Mercredi 15 janvier, fin d’après-midi, nous sommes une petite dizaine de blogueurs à avoir le plaisir de rencontrer l’équipe artistique de la pièce Anna Christie, qui est à l’affiche du théâtre de l’Atelier depuis le 20 janvier. Après avoir fait rapidement connaissance (quel plaisir au passage de mettre des visages sur des adresses web et autres comptes twitter !), nous nous dirigeons vers la salle et nous nous installons aux premiers rangs, impatients que la conférence commence. Pour l’heure, le grand rideau de fer est baissé, impossible de jeter un œil indiscret aux décors de la pièce. Work in progress… Entrent alors sur le plateau le metteur en scène Jean-Louis Martinelli et les comédiens Mélanie Thierry, Féodor Atkine et Stanley Weber. Ils sortent de répétition et l’ambiance est pour le moins décontractée : Mélanie, un mug à la main, Stanley en chaussettes et Féodor encore en costume de scène (pull marin et bottes caoutchouc). Ils viennent tranquillement s’asseoir au bord de la scène.
Les carnets sont sortis et les stylos dégainés… Nous sommes fin prêts.
Jean-Louis Martinelli introduit la rencontre en nous présentant l’auteur de la pièce, Eugène O’Neill, dramaturge américain du début du XXe siècle, qui nous révèle avoir puisé son inspiration à la fois dans sa vie personnelle, douloureuse et tourmentée (alcoolisme, relations familiales violentes…) et dans le théâtre de Shakespeare et des tragiques grecs. Son théâtre, réaliste, questionne la quête du sens de l’existence et met généralement en scène des personnages en marge de la société qui luttent pour maintenir leurs espoirs et leurs aspirations. Jean-Louis Martinelli poursuit en résumant Anna Christie, l’une des premières pièces d’O’Neill. Années 20, dans un bar crasseux du port de New-York, un marin, Chris Christopherson (interprété par Féodor Atkine), émigré suédois aux États-Unis, retrouve sa fille Anna (Mélanie Thierry), qu’il a abandonnée quinze ans plus tôt, à la mort de sa femme. Il l’emmène en mer pour « qu’elle se repose ». Au cours de leur traversée, ils repêcheront en mer un jeune marin, Burke (Stanley Weber) qui, dès le premier regard, sera fasciné par Anna et désirera l’épouser : un coup de foudre ! Mais Anna, troublée par son passé de prostituée et en butte au refus de son père qu’elle épouse Burke, cherchera à gagner sa liberté et son indépendance. Au fond, résume J.-L. Martinelli, la pièce raconte « la recherche d’autonomie de cette femme, sa volonté d’exister en tant qu’individu » et rend hommage aux « femmes qui se battent pour gagner leur place ». Il nous rappelle que la pièce a été écrite dans les années 1920 à l’époque des grands mouvements féministes américains. Martinelli parle de la pièce comme d’un théâtre « âpre », rugueux, d’un « théâtre d’acteurs », sans « sous-texte » d’une grande simplicité narrative mais qui glisse progressivement vers une dimension onirique.
À la question de la naissance du projet, c’est au tour de Mélanie Thierry de prendre la parole car c’est bien elle qui en est à l’origine. Après avoir connu le succès et la reconnaissance de la profession avec Le Vieux Juif blonde en 2006 et Baby Doll en 2009, elle s’est lancée dans Anna Christie qu’elle a lue et aimée, une « belle pièce d’atmosphère » comme elle nous l’explique. Elle évoque Anna, son personnage, comme une femme qui méprise les hommes, au regard de son abandon et de son passé de prostituée, et qui a envie de garder la tête haute et de gagner sa place. Elle a été également touchée par le thème des retrouvailles père / fille et nous glisse au passage qu’il faut « accepter et aimer ses parents tels qu’ils sont ». Elle connaissait le travail de Jean-Louis Martinelli et avait envie de collaborer avec lui. « Il était obligé de me prendre », dit-elle en riant, à la question du choix des comédiens. Martinelli y répond en nous confiant qu’il s’est laissé guider par deux critères : le talent et la volonté de créer « une famille qui va bien vivre ensemble ».
Puis, c’est à Féodor Atkine de nous parler de son personnage Chris, le père d’Anna, un personnage complexe, ambigu, englué dans un sentiment de culpabilité, contraint de revenir vers ce qu’il a abandonné et qui biaise en permanence « en racontant ses propres vérités ». J’imagine parfaitement Féodor Atkine dans ce rôle de marin bourru et solitaire, avec sa belle voix de basse. Stanley Weber poursuit en nous décrivant également son personnage, Burke, qui lui offre l’opportunité d’interpréter un rôle fort et tranché : un homme qui sort d’un naufrage et qui rencontre le jour même l’amour de sa vie ! Un personnage plein de candeur, de naïveté et emporté par l’arrogance de sa jeunesse. Stanley Weber salue au passage le très beau travail de Jean-Louis Carrière qui a su traduire, selon lui, le texte avec beaucoup de finesse et de subtilité et a adapté la pièce en faisant des choix assez tranchés (suppression pure et simple de certains passages religieux dans l’acte 4 par exemple et de certains personnages).
Un mot des décors ? Nous apprendrons seulement qu’ils « baigneront » dans cet univers maritime, de ports, de toiles de bateaux, de phares, de brouillards. Nous sommes curieux également d’en savoir plus sur les costumes qui sont signés Camille Janbon. Mélanie, toujours très impliquée sur le choix de ses tenues, nous glisse que la costumière est venue assister quotidiennement aux quinze premiers jours de répétition. Elle pensait la voir arriver avec trois valises pour l’essayage. Mais non, au final, elle est venue avec trois tenues… et c’était parfait ! Travail remarquable auquel elle rend également hommage.
Et quid de l’état d’esprit de l’équipe à quelques jours de la première ? Rationnel et serein. « Si le travail a été bien fait, ça doit tenir debout », nous indique J.-L. Martinelli dans un sourire. Lui se dessaisit de son travail et laisse le plateau aux comédiens. Comme Stanley Weber le rappelle en conclusion : « Jean-Louis nous donne des rails, au sein desquels on peut s’amuser et rebondir. »
La rencontre touche à sa fin. Sentiment unanime : la pièce donne envie, très envie ! Rendez-vous le 30 janvier pour aller l’applaudir. On se quitte, le sourire aux lèvres, heureux d’avoir partagé ce moment convivial entre amoureux du théâtre.
Les billets des autres blogueurs présents ce soir-là :
http://www.esprit-paillettes.com/theatre-anna-christiea-quelques-jours-de-la-premiere/
http://www.onirik.net/Rencontre-avec-le-metteur-en-scene
Théâtre de l’Atelier, 1 place Charles Dullin • 75018 Paris
Jusqu’au 26 avril 2015
Du mardi au samedi 21h, matinées samedi 16h30 et dimanche 15h30
Crédit photos : Théâtre de l’Atelier




Le théâtre des Mathurins a fait la part belle aux femmes les 9, 10 et 11 janvier 2015. Pour la 4e année consécutive (


Dimanche 14 décembre après-midi, direction le Studio Théâtre de Stains en Seine-Saint-Denis pour le dernier CAFÉ AVEC de l’année 2014. J’ai le grand plaisir de rencontrer, ce jour-là, Marjorie Nakache, la cofondatrice et directrice artistique du lieu, sa deuxième « maison » comme elle me l’expliquera joliment au cours de notre entretien. Installée à Stains depuis le début des années 90, également comédienne et metteur en scène, Marjorie Nakache poursuit sans relâche un unique objectif : développer un théâtre de proximité et rendre la culture accessible. Rencontre lumineuse dans les loges du « Studio », avec une artiste et une citoyenne formidablement engagée.
Avant de parler de toutes les actions que vous menez « ici et maintenant », ce théâtre a une vraie histoire.
Cette volonté de démocratisation culturelle prend une dimension particulière ici à Stains, où l’on parle davantage de misère, de crise et de chômage que d’action culturelle.
Le Studio Théâtre de Stains n’est pas réservé qu’au théâtre…

Dernière chronique, je devrais dire dernier gros coup de cœur de l’année pour une pièce formidable qu’il est encore temps d’aller applaudir : « Le Temps des suricates » au théâtre des Béliers Parisiens qui offre, à travers le portait de deux acteurs de seconde zone, une touchante réflexion sur le théâtre et la condition du comédien.




Vendredi 12 décembre, bras dessus bras dessous et sous la pluie, avec Élisabeth, non nous ne chantons pas « Singing in the rain » mais nous nous rendons joyeusement au théâtre La Bruyère à Notre-Dame-de-Lorette (9e). La représentation terminée, on s’engouffre dans une brasserie remplir notre estomac qui crie famine et échanger – comme à l’accoutumée – nos impressions sur la pièce. D’un mot à l’autre, d’une émotion à une autre, d’un regard à l’autre, une étincelle jaillit : oui nous aimons toutes deux le théâtre et si… et si je rejoignais Élisabeth sur Coup de Théâtre : « Tope là ! » Oui, c’est chose faite. À l’aube de cette nouvelle année, c’est donc avec plaisir que je vous livre ma première chronique : je me suis rendue hier à la Comédie Saint-Michel assister à la représentation « Lisa ». Il paraît qu’on a « revolé » la Joconde.
Cher lecteurs et amis bloggeurs, le blog fête ce mois-ci son premier anniversaire et un petit bonheur ne venant jamais seul, une nouvelle rédactrice me rejoint ! Je suis ravie de partager désormais ma plume avec Carole, secrétaire de rédaction dans le domaine éditorial, qui chroniquera des pièces dans une nouvelle rubrique intitulée Signé Carole ! Sans être à proprement parler une technicienne du théâtre, Carole est une spectatrice avertie, cultivée, amoureuse des beaux textes et ultra-sensible au travail du comédien et à la composition des personnages. Toujours curieuse et enthousiaste à l’idée de découvrir de nouveaux spectacles, de nouvelles compagnies et de nouveaux lieux, elle apportera son regard frais, direct, sincère sur les pièces qu’elle se rejouit déjà d’aller applaudir ! L’idée d’un blog à quatre mains est née comme une évidence un soir d’après spectacle dans une brasserie du quartier Notre-Dame-de-Lorette. Pourquoi ? Parce qu’à deux, c’est deux fois plus de spectacles vus, deux fois plus de chroniques, pour rendre encore mieux compte de l’actualité théâtrale parisienne. Bienvenue Carole, ravie de t’accueillir sur Coup de théâtre !
C’est l’histoire d’une rencontre entre deux femmes. Que rien ne devait réunir. Et que la musique sauvera. Allemagne, dans les années 80. Traude Krüger est une professeure de piano d’un certain âge, aux allures de vieille fille psychorigide et autoritaire, secrètement blessée par un passé qu’on devine douloureux. Elle dispense des cours de piano en prison, où elle rencontre Jenny Von Loeben, jeune taularde néo-punk de 20 ans écorchée vive, incontrôlable et accusée à tort du meurtre de son père qu’elle n’a pas commis. La professeure, d’abord réfractaire à éduquer musicalement la jeune femme, se prendra progressivement d’amitié pour cette rebelle, qui se révélera une musicienne surdouée. Elle donnera toute sa force et sa détermination à la préparer au concours des jeunes pianistes du Conservatoire. Une audition de quatre minutes qui pourra changer le cours de leurs vies. L’opportunité inespérée d’un nouveau départ ?
Dès son entrée en scène dans la demi-obscurité du plateau de l’Atelier vendredi dernier, le charisme de Jacques Weber agit irrésistiblement : une présence physique incontestable, une diction parfaite, une puissance vocale qui interpellent à la première réplique et nous font instantanément comprendre que l’on va assister à un grand moment de théâtre. A l’occasion de 30 représentations exceptionnelles, le comédien se glisse pendant une heure et demie dans la peau de Gustave Flaubert et nous fait découvrir dans un soliloque grandiose et puissant non pas l’écrivain mais l’homme intime, insoumis, anarchiste, libre jouisseur, combattant des petits-bourgeois et de l’étroitesse d’esprit de ses contemporains. Le verbe est haut, les mots souvent crus, la parole libre sur une succession de thèmes variés et d’une formidable actualité : le pouvoir, les femmes, l’amour, la postérité, les honneurs… Un formidable texte signé Arnaud Bédouet et librement inspiré de la correspondance de Flaubert. Car l’auteur de Madame Bovary a laissé une impressionnante correspondance dans laquelle il se laissait aller à une écriture plus libre, plus personnelle, plus truculente sans crainte de l’interdit ni des jugements de son époque et offrait son regard ironique et pessimiste sur l’humanité.
