ALBERTINE SARRAZIN – THÉÂTRE de POCHE-MONTPARNASSE

AFF-ALBERTINEAlbertine Sarrazin. Ce nom ne vous dit peut-être rien. Moi non plus. Jusqu’à la semaine dernière où je suis allée découvrir une pièce qui lui est dédiée. Parce qu’Albertine Sarrazin a existé et sa destinée aussi furtive que lumineuse, tragique qu’incandescente a marqué la France des années 50.

Elle est née en 1937 à Alger de parents inconnus et a été adoptée à l’âge de deux ans. Adolescente brillante mais indisciplinée, elle est placée en maison de correction à Marseille par ses parents adoptifs. Le jour de son bac, elle s’enfuit par les cuisines du lycée et rejoint Paris en stop. Elle connaît alors la misère, la délinquance, la prostitution. A 17 ans, avec sa bonne amie Emilienne, elle tente un holdup dans un magasin de confection. Une vendeuse est blessée, elle est arrêtée et condamnée à 7 ans de prison. Après cinq années d’incarcération, en 1957, elle s’évade de la prison en sautant d’un mur de dix mètres et se brise l’astragale, un petit os du talon. Alors qu’elle  rampe sur la route nationale pour trouver de l’aide, une voiture s’arrête, un homme lui porte secours, la cache chez sa mère, la soigne, tombe amoureux d’elle. Cet homme, c’est Julien Sarrazin, un petit malfrat en cavale, qui deviendra le grand amour de sa vie. Après quelques mois de planque, tous les deux sont repris et se marient en prison le 7 février 1959. Albertine connaît alors le désespoir de l’incarcération. En prison, elle écrit deux livres, L’Astragale, « un petit livre d’amour pour Julien » et La Cavale. Les deux livres, publiés en 1964, connaitront un grand succès public et critique. A sa sortie en 1967, Albertine et Julien s’installeront dans un vieux mas près de Montpellier. Albertine, fragilisée par l’alcool, le tabac et sa vie chaotique, entrera en clinique pour subir l’ablation d’un rein. Mais victime d’une trop forte dose d’anesthésique, elle ne se réveillera jamais. Elle avait 29 ans.

C’est la trajectoire de cette jeune femme éprise d’absolu, d’amour et de liberté que la comédienne Mona Heftre a choisi de raconter dans son spectacle sobrement intitulé Albertine Sarrazin. J’ai beaucoup (beaucoup !) aimé ce spectacle, empreint tout à la fois de la plus grande simplicité et d’une énergie incroyable. A la manœuvre, une comédienne épatante ! Pendant 1 heure 15, Mona Heftre, chevelure argent, tout de noir vêtue, avec pour seuls accessoires une paire de talons blancs et une couverture, se glisse dans la peau d’Albertine et raconte à la première personne les grandes étapes de sa vie à travers des récits autobiographiques, des images d’archives et des chansons. Pour construire ce spectacle, elle s’est plongée dans les archives d’Albertine (carnets intimes, journal, poésies, correspondances,..) pour aller au plus près du personnage qu’elle campe avec une générosité formidable. Aussi à l’aise dans l’interprétation de la petite fille en quête d’identité, de l’adolescente frondeuse, de la jeune femme rayonnante à l’apogée de sa gloire littéraire, de la femme amoureuse et mariée, de la prisonnière en proie au désespoir et à la solitude : tout est parfaitement délivré, ressenti, transmis. Un superbe moment de théâtre !

Soirée foot PSG-Barcelone, nous étions un public de femmes ce soir-là. Après le salut et les applaudissements, Mona Heftre a eu la gentillesse de nouer le dialogue très spontanément en répondant à quelques questions sur la vie d’Albertine. Ma voisine a pu lui glisser : « Quels jolis textes et vous les dites tellement bien ! » Un joli moment qu’on aurait aimé prolonger.

 Le point de vue d’Elisabeth 

ALBERTINE SARRAZIN

Théâtre de Poche-Montparnasse, 75 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris

Du mardi au samedi à 21h – Dimanche 15h

Jusqu’au 3 mai 2015

Albertine Sarrazin

Albertine Sarrazin

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LE MALADE IMAGINAIRE – THÉÂTRE FONTAINE

71PDUYZTTJL._SL1412_Courte chronique destinée à toutes celles et ceux qui auraient envie de faire découvrir les grands classiques à un jeune public ! Si tel est votre projet, je vous conseille d’aller applaudir les spectacles de la compagnie Colette Roumanoff, qui a élu résidence au théâtre Fontaine dans le 9ème. Née au début des années 1990, la compagnie poursuit sans relâche un seul objectif : être au service des plus beaux textes du répertoire classique (Molière, Corneille, Racine,..) à travers une mise en scène pédagogique, accessible, ludique à destination du plus grand nombre, grands et petits. J’avais eu le plaisir de rencontrer cet hiver Valérie Roumanoff, comédienne et membre de la troupe, qui avait partagé avec moi toute l’aventure de la compagnie.

Après l’interview, le spectacle ! Je suis allée voir Le Malade Imaginaire au programme de cette saison 2014/2015. Dans la belle salle du théâtre Fontaine, au milieu d’un public familial en ce dimanche après-midi, j’ai passé un moment franchement réjouissant ! Au-delà du texte respecté à la virgule près, une mise en scène pleine de générosité, de fraîcheur et de poésie, mêlant ballets orientaux, scènes chorégraphiées ou séquences chantées. Un grand chapeau à la troupe de comédiens (qui donne plus l’impression d’une famille d’ailleurs) engagés à 100%, ultra-professionnels et qui s’en donnent à cœur joie deux heures durant. Mention spéciale personnelle à Isabelle Laffitte dans le rôle de la sémillante Toinette ! Bref, un mélange de simplicité (pas d’ego de metteur ici), de générosité qui fait honneur à cette compagnie attachante qui produit des spectacles de grande qualité. Attention, difficile à suivre pour des enfants de moins de 10 ans néanmoins.

Le point de vue d’Elisabeth 

LE MALADE IMAGINAIRE

Théâtre Fontaine, 10 rue Pierre Fontaine, 75009 Paris

Prochaines représentations : 21 mai à 14h15 et jeudi 28 mai à 14h15

Tous les spectacles de la saison 2014/2015

EN ATTENDANT GODOT – THÉÂTRE de L’AQUARIUM

arton473-a437dParis, 1927. En sortant de la Closerie des Lilas, Samuel Beckett, 21 ans, croise le chemin d’un clochard qui, sans raison, le poignarde. Beckett est transporté à l’hôpital Tenon, il a la plèvre transpercée. Guéri, il tient à revoir son agresseur qui a été arrêté. Il lui demande « Pourquoi m’avez-vous poignardé ? » Le clochard cherche une réponse puis finit par dire : « Je ne sais pas, monsieur ». Ce fait divers, qui marqua profondément le jeune Beckett, a peut-être été à l’origine d’En attendant Godot.

La pièce, écrite en français, considérée comme l’une des œuvres les plus importantes du XXe siècle, questionne la souffrance et la vacuité de la condition humaine. L’histoire est celle de deux vagabonds, Vladimir et Estragon, qui, perdus sur un chemin de poussière au milieu d’un no man’s land, attendent un certain Godot qui leur a donné rendez-vous. Mais Godot se fait attendre. Alors pour tromper l’ennui, les deux compagnons se parlent, s’écoutent, se chamaillent, se réconcilient…Leur attente est soudain interrompue par l’arrivée de deux personnages : Pozzo, propriétaire terrien, sorte d’esclavagiste moderne, tenant en laisse un pauvre hère, Lucky, réduit à l’état d’animal servile. Une fois cette parenthèse « d’humanité » fermée où seule la domination et l’asservissement semblent prendre le dessus, les jours et les nuits se succèdent aux autres, toujours aussi vains et inutiles pour Vladimir et Estragon dans l’attente de Godot qui ne viendra jamais.

Depuis sa création en 1952, En attendant Godot est l’une des pièces les plus jouées au monde, adulée par des générations de metteurs en scène et de comédiens. Et cela s’explique ô combien : l’œuvre résonne formidablement par le caractère intemporel, universel et profondément visionnaire des thèmes fondamentaux qu’elle explore: l’identité, le courage, l’espoir, l’impuissance, la force et la fragilité de l’être humain, le sens de l’existence (« Que faisons-nous ici ? » questionne un instant Vladimir face public). Longtemps considéré comme le chef d’oeuvre du théâtre de l’absurde, « En attendant Godot n’a rien d’absurde, si ce n’est l’absurde du monde à l’intérieur on cherche à créer du sens » comment le rappellent collectivement Jean Lambert-wild, Marcel Bozonnet et Lorenzo Malaguerra qui ont signé une nouvelle adaptation théâtrale à la Comédie de Caen – Centre Dramatique National de Normandie en 2014. Après avoir été présenté sur de nombreuses scènes françaises, le spectacle est à l’affiche du théâtre de l’Aquarium ce mois-ci. Les trois metteurs en scène ont souhaité revisiter le « mythe Godot » en faisant entendre le texte de Beckett sous un jour nouveau, à la lumière de la réalité politique et sociale de notre époque. Ainsi, les rôles de Vladimir et d’Estragon ont été confiés à deux comédiens africains, symbolisant par-là même les dizaines de miliers d’apatrides, de migrants fuyant les famines, les guerres, les souffrances, sur la voie de l’exil, en quête d’une nouvelle vie ou d’un nouvel espoir. Très belle idée d’autant que face à eux, le duo Pozzo/Lucky résonne comme le symbole de la vacuité et de l’inutilité de nos sociétés occidentales, incapables de donner une réponse ou une solution aux souffrances de notre monde actuel.

Au-delà de ce parti-pris fort et intéressant, le spectacle est d’une grande beauté et d’une grande singularité. Avant même « d’entrer » dans la pièce, on est d’emblée séduit par le charme aride du décor – horizon nu gris-bleuté, chemin de gravier, petit arbre sec – qui illustre bien l’écriture dépouillée de Beckett et sera tout au long du spectacle fort bien mis en lumière (les éclairages nocturnes projetant les reflets des  personnages sur le sol sont à ce titre particulièrement réussis). Le texte est porté par un casting de haut vol, à commencer par le duo Michel Bohiri (Vladimir) et Fargass Assandé (Estragon) deux acteurs ivoiriens qui incarnent avec une justesse, une humanité et une générosité formidables, les deux compagnons d’infortune de Beckett entre tendresse et gaucherie, profondeur et drôlerie. Leur complicité, réelle à la ville comme à la scène, « transpire » et apporte un vrai supplément d’âme au spectacle. Notons également la prestation magistrale de Marcel Bozonnet (ancien sociétaire et administrateur de la Comédie Française) qui, tel un bateleur de foire, empruntant à l’univers du cirque et du music-hall, incarne un Pozzo inquiétant et pathétique. Enfin, sans oublier Lyn Thibault très juste également dans le rôle du garçon, Jean Lambert-wild, pyjama rayé, grimé de blanc, nez rouge, chevelure blonde hirsute, délivre le monologue réputé injouable de Lucky (texte de deux pages sans ponctuation) avec un engagement total. Au final, malgré un spectacle un peu long (2h05), du grand et beau théâtre qui marque les esprits et laisse des images en mémoire ! Une adaptation qui fera date. Longue vie au spectacle qui poursuit sa route à Neufchâtel après Paris.   

Le point de vue d’Elisabeth

EN ATTENDANT GODOT

Théâtre de l’Aquarium – La Cartoucherie 94100 Vincennes

Jusqu’au 29 mars 2015

Du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h 

Navette gratuite aller-retour au départ du métro Château de Vincennes à partir de 19h30

Crédit photos : Tristan Jeanne-Valès

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À CHACUN SA MADELEINE ! – THÉÂTRE de PARIS

image-1 (1)e_0Si vous arpentez comme moi de long en large le 9e arrondissement de Paris, et notamment le quartier de la Nouvelle Athènes, votre œil a forcément été attiré par cette affiche rose qui fleurit les murs et les vitrines des boulangeries du quartier : « À chacun sa madeleine ! » et son libellé appétissant : théâtre & dégustation : le premier spectacle à goûter ! Il n’en fallait pas plus pour aiguiser ma curiosité et me donner l’envie d’aller découvrir ce spectacle par un dimanche après-midi d’hiver. Dès l’arrivée au théâtre de Paris, le ton est donné ! Une fois votre billet présenté, une hôtesse vous remet une jolie boîte rose signée La pâtisserie des rêves, comme une invitation complice à la gourmandise.… L’envie est forte de l’ouvrir (il est 17h30 à ma montre, l’heure d’une pause sucrée, non ?) mais restons sages et attendons le lever de rideau. Autour de moi, je sens la même impatience dans la salle, mais les spectateurs ont posé poliment leur boîte sur leurs genoux. Patience, patience…

« À chacun sa madeleine ! » met en scène le comédien Marc Fayet, également auteur du spectacle, qui pendant une heure, égrène souvenirs d’enfance et tranches de vie à travers l’évocation de moments gourmands. Pour revivre avec lui ses souvenirs, il nous invite régulièrement à plonger dans la boîte à saveurs qui contient, on l’aura compris, les viennoiseries et gâteaux qu’il évoque en mots : palmiers bien craquants à la noix de coco, pain au chocolat moelleux, beignets à la confiture…tous délicieux au passage, merci La pâtisserie des rêves ! Savoureuse idée, d’autant que Marc Fayet, timbre de velours et présence ultra sympathique, est un formidable conteur qui a l’art et la manière de raconter des histoires de vie et de pâtisserie avec un talent et une saveur incomparables. Un spectacle très original et poétique qui met tous les sens en éveil. En sortant, on replonge forcément dans ses propres souvenirs gourmands : « Et ma madeleine à moi ? » : sans l’ombre d’une hésitation, les panettone de mes Noëls d’enfance, ces grosses brioches fourrées de raisins secs, fruits confits et zestes d’agrumes made in Italie.  J’en salive encore.

Le point de vue d’Elisabeth

À CHACUN SA MADELEINE

En partenariat avec La pâtisserie des rêves

Théâtre de Paris, Salle Réjane, 15 rue Blanche 75 009 Paris

Les dimanches à 17h30 jusqu’au 26 avril 2015

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L’ELIXIR D’AMOUR – THÉÂTRE RIVE GAUCHE

vz-c8637c10-4929-40a1-9086-2cbe7067c2c0L’Elixir d’amour : un bien joli titre pour un doux secret que tout le monde aimerait percer…C’est aussi le thème d’une pièce, écrite et co-interprétée par Éric-Emmanuel Schmitt, actuellement à l’affiche du Théâtre Rive Gauche. La pièce décrit la relation épistolaire (email-laire !) d’Adam et Louise, anciens amants, aujourd’hui séparés. Après leur rupture, lui, psychanalyste et séducteur impénitent, est resté vivre à Paris. Elle, brillante avocate dans un cabinet international, s’est installée à Montréal pour faire le deuil cette relation. Malgré la distance et les années qui ont passé, ils continuent de s’écrire frénétiquement, cherchant à suivre le fil de leur vie. Mais alors qu’Adam semble fort à son aise dans une vie sentimentale très libre, Louise, plus sage, lui lance le défi de trouver l’élixir d’amour, capable de rendre n’importe quelle femme amoureuse. Envie de vengeance ou désir de reconquête inconscient d’un homme qu’elle n’a jamais cessé d’aimer ? Il faudra attendre l’épilogue (fort réussi d’ailleurs) pour le découvrir.

Pendant 75 minutes, on assiste ainsi à ce dialogue piquant savoureux entre provocations mouchetées, règlements de compte et petites ruses, qui permet à Éric-Emmanuel Schmitt d’explorer délicieusement des thèmes universels qu’il affectionne : les méandres de la passion amoureuse, les mystères de la séduction, la lassitude de l’amour. Le texte est beau, les mots sonnent juste. « J’espère que le spectacle apportera un juste miroir de nos ambiguïtés amoureuses, tragiques et comiques à la fois », indique-t-il dans sa note d’auteur. 

Au final, une charmante pièce qui ne manque pas d’atouts, à commencer par la très belle présence scénique d’Éric-Emmanuel Schmitt qui, rappelons-le, n’est pas comédien professionnel. Pour en être l’auteur, il maîtrise son texte à la perfection qu’il goûte avec une aisance et un plaisir exquis. Tiré à quatre épingles, l’œil malicieux, la voix suave, un brin goguenard, il navigue avec beaucoup de fluidité dans les états d’âme de son personnage, tout aussi convaincant dans la palette des sentiments qu’il interprète (mélancolie, déception, ruse ou ironie). À ses côtés, Marie-Claude Pietragalla, ex-danseuse étoile de l’Opéra de Paris, fait ici ses tout premiers pas de comédienne. Certes le ton est plus emprunté et le trac palpable, mais elle campe honorablement son personnage. Côté mise en scène, même si je l’ai trouvée un peu trop statique, de jolies trouvailles, comme l’idée pour les comédiens de dialoguer sans jamais croiser une seule fois leurs regards. La pièce est aussi très élégamment ponctuée de belles parenthèses musicales sur fond d’opéra italien qui permettent à Marie-Claude Pietragalla de dévoiler sa magnifique gestuelle de danseuse étoile : magie immédiate !

Le point de vue d’Elisabeth 

L’ELIXIR D’AMOUR

Théâtre Rive Gauche, 6 rue de la Gaieté, 75014 Paris

Jusqu’au 15 mars 2015

JEUX DE PLANCHES – Le FUNAMBULE MONTMARTRE

jeux-de-planches-72Envie de partager avec vous, chers lecteurs et lectrices de ce blog, une formidable histoire de théâtre et d’amitié. L’histoire vraie de deux jeunes comédiennes, Sophie Imbeaux et Alexandra Desloires, qui se sont lancées un jour dans une formidable aventure: monter une pièce qui raconte leur passion du théâtre et leur envie dévorante de faire ce métier, envers et contre tout.

Pas de réels moyens financiers au départ mais l’essentiel au fond: une amitié à toute épreuve, du cœur à l’ouvrage et la volonté d’aller au bout de leurs rêves. Elles se sont donné 147 jours exactement pour monter ce projet et, jolie trouvaille au passage, elles ont partagé leur quotidien et l’avancée de leur projet sur les réseaux sociaux. Étape après étape, elles ont contacté l’auteur du texte originel pour obtenir son soutien, cherché un metteur en scène, un chargé de diffusion, une chorégraphe, une costumière, un théâtre, … Elles ont répété, souffert, douté, elles ont ri, elles ont pleuré, et finalement, elles ont gagné leur pari : leur pièce Jeux de planches est née ! Les premières représentations ont commencé en octobre 2014 au théâtre Galabru à Paris pour trois soirées puis à Madagascar pour une série de spectacles. Et ce mois ci, le duo se produit au Funambule Montmartre pour une dizaine de dates !

Jeux de planches, c’est un spectacle formidable qu’il faut soutenir et aller applaudir ! Pendant une heure, la pièce retrace les parcours de Sophie et d’Alexandra pour devenir comédiennes. Entre espoirs et désillusions, galères et coups de cafard, solitudes et égarements pour réussir dans ce métier qu’elles ont dans la peau et auquel elles se dévouent corps et âme, elles se racontent à travers une succession de tableaux poétiques, émouvants, déjantés,… Le plateau devient progressivement le reflet de leurs âmes. La mise en scène ultra créative leur permet de s’illustrer dans de nombreuses disciplines (chant, danse, mime, combat de catch accessoirement !) et de dévoiler une belle palette de talents. Le texte, bien écrit même si inégal, sonne juste et participe à la belle émotion qui se dégage de l’ensemble. Le propos est fort, lucide et sans concession mais ne vire jamais à l’atermoiement, la frustration, ou la revendication car la pièce n’a pas d’autre ambition que de raconter une tranche de vie, leur tranche de vie – « Cette pièce, c’est vraiment nous, c’est notre vie, on y a tout mis » m’ont-elles confié après le spectacle.  Au final, un spectacle singulier et ultra attachant qui « transpire » la générosité, l’énergie, la fraîcheur, le plaisir d’être sur scène et la vraie amitié. Je leur souhaite le meilleur pour la suite, avec toujours plus de projets et de passion intacte pour le théâtre et la scène. Pour l’heure, l’aventure se poursuit sur le net où Sophie et Alexandra continuent de raconter leur histoire dans la web série « Do it yourself, être comédienne » publiée sur YouTube et hébergée par www.aufeminin.com. Belle et longue carrière à elles deux !

Le point de vue d’Elisabeth

JEUX DE PLANCHES

Le Funambule Montmartre • 53 rue des Saules, 75018 Paris

Les 16, 17, 23 et 24 février à 20h

Pour suivre l’aventure Jeux de planches sur les réseaux sociaux:

https://www.facebook.com/147jourspouratteindrelesplanches/timeline

@JeuxDePlanches

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COLORS – THÉÂTRE du GYMNASE

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J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour les spectacles d’impro, pour en avoir pas mal « tâté » pendant mes années théâtre et connaître la difficulté de l’exercice. Ces cinq petites lettres I M P R O qui génèrent encore une petite appréhension personnelle alors que tous mes profs me l’ont rabâché pendant des années : la clé de l’impro, c’est la détente, l’écoute et l’a-mu-se-ment ! En attendant, découverte de COLORS, un must du genre, sur la scène du petit Gymnase dimanche 18 janvier.

Dès l’arrivée, les spectateurs sont invités à écrire un thème sur un petit papier, dont on imagine bien le sort qui pourra lui être jeté pendant la soirée… Après une première partie animée par les élèves de l’EFIT (Ecole Française d’Improvisation Théâtrale) qui font leurs premières armes sur scène, place au show COLORS ! Le concept qui a fait ses preuves (le spectacle entame sa huitième saison) et somme toute simple et efficace. Sur scène, cinq comédiens et comédiennes, incarnant chacun(e)une couleur, piochent à tour de rôle les thèmes proposés par le public et imaginent un début d’histoire. Deux autres comédiens font le même exercice. Au public de choisir le meilleur teasing et donc de désigner qui de Mister Yellow, Mister Purple, Miss Bordeaux, Mister Blue et Miss Ruby se lancera dans l’impro. Ainsi se succèdent une dizaine de thème du plus basique au plus loufoque. Chaque dimanche soir, la troupe COLORS accueille un « guest », qui endossera le rôle de Miss ou Mister White et participera aux impros tout au long de la soirée avec la troupe. Ainsi se sont prêtés au jeu au fil des saisons des personnalités du monde du spectacle, comme Julien Courbet, Anne Roumanoff, Amandine Bourgeois,…

COLORS, c’est une vraie réussite! Les impros, qui gagnent en qualité au fur et à mesure de la soirée, sont extrêmement bien construites, drôles, enlevées, pleines de pep’s et de créativité. Les comédiens, tous ultra bien rodés à l’exercice, s’en donnent à cœur joie. Mention spéciale à Mister Purple -« 21 années d’impro au compteur » me confiera-t-il à la fin du spectacle -et Mister Yellow qui « font le job » avec un plaisir irrésistible et une aisance assez…déconcertante ! Le public, complice du spectacle, n’est ni oublié, ni trop sollicité, bien pensé ! Et puis, coup de cœur du show: le « quicky challenge », soit un duo d’improvisation débité à toute allure aussi bien dans le texte que dans les gestes, à partir d’un thème choisi au hasard. Bluffant !

Au final, une sortie parfaite pour chasser le blues du dimanche soir. Allez-y !

Le point de vue d’Elisabeth 

 

COLORS

Théâtre du Gymnase • 38 boulevard bonne nouvelle, 75010 Paris

Tous les dimanches soirs à 20h30

Site officiel d’ESTEBAN PERROY, comédien et fondateur de COLORS

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BONNE ANNÉE !

Chers lecteurs, lectrices et amis bloggeurs, nous vous souhaitons une très belle et très heureuse année 2015 !

Le blog entame donc sa deuxième année après une formidable année 2014 riche de découvertes et de belles rencontres.

Un MERCI tout particulier à celles et ceux qui ont pris le temps de prendre un café avec moi en 2014 : Laurence Jeanneret, David Barrouk, Delphine Robert et Elise Dubroca, Muriel Magellan, Nelly Le Grévellec, Serge Bourhis, Aurélie Féat et Valérie Roumanoff

LE TEMPS DES SURICATES – THÉÂTRE des BÉLIERS PARISIENS

Piece.1806.340x0Dernière chronique, je devrais dire dernier gros coup de cœur de l’année pour une pièce formidable qu’il est encore temps d’aller applaudir : « Le Temps des suricates » au théâtre des Béliers Parisiens qui offre, à travers le portait de deux acteurs de seconde zone, une touchante réflexion sur le théâtre et la condition du comédien.

Plantons le décor : Oyonnax, petite ville tranquille de l’Ain, accueille ce soir Hamlet en tournée. Dans la loge, les deux « petits » rôles, Mathieu et Édouard, attendent leur entrée sur scène, grâce au « retour plateau » du haut-parleur qui leur permet de suivre le déroulement de la pièce. Mais le temps est long et la conversation s’installe rapidement entre les deux. L’un, Mathieu/Marc Citti, n’ayant réussi qu’à décrocher qu’un simple emploi de figurant, enchaîne petit rôle sur petit rôle depuis des années. Frustré, amer et désabusé à l’encontre d’un métier qui ne l’a pas propulsé là où il l’aurait souhaité, il rêve encore à sa prochaine audition qui pourra peut-être relancer sa carrière. Face à lui, Édouard/Vincent Deniard, concentré et travailleur, a réussi à décrocher le rôle d’Horatio. Mais ce rôle lui permettra-t-il de redorer son blason de comédien alors qu’il est en plein doute sur ses compétences et son avenir ? Tels des suricates, ces petits animaux du désert, le cou toujours tendu à scruter l’horizon, Mathieu et Édouard, compagnons d’infortune, livreront leurs angoisses et leurs espoirs déçus, leurs frustrations et leurs rêves, le temps de cette soirée pas comme les autres.  

Courez applaudir ce spectacle, il est formidable ! D’abord un texte « vrai », juste, souvent drôle, parfois féroce (signé Marc Citti) qui sonne comme un véritable plaidoyer pour des centaines de comédiens talentueux, passés par la voie royale (le « Cons.») mais peu demandés, taraudés par un avenir incertain, nostalgiques d’un passé prometteur. Le texte est intelligemment servi par une mise en scène ingénieuse et rythmée (on ne voit pas l’heure passer !) qui nous permet de voyager à travers la vie et l’imaginaire des personnages, entre flashback nostalgiques, pastilles autobiographiques et réalité du plateau. La loge devient le réceptacle des fantômes de leurs passés, des visions de leurs avenirs ou des fantasmes de leur vie. Bien vu ! Et le duo Marc Citti/Vincent Deniard (vu dans Le Porteur d’Histoire) fonctionne à merveille ! Jouant leurs partitions avec une aisance et une complicité irrésistibles, ils offrent une prestation diablement efficace ! Ne manquez pas la dernière représentation parisienne qui aura lieu le 2 janvier. Le spectacle passera peut-être par Avignon l’été prochain.

Le point de vue d’Elisabeth 

LE TEMPS DES SURICATES

Théâtre des Béliers Parisiens • 14 rue Sainte-Isaure, 75018 Paris

DERNIÈRE : le vendredi 2 janvier à 19h

Crédit photos : Lisa Lesourd 

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JOYEUSES FÊTES !

L’équipe du blog COUP DE THÉÂTRE vous souhaite d’excellentes fêtes de fin d’année et vous donne rendez-vous en 2015 pour de nouvelles aventures théâtrales …

A bientôt !

Elisabeth et Carole