À la fin du XVIIe siècle en Espagne, un laquais, Ruy Blas, et la reine, Marie-Anne de Neubourg, vivent une histoire d’amour enflammée. Une situation improbable si Don Salluste, un grand d’Espagne et maître de Ruy Blas, n’avait pas élaboré un plan machiavélique par vengeance contre la reine qui l’a disgracié. Conjoncture, manigance, complot, politique, pouvoir… Ruy Blas, sous une fausse identité et toujours instrumentalisé par Don Salluste dont il ne peut se défaire, lié par un pacte signé, est élevé au rang de premier ministre. Par amour, loyauté et honnêteté, il tentera en dépit de l’adversité et contre lui-même de sauver la reine et le royaume. Trop pour un seul homme !
Un texte dramatique, romantique, écrit en cinq actes par Victor Hugo pour le théâtre, et servi par une jolie brochette d’acteurs bien guidés. Christian Pélissier, le metteur en scène, a choisi, ce soir-là (les acteurs tournent selon les soirées), pour incarner le visage de l’amour deux fleurs en pleine jeunesse : il se dessinera sous les traits de Marie Chapet (la reine) et Hélie Chomiac (Ruy Blas).
Un coup de cœur personnel pour la comédienne, Love Bowman, dans les rôles de la duchesse mais aussi du valet ivre où elle s’illustre dans une gestuelle avec brio. La mise en scène est artistique et sait exploiter le plateau dans les moindres recoins. Les costumes de Fred Morel et Chris Jackson terminent de « planter le décor ».
Encore une belle programmation au théâtre Bouffon. Rendez-vous pris avec Peter Tournier pour une interview. À suivre.
Signé Carole !
Bouffon Théâtre • 28, rue de Meaux 75019 Paris
Jusqu’au 20 février 2016
Les soirs de semaine à 20h30 et les dimanches à 18h30
Crédit photo : CélineDk
Deux frères, Criss et Cross, rescapés d’une guerre meurtrière, retournent sur les lieux qu’ils avaient dû fuir, en quête de la demeure familiale. Ils reviennent aussi chercher la paire de chaussures – des Weston – abandonnée lors de leur fuite. Car avant guerre, dans leur pays, ces deux hommes étaient membre de la SAPE, Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes. Mais comment retrouver les rues et les avenues dans une ville meurtrie ? « Il faut réveiller les endroits ». Aussi, ils vont errer parmi les décombres de leur quartier (symbolisés par des amas de cordes) à la recherche de leur passé pour mieux appréhender leur présent, plus encore leur avenir et enfin « retrouver l’odeur du cirage », le parfum d’avant les combats, les traumatismes, les viols et les assassinats. Après des années de « concerto pour kalache », comment réapprendre à vivre.

Devant un mur de valises, sur un quai de gare, une petite fille de 13 ans porte autour du cou un écriteau sur lequel sont inscrits son prénom, son nom et une destination : New York. Elle a le fol espoir de rejoindre sa mère prostituée et un père inconnu et de les réunir… Son chemin de vie sera chaotique et « jonché de crevasses ». Sans cesse, elle sera confrontée aux violences sociales et aux préjugés raciaux. Malgré la reconnaissance de son talent d’interprète, sa quête d’amour restera insatiable et sa déchéance inéluctable. Christine Pouquet signe pour « Neige noire » une magnifique partition. Quant à sa mise en scène, elle est sans aucune fausse note : inventive, émouvante, drôle… toujours surprenante et laissant la part belle aux comédiens/chanteurs/danseurs. Samantha Lavital est la sublimissime interprète de Billie Holiday. Philippe Gouin (ce soir là) est son partenaire aux multiples talents. Tous deux sont formidables et nous font don d’un authentique moment de grâce théâtrale.
La jeune compagnie de théâtre « L’étoffe des songes » a eu la belle idée de monter un savoureux vaudeville de l’entre-deux-guerres, tombé (injustement !) dans l’oubli depuis sa création en 1923 : « Les vignes du seigneur ». Co-écrite par le maître du genre Robert Flers et Françis de Croisset, la pièce raconte comment une mère de famille, Valentine Bourgeon, manœuvre pour que ses deux filles, Gisèle et Yvonne, en âge de convoler, accèdent à la bourgeoisie, tandis qu’Hubert, l’amant malheureux de Gisèle, fait son possible pour accéder de son côté à la noblesse. Mais tout se compliquera très vite à l’arrivée d’Henri Lévrier, un ami de la famille revenu des Indes, alcoolique repenti et destiné à Yvonne mais …qui tombera vite dans les bras de Gisèle…La suite ne sera qu’une succession de quiproquos, rebondissements et situations cocasses avant une happy end libératrice !
Quand un avocat se met à plaider sa cause, rien n’est gagné. Élaborer une stratégie amoureuse sur des antiphrases est périlleux même pour un professionnel des mots. D’autant quand on est jaloux, amoureux, et que sa femme, éditrice, rencontre dans son cadre professionnel l’écrivain, un dom juan de surcroît, qui l’a toujours subjugué. Alors que faire ? Il, LUI (Florian Bayoux), se lancera alors dans un véritable réquisitoire contre ELLE (Nathalie Bernas) et utilisera tous les registres de la rhétorique… pour l’éprouver, pour la pousser à avouer son désir: à l’instar des jaloux maladifs, il suspectera le moindre mot, dénoncera la moindre de ses attitudes jusqu’à l’accuser d’être une petite bourgeoise qui préfère l’assurance du confort du couple aux dangers d’une aventure incertaine. Vice de consentement, abus de faiblesse, elle se révolte et finit par rejoindre sur les plages irlandaises celui qu’elle avait refusé pour sauvegarder leur couple. 
Quand un sujet fort d’actualité, tel que les dérives du marketing pharmaceutique, est traité avec un humour décapant sans jamais être tourné en dérision, c’est… une prouesse.



Debout, évoluant sur une création musicale de Fabien Kantapareddy… ou assis, le dos tourné aux spectateurs sur un tabouret, attendant de revenir sur le devant de la scène quand leur rôle les y invite… neuf jeunes comédiens plein d’élans s’élancent sur les planches pour nous faire (re)découvrir, à pas rythmés, à voix chantées et clamées, cette comédie de mœurs du XVIIIe siècle : La Commère de Marivaux.
Adolf Cohen (Jean-Loup Horwitz) est l’histoire tendre et émouvante d’un enfant qui traverse les tempêtes du siècle dernier avec sa naïveté et son humour, né dans un petit village d’Europe centrale et mort dans un attentat à Tel-Aviv. C’est aussi le parcours d’un homme dans son rapport avec les trois femmes de sa vie (toutes interprétées par Isabelle de Botton) : sa mère biologique, juive ; sa mère d’adoption, catholique et celle qu’il aime en Israël, musulmane Palestinienne…