UN CAFÉ AVEC HÉLÈNE CHAPOULET, CHARGÉE DE DIFFUSION

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Crédit photo : Benoît Lelong

« Mon rôle ? Proposer le bon spectacle au bon programmateur »

« Coup de théâtre » continue d’aller à la rencontre de celles et ceux qui font le théâtre d’aujourd’hui. Ce mois-ci, interview d’Hélène Chapoulet, chargée de diffusion. Ex-enseignante, passionnée de culture, elle a créé en 2017 sa société « Hélène Chapoulet Diffusion ». Rôle, missions et quotidien d’un « chargé de diff. », Hélène nous fait découvrir les coulisses de son métier autour d’un café dans un bar chic du Printemps Haussmann. Rencontre.

Coup de théâtre : Bonjour Hélène, en quoi consiste votre métier ?

Hélène Chapoulet : Une chargée de diffusion, c’est la jonction entre une compagnie ou une production et des lieux de diffusion. Notre rôle est de prendre contact avec des programmateurs pour vendre des spectacles et les diffuser le plus largement possible et je dirais le « mieux » possible. On est à cette jonction entre le projet artistique qu’il faut bien comprendre pour pouvoir bien le défendre et le volet organisationnel, la réalité du terrain, les contraintes techniques mais aussi commerciales propres aux lieux de diffusion.

Quelles sont les grandes étapes de votre travail ?

H.C.: D’abord, je cherche à comprendre ce que veut la compagnie, ce qu’elle souhaite véhiculer artistiquement. Ensuite, je fais l’état des lieux des outils de communication. La compagnie dispose-t-elle d’un teaser, d’un dossier technique, d’une vidéo ?  En général, oui mais si elles n’en ont pas, j’essaie d’accompagner sur ce sujet. Ensuite, et c’est le cœur du métier, la diffusion. Je contacte les programmateurs de salle pour vendre les spectacles. C’est un gros travail de listing et surtout de ciblage de salle. Il faut être stratégique, avoir une connaissance suffisamment fine des lieux de diffusion, de leur positionnement, de leur politique de programmation pour mettre en place la bonne équation : le bon spectacle dans la bonne salle ! 

Au départ, comment attirez-vous les programmateurs ?

H C.au bureauH.C.: En leur donnant l’envie de venir découvrir un spectacle via l’envoi des mailings ou d’invitations papier. J’ai là aussi tout un travail de relationnel et de visibilité sur les réseaux sociaux. Une fois que le programmateur a vu le spectacle, il faut le relancer pour l’inciter à le programmer. Les programmateurs sont libres d’aimer un spectacle ou pas et la décision finale leur appartient. Rien n’est perdu ou gagné d’avance ! Dans tous les cas, s’ils ont envie de programmer, je leur envoie le dossier technique, on négocie le budget, les dates de représentation et mon travail de chargée de diffusion s’arrête là. Je cède la place ensuite aux productions qui établissent les contrats et les dossiers plus administratifs.

Quelles sont les qualités requises pour exercer votre métier ?

H.C. : Avoir évidemment un très bon relationnel. D’abord parce qu’il  faut donner confiance aux compagnies, qui remettent leurs spectacles entre mes mains, et aux programmateurs pour leur donner envie de découvrir les spectacles que je propose. Je veille à garder une cohérence dans mon catalogue. Et puis savoir anticiper, être bien organisée, surtout en préparation de gros événements, comme le festival d’Avignon.

Quelles en sont les satisfactions ? Et les difficultés ?

H.C.: On va commencer par les difficultés ! (rires). C’est vrai que le métier peut apparaître comme rébarbatif parce que c’est un travail de « back-office ». Je passe parfois des journées entières à faire des relances ou du travail de mise à jour ou de vérification des contacts. C’est très chronophage, on n’a jamais fini de relancer des salles, d’en découvrir de nouvelles, de mettre à jour des contacts. L’autre difficulté, c’est d’essuyer beaucoup de refus, faute de budget et parce qu’on est nombreux sur le «marché». Ce qui est difficile et forcément décevant, c’est d’attirer des programmateurs qui finalement ne programmeront pas le spectacle. Au-delà, c’est un métier passionnant par les rencontres avec les artistes, avec les programmateurs aussi, d’essayer de comprendre au final pourquoi un spectacle est retenu et un autre ne l’est pas. Et puis la satisfaction, c’est de défendre des spectacles dans lesquels je crois. J’aime défendre des beaux textes, des pièces bien écrites, qui racontent une histoire.

Pecheurs de reves

« Pêcheurs de Rêves », Les Monsieur Monsieur. Crédit photo : Guillaume Samama

En quoi une mission est-elle réussie ?

H.C.: Je dirais que les missions réussies sont en réalité les rencontres réussies ! J’entends par là  « avoir le feeling » avec les comédiens et aimer bien sûr le spectacle. Une anecdote me vient en tête. L’an dernier, à Avignon, je suis allée voir à titre personnel un récital piano-voix « Pêcheurs de rêves » qui m’a emballée. J’ai rencontré les artistes, on a échangé sur leurs parcours, leurs envies, leur démarche artistique. Ils m’ont dit qu’ils cherchaient un chargé de diffusion. Et très naturellement, la rencontre s’est faite. Aujourd’hui, je diffuse leur spectacle et pars à Avignon avec eux cet été. 

Savez-vous pourquoi un spectacle n’est pas retenu ?

H.C.: C’est variable. Soit pour raisons budgétaires, soit pour des questions de politique de programmation, ou  parfois simplement parce que les programmateurs n’ont pas aimé. Mais je travaille sur du long terme. Si un spectacle n’est pas programmé la première année, il peut très bien l’être l’année suivante, ou un autre spectacle de la même compagnie peut-être retenu. Et c’est également une satisfaction de ce métier, faire naître et perdurer des relations sur du long terme, créer de vraies belles relations de travail.

Comment se noue le premier contact avec les artistes ? Et quels liens vous unissent à eux ?

H.C.: Pour le moment, je n’ai pas eu à aller chercher des compagnies, cela fonctionne principalement par bouche-à-oreille. Elles viennent spontanément à moi car il y a une vraie demande de chargée de diffusion. Sur certaines périodes, je reçois plusieurs demandes par semaine, auxquelles je ne peux pas répondre positivement, la mort dans l’âme parfois. Dans tous les cas, j’ai toujours l’impression de rentrer dans des familles théâtrales, dans des aventures humaines ou des histoires de vie. Evidemment, avec le temps, les liens se renforcent et une certaine complicité professionnelle grandit.

Est-ce un métier qui a évolué ces dernières années ? Et si oui, comment ?

H.C.: En réalité, je n’en sais rien car je fais ce métier depuis 2 ans et demi seulement! (rires). Mais je le pense parce qu’aujourd’hui, il  y a de grosses productions qui bénéficient de gros moyens en termes de communication, de relations publiques. Donc forcément, on ne joue pas à égalité mais c’est la loi du marché. Je trouve que c’est un métier qui n’est pas suffisamment mis en valeur. Les conditions financières peuvent être difficiles également et le métier peut être précaire quand on est seul, qu’on monte sa structure et qu’on est payé au résultat. Beaucoup de chargés de diffusion s’orientent d’ailleurs vers le métier de chargé de production qui en est le prolongement naturel. Ca devient ensuite un investissement financier.

pagnolQuel a été votre parcours ?

H.C.: J’ai au départ une maîtrise de Français Langue Étrangère, j’ai enseigné à Djibouti pendant deux ans. Sur place, j’ai côtoyé le centre culturel français et «touché» à l’organisation d’événements culturels. Ca m’a beaucoup plu et en rentrant en France, j’ai eu l’envie de poursuivre dans le secteur culturel. Parallèlement, je me suis mariée, j’ai construit une famille j’ai suivi mon mari à Charleville-Mézières, ce qui m’a permis de m’investir à l’époque dans le festival de marionnettes. Tout cela m’a pris 10 ans ! Et puis quand ma dernière fille est rentrée à l’école, je me suis vraiment lancée. J’ai fait un bilan de compétence à La belle ouvrage et j’ai enchaîné avec un stage au théâtre de Fontenay-le Fleury dans les Yvelines. J’accompagnais deux comédiens qui montaient « Pour un Oui ou pour un Non » de Nathalie Sarraute, qui devait être joué deux fois seulement. Je me suis lancée avec eux puis très vite j’ai rencontré l’Accompagnie avec « La Gloire de mon Père » et l’aventure était lancée.

Merci Hélène. Aujourd’hui quelle est votre actualité ? Et vos projets ?

H.C.: Mon actualité, c’est Avignon ! Un « gros » Avignon avec 6 spectacles et puis ensuite la diffusion de tous ces spectacles et tous ceux que j’ai en catalogue, qui s’est d’ailleurs bien étoffé. Mon projet ? Voir les pièces tourner toute l’année, ce qui serait formidable et ensuite mon rêve serait d’ouvrir un lieu de théâtre. Mais c’est à plus long terme. ♦

Propos recueillis par Elisabeth Donetti

http://www.helenechapouletdiffusion.fr/

 

 

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