L’ÎLE DES ESCLAVES – THÉÂTRE LE LUCERNAIRE

♥♥♥♥ Survivants d’un naufrage, deux couples, maîtres et serviteurs, échouent sur l’île des Esclaves. Ici, la loi impose aux maîtres de devenir esclaves et aux esclaves de devenir maîtres dans le but de rééduquer ces derniers. Trivelin, gouverneur de l’île, explique le processus de rééducation aux naufragés. Les valets auront trois ans pour transformer leurs patrons et faire de ces orgueilleux injustes et brutaux des êtres humains raisonnables et généreux.

L’Île des esclaves est un conte philosophique en un acte et en prose de Marivaux. Autant utopique qu’humaniste, il aborde de nombreuses thématiques telles que la justice, l’égalité et le respect des êtres humains de toutes conditions, sans oublier la confusion des sentiments et les échanges de pouvoir entre maîtres et valets.

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LE CIEL DE NANTES – LA VILLETTE

♥♥♥♥Dans Le Ciel de Nantes, le metteur en scène Christophe Honoré convoque les fantômes du passé pour redonner vie à sa famille dysfonctionnelle. Une pièce chorale en forme d’hommage posthume qui questionne les liens du sang au fil des générations avec une synergie étonnante d’émotions.

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FESTIVAL OFF AVIGNON 2024 – LE FLÉAU, MESURE POUR MESURE – FORT SAINT-ANDRÉ VILLENEUVE-LEZ-AVIGNON (vu au Domaine national du Palais-Royal)

♥♥♥♥ En pleine épidémie de peste, le duc de Vienne annonce qu’il quitte la ville et qu’il en confie les rênes à Angelo, modèle de rigueur et de vertu. En réalité, le duc demeure et se déguise en prêtre pour, incognito, observer ce qu’il advient lorsque la loi punit la moindre incartade. En effet, sur ordre d’Angelo, les théâtres, les maisons et les cabarets sont contraints de fermer : prostituées, maquereaux et rabatteurs subissent les coups de la loi ; les couples illégitimes sont condamnés à mort ou à l’exil.

Claudio, qui a mis enceinte la jeune Juliette hors mariage, est arrêté. Il demande à sa sœur et future religieuse, Isabelle, d’intercéder en sa faveur auprès d’Angelo. Le ministre vertueux la reçoit et en tombe brutalement amoureux, tant et si bien qu’il la met face à un dilemme et abuse de son pouvoir : céder sa virginité ou bien laisser mourir son frère…              

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FESTIVAL OFF AVIGNON 2024 – ÉDITH PIAF, OLYMPIA 1961 – BA THÉÂTRE (vu au Théâtre de l’Ange)

♥♥♥ Nathalie Romier, considérée comme l’une des meilleures interprètes du répertoire de La Môme, reconstitue le dernier concert mythique d’Édith Piaf. Renouant avec le même univers visuel et les mêmes chansons, dans le même ordre de passage, le spectacle est la réplique du récital qu’Édith Piaf délivra à son public en 1961 à l’Olympia.

En 1961, d’Édith Piaf n’a plus envie de faire de la musique. Ses plus gros succès sont loin derrière elle, et la chanteuse ne veut plus faire de scène. Pendant ce temps, l’Olympia, dirigée par Bruno Coquatrix, est au bord de la faillite après un enchaînement d’annulations de dernière minute – notamment Gilbert Bécaud – ainsi que des choix douteux. Pour sauver l’Olympia, Bruno Coquatrix appelle son amie Édith Piaf. À la surprise de son entourage, elle accepte sans hésitation. Son unique raison ne tient qu’à une chanson : Non, je ne regrette rien. Composée par Charles Dumont et écrite par Michel Vaucaire, elle a été proposée à la chanteuse quelques semaines auparavant. Lorsqu’elle l’entend pour la première fois, c’est un véritable coup de foudre. Édith Piaf décide de l’interpréter pour son retour sur scène, le 29 décembre 1960. Alors qu’elle souffre d’une polyarthrite très invalidante et qu’elle est sous morphine, elle signe pour trois mois de concerts. Édith Piaf sauvera l’Olympia de la faillite.

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FESTIVAL OFF AVIGNON 2024 – MADEMOISELLE GABRIELLE CHANEL – CONDITION DES SOIES (vu au Studio Hébertot)

♥♥♥ Comment Gabrielle Chanel, orpheline issue d’un milieu modeste, est-elle devenue Coco Chanel, le symbole du style et de la haute couture sur la scène internationale ? Mademoiselle Gabrielle Chanel retrace les aventures de Coco, la vie de Gabrielle, le destin exceptionnel de Chanel tout en parcourant l’histoire de la France du XXe siècle.

Mademoiselle Gabrielle Chanel rend hommage à « la couturière » en prose et en musique tout en élégance à la française. Avec pour seul décor sur un fond noir des mannequins sur pied et des chapeaux, à l’image du style dépouillé lancé par Coco Chanel. Pour cinq comédiens/chanteurs (Sophie Garmilla, Sophie Jolis, Julia Salaün, Guillaume Nocture, Antoine de Giuli), 30 personnages qui ont compté dans l’histoire artistique et politique du XXe siècle tels que Poiret, Misia, Cocteau, Churchill, Westminster… et un pianiste (Guillaume Ménard ou Jonathan Goyvaertz). La mise en scène d’Hélène Darche et Marie Simon, très enlevée, mêle harmonieusement chants et textes. 

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FESTIVAL OFF AVIGNON 2024 – JEAN ZAY, L’HOMME COMPLET – THÉÂTRE ÉPISCÈNE

♥♥♥ En 1940, après un simulacre de procès, Jean Zay, ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts dans le gouvernement de Léon Blum, franc-maçon et cible des antisémites, est condamné par le gouvernement de Pétain à la déportation. Incarcéré́ à la prison de Riom, il sera assassiné par la milice française, le 20 juin 1944, à la veille de la Libération.

Pendant sa captivité, il tient son journal (publié en 1945 sous le titre Souvenirs et Solitude). Il a notamment œuvré pour la scolarité obligatoire jusqu’à 14 ans, les bibliobus, le sport à l’école, la création des grands lycées de Paris, l’École nationale d’administration, le Centre national de la recherche scientifique, les musées de l’Homme, d’Art moderne et des Arts et Traditions populaires, le Festival de Cannes, le respect des droits d’auteur, la Réunion des théâtres nationaux, l’Exposition universelle de 1937 et pérennisé le Palais de la découverte… Jean Zay, l’homme complet nous transmet un éclairage saisissant sur son action visionnaire et son destin tragique.

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NO LIMIT – THÉÂTRE LE SPLENDID

♥♥ Vendredi 13 mai 1964. C’est la guerre froide, mais en vrai, c’est chaud : un groupe de bombardiers américains a reçu par erreur l’ordre de bombarder Moscou. Il faut le rappeler. Il n’y a pas beaucoup de temps… Mais un peu. Mais pas beaucoup. Mais un peu. Alors, soyez calmes.

En pleine guerre froide, l’auteur Robin Goupil imagine un président des États-Unis totalement dyslexique, un général au regard fou, une secrétaire générale de la défense tripolaire et un Number one de l’aviation américaine avec un QI en rase motte ! « À la manière des Monty Python, nous avons travaillé le premier degré dans la rigueur la plus totale », confie-t-il, et si le sujet est grave, il s’en empare avec humour. « L’humour naît de ce décalage entre leur sérieux, leur aplomb et l’absurdité des dialogues et des situations. »

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LA PEUR – LA SCALA PARIS (vu au THÉÂTRE MICHEL)

la-peur-affiche-webnew♥♥♥ Années 1950, un appartement cossu quelque part en Europe. Irène et Fritz semblent filer le bonheur parfait. Lui avocat pénaliste, elle au foyer, parents de deux jeunes enfants, confort bourgeois. Mais derrière les apparences, Irène, en proie à une certaine solitude, trompe son mari avec un jeune pianiste, Édouard. Jusqu’au jour où elle se fait surprendre par l’étrange compagne de son amant qui souhaite la faire chanter. Commence alors une traque obsessionnelle pour Irène dont le dénouement dépassera tout ce qu’elle aurait pu imaginer….

Tiré d’une nouvelle de Stefan Zweig, La Peur est un huis clos amoureux construit comme un thriller, qui questionne les thèmes du mensonge, de la fidélité, de la conscience et de la relation de couple. Et c’est peut-être le (seul) bémol : l’intrigue, centrée autour des tourments intérieurs du personnage d’Irène, m’a semblé manquer d’épaisseur et tirer en longueur. Fort heureusement, l’ensemble est bien compensé par le soin apporté à la mise en scène, élégante et très cinématographique d’Élodie Menant, bien rythmée, haletante, qui tient le spectateur en haleine jusqu’au dénouement final. À noter également l’esthétisme  des costumes, maquillages, lumières et décors qui plongent le public dans un univers très « hitchcockien » extrêmement séduisant. Côté interprétation, mention spéciale à Aliocha Itovich, vraiment impeccable dans le rôle de Fritz. Helène Degy, ravissante comédienne, offre une partition plus inégale dans le rôle d’Irène, même si elle apparaît très convaincante dans les scènes de confrontation et de désespoir. Au final, un spectacle de belle facture qui a déjà séduit les spectateurs d’Avignon en 2014. 

Signé Elisabeth

LA PEUR

LA SCALA PARIS
13, boulevard de Strasbourg – 75010 Paris

Les 4, 5, 6, 7, 9, 10, 12, 13, 14 avril 2024 et les 3, 4, 5, 7, 8, 9, 10 mai 2024 à 15 h ou 19 h

Crédits photo : Karine Letellier 

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LA MAISON D’À CÔTÉ – THÉÂTRE DE L’OPPRIMÉ

♥ Juliana, la cinquantaine, est une scientifique brillante et charismatique. Son intelligence est son principal atout. Elle a conçu le médicament le plus approprié contre la perte de mémoire provoquée par la démence. Alors qu’elle commence devant un parterre de médecins une conférence sur sa découverte, l’Identamyl, censé soigner de graves formes de démence, sa phrase reste en suspens. C’est le trou, la panique. Elle est contrainte d’interrompre la conférence. Pourquoi et comment en est-elle arrivée là ? Son problème est-il neurologique ? Que s’est-il passé voici plusieurs années entre Juliana et sa fille Laura avant la disparition brutale de celle-ci ? Quelle histoire la lie au Dr Richard Sillner, son assistant ? Telle une exploration dans les méandres du cerveau, une forme d’enquête à caractère médical s’engage…

Construite comme un thriller psychologique, La Maison d’à côté de Sharr White (traduction française de Gérald Sibleyras) navigue entre des espaces frontières – la mémoire défaillante et le cadre spatio-temporel éclaté, la réalité et la vie intérieure de Juliana, la raison et la démence, le présent et le passé – pour explorer les incursions mémorielles dues au rappel d’un événement traumatique.

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LE MALADE IMAGINAIRE – THÉÂTRE DES BOUFFES-DU-NORD

♥♥♥ Que nous propose Tigran Mekhitarian, jeune comédien et metteur en scène qui s’attache depuis plusieurs années à faire découvrir les œuvres de Molière au plus grand nombre, dans son adaptation du Malade imaginaire ? L’envie de faire résonner encore et toujours la modernité d’un texte de quatre cents ans, de rendre compte des méandres du cœur, de questionner « la pièce la plus riche dans l’exploration des tréfonds de l’âme », comme il l’explique. Et de « porter au plateau la force destructrice qu’est la solitude pour l’Homme ». Le projet est là, ambitieux, audacieux, inégal peut-être dans sa forme, mais d’une grande générosité.

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