQUARIUM

vz-f2289dd6-e98f-47a5-a419-590fcfac6275Tour à tour juive, musulmane ou catholique, elle coupe, touille, pétrit et cuisine en direct tout en racontant Esther et Mahomet, la Mer Rouge et l’Eucharistie, Roch Hachana et le Ramadam parce que chaque plat renvoie à une histoire, chaque ingrédient à un symbole. 

Stéphanie Schwartzbrod (auteur et interprète), le corps enroulé dans un tablier de ménagère, tout en préparant la chorba qu’elle offrira au public à la fin de la représentation, évoque une partie du calendrier liturgique du judaïsme, du christianisme et de l’islam. 

Elle semble jubilée à cuisiner ses repas de fête autant qu’a nous gaver littéralement de renvois historiques, étymologiques et de guématria pour chaque évènement célébré.

Certes, elle aime les mots comme les mets. Comme on doit apprendre à doser le sel dans la chorba, elle doit en faire tout autant des références qu’elle distille. Trop, c’est trop. Le public, croyant ou pas, en est vite saoulé au risque d’en faire une indigestion. 

Le regard d’Isabelle

SACRE, SUCRE, SALE  (dans le cycle « Paroles de femmes)

Théâtre de l’Aquarium – La Cartoucherie – route du champ de manœuvre – 75012 Paris 

Les mercredis, jeudis, vendredis, samedis et dimanches à 19h.

Jusqu’au 26 mars 2016. 

Crédit photo : Pierre Heckler

Theatre le Nest Religion sucre saleTheatre le Nest Religion sucre sale

Theatre le Nest Religion sucre sale

 

TRAÎNE PAS TROP SOUS LA PLUIE – THÉÂTRE DE L’ATELIER

TRAINE PAS AfficheChaque soir, Richard Bohringer réinvente, retrace toute une vie d’écriture, de passions, d’amours et de tendresse. Un voyage au pays de sa mémoire, un road-movie dédié à l’Afrique, aux amis morts ou vivants, aux femmes, à l’alcool, aux errances. Tel un boxeur sur le ring, l’émotion à fleur de peau, il nous fait voyager au travers de ses propres textes, dans cette atmosphère que lui seul sait créer. Entre chaque texte, l’improvisation a toute sa place.

Seul en scène entre un lutrin et une chaise bistrot, à fleur de peau et la voie rocailleuse, Richard Bohringer nous livre ses textes bruts de style. Univers de la nuit, de la création artistique, des amours, des amitiés, de l’alcool… Le public découvre une plume, une sensibilité, une humanité. Certes… Mais suit-il réellement toutes les digressions de ses pensées ? Là est la question. 

Par contre, les intermèdes entrecoupant ses lectures ravivent l’attention de tous les esprits, découvrent avec tendresse, générosité voire humilité sa vie intime – son épouse, sa fille, ses amis, ses voyages – et les affres de son existence  – ses ivresses, ses errances, sa maladie. 

Un moment de bonheur simple pour tous ceux qui reconnaissent à Richard Bohringer un talent d’auteur et d’acteur ; pour les autres, la rencontre d’un homme écorché face au miroir d’une vie en puzzle, homme ivre de mots pour vivre encore quelques poignées d’années car « Si à vingt ans on veut mourir, à presque soixante-dix on veut rester. » 

Le regard d’Isabelle 

TRAÎNE PAS TROP SOUS LA PLUIE

Théâtre de l’Atelier, 1 place Charles Dullin, 75018 Paris. 

A partir du 8 mars 2016 pour 30 représentations exceptionnelles. 

Relâche les 17 et 18 mars.

Du mardi au samedi à 19h00

Crédit photo : Alain Rousseau

TRAINE PAS Richard Bohringer Photo Pupitre libre de droits  (c)Alain RousseauTRAINE PAS Richard Bohringer Photo couleurs libre de droits (c)Alain Rousseau.jpg

LES SEA GIRLS – LA NOUVELLE ÈVE & LE TRIANON

11231051_952789341433409_8299602088505837247_oDes plumes, des paillettes, du strass, de la pétillance et de l’humour, beaucoup d’humour ! Bienvenue dans l’univers glam et totalement burlesque des SEA GIRLS, soit quatre « super nanas » qui revisitent les codes du music-hall et du cabaret dans un spectacle irrésistible et drôlissime. Sur scène, notre quatuor, bien accompagné par deux musiciens « live », offre une succession endiablée de tableaux plus facétieux et décalés  les uns que les autres dans la grande tradition du genre : descentes d’escalier lumineux, French cancan, chorégraphies, tours de magie, solo version « Cabaret » et, le vrai plus du spectacle, chansons à texte délicieusement corrosifs, parfois émouvants, empruntant  au gospel, au tango ou à la bossa-nova. Elles savent tout faire les SEA GIRLS : chanter, danser, faire des claquettes, jouer les sirènes, et surtout se moquer d’elles-mêmes en se mettant le public dans les poches de leurs robes lamées ! Au final, un très bel hommage au grand et beau music hall, dont on devine leur amour. (Music-hall is not dead ne clament-elles pas en chœur ?). Sur scène depuis 2007, les SEA GIRLS présentent leur troisième opus qu’elles se sont assurément écrit sur-mesure! Personnellement, un énorme coup de cœur pour ce spectacle ultra réjouissant, très inventif et idéalement niché dans la très élégante salle de La Nouvelle Ève, au cœur de Pigalle. Comme un ultime pied de nez au mythique et voisin Moulin Rouge ! Bravo mesdemoiselles ! Quel bon moment passé en votre compagnie !

Le point de vue d’Elisabeth

LES SEA GIRLS

Du 23 au 31 décembre 2017 au Trianon, 80 boulevard de Rochechouart, 75018 Paris

11038882_1005689196143423_4753417143415188318_o12640241_990062787706064_6561966392697118980_o12710852_1001086583270351_2658677372283299_o12764372_1001460953232914_3283845802794490771_o

 

TRACES – BOBINO

vz-85429a12-6f53-4e2a-9c39-9e638283876a (1) Mais c’est quoi ce cirque ?

C’est TRACES, l’un des spectacles cultes du collectif québecois Les 7 doigts de la main. Créé à Montréal en 2006, le show a depuis fait le tour du monde (25 pays, 200 villes) et été applaudi par près d’un million de spectateurs ! A l’occasion de son dixième anniversaire, la troupe a posé ses valises à Paris pour 60 représentations. Ici, point de chapiteau, costumes paillettes, Monsieur Loyal ou de piste aux étoiles. Objectif ? Casser les codes du cirque traditionnel à travers un show ultra moderne sur lequel souffle un vent de fraîcheur et une décontraction toute nord-américaine...

Pour décor, un simple abri de fortune fait de bâches plastiques et de rubans adhésifs, un  vieux piano, un fauteuil déglingué,… Et sur scène, 7 artistes venus des 4 coins de la planète au look « garage », à la cool attitude et qu’on sent unis ….comme les doigts de la main. Face à l’imminence de la destruction d’un monde imaginaire, nos artistes-musiciens-acrobates-voltigeurs veulent laisser leur « trace » et utilisent, chacun à leur manière, la création comme moyen de survie. Après avoir pris le temps de décliner leur identité au micro volant (jolie trouvaille !), ils nous embarquent dans un spectacle de 90 minutes bourré d’énergie, de tonicité, d’audace et totalement décomplexé. Fidèle à la signature artistique de la compagnie, TRACES alterne séquences d’acrobatie de haute voltige (trapèze, mât chinois, main à main, anneaux, sangle aérienne…), à des tableaux plus ludiques (skateboard, basket, diabolo,…) en passant par des intermèdes musicaux et poétiques (chant, piano, dessin …). A la course aux superlatifs, mention spéciale à la spectaculaire scène finale et au « frenchy » de la bande, Lucas Boutin, impressionnant de facilité dans un numéro de mât chinois sur quelques notes de Radiohead qui laisse ..sans voix !

Au delà de la qualité d’exécution des numéros, TRACES séduit par sa fraîcheur! Aussi complices entre eux qu’avec le public, nos sept artistes offrent une belle bouffée d’oxygène aux arts du cirque. Même si on pourra regretter l’absence d’un véritable fil narratif et quelques effets de mise en scène un peu gratuits, un spectacle brillant, original et très attachant. A découvrir sur la scène de Bobino jusqu’au 23 avril.

Le point de vue d’Elisabeth

TRACES

BOBINO, 14-20 rue de la Gaîté, 750174 Paris

Du mercredi au samedi  21h00 et le samedi à 16h30

Jusqu’au 23 avril 2016

Crédit photo : Alexandre Galliez

 

TRACES_Voltige-Credits-Alexandre-Galliez-28-640x427TRACES_Anneaux_Chinois_Credits_Alexandre_Galliez_44-640x427TRACES_Anneaux_Chinois_Credits_Alexandre_Galliez_15_1-640x427TRACES_Main_a_Main_Credits_Alexandre_Galliez_20-427x640

PRESSKIT

TRACES_Anneaux_Chinois_Credits_Alexandre_Galliez_16-640x427 

 

ENCORE UNE HISTOIRE D’AMOUR – STUDIO DES CHAMPS-ELYSÉES

ENCORE UNE HISTOIRE-100X150_JANV_3L’affiche vous fait la promesse de plonger dans un univers à la « Cocteau » d’entre-deux-guerres mais « Encore une histoire d’amour » est une pièce qui se regarde comme une comédie romantique des années 90 version grand écran. Alors plantons le scenario : ELLE, une jeune et belle comédienne new-yorkaise, en partie paralysée, rêvant de jouer une pièce écrite par LUI, un auteur dramatique anglais, névrosé, boulimique, agoraphobe et reclus dans son petit appartement londonien depuis des années. Alors elle décroche son combiné et c’est le début d’une relation téléphonique (pas d’email ni de Skype, la pièce a été écrite au début des années 90) qui d’abord professionnelle évolue progressivement vers quelque chose de plus intime. De confidences en dévoilement, ils vont apprendre peu à peu  à s’apprivoiser, découvrir leurs histoires respectives, écouter leurs blessures, se faire confiance  jusqu’à l’envie irrépressible de traverser l’Atlantique pour se rencontrer « en vrai ». Happy end ? Chuuuuttttt ! En tout cas, la pièce questionne élégamment les relations comédien/auteur dramatique, l’ultra moderne solitude, l’appréhension de la rencontre, la méconnaissance et la peur de l’autre.

Un très joli moment de théâtre solidement défendu par un duo de comédiens qui fait merveille et qu’on sent incroyablement complice sur scène comme à la ville: Elodie Navarre et Thierry Godard qui défendent leurs personnages avec beaucoup de conviction, de good vibrations et ..de talent ! La mise en scène, signée Ladislas Chollat, plutôt habile, repose sur des astucieux décors coulissants pour nous transporter de Londres à Manhattan, des projections sur grand écran et des dialogues ultra rythmés qui donnent le tempo, même si la première partie m’a semblé quelque peu bavarde. La pièce prend vraiment son envol en deuxième partie et offre de très beaux moments d’émotions, servis, last but not least, par une bande son ultra « funky ». Quelque chose qui sonne comme ça par exemple: http://bit.ly/1FMq2vE ! Let’s dance…

Le point de vue d’Elisabeth

ENCORE UNE HISTOIRE D’AMOUR

Studio des Champs-Elysées, 15 avenue Montaigne, 75008 Paris

Du mardi au samedi à 20h30

Le samedi à 16h

Crédit photos : Lisa Lesourd

9J1A2740_LISALESOURD_HD9J1A3007_LISALESOURD_HD9J1A3279_LISALESOURD_HD

 

UN CAFÉ AVEC Arnaud Dupont, comédien

IMG_0016

« Ce qui me passionne, c’est la création »  

C’est dans le très chaleureux cadre de La Recyclerie, porte de Clignancourt, que j’ai le plaisir de rencontrer le comédien Arnaud Dupont. Homme de théâtre et de cinéma aux multiples casquettes (écriture, mise en scène,…), Arnaud a déjà à son actif un très joli parcours sur les planches, égrené de beaux succès du Cas de la Famille Coleman (prix du Théâtre 13) au désormais « classique » Cercle des Illusionnistes. Il s’apprête aujourd’hui à défendre une nouvelle pièce « La Reine de Beauté de Leenane » programmée au 16 au 21 février au petit théâtre Odyssée à Levallois-Perret. Vocation, parcours, projets, amour du métier, un très bel échange avec un passionné de création. Rencontre.   

Coup de théâtre : Bonjour Arnaud, où peut-on vous applaudir en ce moment ?

Arnaud Dupont : Actuellement dans « Le Cercle des Illusionnistes » qui part en tournée après 450 représentations parisiennes. Et bientôt dans la pièce « La Reine de Beauté de Leenane » qu’on présente pour la première fois au public du 16 au 21 février à Levallois-Perret et qui partira à Avignon cet été. Je partage le plateau avec Catherine Salviat, Grégori Baquet, Molière de la révélation masculine 2014 et Sophie Parel qui est également la metteur en scène. C’est une pièce que j’aime beaucoup, très bien écrite, une comédie noire irlandaise qui plonge le spectateur au cœur d’une misère sociale, affective si sombre qu’elle peut, au-delà de l’émotion, faire sourire. On est impatient de voir comment le public va l’accueillir. Dans tous les cas, à titre personnel, travailler avec une telle distribution est une expérience en soi formidable. Je pense notamment à la « grande » Catherine Salviat, sociétaire honoraire de la Comédie Française. Voir avec quelle fraîcheur et quelle humilité, une comédienne « de ce calibre », après 30 ans au Français, s’investit dans ce projet est une vraie leçon. C’est tellement agréable de voir comment on peut mûrir avec simplicité dans ce métier. En marge de mes actualités théâtre, je suis également un grand fan de cinéma. Je joue notamment dans un court-métrage « Si la photo est bonne » du réalisateur Luc Battiston (avec qui j’ai coécrit le scénario) auquel je tiens énormément et qui bénéficie actuellement d’une belle diffusion à la Cinémathèque Française.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir comédien ?

A.D. : En réalité, c’est une deuxième carrière ! J’ai commencé par être professeur des écoles pendant une dizaine d’années dans le 18ème. A l’époque, le théâtre, que je pratiquais en amateur, était déjà une passion mais cela me paraissait illusoire et presque un peu inaccessible. Et puis, je me suis professionnalisé peu à peu par des stages, des rencontres. Ma première « vraie » expérience a été un monologue de Blaise Cendrars « La Prose du Transsibérien » que j’ai joué lors d’une petite tournée dans de véritables ateliers d’artistes parisiens. Les jauges étaient petites, 15-20 personnes, mais l’expérience m’a plu et m’a surtout donné envie de me former de façon plus académique pour gagner en légitimité. J’ai intégré l’école de Raymond Acquaviva –  Les Ateliers du Sudden – que j’ai suivi pendant trois ans. Et puis peu à peu, le théâtre a pris le part sur l’enseignement. Je suis complètement professionnel depuis cinq ans. 

1059 Cercle Illusionnistes 17 01 2014

Le Cercle des Illusionnistes (Mise en scène Alexis Michalik)

Quelles ont été les grandes étapes de votre parcours ?

A.D. : Le vrai déclencheur a été cette pièce de Blaise Cendrars. Ensuite, j’ai intégré des collectifs avec des élèves rencontrés aux Ateliers du Sudden, on a monté pas mal de spectacles avec très peu de moyens. C’est ma période saltimbanque je dirais ! (rire). Mais une période importante pendant laquelle j’ai cherché à me faire remarquer notamment dans la « jungle » d’Avignon où l’on présentait nos spectacles. C’est à cette époque également que j’ai commencé la mise en scène avec des spectacles jeune public. Et puis j’ai poursuivi avec la très belle aventure « Le Cas de la Famille Coleman » dont la mise en scène était signée par Johanna Boyé et qui a remporté le prix du théâtre 13. Je jouais ce personnage incroyable, Marito, ce type un peu fêlé, déroutant, qui fait rire autant qu’il interpelle. Et puis j’ai rejoint la distribution de la pièce d’Alexis Michalik « Le Cercle des Illusionnistes ».

Un mot justement sur le « Cercle des Illusionnistes ». Comment êtes-vous arrivé sur ce projet ?

A.D. : Par mon réseau ! Alexis Michalik m’avait vu plusieurs fois sur scène et m’avait sollicité pour rejoindre la distribution du « Porteur d’Histoire ». Je n’étais pas disponible à l’époque mais Alexis est quelqu’un de fidèle et il a pensé à moi pour sa pièce suivante « Le Cercle des Illusionnistes », qui, pour le coup, était vraiment attendue au tournant ! Une expérience bien sûr incroyable avec ce succès énorme, et chose rare, unanime: la presse, la profession, le public. Quand les trois sont réunis, c’est magique. Je soir de la Première reste un souvenir très fort pour toute la troupe. On a tous senti sur le plateau que « la sauce prenait » au fur et à mesure de la représentation et on vraiment vibré à la fin du spectacle, après le noir, quand on a entendu le crépitement des applaudissements ! Quelle émotion ! Et puis c’est un gros plaisir de partager une aventure collégiale, pendant laquelle on oublie son ego pour se mettre au service d’un collectif. On a l’impression de ne faire qu’un. C’est quelque chose de précieux et c’est d’ailleurs le plus beau compliment qu’on nous ait fait : l’homogénéité de l’interprétation. Et il faut rendre hommage à Alexis qui n’a pas volé son succès, c’est un très gros bosseur qui n’arrête pas de travailler, de jouer, d’écrire. Il est impressionnant.

815 Cercle Illusionnistes 17 01 2014

Le Cercle des Illusionnistes

 

Qu’est ce qui vous passionne dans ce métier ? Vous déplaît ?

A.D. : Ce qui me passionne, c’est la création d’un personnage, c’est-à-dire réussir à comprendre le sens d’un projet, à en décrypter les codes et à le servir tout en restant soi-même. Il y a plusieurs approches d’ailleurs dans ce process de création qui tient généralement à la personnalité du metteur en scène. Certains partent de la nature du comédien et s’inspirent de ce qu’ils voient au plateau pour composer le personnage. D’autres, comme Alexis Michalik par exemple, vont choisir quelqu’un qui colle à ce qu’ils ont en tête pour le rôle. Ensuite, charge au comédien de voir quelle est sa marge de manœuvre pour glisser à l’intérieur de ce costume déjà « taillé ». Dans tous les cas, j’écoute, je cherche à comprendre ce que veut l’autre et je m’adapte. Une fois en plateau devant un public, l’objectif est plutôt d’oublier l’aspect purement technique des choses pour gagner en disponibilité et incarner des vrais moments de vérité. Ce qui me passionne également, c’est passer d’un univers à un autre, d’une aventure artistique à une autre sans savoir de quoi demain sera fait. C’est excitant mais ça peut être anxiogène également. Personnellement, je contrebalance cette angoisse en créant en permanence à la fois dans l’écriture, la mise en scène même si, depuis trois ans, mon activité de comédien a pris un peu le pas sur tout ça. 

Allez-vous souvent au théâtre ? Quel spectateur êtes-vous ?

A.D. : Oui, j’y vais souvent et je vois beaucoup de choses différentes car  je suis curieux. Je ne suis pas forcément bon public (rire) mais quand un univers me « parle », mon sens critique s’estompe très vite, je me laisse porter. J’aime beaucoup les spectacles de Romeo Castellucci par exemple. C’est un plasticien qui met l’esthétique au service de l’histoire. Dernièrement j’ai beaucoup aimé Andorra au Théâtre 13, mis en scène par Fabian Chappuis, avec une jeune comédienne très talentueuse Elisabeth Ventura, qui parle du rejet de la différence religieuse, un thème qui résonne aujourd’hui de manière très forte.

1235983_572630986133296_1271905565_n

Le Cas de la Famille Coleman (Mise en scène Johanna Boyé)

Avez-vous un rêve de théâtre ?

A.D. : Oui, j’ai même l’impression d’en avoir plusieurs ! A titre individuel, j’ai des rêves de collaboration avec des metteurs en scène, comme Guillaume Vincent qui a mis en scène un très beau spectacle qui s’appelle « Rendez-vous gare de l’Est », ou avec des comédiens que j’admire. Et puis des rêves plus collectifs, l’envie de contribuer à l’accomplissement de projets ou des personnes avec qui j’ai collaboré, l’envie de les accompagner là où ils/elles ont envie d’aller. En marge du théâtre, j’ai des rêves de cinéma, de mise en scène, même si les portes hélas sont beaucoup cloisonnées entre théâtre et cinéma, entre théâtre privé et théâtre public, avec parfois, et c’est regrettable, un certain mépris des uns envers les autres. C’est aussi le bémol de ce métier.

Merci Arnaud. Et si vous aviez un conseil à donner à quelqu’un qui a envie de devenir comédien ?

A.D. : Un conseil ? Difficile à dire…Je conseillerais simplement de ne pas céder trop vite à la facilité, par besoin de travail. Réussir à rester fidèle à la raison fondamentale pour laquelle on veut faire ce métier et ne pas l’oublier trop tôt.

Propos recueillis par Elisabeth Donetti 

Pour aller plus loin : http://www.arnaud-dupont.fr/

 

LE CERCLE DES ILLUSIONNISTES EN TOURNÉE

Février: le 27 à Vernon

Mars: Du 2 au 5 à Amiens, le 9 à Joué les Tours, le 12 à Herblay, le 15 à Sion.

Avril: Le 7 à Cahors, le 19 à Ajaccio, le 21 à Bastia, le 29 à Cholet

Mai: Le 13 à Thuir

LA REINE DE BEAUTÉ DE LEENANE

Du 16 au 21 février à 20h30 (16h le dimanche) au petit Théâtre Odyssée (Levallois-Perret)