LA PEUR – LA SCALA PARIS (vu au THÉÂTRE MICHEL)

la-peur-affiche-webnew♥♥♥ Années 1950, un appartement cossu quelque part en Europe. Irène et Fritz semblent filer le bonheur parfait. Lui avocat pénaliste, elle au foyer, parents de deux jeunes enfants, confort bourgeois. Mais derrière les apparences, Irène, en proie à une certaine solitude, trompe son mari avec un jeune pianiste, Édouard. Jusqu’au jour où elle se fait surprendre par l’étrange compagne de son amant qui souhaite la faire chanter. Commence alors une traque obsessionnelle pour Irène dont le dénouement dépassera tout ce qu’elle aurait pu imaginer….

Tiré d’une nouvelle de Stefan Zweig, La Peur est un huis clos amoureux construit comme un thriller, qui questionne les thèmes du mensonge, de la fidélité, de la conscience et de la relation de couple. Et c’est peut-être le (seul) bémol : l’intrigue, centrée autour des tourments intérieurs du personnage d’Irène, m’a semblé manquer d’épaisseur et tirer en longueur. Fort heureusement, l’ensemble est bien compensé par le soin apporté à la mise en scène, élégante et très cinématographique d’Élodie Menant, bien rythmée, haletante, qui tient le spectateur en haleine jusqu’au dénouement final. À noter également l’esthétisme  des costumes, maquillages, lumières et décors qui plongent le public dans un univers très « hitchcockien » extrêmement séduisant. Côté interprétation, mention spéciale à Aliocha Itovich, vraiment impeccable dans le rôle de Fritz. Helène Degy, ravissante comédienne, offre une partition plus inégale dans le rôle d’Irène, même si elle apparaît très convaincante dans les scènes de confrontation et de désespoir. Au final, un spectacle de belle facture qui a déjà séduit les spectateurs d’Avignon en 2014. 

Signé Elisabeth

LA PEUR

LA SCALA PARIS
13, boulevard de Strasbourg – 75010 Paris

Les 4, 5, 6, 7, 9, 10, 12, 13, 14 avril 2024 et les 3, 4, 5, 7, 8, 9, 10 mai 2024 à 15 h ou 19 h

Crédits photo : Karine Letellier 

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LA MAISON D’À CÔTÉ – THÉÂTRE DE L’OPPRIMÉ

♥ Juliana, la cinquantaine, est une scientifique brillante et charismatique. Son intelligence est son principal atout. Elle a conçu le médicament le plus approprié contre la perte de mémoire provoquée par la démence. Alors qu’elle commence devant un parterre de médecins une conférence sur sa découverte, l’Identamyl, censé soigner de graves formes de démence, sa phrase reste en suspens. C’est le trou, la panique. Elle est contrainte d’interrompre la conférence. Pourquoi et comment en est-elle arrivée là ? Son problème est-il neurologique ? Que s’est-il passé voici plusieurs années entre Juliana et sa fille Laura avant la disparition brutale de celle-ci ? Quelle histoire la lie au Dr Richard Sillner, son assistant ? Telle une exploration dans les méandres du cerveau, une forme d’enquête à caractère médical s’engage…

Construite comme un thriller psychologique, La Maison d’à côté de Sharr White (traduction française de Gérald Sibleyras) navigue entre des espaces frontières – la mémoire défaillante et le cadre spatio-temporel éclaté, la réalité et la vie intérieure de Juliana, la raison et la démence, le présent et le passé – pour explorer les incursions mémorielles dues au rappel d’un événement traumatique.

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LE MALADE IMAGINAIRE – THÉÂTRE DES BOUFFES-DU-NORD

♥♥♥ Que nous propose Tigran Mekhitarian, jeune comédien et metteur en scène qui s’attache depuis plusieurs années à faire découvrir les œuvres de Molière au plus grand nombre, dans son adaptation du Malade imaginaire ? L’envie de faire résonner encore et toujours la modernité d’un texte de quatre cents ans, de rendre compte des méandres du cœur, de questionner « la pièce la plus riche dans l’exploration des tréfonds de l’âme », comme il l’explique. Et de « porter au plateau la force destructrice qu’est la solitude pour l’Homme ». Le projet est là, ambitieux, audacieux, inégal peut-être dans sa forme, mais d’une grande générosité.

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REMBRANDT SOUS L’ESCALIER – THÉÂTRE ESSAÏON

♥♥ Au XVIIe siècle, Rembrandt, jeune peintre solitaire et amant fougueux, devient un génie adulé puis décrié, riche puis misérable, jusqu’à ce que dans son miroir se reflètent les visages de ces vieillards, saints et prophètes, qu’il avait tant aimé peindre à ses débuts dans le grenier-atelier de la maison Van Rijn de Leyde. Le vieil homme assis sous l’escalier, dans la lumière blonde de la fenêtre, c’est Harmen, le père de Rembrandt, meunier de Leyde et mort à l’aube de la carrière flamboyante de son fils. Mais dans le cœur de son fils préféré, il est toujours présent… Au gré des succès et des épreuves de sa vie, Rembrandt rejoint secrètement son père sous l’escalier. Dans le clair-obscur, deux êtres de chair et de sang se révèlent, au son du violon.

Comme un écho au tableau du maître Philosophe en méditation, Barbara Lecompte entrevoit autant la figure d’un vieux sage que Rembrandt âgé. « Descendant sur la pointe des pieds l’escalier en colimaçon du Philosophe, j’ai donc osé m’aventurer sur les terres incandescentes de Rembrandt… », confie-t-elle.

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LE CONSENTEMENT – THÉÂTRE DU ROND-POINT

♥♥♥♥ Après le livre qui a déclenché une déflagration médiatique à sa sortie en 2020, Sébastien Davis adapte au théâtre l’histoire de Vanessa Springora et à travers elle, porte le propos de toutes les victimes « consentantes » – souvent mineures – de prédateurs sexuels. Qui mieux que Ludivine Sagnier, allure juvénile et visage pur, pouvait incarner la très jeune fille (seulement 14 ans), subjuguée par l’écrivain célèbre et sulfureux, de près de quarante ans son aîné.

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MAQUISARD – THÉÂTRE DE LA HUCHETTE

♥♥ Pierre Debresse, instituteur en province dans les années 1970, écrit des romans historiques. Un jour, il décide d’écrire sur les années sombres de la Seconde Guerre mondiale, à partir des souvenirs de Gustave Jacques Lièvre. En 1943, son beau-père était receveur des Postes le jour, maquisard au bord de la ligne de démarcation la nuit…

L’histoire familiale de Jean-Philippe Bèche – auteur, interprète et metteur en scène de Maquisard – est celle d’une famille comme les autres qui se retrouve dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale. Au cours de ses recherches, parmi les nombreuses boîtes de photographies et les vieux documents jaunis, Jean-Philippe Bèche découvre une page inconnue de vie de son grand-père : il a été un résistant médaillé dans l’une des régions les plus stratégiques pendant la guerre 39-45, Moulins au bord de la ligne de démarcation. En écrivant pour la scène son histoire, Jean-Philippe Bèche rend hommage à ces hommes et ces femmes qui se sont soulevés un jour pour défendre leur liberté.

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GOSSE DE RICHE – THÉÂTRE DE L’ATHÉNÉE LOUIS-JOUVET

♥♥♥ « Aaahh le délicieux spectacle que voilà ! », aurait-on envie de fredonner avec les vocalises dans les aigus, pour prolonger le charme de Gosse de riche, la dernière création des Frivolités Parisiennes, cette compagnie d’opéra, créée en 2012, qui remet en scène le répertoire lyrique léger des XIXe et XXe siècles. Un spectacle fantaisiste et acidulé à souhait, dans la plus pure tradition du vaudeville musical d’entre-deux guerres. Totalement séduite !

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THE ROCKY HORROR PICTURE SHOW – LE LIDO

♥♥♥♥ Mardi dernier, un Lido archi rempli et chauffé à blanc pour accueillir la troupe londonienne du musical The Rocky Horror Picture Show, venue prendre ses quartiers à Paris pour six semaines. Le rock’n roll musical culte fête ses 50 ans dans le célèbre cabaret parisien et la magie opère. Extravaganza !

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TINDER BUENO – THÉÂTRE DU GYMNASE

♥ Tess Derose s’entend à dénoncer le radicalisme musclé de certaines nouvelles féministes, à défendre une vision bienveillante aussi personnelle que truculente de la féminité, à analyser avec finesse et pitrerie l’évolution singulière des rapports hommes-femmes au 21e siècle. Tel est le pitch de Tinder Bueno. Mais comme le prétend le dossier de presse, le seul-en-scène de Tess Derose n’est pas « savoureux, haut en couleur, inattendu et hilarant », mais vraiment pas du tout « euphorisant, à l’humour décapant qui chatouille là où ça fait mal… » Tinder Bueno, c’est fichtrement mauvais.

En pénétrant dans la petite salle du Théâtre du Gymnase, j’espérais passer un moment de belle humeur tout en étant invitée à réfléchir autour de la condition des femmes. Malheureusement, le propos poussif de Tinder Bueno n’est ni instructif ni comique ni déjanté, il s’avère fade et ennuyeux d’un bout à l’autre du déroulé de la représentation dans un rythme sans ressort. Les parodies des chansons de Balavoine, Berger, Sanson ou Cabrel sont sans originalité et bien pâles côté cocasserie. Quant à leur interprétation, elle est transparente.

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WORKING WITH CHILDREN – THÉÂTRE SYLVIA-MONFORT

♥♥♥♥ Il est des œuvres tellement singulières qu’elles échappent à toute critique. Qu’on aime ou pas, peu importe, pour peu qu’on se laisse embarquer par une proposition vraiment (vraiment !) inclassable. C’est le cas du Working with Children, imaginé et animé au plateau par l’artiste australienne, résidente norvégienne, Nicola Gunn, star montante de spectacles performances, plébiscitée par les scènes du monde entier: un spectacle hybride entre essai chorégraphique et exercice d’improvisation qui questionne la protection des enfants dans le monde du spectacle. Atypique et hautement réjouissant !

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