UN CAFÉ AVEC VINCENT CLAVAUD, DIRECTEUR DU CENTRE DE JEUNES ET DE SÉJOURS DU FESTIVAL D’AVIGNON

L’Association « Centres de Jeunes et de Séjours du Festival d’Avignon », organise depuis 1959 des séjours pour jeunes et adultes pendant le festival d’Avignon. Tous les séjours en pension complète, encadrés par des militants des CEMEA, proposent un hébergement en établissement scolaire et des activités artistiques, des ateliers de réflexion et d’échanges autour des spectacles, des rencontres privilégiées avec des artistes. Une vraie vie collective, spontanée et conviviale au cœur de l’une des plus grandes manifestations artistiques mondiales que j’ai eu le plaisir d’expérimenter cet été. L’occasion pour moi de m’entretenir avec Vincent Clavaud, directeur du CDJSFA. Rencontre au cœur du festival dans la belle cour du lycée Saint-Joseph à quelques encablures des remparts.

Coup de théâtre : Bonjour Vincent, vous êtes le directeur du Centre de Jeunes et de séjours du festival d’Avignon. Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est cette association et nous relater son histoire ?

Vincent Clavaud : L’histoire de l’association est en partie contenue dans son acronyme CDJSFA qui signifie « Centre de Jeunes et de séjours du Festival d’Avignon ». Les centres de jeunes sont destinés à accueillir des jeunes et les centres de séjours sont destinés à accueillir des adultes. L’acronyme est l’appellation originelle de l’association qui s’est construite avec deux principaux acteurs : le Festival d’Avignon et les CEMEA, mouvement d’éducation populaire, qui développent depuis leur création, dans la lignée du Front Populaire, des dispositifs permettant de vivre de vacances dans les meilleures conditions et d’en faire aussi des espaces d’échanges, d’apprentissages, de socialisation, du « bien vivre ensemble ». Pour remonter aux sources du CDJSFA, il faut revenir à l’époque où Jean Vilar prend officiellement la direction du Festival d’Avignon. A ses côtés, un de ses amis, Paul Puaux, joue un rôle fondamental. C’est un homme de théâtre et un militant des CEMEA, dont il fut instructeur. Jean Vilar propose à Paul Puaux de faire venir des jeunes au festival. On est dans l’immédiat après-guerre. Les deux hommes ont conscience de l’absolue nécessité de la rencontre, de faire les choses ensemble, de refaire collectif pour que la jeunesse européenne ne revive plus la tragédie de la Seconde Guerre mondiale. Le mouvement était lancé.

Les valeurs de l’association ont-elles changé depuis sa création ?

V.C. : Non, les principes et les valeurs sont restés les mêmes. Il y en a 4 principalement : venir au festival d’Avignon, y être accueilli(e) dans de bonnes conditions matérielles (logement confortable, bon repas), rencontrer des artistes ou d’autres spectateurs et voir des spectacles. On a retrouvé des archives du Théâtre National Populaire, de débats auquel Jean Vilar participait, des présentations de centres de jeunes et de séjours qui ont toujours mis en avant ces principes fondamentaux inscrits depuis l’origine et confirmés dans les années 60.

Le CDJSFA en quelques chiffres ?

V.C. : Sur une année « normale », 100 bénévoles du réseau CEMEA, 50 salariés, 7 sites. Et entre 1 200 et 1 500 festivaliers accueillis chaque année, dont deux tiers de jeunes.

Quels types de séjours proposez-vous ?  

V.C. : Le séjour de base, c’est le séjour 5 jours /4 nuits qui nous permet d’installer une vraie vie collective, de proposer 2 spectacles, des ateliers avant et après spectacle, et de laisser du temps aux participants de vivre le festival à leur rythme. Nous proposons également des séjours de 9 jours pour aller encore plus loin dans cette vie collective et « expérimenter » plus longtemps le festival. Il y a notamment le séjour « Atelier adultes » avec 4 spectacles inclus. Pour les jeunes, on propose un programme qui s’appelle « Voir et faire du théâtre » avec un gros travail de pratiques artistiques. Il faut être également en capacité d’accueillir des publics qui ne se sentent pas légitimes de venir au Festival ou qui s’en sentent éloignés. C’est la vocation du programme : « J’y suis, J’en suis » qui est ouvert aux jeunes d’Avignon et du Grand Avignon.

Parlons justement des publics jeunes. Les jeunes avignonnais se sentent-ils paradoxalement loin du Festival ?

V.C. : Absolument ! Le festival peut leur sembler loin voire inaccessible car il est toujours victime de cette représentation d’un festival un peu « parisien » qui viendrait d’en haut et ne concernerait pas les habitants de la ville et de ses environs. Il y a des freins sociaux, culturels, économiques : les spectacles sont chers, quasiment tout se déroule intra-muros, etc… Beaucoup de jeunes avignonnais ou habitant le département ne se sentent pas le droit ou la légitimité de venir au Festival. On travaille sur cette problématique avec les enseignants en les écoutant, en leur donnant la parole.

Revenons à vous. Quelle est votre mission précisément ?

V.C. : Globalement, ma mission est de mettre en place les bonnes conditions pour que les accueils existent à tous les niveaux, lieux, temporalités que cela implique :  relations avec les partenaires, les propriétaires des lieux, vérification des contrats, préparation et formation des équipes…Et naturellement la gestion de tout le volet administratif : déclarer les séjours, organiser l’accueil des équipes, recruter les personnels. C’est un travail qui dure toute l’année avec une accélération des choses à partir d’avril sur la question de la billetterie notamment qui est une question prégnante dans l’organisation du séjour.

Et en dehors de ce pic d’Avignon ?

V.C. : En dehors de cette fonction, à 50% de mon temps, je suis chargé de mission sur le pôle culture de l’association nationale des CEMEA. Je travaille sur d’autres festivals, comme le Printemps de Bourges, le festival du théâtre de rue d’Aurillac, le festival international de la marionnette de Charleville-Mézières, mais également sur la formation des militants, sur d’autres dispositifs éducatifs et culturels, etc…

Quel a été votre parcours ?

V.C. : Quand j’étais étudiant, j’étais animateur pour des clubs enfants théâtre. J’ai passé à l’époque mon BAFA avec une dominante de pratique artistique avec les CEMEA par qui j’ai été coopté. Par ce biais, j’ai rejoint le festival d’Avignon comme animateur. Je me suis professionnalisé par la suite. Pendant plus de 25 ans, j’ai été comédien, metteur en scène, régisseur, animateur d’atelier, j’ai dirigé ma propre structure. En 2013, j’ai eu envie d’écrire une nouvelle page. J’ai obtenu un master 2 arts du spectacle via une VAE, j’ai postulé au poste de directeur de Centre de jeunes et de séjours. J’ai été retenu sur le poste et j’ai commencé ma mission en 2015.

Quel est votre regard sur le festival d’Avignon 2021 ? Et son évolution depuis les 10 dernières années ?

V.C. : Cette édition du festival me donne beaucoup d’appétit, d’enthousiasme avec cette part d’euphorie et de plaisir de retrouver enfin le spectacle vivant. Dans la programmation de cette année, il y a beaucoup de choses qui me séduisent comme le retour d’Angelica Liddell, le feuilleton sur Hamlet…Et puis j’aime cette petite complexité qui consiste à m’interroger sur la question suivante : est-ce que le festival d’Avignon nous expose l’état de la création contemporaine ou est-ce Olivier Py qui en impulse sa représentation ?  Depuis 2 ans, je suis rentré dans les programmations d’Olivier Py et j’y ai trouvé mon compte. Il y a toujours un spectacle, qui « explose », qui fait l’évènement, qui reste gravé.  

Merci !

Propos recueillis par Elisabeth Donetti

Pour en savoir plus

https://www.cdjsf-avignon.fr/

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