LE CHŒUR DES FEMMES – STUDIO HÉBERTOT  

♥♥♥ Jean Atwood, une jeune femme interne des hôpitaux et quatre fois major de promotion, vise un poste de chef de clinique en chirurgie gynécologique. Mais au lieu de lui attribuer le poste convoité, on l’envoie passer son dernier semestre d’internat dans un service de médecine consacré à la médecine des femmes – avortement, contraception, violences conjugales, maternité des adolescentes, accompagnement des cancers gynécologiques en phase terminale. Le docteur Atwood veut faire de la chirurgie, et non passer son temps à écouter des femmes parler d’elles-mêmes à longueur de journée. Ni servir un chef de service à la personnalité controversée. Pour Jean Atwood, interne au caractère bien trempé et qui brûle d’exercer son métier dans un environnement prestigieux, le conflit ouvert avec ce chef de service autoritaire semble inévitable. Mais la réalité n’est jamais ce que l’on anticipe, et la rencontre entre les deux médecins ne va pas se dérouler comme l’interne l’imagine.

Le Chœur des femmes, adapté du roman documentaire de Martin Winckler, raconte l’histoire d’un jeune médecin déjà formaté par la faculté qui doit brusquement réviser ses préjugés devant une réalité qui lui avait échappé jusqu’ici. Ce ne sont pas ses maîtres qui lui apprendront la médecine des femmes mais les patientes avec ses gestes, ses particularités, ses écueils, ses interrogations éthiques tout en questionnant la relation médecin – patiente.

Lire la suite

LES RAISINS DE LA COLÈRE – THÉÂTRE LE LUCERNAIRE

♥♥♥ L’histoire de la famille Joad, lors de la Grande Dépression des années 1930, aux États-Unis, nous transporte sur la route 66, entre espoir et misère, générosité et mesquinerie.

Selon Xavier Simonin, metteur en scène et conteur, « Raconter notre époque, envisager l’avenir, se fait bien souvent en regardant le passé plus ou moins proche. Des enjeux de rareté de l’eau, de migrations, de lutte économique et de paupérisation de certains au profit d’autres se précisent chaque jour un peu davantage, au Nord comme au Sud. Parlons de sujets graves avec la lumière nécessaire pour y voir plus clair. C’est ce que proposais Steinbeck pour illuminer son temps… […] Notre lumière sera la musique offrant la faculté d’éclairer la tragique histoire des Joad et de nous transporter par des voies sensibles tout au long de la route 66. »

Lire la suite

LE BOUQUINISTE MENDEL – À LA FOLIE THÉÂTRE

♥♥♥ Dans la Vienne du début du XXe siècle, il n’est pas un bibliophile qui ne connaisse Jakob Mendel, catalogue vivant de l’ensemble du savoir imprimé. Monomaniaque à la mémoire prodigieuse, affreusement peu doué en affaires, il est affligé d’une boulimie bibliographique qui fait de lui un homme précieux. Perpétuellement installé à la table du café Gluck du vieux Vienne dont il a fait son quartier général, il délivre ses conseils aux amateurs d’éditions les plus rares ou les plus savantes. Pour cela, il reçoit des quatre coins du monde la documentation nécessaire à entretenir son expertise. Mais la guerre 1914-1918 éclate, et ce pacifiste passionné de livres est suspecté d’espionnage…

« Tout de suite ce personnage [le bouquiniste Mendel] m’a attiré parce que, à un moment de ma vie, j’avais croisé pendant plusieurs années un personnage très similaire. Dans une vie précédente j’étais pédiatre. Mon maitre fut un homme qui, après un parcours tragique (déporté pendant un an à Auschwitz) était devenu, à l’époque où la mémoire du monde ne se trouvait que dans les livres et dans le cerveau de l’homme, une référence dans le monde médical tant sa connaissance livresque était presque infinie. Dans son domaine on avait toujours l’impression qu’il avait tout lu et, de ce fait, avait réponse à tout. Leur judéité commune, et la tragédie qui les avaient traversés, comme elle avait traversé la vie de Stéphane Zweig, malgré une époque différente, me les rendait très proches. Je percevais comme un hommage le fait de me glisser dans la peau d’un tel personnage. » (Jean-Luc Giorno, l’adaptateur).

Lire la suite

D’AUTRES FAMILLES QUE LA MIENNE – THÉÂTRE DU ROND-POINT

♥♥♥♥ De l’enfance à l’âge adulte, l’histoire de Nora et celle de Nino s’entrecroisent, se répondent pour finir par se mêler. L’une et l’autre sont faites chacune de grands désastres et de petites joies. Comme dans la vraie vie.

Entre gravité et espoir, émotion et optimisme, D’autres familles que la mienne est une touchante réflexion sur la construction de l’identité des enfants qui grandissent au sein de familles d’accueil parallèlement aux méandres des services d’aide à l’enfance (longueurs administratives, manque de moyens…). Quoi de plus dramatique à surmonter pour un enfant que l’abandon de sa mère ? Mais grâce à la résilience, l’amitié, l’amour, la tendresse et la bienveillance de ceux qui les entourent, tout est encore possible pour Nora et Nino, comme pour les autres.

Lire la suite

MA FAMILLE EN OR – THÉÂTRE DES GÉMEAUX PARISIENS

♥♥♥♥ La famille Demasure, héritière surprise d’un milliardaire argentin, doit se retrouver au complet en Amérique du Sud pour toucher une fortune. Le père hypocondriaque et parano, la mère acheteuse compulsive et Arthur, le fils chouchou de sa maman trop sûr de lui, après moults tergiversations, sont prêts au départ. Manque à l’appel Ariane, la sœur rebelle. Partie faire le tour du monde depuis trois mois, personne ne sait où elle se trouve. Plus encore, elle ne veut plus entendre parler d’eux. Prêts à tout pour toucher cet argent tombé du ciel, tous trois s’engagent dans un road trip totalement délirant pour la retrouver. Sa passion pour Hergé et son illustre reporter Tintin dessinera sa feuille de route et les aidera à la retrouver. Cette épopée familiale sera l’occasion pour les vieux secrets et les anciennes rancunes de refaire surface et de découvrir les raisons qui ont poussé cet inconnu à leur léguer sa fortune.

Ma famille en or est une aventure familiale aussi hilarante qu’initiatique de Joseph Gallet et Élodie Wallace. La mise en scène d’Anne Bouvier nous embarque aux quatre coins du monde : Égypte, Tibet, États-Unis… On s’y croirait grâce au décor modulable à l’envi, au fond musical, aux costumes… Il nous semble sentir les encens et les épices. Si la mise en place de la situation est un peu longue, le déroulé par la suite nous mène de surprises en situations comiques avec délice. Le jeu des comédiens – Jean Fornerod, Joseph Gallet, Marie-Hélène Lentini, Mathilde Hennekine – est orchestré avec une précision d’orfèvre. Le rythme est effréné, les péripéties sont multiples et les révélations inattendues. Quant à leurs réactions, elles sont authentiques. Le tout, sans pathos ni mélodrame. Un vrai plaisir théâtral.

Lire la suite

THE LOOP – THÉÂTRE DU PETIT-MONTPARNASSE

♥♥♥ Sale affaire… Le maire Mitchel n’a pas de chat mais son fils Mike est accusé de meurtre. Et celui-ci a beau être futé comme un bison, toutes les preuves l’accablent. Défendu par l’avocate véreuse de la famille, va-t-il s’en sortir face aux assauts répétés de Douglas et Carrie, deux flics incorruptibles bien décidés à le faire tomber ? La métaphore de l’effet papillon énonce qu’un battement d’ailes de papillon en Sicile peut provoquer une tempête au Kansas. Les quatre protagonistes vont l’éprouver, enfermés dans une boucle temporelle aux allures de tempête délirante.

Lire la suite

L’ÉVÉNEMENT – THÉÂTRE DE L’ATELIER

♥♥♥  À l’occasion d’un dépistage à l’hôpital Lariboisière, Annie Ernaux (Prix Nobel de littérature 2022) se remémore « l’événement » qui a marqué trois mois de sa vie fin 1963-début 1964 : un avortement clandestin, quatre années avant la légalisation de la pilule contraceptive et douze années avant la loi Veil. Elle décrit précisément son parcours de jeune étudiante entourée – bien que livrée à elle-même –, d’un gynécologue, de son petit ami, d’une faiseuse d’anges et de sa voisine de chambre de la cité universitaire. Elle doit faire face au rejet des médecins, aux regards méprisants, aux tabous et aux préjugés de classe sociale.

Lire la suite

FRÈRE(S), L’ÉTOFFE D’UN CHEF – THÉÂTRE LEPIC

♥♥♥♥ Maxime et Émile – le petit nerveux et le grand timide, le banlieusard et le petit bourge – ont 15 ans. Ils préparent le CAP cuisine. Tout les oppose mais ils vont devenir très vite inséparables. Leur rencontre est un coup de foudre amical, une bulle qui aide à traverser les épreuves et la dureté de l’apprentissage. Au fil des années, ils deviennent des hommes, découvrent la vie et grimpent une à une les marches glissantes du monde de la restauration. Parallèlement, leur lien s’abîme, rattrapé par la dureté du monde des restaurants gastronomiques. Qu’adviendra-t-il de leur complicité vingt ans après ?

L’amitié décrite et mise en scène par Clément Marchand évolue au fil des ans dans le milieu très masculin de la gastronomie. Tour à tour complices, pudiques, violents, nous assistons à leurs choix, leurs doutes et leurs joies. Leur amitié comme leur volonté de réussir leur vie professionnelle ou personnelle est palpable dans les mots et les silences, dans les élans d’amitié et les coups de poings.

Lire la suite

BEL-AMI – THÉÂTRE LE LUCERNAIRE

♥♥♥♥ Paris, années 1880. Jeune provincial sans le sou, Georges Duroy débarque avec l’ambition de se faire un nom. Faisant ses armes au journal La Vie française, l’opportuniste devient une plume qui fait et défait les réputations. Mais, derrière cette façade se cache en vérité un homme aux ambitions sans limites, prêt à tout pour réussir. Dans son ascension sociale, cinq héroïnes vont tour à tour l’initier et l’aider dans sa carrière, œuvrant dans l’ombre. Il va séduire successivement ces femmes influentes, qui lui attribueront le surnom de Bel-Ami et lui permettront de s’élever au-dessus de sa condition.

Œuvre incontournable de Guy de Maupassant, Bel-Ami dresse le portrait de l’un des plus grands arrivistes dans la société parisienne du XIXe siècle. La compagnie Les Joues rouges en propose une adaptation inédite au Lucernaire dans une belle mise en scène, vive et rythmée, de Claudie Russo-Pelosi : « Inhabituelle et déconcertante, Bel-Ami est une histoire qui dérange, et ce dès son époque. Son héros a tous les défauts du monde : faux, profiteur, manipulateur… Mais à chaque page tournée, jusqu’à la dernière ligne, Bel-Ami ne nous lâche pas. Une fois l’objectif atteint, le voilà déjà qui pense au prochain. En ce sens, j’éprouve moi-même une certaine ambiguïté : c’est un héros que j’adore détester. […] C’est un personnage plus réaliste qu’un héros, dans un monde qui lui ressemble tout autant : car Bel-Ami est aussi le reflet d’une époque, le miroir de sa société où règne l’apparence, où il faut connaître les règles du jeu et savoir les manier avec art et intelligence. » « À Paris, vaut mieux n’avoir pas de lit que pas d’habit », assure Forestier.

Lire la suite

MAMIE LUGER – THÉÂTRE ESSAÏON

♥♥♥ 6 heures du matin : Berthe, 102 ans, canarde l’escouade de flics qui a pris d’assaut sa chaumière auvergnate. 8 heures : le capitaine de police Ventura entame la garde à vue la plus ahurissante de sa carrière. La grand-mère au Luger vide son sac, le récit de sa vie est un feu d’artifice. Il y est question de meurtriers en cavale, de Veuve noire et de nazi enterré dans sa cave. Alors… Aveux, confession ou règlement de comptes ? Ventura ne sait pas à quel jeu de dupes joue la mamie, mais il sent qu’il va falloir creuser. Et pas qu’un peu.

Il y a quelques années, Benoît Philippon, auteur du roman noir Mamie Luger, a reçu une émouvante lettre. En résumé, elle disait : « Je m’appelle Josiane Carle, j’ai 85 ans, j’ai lu Mamie Luger, et j’adorerais jouer Berthe sur les planches. » « J’ai rencontré Josiane, sa personnalité, son bagout, son énergie à coups de pelle dans la tronche, et je lui ai dit oui tout de suite. La première fois que j’ai assisté à cette très belle adaptation, riche de la mise en scène d’Antoine Herbez, les larmes me sont montées aux yeux. L’impression de voir Berthe en chair et en os (et en Luger). Josiane en s’appropriant les mots de Berthe, m’a fait le plus beau des cadeaux : elle lui a donné vie. Et pour l’auteur que je suis, homme de surcroît, elle a apporté la validation des mots et du combat de Berthe. » Féministe de la première heure, combattante pour sa survie, Berthe s’est opposée tout au long de son existence aux violences faites aux femmes comme au patriarcat ancestral banalisé.

Lire la suite