Il ne manque pas de charme REGIS MAILHOT : sourire ravageur, œil pétillant, costume impeccable et débit bien rythmé, il nous fait passer un très bon moment avec son spectacle «REPRISE DES HOSTILITÉS», qu’il joue actuellement au THÉÂTRE DU PETIT SAINT-MARTIN. Seul en scène avec pour tout décor, pupitre, bureau, et piles de cartons, Régis Mailhot s’adonne à son exercice favori pendant une heure et demie: un regard sans concession sur notre société et ses contemporains. Et il s’en donne à cœur joie en appuyant généralement là où ça fait mal : les politiques, la religion, le mariage pour tous, le célibat, les femen, les profs, les grèves, le trou de la sécu,…le tout ponctué régulièrement par un « c’est un skeeeeetch….. ! » quand ça fait un peu trop grincer des dents. Au programme : impertinence, corrosion, esprit poil à gratter pour dire STOP à la bêtise et au politiquement correct.
Si vous aimez l’esprit chansonnier, allez-y. C’est jusqu’au 12 avril !
Bonjour Laurence, depuis combien de temps enseignez-vous le théâtre ? Comment avez-vous choisi cette voie ?
Je n’ai pas vraiment choisi, ca a été une évidence. J’ai été comédienne tout au long de ma vie. Je suis arrivée à un âge où j’ai eu envie de partager mes sensibilités, mes expériences et surtout écouter les autres… Donc je ne donne pas des cours de théâtre, je n’aime pas le mot cours, je ne suis pas un prof, je partage des émotions avec des gens qui ont envie d’en partager avec moi.
Qu’est ce qui vous gêne dans ce mot prof ?
C’est un peu présomptueux de dire :« je sais des choses que vous, vous ne savez pas ». C’est même prétentieux. Après avoir beaucoup lu, écouté, et regardé, à la Sorbonne et aussi dans de grandes écoles de théâtre, j’ai compris que ces méthodes pédagogiques souvent contraignantes et ennuyeuses, ne me convenaient pas, et qu’il fallait créer une pédagogie personnelle. J’adore les métaphores culinaires. Je fais donc « à la carte » et non pas « au menu » !
Qu’avez-vous envie de transmettre à vos élèves ?
Je n’aime pas le mot transmettre. Je préfère les mots donner, partager. Mes élèves vont d’abord découvrir des choses sur eux-mêmes, apprendre à s’accepter tels qu’ils sont, avec leurs qualités et leurs défauts, et faire si possible que leurs défauts deviennent des qualités. Je pense que le théâtre est un moyen d’apprivoiser son image, de prendre conscience de l’effet qu’on fait, d’appréhender le physique qu’on a, de faire avec. Moi, ce qui m’intéresse, c’est d’aider à mieux communiquer avec les autres, à mieux s’exprimer, à oser regarder les gens dans les yeux, à surtout contrôler, dominer et lâcher ses émotions.
Il y a une petite connotation thérapeutique dans ce que vous me dites !
Bien sûr ! Et ça coûte beaucoup moins cher qu’un psy ! (rire). Les progrès sont souvent rapides, et surtout, on rit et on ne s’ennuie pas ! Je n’oblige jamais quelqu’un qui n’a pas envie de faire un exercice, chacun est libre, on n’est pas au boulot ou à l’école ! J’ajoute que mes ateliers sont interactifs, et que chacun peut donner son sentiment, et pourquoi pas, faire des propositions… Pour moi, un cours de théâtre réussi, c’est quand on repart plus léger, plus heureux en partant qu’en arrivant.
Barré, complètement barré, je suis folle à lier ! (rire) Et je le revendique. Si on n’a pas un grain de folie dans la vie, quel ennui ! J’aime surprendre et être surprise. Mais en même temps, je sais exactement où je vais et ce que je veux, quitte à prendre des moyens détournés. Je suis très exigeante, je considère mes élèves amateurs comme des comédiens professionnels et je leur demande des choses a priori difficiles, mais en m’adaptant au niveau de chacun, pour que tout le monde progresse, tout en veillant à ce que les distributions soient équitables, et que personne ne se sente lésé. Je travaille beaucoup à l’instinct, à l’impulsion, à la passion. Le corps parle autant que les mots. Je fais beaucoup d’échauffement corporel et tout en musique, car la musique est un merveilleux vecteur d’émotions. Je joue avec mes groupes quelquefois. J’aime bien que mes élèves se moquent de moi (rire). Il faut être humble. Je pense qu’on ne crée de bons cours que si on est bon tous ensemble. La réciprocité, comme en amour !
Que viennent chercher les élèves dans vos cours selon vous ?
C’est jamais la même chose et c’est ça qui est formidable ! L’important est de créer un groupe, une dynamique de groupe. Généralement en début d’année, les personnes se jaugent, se jugent, Mais très vite, grâce à des impros rigolotes, cadrées, et ciblées, des exercices personnalisés, la mayonnaise prend…Quand on monte un spectacle, il faut que chacun soit heureux de sa partition et fier de son travail. Donc l’important pour moi, c’est zéro compétition, zéro jalousie mais de la bienveillance, par le biais du rire et de la confiance.
Quels auteurs, quels types de pièce aimez-vous travailler ?
Je suis sortie du Conservatoire il y a une trentaine d’années, à la grande époque de Vitez, Roussillon. Les apprentis acteurs font leurs armes sur les classiques. Les 2 premières années de mes ateliers, j’ai eu des velléités de me pencher sur du Molière, Marivaux, Musset, en les modernisant. Mais je me suis vite rendue compte que c’était compliqué à présenter en spectacle.
Pourquoi ?
Parce que le classique est difficile ! Je m’adresse à des amateurs, au sens noble du terme. Le classique requiert beaucoup de technique, ça prend trop de temps. Même si je travaille des classiques pendant l’année sur des textes courts, incisifs, je propose depuis un an plutôt des textes contemporains, accessibles, drôles, parfois crus, dérangeants. Je repique des scènes de film, si possible choisis par mes élèves. J’aime beaucoup faire découvrir de nouveaux auteurs, pas forcément des auteurs à la mode. J’aime travailler sur l’émotion. L’émotion, c’est vraiment mon fond de commerce ! Ca donne des spectacles surprenants, très borderline, comme le titre de notre spectacle cette année d’ailleurs !
Quelle est votre plus grande satisfaction en tant qu’enseignante ? Et plus grande frustration ?
La frustration, c’est le manque de temps, j’ai deux heures par semaine par groupe et c’est toujours un vrai défi de créer un bon spectacle avec 10 participants et seulement 2 heures de travail par semaine, même avec des heures sup ! La grande récompense, ce sont mes groupes qui chaque année font des spectacles formidables, donnent le meilleur d’eux-mêmes, se surprennent eux-mêmes et surtout surprennent ceux qui viennent les voir.
L’enseignement est-il complémentaire de votre métier de comédienne, que vous exercez parallèlement ?
Absolument ! Je pense que les deux sont complémentaires et j’adore ! J’ai joué un Giraudoux l’année dernière, j’ai tourné, et c’est fou comme, le fait de donner des cours m’a enrichie en tant que comédienne. Demander chaque semaine à mes élèves de faire telle ou telle chose me pousse toujours à me demander : est-ce que je serais capable de faire ce que je leur demande ? Donc, oui c’est formidablement complémentaire.
Vous enseignez, vous jouez et vous mettez en scène. En quoi tout cela se complète ou se différencie-t-il ?
C’est pareil ! Quand un participant n’arrive pas à jouer ce que je lui demande, je détourne la chose. Et généralement, ça marche. J’essaie de démécaniser, de faire réinventer, de casser une mécanique trop huilée… Vous savez, quand je mets en scène, je ne sais jamais où je vais à la base. Tout dépend de mes comédiens. C’est en m’inspirant d’eux que je trouve une scénographie adaptée.
Rien n’est jamais figé alors ?
Jamais !!! On doit s’adapter en permanence. Quand je décide de quelque chose, c’est le contraire qui se produit. Par exemple, moi qui suis une grande voyageuse et qui pars deux fois par an en Asie à l’aventure, je peux vous dire que tout ce que je prévois ne se passe jamais comme prévu, c’est tout le contraire qui se produit.
Parlez-nous de votre actualité, de vos projets.
En tant que comédienne, il y a des projets mais je n’en parle pas, par superstition ! (rire). Ca bouge pas mal mais il est encore trop tôt pour en parler. En tout cas, je crois beaucoup aux rencontres et les rencontres boules de neige, j’adore ça.
Merci Laurence ! Pour conclure, quel est le « mot théâtre » que vous préférez ?
Salle comble hier soir pour la troisième et dernière soirée du festival PARIS DES FEMMES, qui s’est tenu du 10 au 12 janvier au théâtre des Mathurins.
Paris des Femmes est né en 2011 sous l’impulsion de 3 femmes : la journaliste, romancière et scénariste Michèle FITOUSSI, la dramaturge, romancière et comédienne Véronique OLMI et la directrice artistique du festival de la correspondance de Grignan Anne ROTENBERG. Partant d’un constat simple (75 % des auteurs de théâtre sont des hommes, les femmes sont peu nombreuses dans le spectacle vivant), elles décident de créer un festival mettant à l’honneur des textes de théâtre exclusivement écrits par des femmes. Ce festival a pour objectif « de mettre en avant les femmes, qu’il s’agisse des auteures, des metteures en scène ou des interprètes pour qu’on ait autant de femmes que d’hommes sur le plateau ».Maîtres-mots de l’aventure : convivialité, plaisir mais aussi « lutte contre la morosité ambiante » comme l’a rappelé hier soir Michèle Fitoussi en ouverture de la soirée. Dans le projet également, des metteurs en scène chargés de mettre en espace textes et comédiens à l’occasion de lectures-spectacles.
9 romancières et dramaturges venus d’univers différents (Emilie Freche, Florence Huige, Carole Martinez, Véronique Olmi, Fabienne Perineau, Blandine le Callet, Karine Tuil, Delphine de Vigan, Alice Zeniter) ont répondu à l’appel de Paris des Femmes 2013 en composant chacune une pièce courte (4000 mots, 20-30 minutes, 1 à 3 personnages maximum) et sur un thème imposé (cette année, La vie, mode d’emploi, après Guerres et paix en 2012 et De bruit et de fureur en 2011). Durant les 3 soirées du festival aux Mathurins (partenaire de la première heure), 3 pièces sont présentées chaque soir.
Hier, sur scène et pour tout décor, 4 tabourets rouges, quelques piles de cartons et 7 comédiens, textes en main, qui se succèdent pour donner vie aux textes d’Alice Zeniter (D’une infinie élégance), de Karine Tuil (La quarantaine) et de Florence Huige (Clémence ou comme si). Monologue dépressif, crise fraternelle, tête-à-tête conjugual et autant de tranches de vie pour symboliser pêle-mêle : la quête du bonheur, le deuil la maladie, l’amour de soi et des autres, les doutes qui jalonnent notre vie. Les textes sont tous portés par de très bons comédiens, impliqués, généreux et rompus à l’art très difficile de la lecture. Mention spéciale à Raphaël Mezhari, que j’ai trouvé formidable dans son rôle de dentiste armé et suicidaire, en proie à une crise existentielle. Ces lectures donnent d’ailleurs beaucoup d’originalité et de fraîcheur au spectacle : ni représentation classique, ni genèse d’une pièce, on se sent comme un spectateur privilégié venu « voler » un moment de répétition. Le charme opère dans tous les cas, on reviendra applaudir les nouveaux protagonistes du Paris des Femmes 2014. Longue vie au collectif et comme le précise Michèle Fitoussi, « c’est artistique mais on ne se prend pas au sérieux, nous sommes joyeuses ! ». Nous aussi !
J’ai eu spontanément envie de soutenir Attilio MAGGIULLI, le directeur de la Comédie Italienne, qui a fait la une des médias cette semaine en enfonçant les grilles de l’Elysée pour dénoncer le manque de subventions, mettant en péril son activité. J’ai apporté ma (toute) petite pièce au combat en allant voir la pièce « NOBLESSE ET BOURGEOISIE » de Carlo Goldoni, dans ce théâtre unique en France, qui programme un répertoire exclusivement italien depuis 40 ans.
Et c’est vrai qu’il faut soutenir le spectacle vivant, surtout quand c’est de qualité ! Une fois les lumières éteintes, le rideau tiré, vous voilà transporté dans le XVIIIeme italien où se joue une comédie d’intrigue familiale : une épouse douce et vertueuse (formidable Hélène Lestrade) trompée outrageusement par son vicomte de mari retrouvera honneur et dignité, grâce à son intelligence, sa ruse, sa patience, …et la complicité de ses valets, délicieusement futés. On prend plaisir, dès la première minute et la présentation des personnages, à plonger dans cette comédie qui fait la part belle aux ingrédients du genre: arlequin virevoltant, servante accorte, valet ivrogne, comte cynique, marquise jalouse,….Il faut souligner le soin particulier apporté aux costumes, perruques, maquillages et …masques vénitiens. Bel hommage d’Attillio Maggiulli à la commedia dell’arte.
Une trame somme toute simple – ce n’est peut-être pas la meilleure pièce de Goldoni – mais l’énergie et le talent des comédiens, tous vraiment formidables avec mention spéciale à Guillaume Garnaud dans le rôle de la marquise Beatrice, et David Clair dans celui du comte Ottavio, donnent à la pièce épaisseur, fantaisie, et rythme. On pourra regretter quelques éléments de mise en scène répétitifs (entrée en scène de la servante notamment) et mimiques un peu forcées mais l’ensemble est une vraie réussite qu’il faut saluer et aller applaudir.
Bon courage à la Comédie Italienne. Tenez bon !
DERNIERE MINUTE : la mobilisation s’organise pour sauver le théâtre, une pétition est en ligne, l’appel aux dons est lancé.
J’inaugure ce blog avec l’envie de partager un MAGNIFIQUE coup de cœur pour la pièce « LE PÈRE » de Florian ZELLER, actuellement jouée au théâtre HÉBERTOT (Paris 17e).C’est l’histoire d’un homme âgé au caractère bien trempé (Robert HIRSCH) dont la mémoire vacille. Il se voit proposer par sa fille (Isabelle GÉLINAS) de venir vivre chez elle. Mais cet homme acceptera-t-il de renoncer à sa liberté ? Comment sa fille vivra-t-elle cette situation ? Quand les parents deviennent enfants, quand les enfants deviennent parents. Voilà l’histoire.
La pièce traite avec pudeur et intelligence de la vieillesse et de la dépendance. Sans jamais être citée, l’ombre de la maladie d’Alzheimer plane sur le spectacle. J’en resterai là sur le fond qui est fort bien traité : mise en scène élégante, texte ciselé, construction originale et atypique.
Mais que dire de l’interprétation de Robert HIRSCH qui offre une prestation absolument magistrale. Ses partenaires comédiens ne déméritent pas, loin de là, mais il surclasse l’ensemble et excelle dans tous les registres : vieux roi pathétique, tour à tour agressif, blessé, hagard, séducteur, perdu…. Il donne une épaisseur fantastique à la pièce qui a d’ailleurs été écrite pour lui.
On a frôlé la standing ovation à la fin du spectacle. Peu importe pour moi, j’ai vu la pièce debout. Hommage à un comédien d’exception.
Les représentations sont prolongées jusqu’au 2 février 2014. Courez-y !