LA P’TITE DÉBROUILLE – LES ENFANTS DU PARADIS

♥♥♥♥ 1942. Jean, un zazou, blessé et obligé de fuir, trouve refuge dans un hôpital abandonné de Picardie où survit Paul, un handicapé moteur. Rejoints par Michèle, une fermière, adoratrice de Pétain séparée de sa famille, ils vont devoir se confiner jusqu’à la fin de la guerre. Aux antipodes les uns des autres, tous trois vont tenter de rendre leur quotidien léger, malgré les choix et les difficultés imposés par la guerre.

La P’tite Débrouille est une comédie sur fond historique pleine d’humour et de dérision. Étonnamment, sous ses airs de légèreté, elle déborde d’humanité et de tolérance. Franck Le Hen, l’auteur, nous fait passer du rire aux larmes. Que d’émotion ! Un vrai bonheur théâtral sans autre prétention que de divertir intelligemment : on y parle des rapports humains en temps de crise, lorsque des vies sont en jeu, quand l’avenir de l’humanité est incertain.

Lire la suite

PARTIE – LE CENTQUATRE-PARIS

♥♥♥ En 1913, Louis et sa mère habitent un quartier populaire parisien. Louis vend à la criée du mouron, une petite plante destinée à nourrir les oiseaux dans les parcs. Éliane, sa mère, est vendeuse de quatre saisons. Mobilisé en 1914, Louis est envoyé au front, dans l’enfer de la Première Guerre mondiale. Il est âgé de 19 ans. Partie raconte son histoire, au fil des lettres qu’il envoie à sa maman.

Sur scène, Justine Bachelet donne vie à l’échange épistolaire poignant entre le jeune homme et sa mère, qui décrit l’horreur de la Première Guerre mondiale et les mécanismes idéologiques du patriotisme. Elle joue l’un et l’autre. Choix fort discutable.

Basé sur un rigoureux travail de recherche d’archives autour de la Première Guerre mondiale, le texte de Tamara Al Saadi s’inscrit dans le registre d’un théâtre documentaire. Plein de sensibilité et d’émotion, il est le creuset de la rencontre entre l’intime et la grande Histoire. Pourquoi ce titre Partie ? C’est Louis, un homme, qui est parti à la guerre. Pourquoi le choix du féminin ? Là est la question sans réponse apparente.

Lire la suite

BIOGRAPHIE : UN JEU – THEATRE MARIGNY

♥♥ À la faveur de sa rencontre avec Antoinette, le professeur Kürmann rejoue sa vie, retouche son existence, explore les possibles, et s’imagine un autre passé pour espérer un autre avenir. Et s’il pouvait, à cinquante ans, rejouer sa vie, les grandes scènes de sa vie, en modifier un geste, un mot, en déjouer le cours, et surtout éviter une rencontre, celle d’Antoinette, miracle et cauchemar de son existence ? C’est la règle de ce jeu : réécrire sa biographie.

Vingt ans après sa première mise en scène de Biographie : un jeu(1999, Cartoucherie, François Berléand et Emmanuelle Devos) Jérôme Bélier-Garcia reprend la comédie douce-amère de Max Frisch où le professeur Kürmann a le privilège de pouvoir revenir dans le temps, le suspendre, choisir d’autres voies dans l’espoir de s’offrir un meilleur avenir sentimental. Mais il n’est pas si aisé de décider de modifier le cours de sa vie en toute conscience d’où une multitude d’interrogations engoncées d’indécisions. Immanquablement, s’ensuivent de (trop) nombreux comeback pour réécrire la rencontre fatidique et le premier matin du professeur Kürmann et d’Antoinette en modifiant un geste, une parole, une sortie, un accessoire. Les propos et les faits sont répétés à l’envi qu’ils finissent par lasser jusqu’à l’ennui bon nombre de spectateurs.  

Lire la suite

HANSEL ET GRETEL – LE LUCERNAIRE

♥♥♥ Les p’tites têtes blondes (et parents ou grands-parents accompagnateurs !) ont passé un délicieux moment à plonger dans les aventures de Hansel et Gretel. Aujourd’hui, adapté par Benoît Lavigne pour la scène du Lucernaire, le célèbre conte des frères Grimm prend une cure de jeunesse et de fantaisie. Un excellent divertissement théâtral, emmené par une troupe de quatre comédiens investis à 100 %. Bravo à eux !

Lire la suite

MA VERSION DE L’HISTOIRE – THÉÂTRE MICHEL

♥♥♥ Valentine et Sam font une thérapie de couple. Sam n’a pas du tout envie d’être là. Valentine pense que c’est essentiel. Elle raconte leur vie commune. Sam s’insurge : ça ne s’est pas passé comme ça ! Et il se met à raconter sa propre version de l’histoire. Ils ont vécu ensemble pendant vingt ans mais ils n’ont pas vécu la même histoire. Alors, qui a tort, qui a raison ?

À la fois drôle et fin, Ma version de l’histoire a tout d’un bon spectacle : un texte de Sébastien Azzopardi savoureux et surprenant à différents points de l’intrigue, une mise en scène alerte et originale, un fond de décor en forme de kaléidoscope permettant des changements rapides de lieux et de temps. Quant au jeu des comédiens, il est pétillant et juste. Ils sont tous talentueux, autant les têtes d’affiche, Sébastien Azzopardi et Miren Pradier, que les seconds rôles, Déborah Leclercq et Alexandre Nicot, interprétant une multitude de personnages.

Lire la suite

DIVE – LA SCALA PARIS

♥♥♥ Pendant que nous nous installons dans notre fauteuil de spectacle, nous voyons quelques danseuses et danseurs de la Beaver Dam Company en train de s’échauffer tranquillement. Ils rient, échangent quelques mots. Puis, subrepticement, un danseur entre sur scène et commence à tournoyer. Peu à peu, les autres le rejoignent et ils se lancent dans une chorégraphie aux accents telluriques où les corps bondissent, se ploient, se tordent et se transforment.

Lire la suite

J’AI SI PEU PARLÉ MA PROPRE LANGUE – THÉÂTRE DE LA REINE BLANCHE (vu à Reims au Cellier)

♥♥ Aujourd’hui, la Radio amicale du Soleil, « la radio de tous les rapatriés d’Algérie », rend hommage à Carmen Sintès, figure emblématique de ce quartier de Cannes. Diffusée en direct et en public, l’émission rassemble autour de la présentatrice Rosa Crémieux plusieurs invités qui ont bien connu Carmen : Jeannine, sa meilleure amie depuis les années de jeunesse en Algérie et une invitée surprise, l’autrice Angèle Deriaut.

Lire la suite

FEMME NON RÉÉDUCABLE – STUDIO HÉBERTOT (vu au Théâtre Au bout là-bas)

♥♥♥ En 2005, Vladislav Surkov, le très puissant secrétaire de Vladimir Poutine, signe une circulaire dans laquelle il constate que les ennemis de l’État se divisent en deux catégories : les ennemis avec lesquels on peut raisonner et ceux avec qui on ne peut pas, ces derniers sont dits « non rééducables ». La journaliste d’investigation, militante des droits de l’homme Anna Politkovskaïa était certainement de ceux-là.

Femme non rééducable raconte l’itinéraire d’Anna Politkovskaïa qui ne cessa de dénoncer les exactions des camps russes et tchétchènes par la description objective des faits. « Je me limite à raconter des faits. Les faits : tels qu’ils se produisent, tels qu’ils sont. Ça peut paraître la chose la plus simple, ici, c’est la plus difficile. Et ça coûte un prix fou. Quel prix ? Le prix que tu payes quand tu ne pratiques plus un métier, mais tu rentres en guerre. Tu combats. Tu te sens un combattant », affirme Stefano Massini. Anna Politkovskaïa sera assassinée le 7 octobre 2006 à Moscou, jour de l’anniversaire du chef de l’État Vladimir Poutine. Son corps est découvert dans la cage d’escalier de son immeuble, dans le centre de Moscou, un pistolet et quatre balles à ses côtés.

Lire la suite

MARIE TUDOR – STUDIO HÉBERTOT (vu à l’Espace Roseau Teinturiers)

♥♥♥(♥) La reine Marie Tudor, une femme déchirée entre l’amour et la haine, le pardon et la vengeance, la fidélité et la trahison. LE drame passionnel de Victor Hugo ! Simon Renard, chargé d’organiser le mariage politique de l’Angleterre et de l’Espagne, va utiliser l’amour passionné d’un homme du peuple et la jalousie maladive d’une reine pour tendre un piège au favori dont le sacrifice est exigé par la raison d’État. Tout au long des trois journées qui constituent ce drame populaire, nous assistons à la chute programmée et méthodique de Fabiano Fabiani, favori et amant de la reine qui cristallise toutes les haines. Au drame amoureux se superpose alors une tragédie où le véritable enjeu est la prise de pouvoir, où les rancœurs privées servent un dessein politique, où un homme, au demeurant condamnable, est exécuté pour un crime qu’il n’a pas commis.

Lire la suite

CABARET ODESSA – THÉÂTRE DU SOLEIL

♥♥♥ Dès la fin du XVIIIe siècle, les juifs s’installent à Odessa, ville mythique autant qu’indomptable. Au fil des décennies, la ville s’inspire de leur culture musicale, de leur histoire, de leur quotidien. C’est pourquoi les chansons populaires d’Odessa sont souvent de style klezmer, inspirées par la culture yiddish qui n’a pas son pareil pour transformer le côté tragique de la vie en éclat de joie.

Tous les samedis après-midi, le Cabaret Odessa, de Vladimir et Elena Ant, ensoleille la Cartoucherie dans la froidure de l’hiver. Le public s’installe autour des grandes tables du bar du Théâtre du Soleil et le spectacle commence ! Humour et malice s’invitent tout au long du programme (en français, textes et chansons), des chansons populaires héritées de la musique klezmer pour célébrer dans la joie l’âme insoumise et la résistance de cette cité légendaire et de ses habitants. Quelques portées de notes et nous voilà transportés sur les bords de la mer Noire… Applaudissements à toute la troupe de Cabaret Odessa.

Lire la suite